DE DIEU
PREMIÈRE INSTRUCTION
Existence de Dieu prouvée par la création du monde, par les merveilles de la nature, par la structure du corps humain, par le consentement de tous les peuples. — La corruption du cœur seule cause de l'athéisme.
Dieu est la vérité première, le principe de toutes les autres, le fondement de la religion ; aussi le premier article de notre Symbole , la première cnose que nous professons de croire, c'est Texistence de Dieu : Je crois en Dieu.
Il y a un Dieu ; ce serait folie que de le nier, et, pour en être convaincu, il ne faut ni de longues preuves, ni de longs raisonnements, il suffit d'ouvrir les yeux. Que voyons-nous, en effet, dans l'univers? Une multitude et une variété immense d'objets, des montagnes, des vallées, des fontaines, des déserts, des astres qui étincellent au-dessus de nos têtes, des plantes, des animaux, des hommes. Or, c'est une vérité incontestable que rien ne se fait de rien. Comment donc tant de belles choses existent-elles ? Elles n'ont pu se former elles-mêmes ; donc, de toute nécessité, il faut remonter à un être supérieur, de qui tout ce que nous voyons tire l'existence, et qui ne la tient lui-même de personne. Et, pour entrer dans quelque détail, prenons, par exemple, une plante, ou un animal quelconque. N'est-il pas vrai que
toute plante suppose uiie graine qui Tait produite, comme toute poule suppose un œuf dont elle est sortie ? Mais si loin que vous alliez de génération en génération, nécessairement il faut arriver à une première graine, à une première poule, ou à un premier œuf, qui, n'ayant pu se produire euxmêmes, ont reçu" l'être d'un Dieu créateur. Ainsi le plus petit objet, un grain de sable, un brin d'herbe, une goutte d'eau, nous prouvent l'existence de Dieu, aussi bien que le soleil qui brille au firmament, parce que rien de tout cela n'eût existé, si Dieu ne l'avait tiré du néant.
Mais, non-seulement le monde existe, et nous offre une infinité de merveilles qui nous démontrent la nécessité d'un créateur, nous remarquons encore l'ordre le plus parfait soit dans l'ensemble, soit dans les diverses parties; tout y est réglé de la manière la plus admirable. Voyez le soleil, la lune et ces millions d'étoiles, qui poursuivent leur course au milieu des espaces, sans jamais dévier de la ligne qui leur a été tracée ; voyez cette vicissitude des saisons, cette succession continuelle des jours et des nuits; voyez cette terre placée à une distance convenable du soleil, pour être éclairée et échauffée par ses feux sans en être embrasée ; voyez la mer qui tour à tour soulève et abaisse ses flots; voyez ces montagnes où prennent naissance tant de rivières et de fleuves, qui vont ensuite porter la fécondité au sein de nos campagnes. On n'en finirait pas, s'il fallait énumérer toutes les beautés et toutes les harmonies de la nature. Or, ces êtres divers qui composent le monde, si merveilleux en eux-mêmes, et plus merveilleux encore par les rapports qu'ils ont les uns avec les autres, ne vous crient-ils pas de tous côtés : Ce n'est pas nous qui nous sommes faits; ce n'est pas nous qui nous sommes ainsi arrangés, mais c'est le créateur et l'ordonnateur suprême de toutes choses, qui nous a donné l'être, qui a marqué nos mouvements, et fixé la position qui nous devons occuper * (1).
0) Ipse fecit nos et non ipsi nos. Ps. xcix, 8.
Jetons encore un instant les yeux sur nous-mêmes. Le fait seul de notre existence ne prouve-t-il pas qu'il y a un Dieu, qui nous a donné la vie? Car, pour peu qu'il y réfléchisse, rhomme se doit dire à lui-môme : Je xi'ai pas toujours existé; et, d'un autre côté, ceux dont j'ai reçu le jour n'ont pas eux-mêmes toujours existé; il faut donc en suivant la chaîne des temps, remonter, de père en fils, jusqu'à un premier homme, de qui tout le genre humain est descendu. Et ce premier homme, d'où a-t-il pu sortir, sinon de la main toute-puissante de Dieu ?
Que l'homme considère encore l'admirable structure de son corps; pourra-t-il y méconnaître le doigt de Dieuî Voyez avec quelle sagesse tous les membres y sont disposés, et comme ils sont tout juste placés à l'endroit qu'il faut. La tête s'élève vers le Ciel avec tous les signes du commandement, parce que c'est elle qui gouverne le reste du corps; les yeux sont au milieu de la figure, comme des sentinelles vigilantes, pour décou\Tir les objets, en faire un fidèle rapport, et, quoique assez mobiles pour se tourner de toutes parts, ils sont cependant si bien enchâssés qu'ils demeurent toujours en leur place; les bras et les mains tiennent aux côtés, instruments souples et dociles, pour agir selon les ordres de la volonté, pour saisir les choses agréables, ou utiles, écarter les obstacles, et repousser tout ce qui se présente de nuisible ou de dangereux ; enfin, les jambes sont en dessous, comme des colonnes qui supportent le reste de l'édifice, affermies elles-mêmes sur les pieds, qui leur servent de base.
Quelle haute sagesse encore, quel art éclatant dans l'intérieur du corps! Rien d'inutile, rien de superflu; ces veines distribuées dans tous les membres pour y porter, avec le sang, la chaleur et la vie; ces muscles si forts et si tendres; cette multitude de vaisseaux qui se rencontrent, se touchent et remplissent leurs fonctions sans s'embarrasser; ce cerveau avec ses parties si délicates et ses mouvements si variés; et tant d'autres organes qu'il serait trop long d'énumérer, tout
annonce en nous, selon l'expression d'un célèbre médecin (4)^ une boue travaillée de main divine. Un autre, après avoir fait la descî^iption du corps humain, disait aussi^ dans le même sens, qu'il venait de chanter un hymn^ en l'honneur de la Divinité (2). Est-ce à l'intelligence de vos parents, que vous devez la formation de votre corps et la disposition de ses diverses parties? Quelle extravagance de le penser? Comment votre mère aurait-elle arrangé dans son flanc vos membres, avec cette innombrable variété de tissus, d'humeurs, de nerfs, de fibres qui les composent, elle qui ne les connaît pas, elle qui vous a senti vous former et croître dans son sein, sans savoir pourquoi ni comment tout cela se faisait. Nos parents n'ont été que les aveugles instruments de cet éternel fabricatem^, qui atout fait, et qui conserve tout, dans l'ordre qu'il lui a plu de tracer. Nous nous écrierons donc avec le prophète : a Je vous louerai, ô mon Dieu, parce a que votre grandeur a éclaté en moi, d'une manière étona nante, et que vos ouvrages sont admirables (3). Tous a mes os vous rendront gloire en disant : Seigneur, qui est a semblable à vous ^ (4) ? »
Ce que nous venons de remarquer en l'homme, n'en est que la partie la plus vile et la plus grossière; il est encore en nous une substance plus noble, plus parfaite, et par conséquent plus digne de notre attention; c'est l'àme, chefd'œuvre de la Divinité et son image vivante. Or, dites-moi, qui nous a donné cette intelligence capable d'embrasser tant de choses, cette imagination brillante qui se retrace en un instant tant de tableaux, cette volonté maîtresse de ses mouvements, cette mémoire , immense dépôt d'idées, de faits, de connaissances de toute espèce, en un mot, cette raison qui nous distingue si éminemment des autres créa»
(1) BoËibaave
(2) Galion.
(3) Coiifiiebor tiDi quia terrifiililer magnifîcalus es; miraonia oper» taa. Psalm. cxxxviii, 3.
(4) Omnia ossa inea dicenl : Domine, quis similis tibi? Psalm. xxiv, 1 1.
tiires ? Quoi ! cet esprit qui vit en nous, et qui constitue véritablement notre être, car c'est l'âme qui fait l'homme et non le corps, ne prouve-t-il pas évidemment l'existence d'un esprit supérieur, qui a produit toutes les intelligences subalterj^es, et qui les tient sous sa dépendance? Que n'aurais-je point encore à dire sur cette union inexplicable de l'âme avec le corps, deux substances si différentes, si peu faites, ce semble, pour être associées , et cependant tellement liées l'une à l'autre, qu'elles ne font qu'un même être et un même tout ? N'a-t^il pas fallu une puissance et une sagesse infinies, la puissance et la sagesse d'un Dieu, pour les réunir et établir entre elles un accord si parfait ? Il est donc \Tai que tous les membres de notre corps, que toutes les facultés de notre âme, sont autant de voix qui nous crient : C'est le Seigneur qui nous a faits ; nous n'avons pu nous faire nous-mêmes (1); et l'homme est un monument continuel de la puissance souveraine qui l'a créé.
Dira-t-on que le monde avec les divers éléments qui le composent, que l'homme avec sa double substance spirituelle et corporelle, est un effet du hasard? Mais si quelqu'un s'avisait d'avancer et de soutenir que c'est le hasard qui a produit une maison, une horloge, une statue, vous vous moqueriez de lui, et avec juste raison; vous ne seriez pas embarrassés pour répondre qu'il a fallu un ouvrier, et un ouwier intelligent, pour bâtir une maison, où l'on voit les appartements bien distribués et justement adaptés à l'usage qu'on leur destine; qu'il a fallu pareillement un horloger pour faire une horloge, et un sculpteur pour une statue. La première question qui se présente à notre esprit, quand nous voyons une belle chose , n'est-elle pas celle-ci ; ,qui en est l'auteur? qui l'a faite? Et l'on oserait dire que ce magnifique temple de l'univers est un effet du hasard ! que cette machine immense , c'est-à-dire le monde, composée de plusieui's millions de roues qui s'engrainent si exactement les
(1) Ipse fecit nos, et non ipsi nos. Psalm., xcix, 3.
unes dans les autres^ et de tant de ressorts dont le jeu est si ravissant, a été fait sans qu'aucun ou\Tier ait présidé à sa construction ! Et l'homme aussi, avec son front noble et majestueux / avec son admirable organisation , l'homme serait sorti d'une cause aveugle, telle que le hasard ! Quoi ! celui qui lui a donné l'œil ne verrait point ! Celui qui lui a formé l'oreille, n'entendrait point ! le hasard aurait produit un chef-d'œuvre de sagesse ! Quelle absurdité î — Auti'e raison péremptoire. D'où vient que le hasard qui, au dire de certains incrédules, a fait tant de choses magnifiques, ne crée maintenant plus rien de nouveau ? D'où vient qu'il ne forme pas un autre monde, un autre soleil, une autre lune ? D'où vient, au moins, qu'il ne produit pas quelque plante, ou quelque animal d'une nouvelle espèce? d'où vient, enlin, que ce hasard, qui aurait agi au commencement avec tant d'ordre et de discernement, depuis que le monde existe, n'a rien fait de régulier et de suivi ? Am'ait-il donc épuisé sa force ? et se serait-il condamné à une éternelle inaction ? Ah! c'est qu'en réalité le hasard n'est rien; ce n'est qu'un mot dont nous nous servons, à la vue de certains effets imprévus, dont nous ignorons la cause ^.
Étrange aveuglement Me l'impie, qui fait son Dieu du hasard ! Il donne tête baissée dans les plus singulières contradictions. Dans les produits de l'industrie humaine, il reconnaît l'inteHigence qui les a façonnés; et il ne veut pas admettre l'intelligence suprême qui a créé et coordonné les mondes ! Mais, pour quiconque ne voudra pas s'aveugler soi-même, la contemplation de ce grand ouvrage de la création élèvera son âme jusqu'à la connaissance du Créateur, et il s'écriera, dans le ravissement de l'admiration, avec le prophète royal : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie la puissance qui éclate dans louvrage de ses mains (i). » C'était là aussi l'argument invincible
(0 Cœli enarrant gloriam Dei, et opéra manuum ejus annunliat fifmamentum. Psalm. xviii, 1.
qu'apportait Tapôtre saint Paul, pour confondre les athées. a Quelle est la maison^ dit-il, qui n'ait pas eu son architecte? Or, rarchit*^cte du monde, c'est Dieu (1). "^
Du reste, cette preuve est si frappante que tous les peuples l'ont sentie. En effet, interrogez toutes les nations de l'univers, parcourez tous les climats; partout, d'une extrémité du monde à l'autre, vous trouvez l'idée d'un Dieu, gravée dans le cœur des hommes ; partout vous voyez des monuments sacrés, des cérémonies religieuses, des temples, des autels, des sacrificateurs, des victimes; partout des jours de fête en l'honneur de la Divinité. Les peuples anciens et modernes, barbares ou civihsés, s'accordent tous à reconnaître un être suprême sous quelque nom, d'ailleurs, qu'ils le désignent. Ils ont bien pu se tromper, et de la manière la plus grossière, sur la nature de Dieu, sur ses attributs, sur les honneurs qu'on doit lui rendre. Ainsi nous savons qu'on a adoré des dieux ridicules, bizarres, monstrueux ; qu'on leur a rendu un culte plein d'impiété et de folie, un culte souvent barbare et infâme; mais, enfin, toujours les hommes ont cru qu'il y avait au-dessus d'eux une puissance, dont ils dépendaient et à laquelle ils devaient leurs hommages; et, quoiqu'ils ne sussent pas quel Dieu il fallait reconnaître, ils savaient qu'il y en avait un, et ils allaient jusqu'à s'en torger une multitude infinie, plutôt que de renoncer à toute Divinité *. Et remarquez encore que cette foi en Dieu n'est pas seulement particulière au vulgaire, qu'on regarde ordinairement comme plus crédule; mais les plus beaux génies, les hommes les plus éminents par leur science et leur mérite, ont pensé siu* ce sujet comme le vulgaire. Tant le sentiment de la Divinité est fortement empreint dans le cœur de tous les hommes ! Jamais ils n'ont pu l'étoufier, ni renoncer à son impression. Ce sentiment s'est constamment maniiesté par cette exclamation, qui nous est si naturelle : ô
(1) Oœnis namque dûmus fabricalur ab aliquo ; qui autem omnu creaTÏt, Deus est. Ueb., m, 4.
EXISTENCE DE DIEU. as^
Dieu ! ô mon Dieu ! exclamation de tous les temps et de tous les pays, et qui s'échappe encore si souvent de la bouche de nos incrédules, lorsqu'ils se trouvent dans des circonstances un peu critiques. Alors leur scepticisme disparaît,, et ils sentent le besoin de croire en Dieu et de s'appuyer sur sa bonté.
Or, d'où a pu venir aux hommes cette persuasion si intime, si constante, si universelle, qu'il y a un Dieu, s'il n'y en a pomt? Comment une si grande multitude de peuples, disséminés sur la surface du globe, malgré la diversité des mœurs, du langage, des préjugés, ont-ils pu admettre une croyance si opposée aux passions, si elle ne repose sur aucun fondement solide? Reconnaissons-le, l'erreur ne peut avoir un caractère si marquant d'universalité. Ce consentement unanime de tous les peuples ne peut donc venir que de l'évidence de la vérité. C'est le cri de la nature qui a porté tout le genre humain à croire en Dieu ; c'est le bon sens; et ne pas croire en Dieu, c'est aller contre le sens commun, c'est extravaguer ^.
Cependant l'impie a dit : a II n'y a point de Dieu (1). » Oui, je le dis en frémissant, il s'est trouvé des hommes qui, sourds à la voix de la nature, insensibles au spectacle de l'univers, ont proféré cet horrible blasphème : il n'y a point de Dieu ! Mais l'impie n'est-il pas effrayé de son isolement ? Ne voit-il pas que la société entière le repousse avec horreur? Quoi ! seul, il ose s'inscrire en faux contre le témoignage de tous les peuples ! Seul, il ose troubler l'harmonie universelle, et ce concert de louanges, qui s'élève de toutes parts vers le Créateur ! Seul, croit-il être plus sage que le genre humain tout entier ?
Cependant, j'entends l'incrédule raisonner et me dire s Personne n'a jamais vu ce Dieu, ce Créateur, ce Maître absolu; comment donc pouvons-nous savoir qu'il existe? -^ Mais que de choses nous croyons, sans les avoir jamais
(1) Dixit iDsipiens in corde suo : Non est Deus. Psalm, ui, 1.
vues! L'air^ par exemple, ne se voit pas; on ne peut pas le toucher; et pourtant il existe, puisque, sans lui, nous ne pourrions pas respirer et vivre. « Poui-quoi vous étonner de ce a que vous ne voyez point Dieu ? disait autrefois un célèbre « apologiste de la religion (1), le vent agite tout, son souffle a se fait sentir à toutes les créatures ; et cependant on ne le a voit pas. Le soleil même qui vous éclaire, cet astre brila lant qui fait la lumière du jour, le pouvez-vous envisager? «et ses rayons ne vous off'usqueraient-ils point, si vous « arrêtiez la vue sur lui ? Vos yeux sont trop faibles pour le c( regarder ; et on ne peut les fixer sur lui, sans s'exposer à «t les perdre. Comment donc pourriez-vous voir Dieu, qui a « créé le soleil, et qui est la source de la lumière et la lu- « mière même ? Quoi ! vous ne pouvez apercevoir votre âme G qui est le principe de votre vie, et vous croiriez avoir le a privilège de contempler Dieu des yeux du corps et dans « une chair mortelle ! » Il s'est fait assez connaître par ses œuvres; et, par la seule considération des merveilles qu'il a opérées, et dont le spectacle ravit sans cesse notre admiration, nous sommes aussi assurés de son existence que si nous pouvions le voir de nos yeux et le toucher de nos mains.
Bien plus. Dieu, tout invisible qu'il est par sa nature, se rend sensible, quand il lui plaît, en présentant à nos yeux telle figure qu'il juge à propos de choisir, et en donnant des signes certains de sa présence ; ce qui nous est attesté par le témoignage infaillible des Écritures. Nous y lisons, en effet, que Dieu s'est montré à Adam, soit avant, soit après son péché; qu'il s'est également montré aux saints patriarches Abraham, Isaac et Jacob ; qu'il a aussi paru à Moïse, sous la forme d'un buisson ardent , et qu'il a conversé. j>endant quarante jours avec lui, sur la montagne de Sinaï. Il s'est encore manifesté en divers temps aux prophètes ; et Michée entre autres nous dit : a J'ai vu le Seigneur assis sur son trône, et toute
(1) MiDUtius Félix
EXISTENCE DE DIEO. 91
Tarmée du Ciel autour de lui^ à droite et à gauche (1). n Croyons donc fermement en Dieu, et a laissons les taupes cachées sous terre, nier, si elles l'osent, l'existence du soleil (2). »
Que si on me demande maintenant comment il a pu se faire que des hommes, que des êtres raisonnables aient osé révoquer en doute l'existence d'un Dieu, je répondrai par ce texte de nos livres saints : a L'impie a dit dans son cœur, G il n'y a point de Dieu (3). «Remarquez le sens profond de l'Ecriture, elle ne dit pas que l'impie a dit dans son esprit, car il a beau faire, il ne peut étouffer entièrement le cri de sa conscience, qui s'élève contre lui et lui montre toujours un Dieu vengeur du crime et rémunérateur de la vertu ; mais l'impie a dit dans son cœur , in corde suo ; c'est-à-dire que ce cœur corrompu voudrait qu'il n'y eût pas de Dieu, afin de se livrer avec plus de liberté à toutes ses passions. Vœu exécrable, qui dénote une perversité consommée, et ne peut être qu'une insigne folie. Dixit insipiens.
Qu'on se garde donc bien de croire que c'est la conviction del'esprit qui fait parler l'impie, car ces troubles, cette crainte delavie future, ces sombres terreurs qui le tourmentent et l'assiègent à son lit de mort, prouvent évidemment le contraire. C'est la corruption du cœur qui le pousse ; cette idée d'un Dieu qui veille sur toutes ses actions , qui lui demandera compte de toutes ses paroles et de toutes ses pensées, excite sa rage, parce qu'elle vient le troubler au milieu de ses plaisirs les plus doux et de ses sales voluptés; et il s'efforce de l'anéantir autant qu'il est en lui. Personne, a dit saint Augustin, ne nie Dieu, excepté celui auquel il serait avantageux qu'il n'y en eût point (4). En toute vérité, on peut conclure qu'il n'y a que des sots, des fous, ou des scélérats qui
(1) Vidi Dominum sedeniem super solium suum, etomnem exercitum cœli assislentem ei à dextris et à sinistris. III, Reg., xxii, 19.
(2) Voltaire.
(3) Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus. Psal, xiii, 1.
(4) Nemo Deum negat, nisi cui expedit Deum non esse. D. Aug.
puissent dire qu'il n'y a point de Dieu. Voit-on en effet que ceux qui nient l'existence d'un Dieu, ou qui vivent comme s'il n'y en avait point, soient les plus justes, les plus honnêtes, les plus probes des hommes? Les voit-on doux, officieux, compatissants, charitables? Les voit-on fort scrupuleux sur les devoirs de la justice, de la tempérance, de la chasteté? Je sais bien qu'on m'objectera qu'il y a des athées vertueux. Je l'accorderai volontiers, si on le veut, car peu importent certains cas particuliers; on peut dire que ces gens-là valent mieux que leurs principes, et il n'en est pas moins certain que, sans la foi en un Dieu, la vertu n'a plus de base solide.
En effet, si on n'est retenu par la crainte de quelque châtiment divin, ou animé par l'espérance de quelque bénédiction céleste, à quoi bon se gêner et se contraindre, pour faire le bien et éviter le mal? A quoi bon être chaste, juste, charitable, tempérant? Toute la vertu de l'athée consiste à chercher son plaisir et sa félicité dans ce monde ; et ce serait folie d'y renoncer , puisqu'il n'a rien à attendre dans une vie meilleure. Le voilà donc qui s'abandonne, sans honte et sans remords, à toute la fougue de ses passions et aux plus honteux désirs de son cœur. L'orgueil, iambition, la colère, l'impudicité , le poussent au vol, à la fraude, à l'assassinat; il ne doit point reculer devant les plus grands crimes, s'il espère y trouver son bonheur; et l'on a pu dire avec juste raison « Qu'il sort de chaque opi- « nion de l'impiété une fmie armée d'un sophisme et d'un « poignard, qui rend les hommes insensés et cruels (1). » Vous-même, de bonne foi, voudriez-vous confier votre fortune, votre honneur, votre vie à un athée qui aurait quelque intérêt à votre mort? Pourvu qu'il vît le moyen d'échapper à la justice des hommes, la crainte de la justice divine ne l'arrêtant plus, vous seriez bientôt volé, pillé, ruiné, déshonoré ou tué. a Je crains Dieu, disait un homme
(1) Voltaire.
de beaucoup d^esprit, et, après lui , je ne crains que celui qui ne le craii it pas. » Voilà comment l'incrédule, en niant Dieu, ôte tout frein au vice et détruit le fondement de la vertu *.
Quand, au contraire, on se représente un Dieu qui observe nos moindres actions , qui nous tient compte de nos moindres efforts, on cherche à lui plaire, on craint d'offenser la pureté de ses regards, on se porte aux actes de charité les plus sublimes , on partage généreusement son dernier morceau de pain et le dernier haillon de sa misère avec l'indigent qui souffre et qui est transi de froid, au coin de la rue; on dévoue même sa vie, lorsque l'occasion s'en présente , et on répand courageusement son sang pour le salut de ses frères.
Oh! que j'aime à m'arrêter à ce dogme consolateur! que j'aime à penser à ce Dieu créateur et père , qui pourvoit avec une tendre sollicitude à tous mes besoins, et qui me récompensera un jour pour tout ce que j'aurai fait ou enduré pour son amour ! Cette idée adoucit mes peines , me soutient dans les langueurs et les calamités de cette vie, m'encourage à bien faire, à devenir meilleur, et répand dans mon âme les sentiments de la plus douce piété.
Nous terminerons par ce conseil d'un philosophe célèbre (1) : « Tenez votre âme en état de désirer toujours qu'il a y ait un Dieu, et vous n'en douterez jamais. »
TRAITS HISTORIQUES
1. Vil des plus illustres naturalistes, l'immortel Linnée, après un© »aste et profonde étude de la nature, s'écriait : « J'ai vu passer l'om- « bre d'un Dieu éternel, immense, tout-puissant, souverainement « intelligent^ et jai été stupéfait. J'ai suivi dans le désert la trace de « ses pas : quelle force, quelle sagesse, quelle iasondable perfectioft
(1) Rousseau.
94 DEUXIEME LEÇOiN.
« en toutes ses œuvres, dans les plus petites même, et jusque dan* € celles qui subsistent à peine ! » System. Nat.
On peut rapprocher de ces belles paroles celles-ci plus simples d'un pauvre Arabe du désert, ignorant comme le sont la plupart des Arabes; on lui demandait comment il s'était assuré qu'il y a un Dieu. — «De € la même façon, répondit-il, que je connais par les traces marquées « sur le sable, s'il y a passé un homme ou une bête. » Voy. en Arab., par M. Darvieux.
L'aspect du ciel était, pour le célèbre astronome Hell, un objet de méditation et d'instruction. 11 n'y voyait pas, comme Lalande (1) et autres creux spéculateurs, le désordre de la matière errant au hasard dans les déserts de l'espace; mais il contemplait dans cette immense cité du grandRoi (Ps.xlvii), la merveille de l'ordre et de l'obéissance, que le Créateur a placée de préférence dans ces régions sublimes, pour en rendre le spectacle plus durable et plus frappant. Cette multitude de corps brillants étaient pour lui, comme pour saint Jean Chrysostôme, autant de prédicateurs éternels des grandeurs de Dieu. L'aridité de la géométrie ne dessécha pas sa piété, qui fut toujours vive, tendre, et féconde en œuvres saintes. 11 ne manqua jamais de jeûner le samedi, en l'honneur de la Vierge. Feller, Dict. Ilist.
2. Un Anglais, nommé SaundersoD, d'un grand talent, mais perdu de mœurs, prétendait ne pas devoir connaître Dieu, parce qu'étant, aveugle, il ne voyait pas ses ouvrages. « Mettez la main sur vous,] lui dit un jour le docteur Holmes ; l'organisation de votre corps dis-| sipera une erreur si grossière. >
Un jour que Galien venait d'expliquer l'anatomie du corps humain : € J'ai, dit-il, offert à l'Éternel un sacrifice plus agréable que le' € sang des boucs et des taureaux. > Leçon utile pour ces demi-médecins, qui, pour avoir entrevu lestement quelques opérations de la mystérieuse nature , arrêtent leurs regards sur la superficie de l'ouvrage, et méconnaissent le but, la sagesse de l'ensemble et l'auteur lui-même. Feller, Dict. Uist.
3. Si le monde s'était formé par hasard, il faudrait dire aussi que c'est le hasard qui le conserve ; que c'est le hasard qui règle la course des astres, qui les empêche de s'entre-choquer dans les espaces, et que ce même coup de hasard qui a produit tant d'ordre et de magnificence, se répète à chaque instant, depuis des milliers d'années. Cela est-il concevable? Si quelqu'un jouant aux cartes, ou aux dés pendant cinquante ou cent ans, avait constamment, et ^ans variation
(1) On a dit de Lalande qu'il avait tout vu dans le ciel, excepi^; Dieu.
EXISTENCE DE DIEU. g.^
aucune, les mêmes caries ou les mômes dég, diriez-vous que c'est ud effet du hasard? Tel fut, à peu prés, le raisonnement qu'employa on jour l'abbé Galiani. Après un dîner assaisonné d'aihéismv^, il fut nommé par plaisanterie Avocat de Dieu, et on le chargea de plaider sa cause. Il s'assit et débuta ainsi : « A Naples, un homme de la Ba- « silicate prit d'ïvant nous six dés dans un cornet, et paria d'amener « rafle de six; il l'amena du premier coup. Je dis : cette chance était « possible. Il remit les dés dans le cornet trois, quatre, cinq fois, el « toujours rafle de six. Sanguè di Bacco, m'écriai-je, les dés sont pipés, « et ils l'étaient. Philosophes, quand je considère l'ordre toujours re- « naissant de la nature, ses lois immuables, ses révolutions constantes € dans une infinie variété, celte chance unique et conservatrice d'un « monde tel que nous la voyons, qui revient sans cesse, malgré cent « autres millions de chances de perturbation et de destraclion, je m'é- « crie : Certes, la nature est pipée. »
Cette saillie originale et sublime ne mit pas les rieurs du côté de l'athéisme. Mémoires de Morellet.
4. Cette foi du genre humain à un Dieu, créateur et conservateur de l'univers, les aihées eux-mêmes sont forcés de la reconnaître, sans pouvoir l'expliquer. Nous citerons ici en particulier un nommé Robert Owen, impie frénétique, qui s'est fait bafouer en Europe par sa jactance d'alhéisme. Étant, il y a quelques années, aux Étals-Unis, il prononça une harangue, où il fit les aveux suivants : « Citoyens, j'ai « parcouru différentes parties des deux hémisphères, je me suis arrêté « dans plusieurs pays, j'ai étudié partout les usages et les mœurs « des peuples, et j'ose dire que jusqu'à présent je n'ai vu que des c hommes dégénérés. Tous, sans exception, étaient dégradés au desc sous de leur nature ; tous étaient devenus assez sots pour croire, au « moins intérieurement, en une Divinité. Je dis intérieurement, car « j'en ai trouvé quelques-uns qui niaient extérieurement leur croyance « et se disaient aihées ; mais leur athéisme n'en avait que l'écorce, « et, en dedans, ils étaient tout aussi crédules que les autres. Après « mes longs voyages, après mes laborieuses recherches, je dois avouer, « à la honte da tous les hommes, que je n'ai pu trouver une seule « face humaine, sur laquelle fussent empreintes des marques de ra « tionalisme. » Annales de lapropag. de la Foi, no 23, 1S3I.
L'insensé, qui regardait comme une dégradation la croyance qui relève le plus notre nature, eî qui se croyait seul raisonnable, parce qu'il avait le courage de nier l'auteur de son être et de sa raison ! Mais Owen lui-même, probablement, n'avait aussi que l'écorce de l'athéisme. Il y a tant de gens qui nient extérieurement des croyances que, malgré eux, leurs âmes conservent vivantes.
6. Un impie, aussi léger dans ses raisonnements que dans sa per-
'i^ô DEUXIÈME LEÇON.
^OTie, se présenta un jour devant un pieux jésuite, le P. Houdin : « Mon père, lui dit-il brusquement, vous voyez en moi un athée. » Le jésuite recule d'effroi ; et, s'armant d'une lunette, qu'il trouve sous sa main, il fixe les yeux sur le jeune fat. — « Que faites-vous, mon père? — Je regarde rette étrange bête qu'on appelle athée, que je n'avais pas encore vue.» — Ecrasé par cette parole de mépris, l'impie disparut aussitôt, pour cacher sa honte et se dérober à la lumière.
MÉRAULT, Apologistes involontairei.
6. Il fut un temps, qui n'est pas loin de nous, où des athées gouvernaient la France. Les prêtres furent proscrits. Le Seigneur fui chassé de ses temples; des démagogues effrénés lui déclarèrent une guerre à mort ; et l'on vit, au mois de novembre 1793, un de ces furieux (1), dans l'église de Saint-Roch, à Paris, prostituer la chaire de vérité, et terminer un discours blasphématoire par cette horrible imprécation : « S'il existe un Dieu, je le défie en ce moment de me foudroyer pour montrer sa puissance, > comme si Dieu devait s'armer de son tonnerre, à chaque fois qu'on l'outrage. Mais alors aussi que de ruines amoncelées dans notre malheureuse patrie, que de crimes, que d'horreurs ! Le plus pur sang de la nation coula par la main du bourreau; l'échafaud fut en permanence ; des milliers d'innocents périrent. Massacres, noyades, mitraillades, égorgemenls en masse, les moyens les plus violents et les plus atroces furent employés par ces prétendus regénérateurs de la France ; un long cri de détresse s'éleva de toutes paris ; c'était assez que de se montrer honnête et vertueux pour être jugé digne de mort. Mais enfin la révolution elle-même recula effrayée devant ses œuvres, et crut pouvoir rétablir par un décret l'Être suprême et l'immortalité de Vâme, qu'elle avait voulu d'abord supprimer. Voltaire avait dit : « Si le monde était gouverné par des « athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres € infernaux, qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes (2). » La France en a fait la triste et cruelle expérience ; puisse-t-elle ne plus la renouveler !
Quand on parla de Dieu à l'infâme assassin du duc de Berry, afin de lui inspirer quelque repentir, il répondit avec un sourire infernal : Dieu n'est qu'un mot. Que de crimes ce blasphème nous explique! Que de vérités il nous dévoile! Et, le misérable, après avoir consommé cet exécrable forfait, qui jeta la consternation dans tout le royaume, se regardait encore comme le sauveur de la France, à laquelle il se sacrifiait! et il déclarait que si lui, nieuririer, s'étaii échappé, il serait ailé se coucher; et que, le lendemain, il eût renou-
(1) Monvel, acteur et auteur dramatique,
(2) Uomél. sur l'athéisme.
ve.'é son attentat sur la personne du duc d'Angoulême. L'homme sans Dieu est donc pire qu'une bête féroce.
Si la crainte de Dieu est nécessaire aux sujets pour les contenir dans le devoir, et leur rendre même l'obéissance plus douce, elle n'est pas moins nécessaire aux rois pour les empêcher d'abuser de leur autorité, et pour les porter à travailler plus efficacement au bonheur de leurs peuples. C'est ce que fit entendre Arnaud de Baculard au fameux roi de Prusse Frédéric. Dans un souper où tous les convives exprimaient à l'envi, devant ce prince, les opinions les plus hardies sur la religion, Arnaud seul se taisait, c Eh bien, Arnaud, quel est t votre avis sur tout cela? dit Frédéric en lui adressant la parole, c — Sire, lui répondit-il, j'aime à croire à l'existence d'un être auc dessus des rois, a
DEUXIÈME INSTRUCTION
Attributs de Dieu : Être par excellence , perfeclicn «oaveraine , immatérialité, indépendance, immutabilité, éternité, immensité, bonté infinie et toute-puissance.
D. Qu'est-ce que Dion ?
. R Dieu est le créateur du ciel et de la terre et le maître absolu de toutes choses.
Nous savons qu'il y a un Dieu; nous le connaissons pai' ses ou\Tages, par Tordre du monde, et par la luruiere qu'il a mise en nous. Mais savons-nous également ce qu'il est ? Hélas! qu'est-ce que l'homme pour oser s'élever jusqu'à l'essence divine, poiu* entreprendre de sonder cet abirne impénétrable ?
Dieu est tout ce que nous pouvons penser de plus grand, de plus sublime, de plus magnifique. Dieu est l'être par excellence, l'être souverain, l'être ineflable. Dieu est une grandeur au-dessus de toutes les grandeurs, une beauté audessus de toutes les beautcs, une majesté au-dessus de toutes les majestés, une puissance au-dessus de toutes les puissances... Mais qu'est-ce que tout cela, ù mon Di , .'
91 DECIIÈME LEÇON.
Plus nous nous efforçons de pénétrer votre nature, plu» notre esprit se perd, et nous sommes réduits à bégayer comme des enfants , afin de faire sentir combien vous êtes au-dessus de toutes nos conceptions et de toutes nos paroles ! Il y a rinfini entre Dieu et nous; et son excellence est telle que nos pensées n'y peuvent atteindre. Il n'y a que lui qui se connaisse entièrement, et nous ne pouvons pas même dignement comprendre jusqu'à quel point il est incompréhensible ! Bornons donc notre vaine et insatiable curiosité, et contentons-nous de méditer avec un profond respect ce qu'il a plu à Dieu de nous révéler sur sa nature et sur ses adorables perfections.
« Je suis celui qui suis, a dit le Seigneur (1). » C'est ainsi qu'il se définit lui-même. Celui qui est, voilà son nom, c'est-à-dire qu'il existe par la nécessité de sa nature, et qu'il ne peut pas ne pas exister. Rien de ce que nous voyons n'a pu lui donner l'être , et il a donné l'être à tout, et tout n'exictc que par lui. Voilà pomquoi le catéchisme, pour nous en donner une idée , quoique encore bien imparfaite , nous le représente comme le créateur du ciel et de la terre et de toutes choses.
D. Pourquoi dites-vous que Dieu est le créateur du ciel et de la terre.
R. Parce qu'il a fait toutes choses de rien.
La puissance créatrice est un des plus beaux , des plus admirables attributs de la Divinité. Les hommes peuvent bien opérer sur la matière, composer et décomposer , unir et disjoindre, peser, mesurer, façonner de diverses manières ; mais créer, mais faire l'objet le plus vil et le plus grossier, une pierre, par exemple, un grain de sable, la moindre particule d'une substance quelconque, le pins léger atome, l'industrie humaine ne va pas jusque-là; il n'y a que l'Ètr existant par lui-même qui puisse créer.
(1) Ego sum qui svm. Exod. m, 14.
De ce qu'il existe par lui-même, nous concluons. naturellement qu'il est infini. Car l'Être par lui-même ne saurait être borné; il n'aurait point la plénitude de l'être^ s'il lui manquait quelque chose; il serait néant sous quelque point de vue, el par conséquent il cesserait d'être nécessaire. Dieu est donc parfait et infiniment parfait. Il est le bien primitif, le bien général et universel; et il possède à lui seuL dans le degré le plus èminent, toutes les perfections qu'il a distribuées à ses créatures. Aux unes il a donné la beauté , aux autres la force, à celles-ci le mouvement, à cel!es-!à l'intelligence; mais ces diverses perfections ne sont qu'un écoulement des siennes; et, dans les biens créés, il n'y a rien d'agréable, d'utile, de magnifique, qui ne se trouve plus parfaitement en Dieu. En lui se réunissent la beauté avec la force, la sagesse avec la puissance , la douceur avec l'autorité, la miséricorde avec la justice, il a toute gloire, toute grandeur, toute richesse; en un mot, rien ne lui manque, parce qu'il est tout bien , comme il nous l'a marqué par cette parole ineffable : Je suis celui qui suis ; j'ai l'être par excellence, j'ai toutes les perfections de l'être.
Dans les créatures, nulle perfection sans défaut. Jetez les yeux sur ce qui vous semble le plus accompli , qu'y trouvez-vous? Un composé bizarre de bien et de mal, de perfections et d'imperfections; la force est accompagnée de faiblesse; la beauté est fragile; l'éclat est une fleur qui se fane; les richesses ne sont jamais sans quelque indigence et quelque vide ; la puissance ne va pas toujoius avec la sagesse, ni la probité avec la science, ni la science avec la bonne conduite. Tout ce qui s'élève d'un côté s'abaisse de l'autre, et il n'y a point de grandeur qui ne se démente par quelque endroit. Dieu seul est grand en tous points, parfait en tout genre de perfections.
Quelle est (ionc la magnificence de votre être, ô mon Dieu! a 0 Dieu! souverainement beau et au-dessus de toute a beauté, foit et au-dessus de toute force, toujours ancieu a et toujoiu-s nouveau, qui changez tout sans changer vous-
iOO DEUXIÈME LEÇON.
« même, toujours agissant et toujours tranquille , qui pora tez tout sans vous lasser, nourrissez tout sans vous épuiser, a donnez à tous sans vous appauvrir, que vous êtes gi'and, a riche, admirable, ô mon Dieu (1) ! » Nous trouvons donc en Dieu une infinité de perfections infinies; pendant l'éternité tout entière, nous serons occupés à les contempler; et, en découvrant à chaque instant de nouvelles, nous nous écrierons dans l'extase de l'admiration, du bonheur et de l'amour : a Qui est comme Dieu (2)? »
Il est quelques-unes des perfections de Dieu, sur lesquelles nous devons particulièrement insister. Les voici réunies en peu de mots : Dieu est un pur esprit, indépendant, inrniuable, éternel, immense, infiniment bon, et tout-puissant. Développons ces idées, selon l'ordre des demandes du catéchisme.
D. Dieu a-t-il un corps t R. Non, Dieu est pur esprit.
Puresp)it, c'est-à-dire qu'il est dégagé de toute substance matérielle; il n'a ni corps, ni forme, ni figure humaine ou corporelle. Il est une raison, une intelligence, qui ne peut être vue de nos yeux, ni touchée de nos mains, ni aperçue par aucun de nos sens , mais seulement conçue par notre esprit.
Ce serait donc une erreur bien grossière de se représenter Dieu semblable à un homme, avec un corps matériel. ïl n'a ni pieds, ni mains, ni bouche, ni oreilles; et, lorsque vous entendez dire dans les instructions, ou que vous lisez dans les saintes Écritures, qu'il prête une oreille attentive à vos prières, qu'il a toujours les yeux ouverts sur vous, qu'il appesantira son bras sur les pécheurs, et autres choses semblableSj ce ne sont que des façons de parler, pour marquer les
(1) D. Aug. Confess,, 1. 1, c. iv.
(2) Quis ut Deui f — C'est la tiadaciiun du nom de l'archange saint Michel.
actions de Dieu. Par ses yeux, on vp'aC signifier qu'il voit tout; par ses oreilles, qu'il entend tout; par ses mains, qu'il fait tout; par ses bras, on entend sa grande puissance; et on exprime comme on peut sa majesté, en mettant toutes les créatures à ses pieds. Mais il n'a réellement aucun des membres ou des sens que nous avons. De même, lorsque vous voyez dans les tableaux le Père éternel représenté sous la forme d'un vénérable vieillard , loin de vous la pensée qu'il soit un être matériel, ce n'est qu'une manière d'exprimer son éternelle antiquité ; comme aussi l'on représente le Saint-Esprit sous la figure d'une colombe , non pas qu'il ait cette forme, mais parce qu'il s'en servit autrefois pour se rendre sensible, au baptême de Jésus-Christ.
Pourquoi donc emploie-t-on ces signes? Ccsi pour aider notre imagination, et frapper plus vivement nos sens; c'est afin de nous élever par la considération de ces images sensibles à une espèce de vue et de contemplation de cette pure essence, que jamais nous ne pourrons comprendre. Du reste. Dieu, pour s'accommoder à notre faiblesse, veut bien permettre que nous usions de ces moyens. Et c'est lui-même qui nous en a donné l'idée, en se manifestant sous divers symboles, par exemple, à Moïse, sous la figure d'un buisson ardent; dans le temple de Jérusalem, sous celle d'un nuage; et de plusieurs autres manières, aux Israélites dans le désert. Mais encore une fois, ces signes corporels ne sont que pour nous donner une idée des perfections de Dieu, et ne peuvent aucunement représenter la nature divine , invisible et inaccessible à tous nos sens.
Indépendant. Puisque personne ne lui a donné l'existence, et qu'aucune cause ne l'a produit, il ne dépend donc d'aucune personne ni d'aucune cause, et n'a point de maître au-dessus de lui. Il est le Maître des maîtres, le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois, le Maître absolu de toutes choses. Toutes les créatures dépendent de lui, parce que c'est lui qui les a faites, et que l'ouvrage appartient à l'ouvrier; lui seul est indépendant, parce qu'il ne tient son être que de lui-même.
Immuable, a Je suis le Seigneur et je ne change pas, » nous dit-il lui-même par la bouche d'un prophète (1). Ici-bas^ tout passe, tout change, tout se renouvelle; le temps produit, bouleverse, fait renaître; c'est une vicissitude incessante; le ciel même et la terre passeront et seront changés comme un vêtement (2). Dieu seul est toujours le même, il ne peut ni perdre, ni acquérir, ni se modifier, car tout cela tient du néant, et Dieu est celui qui est. Il est immuable dans sa manière d'être, puisqu'il n'y a rien qui puisse influer sur son existence; il est nécessairement ce qu'il est, toujours parfait, toujours infini, toujours Dieu. Immuable dans ses connaissances; il sait de toute éternité ce qui a été, ce qui est, ce qui sera. Pour lui, il n'y a ni passé ni futur, tout est présent à son divin entendement; il ne peut rien ignorer, rien apprendre, ni douter de rien. Immuable dans ses volontés ; y a-t-il personne au monde qui soit capable de l'en faire changer? De toute éternité il a voulu ce qu'il veut, ce qu'il fait et ce qu'il fera dans la suite des siècles. Rien ne peut faire obstacle à ses décrets, et il ne peut lui survenir de nouvelles raisons pour en changer (3).
Que si nous lisons dans l'Écriture que Dieu s'irrite, qu'il se repent, qu'on peut fléchir sa colère, qu'il pardonne, etc., toutes idées qui semblent impliquer un changement, en attribuant à Dieu de nouvelles connaissances et de nouvelles volontés, nous devons juger ces expressions, non pas comme dignes de la grandeui' du Très-Haut, mais comme plus proportionnées à notre capacité qu'à la sublimité de l'Être divin. A proprement pailer, ce n'est pas Dieu qui change, c'est l'homme. Dieu est toujours juste, et toujours miséricordieux, et, à cause de cet amour immuable et éternel de la justice, il est toujours irrité contre le pécheur et toujours
(1) Ego Dominus, el non mulor. Mal., m, 6.
(2) Omnes sicul vestimentum veterascent. Psal. eu, 27.
[Z] Consilium meum stabit, et omnis voluntas mea fie t./*., xlvi, IQk
fléchi par son repentir. L'homme peut bien changer de conduite à son égard ; mais Dieu aime toujouis la vertu et déteste toujours le vice, sans qu'il s'opère en lui le moindre changement. Ceci deviendra sensible par les deux comparaisons suivantes.
Pvésentez-vous à un miroir avec un visage colère, vous vous y verrez colère ; présentez-vous-y avec un visage serein et joyeux, vous vous y verrez avec la sérénité et la joie. Ce miroir a-t-il changé? Non, certes; c'est vous qui avez changé. Pareillement, les hommes seuls changent, et Dieu est toujours ce qu'il doit être par ses immuables perfections.
Autre comparaison. Si vous avez l'œil sain, la lumière du soleil vous est agréable et vous en jouissez tranquillement. Mais si votre œil est vicié par quelque accident, ses rayons sont pour vous comme autant de traits aigus, qui vous blessent et vous tourmentent. Or, où est le changement? Il n'est pas dans le soleil ; c'est votre œil qui est devenu malade. Dieu est ce soleil de justice qui, sans jamais changer, illumine les bons des rayons de sa grâce, et lance contre les pécheurs les traits de sa colère (1). Quand donc l'Écriture prête à Dieu le repentir, la colère, etc., c'est pour s'accommoder à nos usages, parce que nous ne pouvons parler et penser, au sujet de Dieu, que comme nous le faisons au sujet d'un homme. Ses perfections surpassant infiniment toutes les paroles dont se compose le langage humain, nous sommes forcés d'avoir recours à des figures, à des images sensibles, pour les exprimer d'une manière quelconque, et toujours très-improprement.
D. Dieu a-t-il toujours été ?
R. Oui, Dieu a toujours été; il n'a point eu de commencement, et il n'aura jamais de fin.
Etemel, Les hommes naissent, meurent, se succèdent;
(1) Sol oculos sanos habenli Iranquillus apparel; in oculos autem lippos quasi lela aspera jaculatur; inluentem excruciat, non muîatus, »ed mutatum. S. Aug. in ps. lxxm.
une race s'éteint, une autre la suit. Dieu est éternel. D n'a pas eu de commencement, parce que rien n'a pu le faire ; il n'aura point de fin, parce que rien ne pourra le détruire. a Le Seigneur reste toujours, dit le Psalmite (1) », et ses années ne finiront point, parce qu'elles sont éternelles. Lui seul a rimmortalité ; lui seul a la vie par essence ^.
Figurez-vous des milliers de millions de siècles, avant que la terre fût créée, avant que le soleil commençât son immense carritre; Dieu existait avant tout ce temps et infiniment au delà. Figurez-vous encore des milliers de millions de siècles après que tous les mondes seront détruits; Dieu existera encore par delà tous ces siècles et toujours. « Je vis pour l'éternité, dit le Seigneur (2).» Gloire donc à ce Roi immortel des siècles ; et, au lieu de chercher les biens frivoles de ce monde, attachons-nous à Dieu qui est la source unique et impérissable de tout bien. Heureux ceux qui mettent en lui toute leur confiance (3) ! Mais,medemanderez-vous peut-être, où était Dieu avant la création du monde? A cette question je réponds que Dieu, étant pur esprit, n'a besoin d'aucun espace qui le contienne. Il était donc en lui-même, se contemplant et s'aimant de toute éternité, et trouvant dans la perfection de son être un bonheur infini, car rien ne lui manque pour être souverainement heureux.
D. Où est Dieu. ^
R. Dieu est partout. ^^J
Immense. C'est-à-dire qu'il est en même temps au ciel, sur la terre et en tous lieux. Dieu nous parle de son immensité dans les termes les plus magnifiques. « Je remplis le ciel et la terre »nous dit-il par la bouche de son prophète (4).
(1) Dominus in œlernum permanet. Ps. ix, 8.
(2) Vivo ego in aeternum. Deut., xxxiii, 40.
(3) Beati omnes qui confidunt in eo. Ps. ii, 13.
(4) Cœlum et terraaa ego impleo. Jerem., xxiii, 24.
« Le ciel est mon trône et la terre Tescabeau de mes pieds ( 1 ) .» Saint Augustin s'est figuré cette immensité de Dieu comme un vaste océan, où toutes les créatures sont, pour ainsi dire, abîmées dans l'essence divine, sans jamais pouvoir en sortir, ni s'en détacher, parce qu'elles lui sont présentes par la nécessité de leur être. Nous sommes donc en Dieu comme le poisson dans Teau, comme l'oiseau dans l'air. C'est en lui, dit l'Apôtre, que nous avons la vie, le mouvement et l'être (2). Aussi le prophète David s'écriait avec admiration : 0 Où irai-je. Seigneur, pour me dérober à votre « esprit? Où m'enfuirai-je, pour me cacher à votre face? Si «je monte dans le ciel, vous y êtes; si je descends dans a l'enfer, vous y êtes encore ; si je prends des ailes pour « me transporter aux extrémités de la terre et au delà des a mers, votre main m'en ramènera et votre toute-puissance a m'y atteindra (3). »
Dieu est présent partout : par sa science, parce qu'il connaît tout; par sa puissance, parce qu'il agit en tout lieu; et par sa substance, parce qu'étant l'être infini, il ne peut être borné par aucun lieu ; les moindres espaces le contiennent et ne peuvent le resserrer. Sa présence n'est pas même limitée par ce vaste univers, puisqu'il existait avant que cet univers fût créé, et qu'il pourrait créer un nouvel espace et une infinité de nouveaux mondes, et il y serait toujours présent, et encore infiniment plus loin que tout ce que nous pouvons imaginer. Gardons-nous toutefois de nous figurer Dieu comme un grand corps, infiniment étendu, qui couvre la vaste surface de l'univers, et dont les diverses parties correspondraient aux diverses parties de l'espace, de manière qu'elles seraient les unes en un endroit, les autres en un autre. Dieu est partout, sans partage ni division, parce qu'il
{{] Coelum socles mea; terra autem scabellum pedum meoram.
It., LXVI, 1.
(2) In ipso enim vivimus, et movemur, el suraus. Act., xvii, 28.
(3) Si ascendero in cœluna, lu illlc es; si descendero in infernum» ades. P$. cxxxviii, 7.
est pur esprit^ tout entier dans chaque lieu, tout entier dans les moindres parties d'un lieu, aussi bien que dans tout l'univers.
Mais qui pourra comprendre cette immensité de Dieu? Hélas ! Iiojre raison est si faible et si bornée! Elle conçoit bien que Dieu est partout; mais là elle s'arrête, parce qu'elle est incapable d'expliquer la manière d'être des esprits, et leurs rapports avec l'étendue de la matière. Contentonsnous donc de croire et d'adorer. Si toutefois quelque chose peut nous donner une idée faible, une idée commencée, une notion imparfaite de l'immensité de Dieu, c'est la lumière : elle est partout comme lui, elle agit partout comme lui; mais cette idée est encore fautive, et il vaut mieux dire que la lumière la plus pure ne peut représenter Dieu.
Peut-être m'objectera-t-on qu'il répugne que Dieu soit présent dans certains endroits sales et hideux, dont la seule vue nous rebute. Cette difficulté ne doit pas nous arrêter le moins du monde. Car une âme ne peut-elle pas être saine et pure, alors même qu'elle habiterait un corps couvert de lèpre ou rongé par quelque ulcère? Voyez le soleil : il lance ses rayons dans les plus infects cloaques, sans en être souillé; un trait de lumière pénètre dans la fange, ne se mêle point avec elle, et y conserve sa pui-eté essentielle. Pareillement, Dieu est partout, sans éprouver nulle pari aucune incommodité, ni aucune atteinte ^.
D. Est-il aussi dans les enfers?
R. Oui, Dieu est aussi dans les enfers, mais c'est pour y punir les démons et les méchants.
Dieu est présent dans le ciel, pour y faire éclater sa magnificence et ses ravissantes beautés, aux yeux des anges et des saints, et les rendre ainsi parfaitement hem^eux; sur la terre, pour manifester sa miséricorde et sa Providence, en conservant l'être et la vie à ses créatures, et en les comblant sans cesse de nouveaux bienfaits; il est aussi dans l'enfer pom^ y glorifier sa justice. C'est là qu'il punit chaque péché
selon son degré de malice ; c'est là qu'il se venge de ces insensés^ qui ont eu l'audace de mépriser ses lois. De son souffle divin, il allume et entretient ce feu et ces tourbillons de flammes^ qui brûlent et brûleront les démons et les réprouvés, sans jamais les consumer. Il en renouvelle à chaque instant l'activité, pour en faire passer et sentir la violence jusqu'à la partie la plus intime de l'âme. Que sa présence est donc terrible dans les enfers ! Ah! tâchons de nous en préserver, en nous rendant utile et profitable sa présence en ce monde; c'est-à-dire, dès cette vie, ayons-le toujours présent à notre esprit comme vengeur du crime et rémunérateur de la vertu, comme pesant dans la balance de sa justice chacune de nos actions.
D. Dieu nous voit-il?
R. Oui, Dieu voit jusqu'à nos plus secrètes pensées.
Il n'en est pas de notre Dieu comme de ces divinités de pierre ou de bronze, qu'adoraient les païens, qui avaient des yeux et ne voyaient pas, des oreilles et n'entendaient pas; notre Dieu sait tout, connaît tout, voit tout. Sa science embrasse à la fois le passé, le présent, l'avenir. Ce qui se passe de plus secret dans les plus noires ténèbres et les lieux les plus retirés, comme ce qui se fait au grand jour, tout est nu et découvert devant lui ( 1 ) . Il sonde jusque dans les jointures et la moelle des os; il démêle les mouvements des cœurs et pénètre tous les replis des âmes. Nos desseins, nos projets, nos désirs les plus cachés sont présents à ses yeux. Seigneur, votre science est donc vraiment admirable, je ne puis y penser, sans être saisi de frayeur (2). Vous percez jusque dans le fond des abîmes (3). Vous avez découvert de loin mes pensées, et marqué le sentier par lequel je marche,
(1) Omnia nuda et aperta sunt oculis Dei. Heh., iv, 13.
(2) Mirabilis fada est scientia tua ex me. Pi. cxixviii, 5.
(3) Qui intueris abyssos. Dcm., m, 55.
et celui que je suivrai tout le reste de ma vie (1). Vous avez prévu toutes mes voies, et vous savez toutes mes paroles, même avant que je les prononce (2).
Va donc^ pécheur, enfonce-toi dans les antres des forêts, dans les cavernes les plus profondes, dans les réduits les plus obscurs; pénètre jusqu'au centre de la terre, et cherclie un lieu où tu pourras te soustraire aux regards de ton Dieu, afin de pouvoir l'offenser impunément. Cherche un endroit où Dieu ne soit pas, dit saint Augustin, et fais ce que tu voudras. Mais ne sais-tu pas que l'œil de Dieu te suit partout, que pour lui la nuit n'a point de ténèbres, et qu'il connaît toutes choses avant qu'elles se fassent? Quelle est déplorable l'illusion de ces impies, uniquement occupés à dérober à la connaissance des hommes les turpitudes de lem' vie, sans avoir aucune crainte des regards de Dieu! Ils affectent des dehors honnêtes, et sont contents, pourvu que leur réputation ne souffre aucune atteinte. Mais Dieu les voit, et un jour il soulèvera le voile qui les couvre, et il révélera à la face des nations leurs fraudes, leurs injustices, leurs impudicités, leur h^T)ocrisie, leur ign ominie tout entière .
Oh ! que cette pensée : Dieu me voit ! si nous en étions pénétrés, serait bien capable de nous contenir dans le devoir, et de nous faire triompher des plus violentes tentations ! Car, enfin, si la présence d'un maître, d'un père, d'un honnête homme quelconque, suffit pour nous empêcher de mal faire, comment osons-nous pécher en la face de Dieu? Ce n'est que parce que nous le perdons de vue, que nous nous laissons aller à tant d'iniquités.
Craignez-vous le Seigneur, et voulez-vous ne jamais l'offenser? Quand la tentation vous presse et que vous êtes sur le point de succomber, dites-vous à vous-même : Dieu me regarde! Quand le sang bouillonne, et que la colère va vous emporter, ou la volupté vous séduire, dites aussitôt : Dieu
(1) Inlellexisti cogilationes meas de longé; semitam meam et funi eolum meum invesligasli, Ps. cxxxviii, 2. (2J El omnes vias meas praevidisti. P$. cixxyiii, 3.
me regarde ! Dieu m'entend ! Si quelqu'un veut vous porter à des choses honteuses, répondez-kii : Dieu nous voit ! Et alors vous ne commettrez rien qui puisse blesser la pureté de ses regards. Car il n'est point de passion que cette réflexion ne surmonte ; point de fragilité ou de chute, dont elle ne puisse nous garantir *.
Cette pensée : Dieu me voit ! n'est pas seulement un préservatif contre le péché, elle est encore pour les âmes justes le plus grand moyen de sanctification. Y a-t-il, en effet, rien qui puisse enflammer davantage leur zèle et leur ardeur? Peut-on être tiède et lî\che au service de Dieu, quand on sait qu'il compte tous nos pas, tous les soupirs de notre âme, tous les battements de notre cœur? Quelle force, quel courage n'a-t-on pas pour siu'monter les peines et les travaux que coûte le soin de sa perfection, quand on se dit à soi-même : Dieu s'applique à moi, il est occupé de moi, il examine, il pèse la moindre des actions que je fais pour l'amour de lui ! Quelle consolation dans les ennuis et les chagrins! Quelle joie de savoir que les gémissements, qu'on forme dans le fond du cœur, ne lui sont point cachés; qu'il voit l'aumône répandue en secret dans le sein du pau\Te, la prière qu'on fait en sa présence dans le silence du cabinet, et le jeûne dérobé aux yeux des hommes !
Heureux donc ceux qui ont toujours Dieu présent à leur esprit'. Ils commencent, dès ce monde, la vie des Bienheureux, et goûtent une félicité anticipée, en se rendant semblables aux anges, lesquels tout occupés qu'ils sont ici-bas de notre conduite, ne laissent pas de voir la face du Père céleste (i).
D. Dieu prend-il soin de ses créatures et de Thomme en particulier ?
R. Oui, Dieu prend soin de ses créatures et de l'homme en particulier, et ce soin s'appelle la Providence.
C'est pour nous faire remarquer cette attention con- (1) Scmper vident faciem Patris. Math., xvni, iO.
tinuelle que Dieu porte à tous les êtres qu'il a créés, et sa bienveillance particulière poui' l'homme, que le symbole, après nous avoir fait faire notre profession de foi en Dieu, nous le montre sous les titres de Père et de Tout- Puissant. Je crois en Dieu le Peve Tout- Puissant. Par là nous reconnaissons son infinie bonté, et son autorité suprême sur toutes les créatures.
Dieu est père :
1° D'une manière singulière et ineffable à l'égard de son Fils unique, qu'il engendre de toute éternité, égal à luimême, et même Dieu avec lui ;
2° A l'égard de ses créatures, comme source primitive de l'être et de la vie, c'est-à-dire comme auteur de tout ce qui existe ;
3° Par le bienfait continuel de sa providence. C'est lui qui conserve l'être à ses créatures, et qui pourvoit à tous leurs besoins, et de même que rien n'a été fait sans lui, rien ne peut subsister sans lui ; et, s'il retirait un instant sa protection au monde, le monde aussitôt rentrerait dans le néant. Mais il veille sur toutes choses, et agit sans cesse, sans détaillance, sans travail, sans lassitude. Sa providence embrasse les plus petits objets, comme les plus grands. Il n'a pas craint de dégrader sa majesté souveraine en créant l'univers, et il ne craint pas non plus de trop s'abaisser en le gouvernant jusque dans ses moindres détails. Les soins les plus minutieux ne sont pas indignes de sa grandeur, et ne peuvent aucunement troubler son repos et son bonheur, parce qu'il opère par le seul vouloir, et qu'en un seul acte de sa volonté tout est fait.
Que ses œuvres sont grandes, et que sa sagesse est admirable î C'est lui qui dirige les astres dans leur course majestueuse, qui règle les vicissitudes des saisons , c'est lui qui fait luire le soleil, qui couvre le ciel de nuages, qui envoie la nuit et le jour, le froid et le chaud, qui prépare la pluie à la terre, qui produit, sur les montagnes et dans les vallées,
rherbe dont se nourrissent les animaux (1). II donne la pâture aux tigres et aux lions qui rugissent après leur proie, et aux petits oiseaux qui l'invoquent dès le matin, par la mélodie de leurs chants. Et ces lis des campagnes, dont les vives couleurs sent si tôt flétries, il les revêt de tant de magnificence que Salomon, dans toute sa gloire, n'eut jamais rien de comparable à leur beauté. Or, si telle est la providence de Dieu à l'égard des moindres créatures, à combien plus forte raison doit-il veiller sur les hommes qu'il a faits à son image, qu'il a éclairés de sa divine lumière, et qu'il appelle à son royaume !
Pour nous, c'est un père, c'est une mère, c'est une nourrice ^. Il nous porte dans ses bras comme de petits enfants (2) ; il nous conduit par la main (3) ; et il règle toutes choses pour notre plus grand avantage. Tout ce qui nous arrive d'agréable ou de fâcheux, d'utile ou de funeste, la prospérité ou les revers, la joie ou la tristesse, l'abondance ou la disette, tout nous vient de lui. C'est le Seigneur qui a fait le riche et le pauvre (4), qui donne la mort et la vie, qui conduit aux portes des enfers et qui en ramène (5). Mais remarquons bien que les disgrâces et les misères de cette vie sont de véritables bienfaits de sa part, parce que, dans Tordre de sa providence, tout doit contribuer à notre salut, et nous faire mériter la félicité éternelle.
Ainsi, rien ne se fait sans la permission de Dieu. Du haut de son trône, il dirige et maîtrise les événements, et dispose tout avec force et suavité pour atteindi'eses vues(6). En un mot, tout ce qui arrive, c'est Dieu qui le veut ^.
(1) Qui operit caelum nubibus, et parât terrae pluviam. Ps. cxlvi, 8.
(2) Ad ubera porlabimini. Is., lxvi, 12.
(3) Apprehendi te ab extremis terrœ. /s.,xli, 9.
(4) Pauperem facii et ditat. I. Reg., ii, 7.
(5) Dominus morlificat et vivificat, deducit ad inferos et reduciU 1. Reg., II, 6.
(6) Attin(jit à fine usque ad finem forliler et disponit omnia suaviter. Sap., viii, 1.-
llî DEUXIEME LEÇON.
Exceptons cependant le péché, qui est le seul mal véritable, et que Dieu ne peut vouloir, parce qu'il est infiniment saint. Au contraire, il le déteste, il le condamne, et il menace d'un châtiment éternel ceux qui le commettent. Seulement, il le permet, non qu'il ne l'ait en horreur ; il le permet en ce sens qu'il ne l'empêche pas, parce qu'il a fait l'homme libre, et qu'il a voulu par là lui donner le moyen de mériter lui-même son bonheur. H laisse donc les hommes se livrer à leurs passions déréglées ; mais, en même temps, par des voies qui nous sont le plus souvent inconnues, il fait servir leurs iniquités à l'exécution de ses desseins, au bien de ses élus, au triomphe de leur patience et de leur charité. C'est ainsi que la cruauté de Gain contribua au bonheur d'Abel, l'envie des frères de Joseph à l'élévation de ce saint patriarche, la fureur des tyrans à la propagation de lEvangile. En un mot, Dieu fait tourner à sa gloire ce qui y semble le plus opposé, c'est-àdire les péchés des hommes, qui lui donnent sujet de manifester ses attributs, surtout sa justice et sa puissance, dans les terribles châtiments qu'il inflige aux réprouvés; et sa miséricorde inépuisable, dans le pardon qu'il accorde aux pécheurs pénitents.
Enfin, dans le premier article du symbole nous professons d'une manière toute particulière que Dieu le Père est toutpuissant, c'est-à-dire qu'il peut tout ce qu'il veut, et cela sans efforts, sans travail. Il n'a qu'à vouloir et tout se fait(l). Pour lui, pouvoir et vouloir sont une même chose. L'univers ne lui a coûté qu'ime parole, il l'a fait en se jouant. Il pèse les cieux avec sa main, et avec trois doigts il soutient toute la masse de la terre. S'il le voulait, il pourrait, sans aide, sans instruments, faire des millions de mondes plus beaux et plus parfaits que celui que nous habitons, car il appelle les choses qui ne sont pas comme si elles étaient, et tout obéit à sa voix.
D a tout créé par sa puissance; et, par cette même pui»-
(I) Dixil, et facu suûi. F t. ixxii, ».
ATTRIBUTS DE DIKU. i\Z
sance^ il peut tout renverser et tout détruire. Il n'a qu'à jeter un coup d'œil, et aussitôt l'univers s'ébranle jusque dans ses fondements; la nature est épouvantée et prête à se cacher dans son néant, a J'ai regardé^, dit un prophète, et voilà a que devant la face du Seigneur, la terre était désolée, et « ne semblait que de la cendre; j'ai levé les yeux au ciel et a il avait perdu sa lumière ; j'ai considéré les montagnes et a elles s'agitaient terriblement, les collines se troublaient, a les oiseaux du ciel étaient dispersés, les hommes n'osaient a paraître, les villes et les forteresses étaient renversées, a parce que le Seigneur était en cf'lère (1). » Voilà quel est le Dieu que nous adorons ; le Tout-Puissant est son nom, et rien ne résiste à sa volonté '.
Mais pourquoi cette toute-puissance est-elle exprimée en tête du symbole, préférablement aux autres attributs de la Divinité? Parce qu'elle est de toutes les perfections divines la plus éclatante et la plus sensible, puisque nous en avons des marques dans tout ce qui nous entoure. De plus, elle est la plus capable de nous donner une haute idée de Dieu, et de nous inspirer cette crainte religieuse qui est la source et la racine de la vraie piété.
En effet, ne devons-nous pas être saisis d'un religieux tremblement, en pensant que nous sommes toujours sous la main de ce Dieu puissant et redoutable, qui transporte les montagnes (2), qui ébranle la terre, et renverse, quand il lui plaît, les colonnes qui la soutiennent, et qui pourrait, à chaque fois que nous osons l'offenser, nous précipiter d'un soufile au fond des abîmes?
Mais aussi quelle reconnaissance et quel amour ne devons-nous pas avoir pour cette divine Providence, qui nous protège à l'ombre de ses ailes, qui nous garde comme la prunelle de l'œil ! Attachons-nous sans réserve à ce Dieu si bon, que c'est là le nom qu'il affectionne particulièremeûV
(1) Jerem., rr, 25.
(2) Job, IX, 6.
puisqu'il veut bien permettre que nous l'appelions le Bon Dieu ; et soyons bien convaincus que, quoique nous fassions pour sa gloire^ nous resterons toujours au-dessous de ce qui est dû à son infinie majesté.
Qu'il soit donc à jamais loué, aimé, béni, adoré, servi, glorifié, ce grand Dieu, esprit infiniment parfait, immense, immuable, incompréhensible, Etre des êtres, qui vit et règne dans les siècles des siècles !
TRAITS HISTORIQUES
1. Plusieurs personnes se rendirent chez un philosophe, et lui dirent: € Nous sommes envoyés vers vous pour vous prier de nous dire bien clairement ce que c'est que Dieu. 7> Le philosophe leur répondit '.J'y penserai ; revenez dans huit jours. Les huit jours étant écoulés, les députés revinrent et il leur dit : Revenez dans huit jours. Huit jours après, ils reçurent la même réponse. Les députés s'ennuyèrent à la fin de n'entendre jamais sortir de la bouche du philosophe que les mêmes paroles ; ils lui demandèrent de leur dire jusqu'à quel temps il leur dirait de revenir dans huit jours. Jl leur répondit : «Je vous ferai la même réponse aussi longtemps que vous me ferez la même question. Je sais bien que Dieu est, je sais qu'il existe ; mais je ne puis et je ne pourrai jamais dire ce qu'il est. »
On rapporte à peu prés la même chose du poëte Simonide. Hiéron, tyran de Syracuse, lui ayant demandé ce que c'était que Dieu, il demanda un jour pour réfléchir. La même question lui ayant été adressée le lendemain, il demanda encore deux jours, et puis quatre, et puis huit, et ainsi de suite, doublant toujours le nombre. Hiéron, étonné de ces continuels délais, lui en demanda la raison. « C'est, lui répondit Simonide, que plus j'y pense, plus je trouve la chose difficile. » CicÉRON, 1. denat., no 60.
Eunomius qui, par un horrible aveuglement et un orgueil détestables, se glorifiait de connaître aussi parfaitement les perfections divines que Dieu lui-même, fut puni de son étrange folie par une lèpre, qui ajouta l'infection de son corps à celle de son âme.
Baron, ann. 336.
2. Trop souvent les hommes pensent et agissent, comme s'ils devaient être éternels sur cette terre. On en a vu même qui s'aveuglaient jusqu'au point d'en prendre, ou de s'en laisser donner le titre. Ainsi
Darius, ce roi de Perse si célèbre par sa sanglante défaite, établit dans son armée un corps de dix mille soldats qu'il appella les immortels; immortalité d'un jour, puisque ces dix mille braves périrent bientôt avec toute son armée ! — Daniel nous apprend aussi que les satrapes de Darius le Méde le saluaient par ces paroles : « 0 roi Darius, vivez éternellement. » — Et, dans les derniers temps de l'empire romain, ne poussait-on pas la flatterie jusqu'à donner aux empereurs le titre fastueux de votre éternité. Vœu dérisoire, ridicule éternité, qui borne à soixante ou quatre-vingts ans !
3. Dans une réunion assez nombreuse, un jeune homme inconsidéré dit à un enfant qui venait du catéchisme : « Je te donnerai une image, si tu me dis où est Dieu. » L'enfant répondit : c El moi, je vous en donnerai deux , si vous me dites où il n'est pas. » Tout le monde applaudit à cette saillie, qui déconcerta un peu le jeune homme.
4. C'est cette idée de la présence de Dieu qui soutint la jeune Susanne dans une circonstance critique, où sa vertu courut le plus fjrand danger. Sollicitée au mal par deux infâmes vieillards, elle rougit de leur proposition, et levant les yeux au ciel, elle dit : t Je « me vois dans l'embarras de toutes parts : si je consens à votre hon- « teuse passion, je n'échapperai pas à la main de Dieu qui me voit ; « il est mon juge, il me fera rendre compte d'une action aussi cri- » minelle. Si, au contraire, je ne consens pas à voire désir, je n'échap- « perai pas à votre ressentiment, et je vois que vous me ferez bientôt « mourir; mais je crains Dieu, et j'aime mieux souffrir tous les sup- « plices et tomber en vos mains cruelles, que d'offenser le Seigneur « en sa présence, et de tomber entre les mains de sa justice. » Elle allait être mise à mort, par suite de la calomnie qu'avaient portée contre elle ses deux suborneurs, lorsque Dieu la délivra par le ministère de Daniel, qui fit tomber en contradiction ses accusateurs. Son innocence fut donc reconnue, et les deux impudiques vieillards subirent le supplice, auquel ils avaient fait injustement condamner Susanne. Daniel, xiii, 23.
Saint Ephrem, fils d'un laboureur de Nisibe, s'étant adonné, doss sa jeunesse, à tous les vices de cet âge, reconnut enfin ses égarements, et se retira dans la solitude pour les pleurer. Il y pratiquait toutes les austérités, mortifiant son corps par les jeûnes et les veilles, lorsqu'une feniine de mauvaise vie vint pour le tenter. L'homme de Dieu promit de faire tout ce qu'elle voudrait, pourvu qu'elle le suivît; mais cette malheureuse, voyant que le saint la menait sur une place publique, en plein marché, lui dit qu'elle rougirait de se donner en spectacle. Le solitaire lui répondit avec un saint emportement : « Tu « as honte de pécher devant les hommes, et tu n'as pas honte de pé-
€ cher devant Dieu, qui voit tout et qui connaît tout ! » Ces parole» touchèrent cette pécheresse, et dés lors elle résolut de se sanctifier.
5. Les saintes Écritures sont pleines de traits admirables de la bonté de Dieu à l'égard de ses créatures, — On pourrait citer cette aimable familiarité avec laquelle il daignait s'entretenir avec Abraham 1), avec Moïse (2\ avec Jonas (3), et les merveilles étonnantes qu'il opéra avec les Israélites dans le désert (4), ou plutôt, il faudrait citer toute l'économie et tous les mystères de la religion, qui sont autant de traits de la bonté ineffable de noire Dieu.
6. Les saints avaient tant de confiance en Dieu, qu'ils s'abandonnaient aveuglément à sa conduite. Et, en effet, où peut-on être mieux que dans le sein de son aimable providence. Elle se manifeste quelquefois de la manière la plus merveilleuse, comme nous pourrions le prouver par une infinité d'exemples. En voici deux, l'un tiré de la vie des Pères du désert, l'autre arrivé presque de nos jours.
Il y avait déjà cent treize ans que le bienheureux Paul menait sur la terre une vie toute céleste, lorsque saint Antoine, âgé lui-même de quatre-vingt-dix ans. vint le visiter. Les deux vénérables vieillards s'entretenaient de sujets pieux, lorsqu'ils virent un corbeau qui, après s'être reposé sur une branche d'arbre, vint de là, en volant tout doucement, apporter à terre un pain entier. Aussitôt qu'il fut parti : € Voyez, dit Paul, comme Dieu, véritablement bon et miséricordieux, c nous a envoyé à dîner : il y a déjà soixante ans que je reçois c chaque jour de cette manière une moitié de pain ; mais, depuis que € vous èh.-s arrivé, Jésus-Christ a doublé ma portion, pour faire voir par € là le .««oin qu'il daigne prendre de ceux qui, en qualité de ses soldats, c ccmbailent pour son service, i La même Providence qui avait nourri si miraculeusement Paul, pendant un si long espace de temps, pourvut aussi à ce que son corps eût une sépulture convenable. Car, un jour, saint Antoine, l'ayant trouvé mort, était fort embarrassé, parce qu'il n'avait rien pour fouiller la terre. Comme il réfléchissait au parti qu'il devait prendre, il vit sortir du désert deux lions qui, arrivés auprès du corps du bienheureux, se couchèrent d'abord à ses pieds et jetèrent de grands rugissements, comme pour le pleurer à leur manière. Puis, ils grattèrent la terre avec leurs ongles, et jetant à lenvi le sable de côté et d'autre, ils firent une fosse capable de recevoir le corps d'un homme. Et aussitôt après, comme s'ils eussent demandé récompense de leur travail, ils vinrent, en remuant les oreilles et la tête basse, vers Antoine, qui leur donna sa bénédiction, en disant : Seigneur, sans la volonté duquel il ne tombe pas même unt
(l)Gen., VIII, 23. —(2) Exod., xxxii, 10; et xxxiii, 11. — (3) Jon., if. 4. — (4) Exod., XVI, 13; et Psal. lxxvii, 23
seule feuille des arbres, ni le moindre oiseau ne prr4 la vie, donnex à ces lions ce que vous savex leur être nécessaire. Après quoi il leur fit signe de la main, et leur commanda de se retirer, et ils partirent aussitôt. Vie de saint Paul par saint Jérôme.
Le Père Beauregard venait de prêcher son fameux sermon sur U Providence, lorsqu'il vit entrer chez lui un homme qui lui dit : c Mon père, je viens de votre sermon ; vous avez très-bien parlé; mais je suis une preuve vivante du contraire de ce que vous avez dit. Pour moi, je ne crois pas à la Providence.» — «Comment, monsieur! et quelles paroles venez-vous de prononcer?» — « Tenez, jugez plutôt: je suis menuisier de mon état; j'ai une femme et trois enfants; nous sommes dhonnêles gens qui travaillons, et qui n'avons jamais fait de tort à personne ; il y a vingt ans que je lâche de servir le Seigneur et de vivre en chrétien ; j'ai toujours mis ma confiance en Dieu , espérant qu'il viendrait à mon aide; mais en vain, et vous voyez un homme prés de s'aller jeter dans la rivière; j'ai des engagements qui échouent le trente de ce mois et je ne puis y faire face; je suis perdu, je suis déshonoré, j'aime mieux mourir. » — « Eh bien, mon ami, je veux que vous deveniez vous-même un monument sensible de cette providence divine. Combien vous faut-il? » — « Ah ! mon père, quelle bonté I avec moins do mille écus, je suis sauvé.» — «Mon ami, voilà cent louis, je n'aurais pas été assez heureux pour vous les donner de moi-même ; mais il y a quelques jours, après avoir assisté à mon sermon sur Vanmône, madame la princesse de*** (qu'il lui nomme) m'a envoyé cet argent, en m'autorisant à en faire, pour le soulagement de l'infortune, l'emploi que je jugerais le plus convenable. Allez acquitter vos engagements, et croyez à la Providence. » BiLLECOCQ, de la Religion chrétienne.
Voyez encore dans l'ancien Testament les histoires de Joseph (1), de Saiil qui cherchant des ânesscs trouva la royauté (2,', d'Esther, l'arche conduite par les vaches (:'.), etc.
7. Canut II, roi d'Angleterre, ayant entendu ses courtisans lui donner le nom de roi des rois, de maître de la mer, voulut leur montrer le cas qu'il faisait de ces litres fastueux. Il alla s'asseoir sur le bord de l'Océan, à l'inslant du reflux, et défendit aux vagues de s'approcher. Le flot, sourd à sa voix, ayant mouillé son habit et ses pieds, il dit aux flatteurs : < Apprenez que tous les mortels soni dépendants « et faibles, et que celui-là seul est tout-puissant, à qui l'Océan a « obéi, quand il lui a dit : Va jusque-là , et pas plus loin. » Alors, entrant dans une église , il ôta la couronne qu'il avait sur sa tête et
(I) Gen., XXVII. — (2) I. Reg., ix, 16. — (3) I. Reg., vi, 9.
fis DEUXIÈME LEÇON.
la plaça sur un crucifix, en disant : < Vous seul, mon Dieu, êtes « maître de la mer; vous seul pouvez lui commander. »
Dieu a mille moyens de nous faire sentir sa puissance ; tous les éléments sont à sa disposition. Au temps de Noé, il submergea l'univers dans les eaux du déluge ; au temps de Lot, il fit tomber des torrents de feu sur Sodome et Gomorrhe. Plus tard, pour humilier l'orgueil de Pharaon, il se servit de sauterelles et de grenouilles, car les instruments les plus faibles deviennent redoutables entre ses mains. Nous lisons aussi dans l'histoire ecclésiastique, qu'il n'eutbesoin que de quelques moucherons, pour dissiper la puissante armée de Sapor, roi de Perse. Ce prince avait mis le siège devant Nisibe, en Mésopotamie, le plus puissant rempart de l'empire romain sur cette frontière. Après une défense vigoureuse, la ville était sur le pointde se rendre, lorsque les habitants prièrent leur évêque, saint Jacques, de monter sur la muraille pour voir les Perses, et jeter sur eux sa malédiction. Le saint évêque monta sur une tour, et il ne fît d'autre imprécation que de demander à Dieu des moucherons, pour faire éclater sa puissance par les plus petits animaux. Il en vint aussitôt fondre sur l'ennemi comme des nuées; ils entraient dans les trompes des éléphants, dans les oreilles et les naseaux des chevaux, qui, entrant en fureur, rompaient leurs brides , renversaient les hommes, troublaient les rangs, et fuyaient de toutes parts. Sapor, forcé de reconnaître la puissance de Dieu, leva le siège et se retira honteusement. Hist. Ecclés., an. 350.
La grandeur, la puissance, la majesté de Dieu doivent nous inspirer les plus vifs sentiments de crainte et de respect.
Nous lisons dans la vie de saint François d'Assise qu'il avait tant de respect pour les noms sacrés de Dieu et de Jésus-Christ, qu'il mettait dans un lieu décent toutes les choses sur lesquelles ils étaient écrits ou gravés. — Le célèbre docteur Clarke ne prononçait jamais le nom de Dieu, qu'avec un air de recueillement et de respect profond. Il disait que c'était de Newton qu'il avait pris insensiblement cette coutume, laquelle devrait être celle de tous les hommes. Newton, en efifet, Bayle et plusieurs autres savants distingués ne prononçaient jamais le nom de Dieu sans courber ou sans se découvrir la tête, comme nous le faisons en prononçant le saint nom de Jésus. — La crainte de Dieu était aussi le premier devoir que Duguesclin recommandait à ses guerriers. Voici ses paroles vraiment remarquables : « Soldats, mes amis, mes compagnons, trois points : le premier, la crainte de Dieu; le second, le soin tie voire honneur plus que de votre vie; le troisième» le service du roi. »
Dii lA SAINTE TRINITE.