‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 10 sur 39 · II. Reg. c xn · texte numérisé non relu

II. Reg. c xn

Ce que le Seigneur dit à David regarde aussi tous les pécheurs. Car il n'y a personne qui n'ait reçu de lui mille témoignages de sa bonté paternelle. Il nous a donné parla un royaume beaucoup plus considérable que celui de la Judée, puisque nous sommes appelés à régner avec lui dans le royaum' du ciel; il nous a délivrés d'un ennemi beaucoup plus redoutable que n'était Saul, puisqu'il a brisé la tête de ce dragon infernal, qui allait nous dévorer. C'est donc à nous aussi bien qu'à David qu'il adresse ces paroles : Pourquoi m'avexvous méprisé, jusqu'à commettre le mal devant mes yeux ? Et il ne demande qu'un sincère repentir de notre part, pour nous faire aussitôt rentrer en grâce avec lui.

Outre les passages de l'Écriture, qui nous prouvent que Dieu ne refuse jamais le pardon à un cœur contrit et humilié, l'histoire nous fournit les exemples les plus frappants de la bonté de Dieu envers les pécheurs sincèrement convertis. Nous nous bornerons au suivant.

Il y avait dans la Thébaïde un chef de voleurs, appelé David, qui avait commis des milliers d'homicides; ses brigandages étaient tellement connus que son nom faisait trembler. Un jour, touché de la grâce, il alla se jeter aux pieds de l'abbé d'un monastère, et le conjura de l'admettre au nombre de ses religieux. Comme il était déjà d'un certain âge, le supérieur nt voulait pas le recevoir, disant qu'il ne pourrait jamais s'assujettir aux exercices austères de la communauté- Il répondit qu'il était disposé à tout, et que rien ne lui coûterait, parce qu'il voulait faire pénitence. Comme, malgré ses instances, le supérieur persistait à ne pas vouloir l'admettre, il lui dit ouvertement : t Savez-vous à qui vous refusez d'ouvrir votre porte? Je suis ce chef de voleurs que vous redoutez tant, el qui a commis tant d'assassinats dans les déserts de la Thébaïde. Je d. n<andeà entrer ici pour pleurer mes péchés, et je proteste qae, si vous refusez

RÉMISSION DES PÉCBÉS. 163

fle me reeavoir dans votre maison de repentir, je vais retourner à mon premier état, et, au moment où vous y penserez le moins, j'amènerai tous mes compagnons de brigandage, je vous ferai tous mourir, et je mettrai le feu au couvent. » Alors 1 abbé s* décida; on lui donna l'habit religieux. Le souvenir de ses crimes était si présent à tous les esprits que sa vue seule inspirait la terreur. Mais on le vit bientôt se livrer à toutes les rigueurs de la pénitence ; il ne faisait que crier miséricorde ; il ne dormait pour ainsi dire jamais ; il se confessait avec tant de larmes que plusieurs fois on crut qu'il en mourrait. Après plusieurs années d'une vie passée dans les plu- grandes austérités on entendit un ange qui disait : « David. David, tes péchés te sont pardonnes. » — « Seigneur, répondit-il, je ne le croirai jamais, j'ai commis trop de crimes. * — « Pour que tu en sois bien convaincu, tu resteras muet jusqu'à la mort ; Dieu l'accordera seulement la parole, lorsque tu chanteras l'office. » — Ce qui arriva à la lettre, Ce grand pécheur devint ainsi un grand saint. Sophromcs.

2. Rien n'égale la douce et sainte joie qu'on éprouve lorsqu'on a eu le bonheur de briser les chaînes du péché, pour rentrer en grâce avec son Dieu. C'est avec une espèce de ravissement que saint Augustin nous parle des délices spirituelles, qu'il goûta après sa conversion. « Quelle volupté, s'écrie-t-il, ne trouvai-je pas tout à coup à me pri- < ver de celles qui n'étaient que de vains amusements, et dont la « privation, qui avait d'abord causé mes craintes, s'était changée en « plaisirs ! Vous les chassiez vous-même de mon cœur, douceur vé- « ritable et souveraine ; vous les chassiez, et vous entriez à leur place, « suavité supérieure à toutes les voluptés, mais inconnue à la chair c et au sang ! Alors mon esprit était libre des soins cuisants, qui dé- * chirent ceux qui courent après les honneurs, les biens et les plaisirs « des seES ; et je faisais mes délices de m'adresser à tous, qui êtes « ma gloire, mes richesses, mon Sauveur, mon Seigneur et mon « Dieu.» Confes., 1. TX, c. I.

Le récit suivant, que nous empruntons aux Annales de la Propagation de la Foi (I), nous fera voir, à diverses reprises, les consolations ineffables, dont le Seigneur inonde les âmes qui renoncent au péché, pour se donner à lui.

A peine étions-nous mer, disent les pieux missionnaires, qat Dieu, pour récompense des petits sacrifices que nous avions faits, nous envoya trois matelots, pour les préparer à la première commur Quoiqu'ils se fussent présentés d'eux-mêmes, nous jugeâmes pru \r>t denerien entreprendre, avant d'en avoir prévenu le capitaine; et nous lui demandâmes, tout simplement, s'il y avait moyen d'exer-

(1) Annales, mars îr"\

eer notre ministère, en faveur de ceux qui le réclamaient. Sa réponse fut telle, que nous la désirions. En conséquence, nous nous mîmes à l'œuvre.

Nos trois matelots (le plus jeune avait vingt ans^ montraient chaque jour le plus grand zèle à suivre nos instructions, et cela ouvertement, sans que personne y trouvât à redire. Les choses en étaient là, lorsqu'un dimanche, ayant eu le bonheur d'offrir le saint sacrifice, nous vîmes tous les matelots réunis autour de l'autel. Cette conduite de l'équipage fil une impression profonde sur l'esprit du capitaine. A partir de ce jour, nos marins ne manquèrent plus d assister à la sainte messe, les dimanches où nous pûmes la célébrer.

Enfin, arriva le beau mois de Marie. Voyant tous les matelots si bien disposés, nous demandâmes au capitaine s'il y aurait quelque inconvénient à ce que nous allassions, chaque soir, chanter des cantiques avec l'équipage. 11 nous répondit qu'il n'en voyait aucun. Alors nous ouvrîmes ce mois dédié à la mère de Dieu. Au déclin du jour, lorsque le temps le permettait, avait lieu un petit exercice, qui consistait dans la récitation d'une dizaine du chapelet, de la prière du soir, et enfin dans le chant d'un cantique à Marie. Nos marins étaient aux anges : et cependant le mois de mai se passa tout entier, sans autre résultat que ces gages extérieurs de dévotion. Cinq ou six seulement s'approchèrent du sacrement de pénitence. Le capitaine, bien qu'il n'assistât pas à la sainte messe, laissait néanmoins échapper parfois des paroles, qui montraient visiblement les combats de son âme. Nous lui prêtâmes des livres, entre autres un ouvrage qui a pour titre l'Athée devenu croyant (l), excellent traité, dont la lecture fit sur son esprit une vive impression.

Pendant qu'il était ainsi à se débattre contre les coups de la grâce, Dieu nous inspira de commencer une neuvaine, à l'effet d'obtenir sa conversion. Elle se termina le trois juin. Eh bien ! le même jour, à neuf heures du soir, au moment où l'un des missionnaires se promenait seul sur le pont, le capitaine l'aborde, et. d'une voix émue, il lui dit : — « Monsieur, j'ai un grand service à vous demander. » — c Je suis tout à vous, répond le missionnaire. > — « le veux me confesser, non pas ce soir même, car ce n'est pas trop d'un jour pour m'y préparer, mais pas plus tard que demain. » Le lendemain, le capitaine assista à la sainte messe, bien que ce ne fût pas un dimanche. A cette vue, tout l'équipage fut ébranlé, on ne pouvait en croire ses yeux. Nous avions d'abord fixé, pour la première communion, le jour de la fête de la très-sainte Trinité ; mais le capitaine nous ayant

(1) Cet ouvrage a pour auteur M. Delauro-Dubez, un des hommes les plus honorables de l'Aveyron.

manifesté le désir de communier, s'il était possible, avec ses matelots, et, voulant avoir plus de temps pour se préparer à cette action auguste, nous nous rendîmes de bien bon cœur à ses désirs.

En attendant, nous nous mîmes à faire tous les soirs une petite instruction à l'équipage. C'était pour nous une véritable joie devoir ces matelots si saintement avides d'entendre la parole de Dieu. Quelquefois ils étaient tout trempés d'eau et de sueur; n'importe, ils oubliaient leur corps pour ne penser qu'au bien de leur âme. Le capitaine, de son côté, ne se contentait pas de prêcher d'exemple, il exhortait encore de vive voix ; sa vie, on peut le dire, était celle d'un apôtre.

Un soir, en sortant du saint tribunal, il trouva un missionnaire, qui lisait à la clarté d'une lampe : il l'aborda, et le voilà tout aussitôt à lui parler du bon Dieu, mais d'une manière si admirable que ce cher confrère était ravi de l'entendre. Enfin, ils en vinrent à causer des possessions du démon. — « Mais, croyez-vous, lui dit le capitaine, qu'il existe encore de ces sortes de possessions? » — « Assurément; elles sont même assez fréquentes dans les pays infidèles. » — < C'est égal, reprit le capitaine, je viens de lui jouer un mauvais tour : comme il doit grincer des dents, au fond des enfers ! » En disant ces mots, une grosse larme s'échappa de ses yeux, et vint mouiller sa moustache.

Le dix-neuf juin eut lieu la communion générale. Depuis le premier capitaine jusqu'au dernier mousse, tous eurent l'insigne faveur de recevoir le pain des anges, et cela à la même messe. Qu'il était touchant de voir et d'entendre ces bons matelots! Comme la douce joie du ciel rayonnait sur leurs visages, et se manifestait dans toutes leurs actions ! Quand tout fut fini, le capitaine vint se jeter au cou de son confesseur, en disant : « Les moments les plus heureux de la vie sont toujours mêlés de quelque arrière-pensée ; mais, pour aujourd'hui, le cœur est content tout de bon. »

Vous eussiez pleuré de joie, en enten lant nos matelots faire aussi leurs réflexions, chacun de leur côté. « Mais comment, disait l'un des plus vieux, nous qui ne voulions pas mAme faire cela une fois l'année, ah! je le ferais bien maintenûiit tous les jours! » — « Voyez-vous, disait un autre, si je faisais naufrage maintenant, cela me ferait autant de mourir que de manger ce morceau de pain. »

Le jour de la communion, le ciel, qui auparavant était couvert de nuages, devint pur, le vent tomba, et la mer se fit calme. À peine avait-on fini le chant du Te Deum, que la brise commença à souffler, et le navire à sillonner les ondes. Un vieux marin fit a ce sujet une réflexion assez naïve : « Est-il surprenant, dit-il, que nous allions

vite? Le navire est déchargé d'un poids immense. Moi, j'avais plus de péchés qiif. le bâtiment n'est gros, et tout cela est passé par le sabord. >

C'est sur le vaisseau l'Orient que ces faits se sont passés ; 1rs missionnaires, qui s'y trouvaient de passage, L'appelaient Len rpelitparadt flottant, tant le Seigneur s'est plu à leur y faire goûter de consolations ; et ils ne l'ont quitté qu'avec le plus grand regret et les larme* aux yeux.

Page 1