‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 9 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

Nous disons, en second lieu, que la Communion des Saintss'étend jusqu'au purgatoire, parce que nous pouvons aider, par nos prières, les âmes qui y sont détenues.

La charité est plus forte que la mort ; elle va au delà 'du tombeau. Nous accompagnons jusque dans l'autre vie les âmes des justes décédés en la grâce de Dieu, mais auxquels il reste encore à effacer quelques souillures de leurs péchés. Tout retranchés qu'ils sont de la société des hommes, ils appartiennent encore à la Communion des Saints; Dieu est toujours leur Dieu; l'Eglise est toujours leur mère; et c'est avec la plus vive sollicitude qu'elle intercède auprès de son divin époux, afin d'abréger leurs souffrances et de hâter le moment où ils entreront en possession de la gloire des élus. Eile en fait mémoire dans les moments précieux du saint sacrifice, et elle nous accorde de nombreuses indulgences, dont nous pouvons leur appliquer le fruit. Elle conclut toutes les prières publiques et particulières, par des vœux réitérés nuit et jour en leur faveur. Elle exhorte tous ses enfants à ne pas oublier, après leur mort, les âmes de ceux qui leur furent chers ; de prier aussi pour celles qui sont les plus délaissées, et qui, par conséquent, méritent encore davantage notre commisération. Et nous, qui avons tant de moyens faciles de les délivrer de leurs peines, sommes-nous excusables, si nous n'y travaillons pas 3 ?

Tel est le dogme si doux et si consolant de la Communion des Saints ; telle est la parfaite intelligence qui règne entre tes trois états de l'Église triomphante, militante et souffrante. Or, qu'y a-t-il de plus beau que cette fraternité qui unit tous les enfants de Jésus-Christ, soit dans ce monde, soit dans l'autre? Les habitants de la terre adressent leurs hommages aux bienheureux habitants de la cité céleste», et ceux-ci, en échange, invoquent sans cesse le Père commun en faveur de leurs frères moins fortunés qu'eux, qui courent encore dans la carrière périlleuse de

COMMLNION DES SAINTS. 147

la vie; et ils se plaisent à répandre sur eux toute sorte de bénédictions spirituelles. C'est ainsi que, dans l'ordre de la nature, la terre envoie au ciel ses vapeurs, et que le ciel verse la rosée sur la terre. Enfin les Saints du ciel 4 tt ceux de la terre offrent leurs prières et leurs bonnes œuvres pour d'autres frères souffrants, dont le sort est d'autant plus à plaindre qu'ils ne peuvent plus acquérir de mérites, car, pour eux, le temps de l'épreuve est passé, et, d'un autre côté, les justes délivrés du purgatoire augmentent la joie des Saints, en devenant leurs compagnons, et deviennent, à leur tour, nos intercesseurs.

Pour nous, qui vivons dans cette vallée de larmes, entre ceux qui régnent dans le ciel, et peux qui souffrent dans le purgatoire, également remplis de l'image du bonheur des uns, et de l'idée des tourments des autres, ne nous lassons jamais de tendre nos mains secourables vers ceux-ci et nos mains suppliantes vers ceux-là. Profitons des avantages inestimables, que nous trouvons dans la Communion des Saints; et remercions le Seigneur de nous y avoir fait entrer, en disant comme le Roi-Prophète, avec une sainte joie : « Je suis uni du fond du cœur à tous ceux qui vous craignent, ô mon Dieu, et qui gardent vos comm • déments (1). »

TRAITS HISTORIQUES

1. 11 en est de la milice spirituelle, qui est le service du Seigneur, comme de la milice temporelle, dont tous les membres, quoique occupés en divers lieux et à des degrés différents, se prêtent un mutuel appui, et doivent, par conséquent, avoir part aux honneurs et aux avantages de la victoire. — Un jour que David était à la poursuite de ses ennemis, deux cents hommes de son armée, harassés de fatigue, furent obligés de s'arrêter , et plusieurs autres restèrent au camp, pour garder les provisions de la troupe. Ceux qui avaient été a ;

(1) Particps ego sum omnium tioK'"(ium te et enstodientium mandata tua. ps.cxvuii 63

combat, revinrent chargés de dépouilles, et ne voulaient pas partager avec ceux qui n'avaient pu les suivre, parce que, disaient-ils, n'ayant pas éprouvé les fatigues de la guerre, ils n'avaient aucun droit au butin. « vous vous trompez, leur dit David; les autres ne faisaient c qu'uu corps d'aimée avec vous. Ce sont des frères, qui ont contribué « à la victoire, quoiqu'ils aient été retenus, pour des causes diverses, c loin du heu du combat; iis doivent donc participer aux dépouilles < prises sur l'ennemi; » et ii fit tout distribuer par égales portions. Ainsi, dans le royaume de Jésus-Christ, tout chrélien est soldat; et, pourvu qu'il ne déserte pas son poste, il aura sa part à tout le bien spirituel de l'Église.

Nous trouvons une infinité d'exemples de cette communicauon de biens spirituels entre les divers membres de l'Église.

Coiiimnnion des Maints de la terre entre cox. — Saint Paul s'étant embarqué pour aller à Rome, il s'éleva une furieuse tempête, qui mit le vaisseau en très-grand danger. On fut obligé de jeter à la mer d'abord les marchandises, et puis les cordages, les voiles, les armes et autres agrès. Ce qui augmentait encore le péril, c'est que les matelots conduisaient le vaisseau à l'aventure, sans pouvoir reconnaître la route, parce que le ciel était couvert de nuages si épais, que ni le soleil ni les étoiles ne parurent pendant plusieurs jours; comme la tempête continuait avec la même violence, on perdit tout espoir de salut. Mais saint Paul les exhorta à prendre courage, leur assurant que Dieu lui avait accordé, comme une grâce, la vie de tous ceux qui étaient avec lui, et que le vaisseau seul serait perdu. En effet, le vaisseau échoua contre une langue de terre, qu'on n'avait pas aperçue; mais, selon la prédiction de l'apôtre, toutes les personnes qui s'y trouvèient, au nombre de deux cent soixante-seize, arrivèrent a terre et se sauvèrent, sans qu'il arrivât aucun mal (I). Voilà ce que c est, dit saint Chrysostome, que de vivre dans la compagnie d'un Saint et de l'avoir pour protecteur, parmi tant de dangers qui nous assiègent tous les jours, soit dans le corps, soit dans lame. Quels avantages donc ne trouvons-nous pas à être unis avec tous les Saints de l'Église militante I

Citons encore un trait, pour montrer l'efficacité de la prière des âmes justes et ferventes qui vivent encore ici-bas, et des puissants secours que nous pouvons en retirer.

Attila, roi des Huns, étant entré dans les Gaules, à la tête d'une armée de quatre cent mille hommes, semait partout, sur sou passage, la terreur et la mort. Les habitants de Paris, persuades de la sainteté de Geneviève, leur protectrice, eurent recours a elle dans un si pres-

(1) Act., xxvh, 14.

sant besoin. Elle les exhorta de se mettre en état de fléchir la justice divine par le jeûne et la prière, et elle leur en donna elle-même l'exemple. Après quelques jours de pénitence publique, on apprit que la terreur s'était répandue dans l'armée ennemie, et lui avait fait changer sa marche fort précipitamment. On attribua ce miracle aux prières de la Santé, et, depuis ce temps-là, elle se vit accablée de suppliants, qui avaient recours à elle dans leurs nécessités, et qui demandaient qu'elle leur fît part des grâces qu'elle recevait du ciel. Sa réputation alla jusqu'en Orient; et saint Siméon Siylite, qty vivait en Syrie, sur le haut d'une colonne, se recommandait lui-même à ses prières. Par où nous voyons la Communion et la société fraternelle des Saints sur la terre, quelque éloignés qu'ils soient lésons des autres. Bolland. :j. jan\ier.

Communion «le l'Eglise triomphante avec l'Eglise militante — Nébride, ami intime de saint Augustin, après avoir servi Dieu dans la pratique de la continence et de la charité la plus parfaite, entra dans le repos du Seigneur. Voici ce qu'en dit saint Augustin : « Il est donc présentement dans le sein d'Abraham ; c'est c là qu'est notre cher Nébride. .. car en quel autre lie» pourrait être t une telle âme? Il est donc vivant dans ce bienheureux séjour; il « jouit présentement, pour toute l'éternité, du bonheur de s'approcher « de vous, ô mon Dieu, qui êtes une source éternelle de délices et « de vérité, et déboire, de toute l'étendue de son avidité et de sa « capacité, les eaux célestes de la sagesse. Mais, quelque enivré qu'il c en soit, je ne saurais jamais croire qu'il m'oublie, puisque le Dieu « qui le remplit se souvient de moi.» Conf., 1. IX., c. m.

Or, ce souvenir des Saints du ciel, à l'égard de ceux de la terre, ne peut être sans effet : c'est une prière par laquelle leur chanté, toute désintéressée, les porte à demander pour nous le même bonheur, dont ils jouissent eux-mêmes.

Théodore! rapporte avoir reçu du ciel plusieurs grâces signalées, par l'entremise de saint Jacques, solitaire. Voici ses propres paroles: L'hérétique Marcion ayant jeté de tous côtés, dans mon diocèse, les semences de son impiété, je me servais de tout mon pouvoir pour les arracher. Mais ceux au salut desquels je travaillais, me déchiraient par les médisanees ; ils employaient même contre moi les charmes et la magie, appelant à leur secours les plus méchants de tous les démons. L'un de ces esprits de ténèbres me dit un jour, en langue syriaque : « Cesse de persécuter et de haïr Marcion, ou l'expérience « te fera connaître l'avantage qu'il y a de se tenir en repos. Carilya « longtemps que je t'eusse mis en pièces, sans une troupe de mar- « tyrs et saint Jacques, que j'ai vus qui te gardaient. » l'n de mes amis et moi entendîmes distinctement ces parois, aussi bien que

lous les serviteurs qui étaient dans la chambre. Le démon parlait ainsi, parce qu'il y avait, à mon lit, un vase suspendu, où était de l'huile bénite par plusieurs martyrs; et il parlait de saint Jacques, parce que j'avais sous ma tête un vieux manteau de et grand serviteur de Dieu, qui me tenait lieu d'un rempart et d'une défense invincible. Théod., Hist. eccl., c. xxi.

3. Toromnnion des Saints de la terre avec ceux du purgatoire. — Sainte Perpétue va nous raconter elle-même une vision merveilleuse, qu'elle eut au sujet du purgatoire. « Comme nous étions tous en prière, dans la prison, après avoir été condamnés à être exposés aux bêtes, tout à coup il m'échappa de nommer Dénocrate. Ce Dénocrate était mon frère selon la chair; à sept ans, il mourut malheureusement d'un cancer au visage, faisant horreur à tout le monde. Le souvenir de son malheur m'affligea; je fus étonnée de ce qu'il ne m'etaii point encore venu dans l'esprit, et je connus à l'instant que je devais prier pour lui. Je commençai d. ne à le faire avec ferveur, en gémissant devant Dieu ; et, la nuit suivante, j'eus une vision dans laquelle je vis Dénocrate sortir d'un lieu ténébreux, où il yavaitplusieur? autres personnes. H était dans une grande ardeur et une grande soif, le visage abattu, le teinl pâle, avec l'ulcère qu'il avait quand il mourut. Nous étions séparés par une grande distance, qui ne nous permettait pas de nous rapprocher. Près de lui était un bassin plein d'eau, dont le bord était plus haut que la taille d'un enfant. Vainement se dressait-il pour boire, il ne pouvait y atteindre, ce qui m'affligeait fort. Je m'éveillai et reconnus que mon frère était dans la peine; mais j'eus confiance que je le pourrais soulager. Je me mis à prier pour lui, demandant à Dieu, jour et nuit, avec larmes, qu'il m'accordât sa délivrance. Quelques jours après, j'eus une autre vision, dans laquelle Dénocrate m'apparut, le corps net, bien vêtu, se rafraîchissant, et, au lieu de sa plaie, je vis une cicatrice. Le bord du bassin était abaissé, l'enfant en tirait de 1 eau sans cesse; et, sur ce rebord, était une fiole d'or avec laquelle Dénocrate buvait, jusqu'à ce que, s'étant complètement rassasié, il quitta l'eau avec joie pour aller jouer, comme font les enfants. Je m'éveillai et connus qu'il avait été tiré de sa peine. > Dom. Riin., p. 86.

On voit, par ce bel exemple de l'antiquité ecclésiastique, la croyance où l'Église a été de tout temps, qu'après celte vie, il y a un lieuet un et;;' d'expiation. Saint Augustin, qui reconnaissait l'authenticité des actes de sainte Perpétue, et qui a jugé ses révélations aussi édifiantes et aussi pleines d'inslruction que le triomphe même de son martyre, r us fait remarquer que cet enfant devait avoir commis quelque après son haptême. Car il est des enfants qui, même avant l'âge c1 .-tans, ont quelque usage de leur raison. Mais, commo leur raison

n'est pas encore bien développée, leurs fautes ne sont pas telles qu'elles méritent la damnation éternelle; mais elles peuvent retarder leur bonheur. C'est pourquoi il faut prier avec confiant pour eux, espérant de leur être utiles, comme nous voyons, en effet, que Dénocrate fut tiré de peine par les prières de sa sœur.

D. AtG. De anima et ej orig., 1. I., c. x. — 1. III, c. ix.

4. C'ommnnioit des Saints du ciel avec l'Eglise souffran e. — La prière n'est pas seulement une œuvre salisf^ctoire, elle est encore impétratoire, et voilà comment les prières des Bienheureux, quoi qu'ils ne puissent plus rien mériter pour les autres ni pour eux-mêmes, nous sont cependant d'un grand secours, ainsi qu'aux âmes du purgatoire (1). Or, nul doute que les âmes des Saints, qui régnent avec Jésus Christ dans la gloire, ne prient pour lésâmes qui expient leurs fautes dans le feu purifiant [2). Saint Augustin nous l'enseigne expressément dans son livre Du soin qu'il faut prendre des morts, où il dit qu'il est avantageux aux défunts d'être ensevelis dans les basiliques des martyrs, parce que leurs pioches, leurs amis qui leur survivent, en pensant à eux, se souviennent aussi des martyrs dans l'église desquels ils reposent, et lts recommandent à leurs prières (3j. C'est donc avec-juste raison que nous invoquons les Saints, afin qu'ils intercèdent pour les âmes du purgatoire (4). L'Église a même une oraison, dans laquelle elle conjure le Seigneur, par l'intercession de la bienheureuse Marie et de tous les Saints, d'accorder aux trépassés la béatitude éternelle (5).

Théodoret nous raconte, dans son histoire, que Théodose le Jeune allait souvent se prosterner au tombeau de saint Jean Chrysostome,

(1) Oratio duobus modis juvat defunctorum animas : 1° ut opus quoddam pœnale; 2° ut estimpetratoria; quo etiam pacto orationes Beatorum nobis et animabus purgatorii prosunt. licet satisfactoriœ non sint. Colet de Purgat.

(2) Nec ulli duhium esse potest quin sanctorum defunctorum animae cum Christo régnantes orent pro sanctorum animabus in purgatorio laborantium. Bellarm. D purg., c. xv. p. 6

(3) Quùm itaque recolit animus ubi sepultum sitcharissimi corpus et occurrit locus nomine martyns venerabilis, eidem martyri animam dl!»ctam commendat recordai::«s et precantis affectus. D Aug. De turd gerendd pro mortuis, c. iv., n. 6.

(4) Rectè etiam sancti à nobis invocantur ut apud D um intercédant pro animabus in purgatorio. Dens, tract. De quatuor novisnmis.

(5) JDeus, venue largitor, etc.

afin d'oblenir, par les prières de ce grand Saint, quelque soulagement pour les âmes de ses parents défunts (1).

On sait en quelle estime ont toujours été dans l'Eglise les révélations de sainte Brigitte. Les plus célèbres théologiens ont déclaré qu'on n'y trouvait rien de contraire à la foi catholique ; et.de plus, elles ont été approuvées par les conciles de Constance et de Bâle, et par les papes Boniface IX et Martin V. Or, voici ce ju'on y lit :

La sainte vierge Marie dit un jour à sainte Brigitte : « Il n'y a pas de si grand pécheur, ni si plongé dans le crime que, s'il m'invoque, je ne secoure. » Sainte Brigitte répondit : « 0 très-sainte Dame, je sais que vous êtes toute-puissante et toute bonne; aidez cette âme, pour laquelle je vous ai priée si souvent. » La mère de Dieu répondit : < Cette âme a eu trois choses à se reprocher dans sa vie : elle a voulu avoir le monde, mais le monde ne l'a pas vo lue; elle a trop aimé la chair, quoiqu'elle ne se soit pas engagée dans les liens du mariage; elle a aimé Dieu moins qu'elle ne devait, bien qu'elle ait été constante dans la foi. Elle est maintenant affranchie de ces fautes; mais il lui reste encore quelque chose à expier, avant d'être délivrée de ses peines. »

En un autre endroit, l'ange du Seigneur, indiquant à sainte Brigitte le moyen de secourir une âme détenue dans le purgatoire, lui dit : « Le malheur de cette âme a été qu'elle aima peu Dieu. Pourtant, afin qu'elle soit affranchie, qu'on choisisse trente prêtres dévots selon le jugement des hommes, et que chacun dise trente messes, neuf des Martyrs, neuf des Confesseurs, neuf de tous les Saints, la V'.îigt huitième des Anges, la vingt-neuvièma de la sainte Vierge, et la trentième de la Sainte-Trinilé, et que tous prient à son intention, afin que la colère de Dieu soit apaisée, et que sa justice soit fléchie à la miséricorde (2J. »

(I) Théodoret. Hisi., 1. V, c. xxvi.

(£) Révélations de sainte Brigitte, I. VI, c. civil, et I. IX,lv,c.ix.

EÉH1SSI0S DES PÉCHÉS. 153

DEUXIÈME INSTRUCTION

dixième article du Symbole.

Rémission des péchés. — Étendue ies pouvoirs de l'Église. — Un seul péché irrémissible. — Bonheur de se réconcilier avec Dieu. — Moyens d'obtenir la rémission des péchés.

D. Qu'entendoz-vous par la rémission des péchés? R. J'entends qu'il y a dans l'Église un véritable pouvoir de remettre les péchés.

Fut-il jamais une doctrine plus douce et plus consolante que celle de la rémission des péchés ? Hélas ! nous naissons tous pécheurs, et à ce péché d'origine nous en avons ajouté beaucoup d'autres, que nous avons commis par notre propre malice. Que deviendrions-nous donc, si la justice de Dieu était inexorable? Mais le Seigneur prend pi'ié de nous, touché qu'il est de la faiblesse de notre cœur, quand il se laisse cncr au mal, et de son repentir, quand il déplore ses torts ; i) pardonne beaucoup de péchés à ceux qui reviennent à lui comme l'enfant prodigue, à ceux qui l'aiment beaucoup, comme la femme pécheresse. Afin que la voie de la réconciliation ne fût fermée à personne, Jesus- Ghrist, après avoir détruit par sa mort le règne de l'iniquité, a laissé encore à son Église le pouvoir de remettre les péchés, pouvoir qu'il a lui-même par sa nature, puisqu'il est Dieu, et par l'efficace de ses mérites, puisqu'il est Sauveur. C'est dans son Église seule qu'il a établi la véritable piscine probatique, qui guérit toutes les maladies de l'âme ; ce n'est que dans le sein de cette Égiise que coulent les eaux du véritable Jourdain, seules capables de purifier les nouveaux Naaman de leur lèpre, pourvu qu'ils aient soin de s'y laver.

154 DOUZmiiïE LEÇON.

D. Qui a donné ce pouvoir à L'Église.?

R. Jésus Christ, lorsqu'il a dit à ses apôtres : Recevez le Saint- Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les 1 émettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.

Il n'y a que Dieu qui puisse nous laver de nos souillures, et rendre à notre âme sa beauté première. « C'est moi, c'est moi-même qui efface vos iniquités, » dit le Seigneur par la bouche d'Isaïe (1); et c'est là une des preuves les plus frappantes que le Sauveur, en une circonstance remarquable, donna de sa divinité. Un jour, les Juifs, envieux de sa gloire et ses éternels contradicteurs, se scandalisaient de ce qu'il s'arrogeait le pouvoir de remettre les péchés aux malades qui se présentaient à lui, leur procurant ainsi, dans son ineffable bonté, le doubie bienfait de la guérison de l'âme et de la guérison du corps. Ils murmuraient contre lui et se disaiententre eux : « Quel est donc cet homme qui usurpe les droits de Dieu (2) ? » 0 gens aveugles et endurcis! Malgré tant de prophéties qui le montraient si clairement, malgré ces Ilots de sagesse qui coulaient de sa bouche, malgré tant d'œuvres admirables qui s'échappaient jour nellement de ses mains, ils ne savaient pas quel était cet homme! Mais voici comment Jésus leur apprit à le connaître: se tournant vers la foule qui l'environnait : « Afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés, prends ton lit, dit-il au 1 lalytique, lève-toi et marche (3), » prouvant ainsi, par un argument irrécusable, à ses ennemis stupéfaits, que ceUe puissance, évidemment divine qui redressait les corps, pouvait aussi facilement renouveler dans les âmes !" de droiture et d'innocence.

Jésus-Christ, ne devant pas toujours demeur

(1) Is., XLIII, 3.

(2) Luc, v

(3) Luc, v, 23.

terre d'une manière visible, s'est choisi des représentants pour continuer son ministère de pnix et de salut, pour être les dépositaires et les dispensateurs de ses grâces. Or, qu'il les ait investis eux et leurs successeurs de cette fonction auguste et ineffable de remettre les péchés, c'est une ■érité dont il ne nous est pas permis de douter, et que nous trouvons consignée dans le saint Evangile avec les termes les plus positifs. Ecoutez l'adorable Sauveur. Quelques jours avant son Ascension, au moment où ses disciples s'y attendaient le moins, il paraît tout à coup au milieu d'eux, pour les consoler et leur donner, avec ses dernières instructions, de nouvelles marques de son amour. Il leur adresse ces paroles si connues, que l'hérésie a tant de fois torturées pour en altérer le vrai sens, mais qui demeureront à jamais, comme un éternel monument de la puissance sacerdotale. « Comme mon Père m'a envoyé, leur dit-il, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez» et retenus à ceux à qui vous les retiendrez (1). » Ici, chaque mot porte, tout est digne d'attention, toi mystérieux. Remarquez-le bien . c'est le Fiis de Dieu qui parle : Moi, dit-il, qui ai été établi de mon Père le souverain juge de tous les hommes ; moi, le roi du ciel et de la terre, moi, le maître de la vie et de la mort, je vous envoie comme mon Père m'a envoyé; cette autorité divine que le Père m'a donnée et que j'ai d'ailleui essence, je vous la communique sans aucune restr cti n; et ce n'es pîus l'esprit de l'homme, c'est mon Esprit, c'est l'Esprit de Dieu lui-même, qui doit désormais vous diriger dans IV . i ice de votre ministère. Recevez le Saint-Fs/mtj les péchés seront remis à ceux à «Lui vovs les remettrez. Voila, donc les apôtres revêtus de la vertu d'en haut, et établis les chefs et les maîtres spirituels de toute la terre.

(i) Joan., xs., 23.

156 jouzièû;e leçox.

Des apôtres, ce pouvoir de juger les consciences et de remettre les péchés a passé aux évêques qu'ils ont consacrés, et de ceux-ci à leurs légitimes successeurs, qui le communiquent encore à tous ceux qu'ils associent à l'ouvrage divin dont ils sont chargés; et c'est ainsi qu'il s'est perpétué et se perpétuera de siècle en siècle. Car le fruit de la mort de Jésus-Christ doit toujours subsister, et, tant qu'il y aura des pécheurs sur la terre, il faudra aussi qu'il y ait des ministres de Jésus-Christ, pour nous appliquer ses grâces. Nous sommes donc, comme dit le grand Apôtre, les ambassadeurs du Très-Haut, et c'est en nous que notre divin Sauveur a mis la parole de la réconciliation (1).

Ce n'est pas seulement une fois que Jésus-Christ a parlé à ses apôtres des grands desseins qu'il avait sur eux, pour la sanctification des hommes. Avant sa passion, il leur avait déjà fait la magnifique promesse de leur donner les clefs du royaume du ciel. « Tout ce que vous lierez sur la terre, leur avait-il dit encore, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Que Satan ne se glorifie donc pas de tenir les malheureux mortels dans un éternel esclavage ; un mot des ministres de Jésus-Christ peut briser ses chaînes, si dures, si invétérées qu'on les suppose.

Remettre ou retenir les péchés, condamner ou absoudre, lier ou délier, ouvrir ou fermer la porte du ciel, quelle puissance! Quoi! de simples mortels, des hommes vivant encore sur la terre, aussi faibles que le commun des hommes, souvent pécheurs eux-mêmes et pleins d'infirmités, ont cependantle pouvoir de purifier leurs semblables, et de prononcer des arrêts qui s'exécutent dans le ciel ! Eùt-on jamais pu se le persuader? Mais Dieu l'a ainsi régie, car il aime à employer les plus faibles instruments

(1) Posait in nobis verbum reccneiiiaiionis ; pro ChristO ei'gô iegatione fungimur. II. Cor. v, 19.

pour opérer les plus grandes merveilles. Quand donc vous vous présentez au prêtre du Seigneur pour lui découvrir Ses piaies de votre âme, ne songez pas à l'homme, songez au sceau de Jésus-Christ dont il est marqué ; songez au caractère dont il est revêtu, songez au sang de Jésus-Christ qu'il porte entre ses mains, pour le faire couler sur vous.

Remettre ou retenir les péchés, pouvoir extraordinaire. Les prêtres de l'ancienne loi avaient bien la faculté de constater la guérison de la lèpre ; mais ils ne pouvaient la guérir réellement ; les prêtres de la nouvelle loi ne se contentent pas de déclarer que la lèpre des âmes a disparu, mais ils l'effacent et la purifient entièrement.

Puissance souveraine. Quand ils disent : « Je vous absous, » ne craignez pas que Dieu vous condamne, puisqu'il s'est engagé à avoir pour agréable ce que ses ministres feront, ïi n'y a que les mauvaises dispositions des pénitents, qui puissent arrêter l'effet de leurs puissantes paroles.

Puissance plus grande que celle de tous lesrois delà terre, car l'autorité des plus grands monarques n'a rapport qu'au temps et à cette vie passagère. Mais autant le ciel l'emporte sur la terre, autant les âmes l'emportent sur les corps, et les biens éternels sur les bagatelles du monde, autant le pouvoir que Jésus-Christ a conféré à ses ministres l'emporte sur toute autorité humaine, puisqu'il s'exerce sur les âmes et s'étend jusque dans les cieux.

Puissance merveilleuse, que Dieu n'a point confiée aux anges, aux archanges, ni à aucun de ces bienheureux habitants du royaume céleste, car ce n'est point à eux, mais aux seuls prêtres qu'il a été dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, » et encore : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. »

Puissance véritablement divine. Si vous voyiez un prêtre s'approcher d'un tombeau et rappeler à la vie un autre Lazare, quel miracle ! vous écrieriez-vous aussitôt, tout frappés d'étonnement. Mais n'est-ce pas une chose bien plus

prodigieuse de ressusciter les âmes à la vie spirituelle, de les arracher à la puissance du démon, et de leur ouvrir les portes du ciel ? Et voilà précisément ce que fait le prêtre. Assis au tribunal de la pénitence, comme un juge sur son trône, il décide de l'état des consciences et du salut des âmes; et ce ne sont pas de vaines formules qu'il prononce, puisque le Seigneur a promis de ratifier ses sentences.

Enfin, puissance de miséricorde, à laquelle Jésus-Christ n'a mis ni réserve ni restriction. Tout ce que vous délierez, a dit le Sauveur, tout absolument et sans exception aucune, tout ce que vous dé lierez sur la terre, sera délié dans le ciel. Ainsi, point de péché irrémissible. Le Dieu qui a pardonné l'adultère et l'homicide de David *, les fureurs de Manassès, les persécutions de Saul, le Dieu qui, sur la croix, a imploré le pardon de ses bourreaux, admet encore tous les jours au baiser de paix et de réconciliation quiconque pousse vers lui le cri du repentir. Ayez donc confiance, ô pécheurs; quelque enfoncés que vous soyez dans le vice, vous pouvez vous en tirer quand vous voudrez, et le sang de Jésus Christ vous lavera de toutes vos iniquités. Eussiezvous commis les crimes les plus atroces, seriez-vous souillés des plus noires horreurs, la justice humaine peut vous repousser et se montrer impitoyable à votre égard; mais la bon'é divine, encore plus grande que votre malice, est toujours prête à vous accueillir. Voilà les grandes idées que la religion nous donne de la miséricorde infinie de notre Dieu; c'est un médecin tout-puissant, pour lequel il n'y a point de maladie incurable.

Il n'y a qu'un péché irrémissible , c'est l'impénitenec finale, c'est-à-dire la mort.dansle péché. C'est là le péché contre le Saint-Esprit, duquel Notre-Seigneur nous assure qu'il ne sera remis ni dans ce monde, ni dans l'autre. Bien cerlainement, il ne peut être remis dans cette vie, puisqu'on seppose un pécheur toujours endurci aans son iniquité , et persévérant dans sa mauvaise volonté jus-

qu'à la fin; il ne peut être remis non plus dans l'autre vie, puisque, après la mort, il n'y a plus de rémission et que le s : de chacun est irrévocablement fixé. Mais il n en reste pas moins vrai que , dans ce monde, Dieu ne rejette jamais un cœur contrit et humilié et que le trésor de sa clémence est inépuisable. Laissons donc les Gain et les Judas se persuader que leur iniquité est trop grande pour être pardonnée. Pour nous, nous dirons avec l'effusion du Roi-Prophète : « 0 mon âme, bénis le Seigneur ; c'est lui qui te remet tes péchés, qui guérit tes infirmités ; c'est lui qui te sauve de la mort, qui rassasie tous tes désirs et renouvelle ta jeunesse comme celle de l'aigle (1).» J'espérerai donc en vous, ô mon Dieu, et j'implorerai votre miséricorde, malgré mon indignité, malgré mes trop longs égarements; j'espérerais toujours en vous, quand même je serais aux portes de l'abîme, parce que je sais que, tant que je serai dans cette vie, mes larmes auront toujours le pouvoir de désarmer le courroux céleste, et que le sang de Jésus-Christ ne cessera de crier miséricorde pour moi.

Mais ici, il y a un grand écueil à éviter, c'est de se faire, de la certitude et de la facilité du pardon, un encouragement au crime. Le Seigneur me pardonnera, dit-on; donc jp puis l'offenser... Quoi ! vous serez méchant, parce que le Seigneur est bon ! Quoi ! vous l'outragerez avec plus d'audace, parce qu'il vous traite avec plus de générosité ! Et ne voyez-vous pas que, par une conduite si extravagante, vous vous fermez la porte du repentir ? Craignez, malheureux, de lasser la patience divine par de nouveaux crimes; craignez de combler la mesure, et d'arriver à ce terme fa al, où la bonté paternelle finit, et où commence le règne de l'inexorable justice. Ah ! plutôt, lavez-vous, pui . z-vous (2) .

(1) Roaovabitur ut aquilœ juventus lua. Psal. eu, 5.

(2) Lavamini, muudi estote. ls., i, 10

Et n'est-ce pas le plus grand de tous les bonheurs pour m? criminel, pour un audacieux et téméraire infracteur des lois divines, de pouvoir se réhabiliter aux yeux de son Dieu et à ses propres yeux ? de pouvoir se délivrer de son passé si affreux, si désolant, d'en effacer entièrement la trace ? Et voilà le bonheur que lui promet l'Eglise par la rémission des péchés. Au bain salutaire de la pénitence, il entendra la voix du juge suprême, qui lui criera : « Le passé n'est plus; toutes les iniquités dont vous vous êtes souillé, je les ai oubliées, et je ne m'en souviendrai jamais. Tout est pardonné. » Oh! qu'il est beau d'être en paix avec son Dieu! Oh ! qu'il est beau de ne plus s'abhorrer soi-même! Qu'elle est pure, qu'elle est délicieuse cette joie d'une bonne conscience ! Le Sage l'appelle un festin continuel, préparé sans frais, sans dépense et sans dégoûts. C'est un repos doux et tranquille, un contentement solide et inaltérable, que saint Jean appelle une manne cachée, parce que personne ne la connaît, hormis celui qui la goûte. C'est cette paix du Seigneur qui surpasse tout sentiment, comme dit saint Paul ; mais Jésus-Christ l'a exprimée lui-même en un seul mot, lorsqu'il l'appelle une joie pleine (1).

D. Comment l'Église accorde -t- elle la rémission des péchés?

R. Par les sacrements, auxquels la rémission des péchés est attachée.

Le pouvoir que Jésus-Christ a donné à son Église n'est pas arbitraire ; il ne dépend pas de ses ministres de remettre ou de retenir les péchés, selon leur caprice. Il faut qu'ils se conforment aux règles, et qu'ils emploient les moyens que Notre-Seigneur a établis. Or. ces moyens sont, les sacrements, et, en particulier, le baptême et la pénitence, qui, semblables à des canaux sacrés pai où coule

(1) Ut gaudium vestrum sit plénum. Joan., xvi, 24.

le sang de Jésus-Christ, le font tomber sur nous comme une rosée salutaire, pour nous laver de nos souillures et nous conférer la grâce.

Mais d'où vient que ces sources de salut étant ouvertes à tout le monde, il en est si peu qui en profitent ? La bonté divine nous offre le pardon, et nous le refusons ! nous aimons mieux croupir dans la fange de nos iniquités que de nous en purifier ! Quel aveuglement ! quelle insensibilité! 0 Dieu de clémence , brisez vous-même la dureté de notre cœur; vous nous appelez à vous, pour nous décharger du fardeau accablant de nos iniquités; nous viendrons donc, avec une entière confiance, implorer vos miséricordes dans le tribunal que vous avez établi pour les répandre sur nous.

TRAITS HISTORIQUES

î. Le roi David étant tombé dans une grande faute, qui avait attiré sur lui le courroux du Ciel, le Seigneur lui envoya le prophète Nathan, pour lui reprocher son ingratitude et lui faire sentir l'indignité de sa conduite. Ce saint Prophète, tout en usant des ménagements et des égards dus à la majesté royale, lui parla néanmoins avec une généreuse liberté. Couvrant d'abord sa pensée sous un voile allégorique : € Il y avait, dit-il, dans une ville, deux hommes dont « l'un était riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et « des bœufs en grand nombre; mais le pauvre n'avait qu'une petite « brebis qu'il avait achetée et nourrie, et qui avait été élevée chez lui « avec ses enfants, mangeant son pain et buvant dans sa coupe, et « il l'aimait comme sa fille. Et un étranger étant venu chez le riche, « celui-ci ne voulut point prendre ses brebis ni ses bœufs, pour don- « ner un banquet à cet étranger qui était venu chez lui; il enleva au « pauvre sa brebis, et la donna à manger à l'étranger. » Or, David entra dans une grande indignation contre cet homme, et il dit à Nathan : « J'en jure par le Seigneur, l'homme qui a fait une telle action est digne de mort. > Or, Nathan dit à David : « C'est vous qui t êtes cet homme. Tu es Me vir. Voici ce que dit le Seigneur : Je « vous ai sacré roi sur Israël, je vous ai délivré de la main de Saùl; « je vous ai donné la maison d'Israël et de Juda; et, si cela vous

€ parait peu, j'y ajouterai beaucoup encore. Pourquoi avez-vous mé- « prisé la parole du Seigneur, pour faire le mal en ma présence? t Vous avez fait périr Urie, un de vos plus braves soldats, et vous « vous êtes emparé de sa femme. C'est pourquoi le g'aive d'une juste < vengeance va frapper votre maison, et des maux terribles vont e fondre sur vous. » David reconnut alors ses crimes et les confessa humblement, en disant : « J'ai péché contre le Seigneur. » Et Dieu, touché de son repentir, lui dit par la bouche de Nathan : c Le Seigneur a pardonné votre péché, vous np mourrez point. » Le Prophète lui marquait par là qu'il ne perdrait point la vie éternelle; mais il lui annonça en même temps qu'en expiation de ses fautes, il subi* rait de très-grandes afflictions. Ce qui ne tarda pas à arriver

Page 1