DE L'ÉTERNITÉ EN GÉNÉRAL
Cette effrayante perspective de l'Éternité, ces espaces infinis d'une durée sans bornes, révoltent les impies ; et il f fit un temps, qui n'est pas encore bien loin de nous, où des hommes soi-disant philosop: es, tiers de leurs lumières et enivrés de leur prétendu mérite, déployaienttoutesles ressources de leur esprit et de leur imagination, pour prouver qu'ils étaient semblables à des animaux sans raison, se faisant ainsi les compagnons et les émules des bœufs et âës taureaux qui, après avoir ruminé pendant quelques années, périssent sans retour. Heureusement cette mode est passée ; et aujourd'hui les savants, comme le simple peuple, se font gloire de reconnaître que l'homme est immortel, et qu'après la destruction du corps, ï'âme qui lui survit commence une vie nouvelle, qui ne finira jamais.
Cependant, comme les passions sont toujours les mêmes»
et qu'étant si vivement en jeu dans cette question, elles s'efforcent d'y répandre des nuages, nous allons rapporter ici les principales preuves sur lesquelles repose notre croyance à la vie future. Nous en avons déjà touché quelque chose, en parlant de l'immortalité de l'âme, à la cinquième leçon ; mais, le sujet étant des plus importants, nous ne devons pas négliger l'occasion qui se présente ici de le développer un peu plus longuement. Voici donc quelques-uns des arguments, qui nous démontrent la nécessité d'une vie à venir
1» La nature elle-même de notre âme.
On conçoit très-bien qu'un assemblage d'éléments grossiers et matériels se désunisse et se décompose, et qu'ainsi le corps, étant poussière, retourne en poussière. Mais l'âme est une substance simple, immatérielle comme la pensée qui en émane. Qui jamais, en effet, s'est avisé de donner de l'étendue à la pensée ? Qui jamais s'est avisé de dire la moitié, le tiers ou le quart d'une pensée ? Or, ce qui n'est pas composé n'est pas susceptible de décomposition ; ce qui n'a point de parties, ne peut périr par la dissolution de ses parties. Donc le dogme de l'immortalité de l'âme est une suite nécessaire de sa spiritualité; donc la ruine du corps ne porte aucune atteinte à l'existence de l'âme, de même que le déchirement d'un habit laisse dans son entier le corps qm en est revêtu.
2° L'infaillibilité de la sagesse divine, qui n'a pu donner à l'homme des désirs infinis, sans quelque objet capable de les satisfaire.
Le cœur de l'homme, tourmenté par une multitude de
dé. irs insatiables, est comme une espèce d'abîme qui absoibe, qui engloutit tout et ne dit jamais: c'est assez. Est-il dans le besoin, ses premiers voeux sent pour le nécessaire;
182 TREIZIEME EEÇ0H.
quand il a le nécessaire, il veut le superflu : et, après le superflu, il ambitionne tout ce qu'il y a de plus beau, de plus éclatant, de plus magnifique. Chacun, dans la sphère où Tordre de la Providence Ta placé, cherche toujours à grandir et à s'élever. Plus on gagne, plus on veut gagner ; plus on a de plaisirs, de richesses, d'honneurs, plus on en désire, sans que jamais ici-bas on puisse trouver le vrai bonheur. D'où vient donc que nous sommes ainsi ballottés de désirs en désirs, d'espérances en espérances, et que nous ne trouvons nulle part de quoi nous satisfaire ? Tous les autres êtres, heureux à leur manière, remplissent leur destinée. Le poisson nage content, au sein des eaux, sans envier le sort de l'oiseau qui fend l'air ; et l'oiseau se réjouit de voler librement dans les espaces, sans penser qu'il y ait des créatures plus heureuses que lui ; et l'homme, l'homme seul, n'est pas content des avantages temporels, qui cependant, au dire des impies, devraient être tout son partage ! Et Dieu n'aurait mis en son cœur ce désir insatiable de bonheur que pour se jouer de lui ! Mais, alors, où est la sagesse de Dieu ? où est sa bonté ? Ne nous aurait-il donné la raison que pour nous rendre plus malheureux? N'aurait-il donné à notre cœur une capacité infinie que pour le laisser dans un vide éternel? Non, non, ce bon Père n'en impose point à ses enfants ; et, puisqu'il n'y a rien dans ce monde de proportionné avec ce désir immense de bonheur, que nous sentons invinciblement au dedans de nous-mêmes, nous sommes forcés de conclure que la terre n'est pas notre patrie, que nous sommes faits pour un monde invisible et éternel, où la multitude et la variété de nos désirs doivent trouver leur centre et leur parfait accomplissement.
3» L'infinité Je la justice de Dieu, qui ne lui permet pas de traiter indifféremment l'homme vertueux et le coupable.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la société humaine et
le monde moral, pour être frappé du désordre et de la confusion qui y régnent. Quel est ici-bas le sort du vice et de la vertu ? D'un côté, voyez prospérer la voie des méchants ; trop souvent, tout semble sourire à leurs vœux. Sans humanité, sans foi, sans pudeur, ils se font un jeu de tromper les simples, d'opprimer les faibles, de s'enrichir aux dépens de leurs semblables; la ruse, l'intrigue, la fraude les conduisent à la fortune et aux honneurs, et on les voit, semblables aux cèdres du Liban, élever leur tête altière contre le Dieu qu'ils déshonorent et blasphèment. D'un autre côté, que d'hommes vertueux qui souffrent sur la terre et qui, après avoir vécu dans les exercices de la piété et dans des traverses continuelles, meurent sans avoir goûté un seul instant de bonheur ! Or, croyez-vous qu'un même sort soit réservé aux premiers et aux seconds? Quoi ! les uns et les autres auront également tout perdu à la mort ! Et il n'y aura aucune différence entre le vice et la vertu, entre le crime du méchant et les bonnes œuvres du juste, entre la perversité de l'assassin et le dévouement du citoyen généreux qui expose sa vie pour ses compatriotes, entre les turpitudes de l'impudique et la pureté des vierges ! Quoi I Dieu ne ferait pas plus de cas du juste qui l'adore, que de l'impie qui l'outrage ! Mais, alors, disons qu'il n'y a plus» de Providence ; disons qu'il n'y a plus de Dieu. Car, s'il existe un Dieu, il faut qu'il soit juste, et il ne peut être juste qu'en rendant à chacun selon ses œuvres; et, puisqu'une expérience de tous les jours prouve que, dans cette vie, les bons ne sont pas récompensés, ni les méchants punis, il faut, de toute nécessité, qu'il y ait une vie future où justice soit faite à tous.
40 La foi du genre humain
Tous les peuples sans exception, anciens et modernes, policés et barbares, qui ont reconnu un Dieu, ont admis
aussi, comme une suite nécessaire, la croyance à une vie à venir. Il est vrai que cette croyance a été plus d'une fois dégradée parla superstition, les vices ou l'ignorance; qu'en certaines régions elle était plus obscure et plus vague, en d'autres plus développée et plus parfaite ; mais elle n'a été nulle part inconnue. Chez les anciens, il est facile de la démêler au milieu des fables du polythéisme; on l'a trouvée établie chez les sauvages des forêïs américaines, et parmi les hordes de l'Afrique. Partout où il y a eu des hommes vivant en société, on a cru que, bien loin que tout se bornât à ce cercle étroit de la vie, il y aurait une vie future où chacun recevrait la récompense ou la punition de ses œuvres. Mais si l'homme, ainsi que le prétendent les impies, meurt tout entier comme la brute, s'il ne doit pas avoir d'autre destinée que son bœuf ou son âne, d'où a pu lui venir cette idée si extraordinaire de l'immortalité ? Comment cette idée, si opposée aux sens, si effrayante pour les passions, a-t-elle pu prévaloir sur toute la terre et se conserver au milieu des révolutions des empires, et de ce chaos d'erreurs où s'est perdu tant de fois l'esprit humain ? Ah ! reconnaissons-le, c'est le doigt de Dieu qui l'a gravée dans le cœur de l'homme, d'une manière impérissable. EL quels arguments les apôtres du néant peuvent-ils apporter pour infirmer ce témoignage si constant, si uniforme de tout le genre humain ? Malheureux, ils n'ont d'autres raisons que leurs désirs, dit un Père de l'Église (1); on peut les défier d'arriver à la conviction. « Ils n'ont pas, ditBossuet,de quoi établir le néant auqueliis aspirent après cette vie, eteemisérable partage ne leur est pas même assure (2). b
5° L'autorité de la révélation.
La raison humaine peut être faible et chancelante : mais
(1) Magîs optant quàm credunt.
(2) Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de Gonsagus.
la foi la soutient et l'éclairé de sa divine lumière. Un chrétien n'a besoin, pour croire, que de la parole de Dieu. Or, elle s'explique, de la manière la plus formelle, sur la vie à venir» « Dieu a créé l'homme impérissable, dit le Sage (l). » o Les méchants iront dans un supplice éternel, et les j ustes à la vie éternelle (2).» Mais qu'est-il besoin de citer des textes? La religion tout entière ne nous annonce-t-elle pas la vérité et l'éternité de la vie future ? Cette vie future n'a-telle pas été constamment l'objet de la foi et des désirs des patriarches, la source des consolations que les prophètes donnaient au peuple de Dieu, et le fruit de la venue de Jésus-Christ? Pourquoi ce divin Sauveur s'cst-il incarné? pourquoi est-il mort? pourquoi est-il monté au ciel ? N'est-ce pas pour nous ouvrir les portes de la bienheureuse immortalité? C'est par la prédication de la vie future, que les apôtres jettent les premiers fondements de la doctrine du salut, parmi les nations infidèles. C'est par là que saint Paul commence d'annoncer la foi devant l'Aréopage. « Nous sommes la race immortelle de Dieu, » dit-il à cette assemblée de sages; ailleurs, expliquant en détail les qualités des corps ressuscites à la gloire, il dit en toutes lettres que, de mortels et corruptibles qu'ils sont actuellement, ils deviendront incorruptibles, et qu'ils se revêtiront de l'immortalité (3). En un mot, tout le christianisme repose sur le dogme d'une vie future ; et renverser ce dogme, c'est renverser tout l'édifice de la religion ; c'est renverser b trône de Dieu lui-même.
Et que font les incrédules pour s'étourdir sur cette îm- : ortante vérité ? Ils ressassent des sophismes mille fois ré- : tes ; ils se perdent en discours vagues, en suppositions
(1) Deus creavit hominem inexterminabilem. Sap., 1, 23.
[2] Ibuni hi in supplicium aelernum, justi autem in vitam œtertinm. Math., txv, 46.
(3) Oportet coiruptibile hoc induere incorruptionem, et nîortalô t M induere immortalitatem. I. Cor., xv, 53.
chimériqups ; et, sur un misérable peut-être, ils hasardent leur éternité? 0 aveuglement ! ô folie!
Mais enfin, qu'onlecroie ou qu'on ne le croie pas, qu'on y pense ou qu'on n'y pense pas, ce que Dieu a promis s'accomplira, et, bon gré, mal gré, chacun de nous s'achemine vers l'Eternité1. Prenons bien garde de ne pas faire fausse route, et, pour cela, soyons bien convaincus que ce n'est pas par les sentiers fleuris de la volupté, mais par le chemin de la croix qu'on arrive au royaume de Jésus-Christ. Mais en quoi consiste cette vie éternelle, c'est ce que nous allons maintenant examiner.
D. Qu'est-ce q>n fait le bonheur des saints dans le ciel? R. C'est de posséder Dieu et d'être assurés qu'ils le posséderont toujours.
l'éternité rienheureuse.
Il faudrait avoir non pas une voix humaine, mais le langage des anges, pour parler de la béatitude des saints. De tout ce que nous voyons en ce monde de plus beau, de plus aimable, de plus ravissant, rien n'approche des délices de la céleste patrie, rien ne peut nous en donner une idée. Saint Paul lui-même, ravi jusqu'au troisième ciel, et qui de là avait entrevu quelque chose de la gloire des élus, ne sait comment s'exprimer, et il se contente de dire que Fœil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, que le cœur le plus vif et le plus passionné ne peut, dans toute h fougue de ses désirs, se figurer rien de pareil à la félicité que Dieu prépare à ceux qui l'aiment (1) a.
Cependant ne laissons pas que de porter un instant nos yeux vers ces brillantes demeures, où des trônes éternels et des plaisirs purs nous sont destinés; et, puisqu'il est impossible de les représenter avec des couleurs convenables,
(i) Q'jod oculusnon vidit, nec auris audivit, nec in cor homir.is «scendit. quae praeparavit Deus iis qui diligunt iliurn. I. Cor., n, 9.
que l'ardeur de notre foi supplée à ce qui manque à nos expressions.
Bonheur du ciel, bonheur immense, bonheur parfait, où Ton est exempt de tous les maux, où l'on jouit de tous les biens. Là, plus de maladies, plus d'intirmités, plus de douleurs; la souffrance, la tristesse, les gémissements en sont bannis à jamais ; là, plus de vieillesse, plus de caducité, plus de mort. Là, plus de troubles, plus d'inquiétudes, plus de doutes, plus de tentations, plus de dangers; là, tout est joie, allégresse.
Le ciel, c'est le royaume de la paix, de la lumière, de la gloire; les élus en sont pénétrés, investis de tous côtés. Le ciel, c'est une manne délicieuse, c'est un océan de plaisir, c'est un ravissement continuel.
Le ciel, c'est la satisfaction de tous les désirs, et saint Bernsrd le caractérise en quelques mots, en nous disant que le paradis est un lieu où rien ne se trouve de ce que vous ne voulez pas, et où se trouve tout ce que vous voulez. Mais je n'ai encore rien dit; tout cela n'est point le ciel.
C'est Dieu lui-même qui fait la félicité de ses élus; comme il le déclara autrefois de sa propre bouche à Abraham (1). Et, en effet, y a-t-il rien sur la terre, y a-t-il rien même au ciel qui puisse nous satisfaire, hormis vous, ô le Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité (%? Or, dans le ciel, Dieu déploiera toute sa magnificence; il ouvrira tous les trésors de sa bonté pour remplir, et au delà, l'immense capacité du cœur de l'homme et l'immense capacité de son esprit. Dans le ciel, nous verrons Dieu, nous l'aimerons, nous le posséderons : Videbimus, amobimus, possidebimus, voilà en trois mots le bonheur des saints.
4° Videbimus. Nous verrons Dieu, non pas comme en
(1) Ego ero meroes tua magna nimis. Gen., ïv, 5.
(2) Quid mihi est ii; cœlo , et à te quici votui super terrain P Psal. lxxii, 25.
cette vie, à travers mille nuages, au milieu des ténèbres de la foi ; mais nous le verrons à découvert, face à face, tel qu'iJ est en lui-même (1). Nous verrons ce Dieu qui renferme tous les biens, toutes les beautés, tous les plaisirs. Nous verrons cette lumière pure, splendeur des splendeurs, qui forme le jour inaltérable de l'éternité. Nous verrons cette justice universelle d'où dérive toute justice; cette majesté, douce et ravissante, devant qui tout genou fléchit; cette beauté, toujours ancienne et toujours nouvelle, qui fait le charme des élus. Or, si une légère trace de la gloire divine, imprimée sur le front de M Ase, suffit pour éblouir tout le peuple d'Israël; si quelques traits de cette même gloire, que Jésus-Christ fit rejaillir sur son corps, suffirent pour effacer la clarté du soleil et faire tomber en extase les disciples du Thabor, que sera-ce de la voir pleine et entière, de s'en abreuver à longs traits, de s'y plonger en toute liberté? «Voir la face du Dieu vivant, dit saint Augustin, c'est le suprême bonheur ; c'est la joie de tous les anges et de tous les saints; c'est la récompense de la vie éternelle, la gloire de nos âmes, le contentement sans fin, en un mot, c'est le paradis de Dieu (2).»
2" Amabimus. Nous aimerons Dieu. Peut-on le voir, peut-on le connaître sans l'aimer ? Nous aimerons Dieu, non pas comme aujourd'hui, d'un amour inconstant, faible, languissant, mais d'un amour fort, parfait, de l'amour le plus tendre et le plus ardent. Nous l'aimerons, sans jamais éprouver aucun dégoût, aucun ennui, sans jamais nous lasser de l'aimer, et, plus nous l'aimerons, plus nous voudrons l'aimer ; et nous l'aimerons, non pas par intérêt, mais pour le seul plaisir de l'aimer. Et, trouvant toujours en lui un fonds inépuisable de charmes et de beautés, nous l'ai-
?!! Videbimus eum sicuti est. I. Joan., m, ^, (2/ ; .n:.'., ïoutoq
merons avec des tendresses et des joies toujours nouvelles, et ce sera une vie toute d'amour ; ce sera toujours l'ivresse de i'amour. 0 mon cœur, ô mon cœur, donc alors tu seras content ! ! 1 Maintenant si avide, si insatiable, et qui trouve» si peu d'objets capables de te plaire, alors, mais seulement alors, tu seras pleinement satisfait, parce que tu t'attacheras au cœur même de Dieu.
3° Possidelnmus. Nous posséderons Dieu. Quelle est ls grande, l'unique passion des âmes justes sur la terre? C'est d'aimer Dieu et de s'unir à lui. Mais cette union, commencée ici-bas, se consommera dans le ciel. Nous le posséderons, ce Dieu de toute gloire et de toute beauté ; nous serons à lui et il sera à nous. Nous le posséderons de la manière !a plus noble, la plus parfaite, la plus intime; nous le posséderons avec toutes ses perfections, avec toutes ses amabilités; nous serons tout remplis de Dieu, tout pénétrés de Dieu, tout consommés en Dieu. Et, en le possédant, nous posséderons tout. Quel bien peut-on, en effet, désirer, qui ne se trouve dans le sein de Dieu ? La lumière ? Mais il en est le père? La sagesse? Il en est la source. La sainteté? Il en est le principe. La beauté? Mais quelle beauté comparable à celle de Dieu? La science ? Il est le Dieu des sciences. Les richesses? Tous les biens sont à lui. Que peut-il donc manquer à celui qui vous possède, ô mon Dieu ! Dieu sera tout en tous (1); et saint Augustin, commentant ce passage, dit : « Dieu sera toutes choses à tous les Bienheureux, parce qu'il sera leur commun spectacle, leur commune joie, leur commune paix (2). »
Enfin les Bienheureux, en possédant Dieu, seront assurés de le pusi'der tuujours. Dans le ciel, l'àme souverainement heureuse peut dire en toute vérité, comme l'épouse des can-
(1) Ul sit Ueus omma in omnibus. I. Cor., xv, "28.
(2) Commune spectaculum erit omnibus Deus ; commune gaudium erit omnibus Deu.-1; eomtuums pax. eril omnibus Deus. U. Aua., in psalm. lxxxiv
tiques: «J'ai trouvé mon bien-aimé, il est à moi. et je n'appréhende pas qu'il m'échappe (1). » Dans le ciel, tout est éterne!, la joie est éternelle, la paix éternelle, le bonheur éternel ; c'est une cité permanente, une gloire incorruptible, un héritage que rien ne peut détruire, une couronne que rien ne peut flétrir; en un mot, c'est le royaume deJesus-Ohrist notre Seigneur, qui n'aura jamaisdefin(2). Et voilà ce qui metlecombleaubonheurde l'âme dans Se ciel : c'est la ferme assurance que le Dieu dont elle jouit, en qui ne se trouve ni changement, ni la moindre ombre de vicissitude, sera son éternelle possession. Je suis certain, peut dire l'heureux habitant de ce fortuné séjour, que ni la vie ni la mort, ni le démon avec sa malice, ni l'enfer avec ses puissances, que rien au monde ne pourra jamais me séparer delà charité de Jésus-Christ, mon Dieu. Je suis certain que ni le temps ni la jouissance n'affaibliront jamais ma félicité. En effet, les Bienheureux seront toujours contents et toujours avides de contentement, toujours affamés et toujours rassasiés de bonheur. Le ciel est une fête, dont on ne se lassera jamais. Les joies de la terre, même les plus grandes, même les pins enchanteresses, finissent, à la longue, par devenir insupportables; point de spectacle si beau, dont on ne se fatigue; point de concert si harmonieux., qui ne devînt un supplice, s'il fallait toujours l'entendre ; mais les joies du ciel sont toujours également agréables, également ravissantes, et. après en avoir joui des milliers et des mille milliers de siècles, on les trouvera toujours les mêmes et toujours nouvelles. 0 abîmes de la magnificence divine! Océan de délices, où l'on puisera toujours, sans pouvoir jamais l'épuiser! 0 heureuse patrie, repos ineffable! 0 bonheur incompréhensible d'être immuablement affermi dans la justice, d'être intimement et invariablement uni à
(1) Inveni quem diligit anima mea. Cant., 111,4
(2) Cujus regni non erit finis. Symb. Me.
son Dieu ! Éternité, heureuse éternité ! qui me donnera des ailes, comme à la colombe, pour m'envoler dans tes sacrés parvis (1)3 0 jamais! ô toujours ! parole désespérante pour les réprouvés; mais, ô parole douce, enivrante pour les saints ! Toujours voir Dieu, toujours l'aimer, toujours le posséder, sans craindre jamais de le perdre ! 0 mon Dieu, faites que nous vous aimions beaucoup pendant cette vie, afin de mériter de vous aimer et de vous posséder pendant toute l'éternité3.
TRAITS HISTORIQUES
1. C'est cette pensée de l'Éternité qui portait les saints, à mépriser le monde et à travailler sans relâche à leur salut. Avec cette seule pensée, que d'âmes un saint Ignace de Loyola ne gagna-t-il pis à Dieu! C'est avec elle qu'il fil l'heureuse conquête d'un saint François-Xavier, qui, alors à Paris, n était occupé que de frivolités mondaines. * i rançois, lui dit-il un jour, pensez que le monde est uu « traître; il fait des promesses et uj est point fidèle. Mais, quand
* même il tiendrait ses engagements envers vous, jamais il ne pourra « contenter votre cœur. Supposez, toutefois, qu'il sou satisfait, com-
* bien de temps celte satisfaction durera-t-elle? Peut-elle durer plus < que votre vie? Et, à la fin, qu'en emporterez-vous dans l'éternité? « Un homme riche, en entrant dans l'autre vie. a-t-il conservé jamais « mi>. seule pièce de monnaie, ou un seul domestique pour le ser- » vu- ? Un roi, partant pour l'autre monde, a-t-il jamais pris avec lui « un fil de pourpre, comme marque de sa dignité? » François, frappé de ces réflexions, dit au monde un éternel adieu, suis il saint Ignace, et devint lui-même uu grand saint.
Vanile des vanités, c est le nom que donna Salomon à tous les biens d'ici-ba*, après les avoir goûtés tous, comme il l'avoue luimême ! — Sœur Marguerite de Sainle-Anne, carmélite, fille de l'empereur Rodolphe II, s'écriait : « A quoi servent les royaumes à l'heure de la mon ? » Quel vaste sujet de méditations ! Liguori.
2. Si parfois il nous arrive d'être témoins de quelque fête ou divertissement profane, nous nous laissons facilement éblouir pa." de trompeuses apparences ; mais, sachons-le bien, toute la gloire dit
(1) Quis mihi dabit pennas sicut columbae? l'ai, uv, 7,
monde n'est que vaine fumée, en comparaison de la gloire descteux. — Sair.l Fulgence était un jeune seigneur plein de talents, qui avait reçu une belle éducation : il fut placé comme gouverneur d'une province, et jouissait de la plus grande considération. Mais rien ne fat capable de lui faire perdre de vue le ciel, qui était l'unique objet de ses désirs. Un jour, il entra dans la ville de Rome, au moment où l'on faisait une réception magnifique au roi Tbéodoric. Ce roi était placé su' un trône élevé et richemenl décoré; il était environné du sénat, de ses grands officiers, et de la cour la plus nombreuse et la plus brillante. Riches costumes, musique, etc., rien n'avail été oublié pour embellir la fête. Ce spectacle I"i\h un instant 1 attention de saint Fulgence ; mais bientôt sa fui le détacha de la terre pour l'élever au ciel, et il se dit à lui-même : « Si Rome terrestre est si belle, si « ravissante, ornée par de pauvres et faibles mortels, que sera-ce de « la céleste Jérusalem? Si, dans cette vie périssable, les hommes « environnent d'un si grand éclat les partisans de la vanité et du « mensonge, que sera-ce du ciel, où Dieu lui-même déploie toute c sa puissance, pour procurer le bonheur à ceux qui ont mérité « a'y trouver une place par leurs vertus ? > Cette pensée l'attacha de plus en plus à l'accomplissement de lou^ ses devoirs.
Méthode pratique.
3. Les âmes pieuses et ferventes, soutenues par l'espérance du ciel, impatientes de s'unir à Dieu et de le posséder, ne font aucun cas des biens de la terre, bravent les tourments et la mort même.
Saint Philippe de Néri, qu'on voulut honorer du cardinalat, jeta en l'air l'insigne de cette dignité, en s'écriant : Le ciel ! le ciel! — Le martyr l'ionius, allant au supplice , fut interroge par ceux qui le conduisaient, pourquoi il marchait si gaiement à ia mort. « Vous vous trompez, leur répondit-il, je vais non à la mort, mais à la \it. Quand saint Symphorien, encore jeune, était prés de subir le martyre, sa mère le rencontra : « Mun fils, lui dit-elle, on ne vous ôte pas la vie, on la change en une meilleure. » — Lorsque les amis et les disciples de saint Jérôme le virent attaqué d'une fièvre violente qui devait le conduire à la mort, ils lui témoignèrent la douleur qu'ils avaient de ce qu'ils allaient le perdn . Le saint, qui avait été si longtemps pénétré de la crainte des jugements de Dieu, leur dit d'un visage serein : « Vous venez sans doute m'annoncer qu'il faut partir. Que Dieu vous récompense de l'heureuse nouvelle que vous m'appoitez ! Pienez part à ma joie, et soyez témoins de mon bonheur. Je vais enfin devenir libre, et je le serai pour toujours. » — Leu grattas, grâces soient rendues à Dieu, s'écria saint Félix de Cantalice, quand le Seigneur lui eut révélé llieure de sa mort. Sa joie était nexprimable; il ne pouvait la renfermer en lui-même. 11 se hâta de
porter cette heureuse nouvelle à tous les religieux de sa communauté, il les priait d'en remercier avec lui le Seigneur, il disait : c Je quitterai enfin la terre ; je vais mourir; je vais voir dans le ciel Dieu qui est mon tendre père. »
Le Seigneur, pour détacher encore davantage ses fidèles serviteurs dece bas monde, s'est plu à leur donner quelquefois un avantgoût de la félicité céleste, en les inondant de Unt de délices, qu'elles ravissaient non-seulement les âmes, mais encore les corps Swint Philippe de Néri fut une fois enlevé dans l'air avec le siège auquei il se tenait attaché. —Saint Pierre d'Alcantara fut aussi élevé de terre, quoique, pour l'éviter, il tînt un arbre fortement embrassé. Or, si l'amour de Dieu opère, même en cette vie, de si étonnants prodiges, que sera-ce lorsque, dans la céleste patrie, nous serons abîmés en Dieu!
Quelle n'est donc pas la stupidité de ces âmes sensuelles qui , toutes préoccupées des avantages temporels, semblent mettre leur fin dernière dans ce monde et n'ont aucnn souci de leur salut ! La malheureuse Elisabeth, reine d'Angleterre, dit un jour: «Que Dieu me donne quarante ans de régne et je renonce au ciel ! » Elle les a passées sur le trône ces longues années; mais, maintenant qu'elle a quitté ce monde, que dit-elle? Assurément, elle ne pense plus de la sorte. Oh ! à quelle douleur n'est-elle pas en proie, en voyant qu'au prix de ce temps qu'elle a régné, toujours dévorée de mille craintes eî de mille soucis, elle a perdu, pour l éternité, la couronne du ciel ! Qu'elle eût fait plus sagement d'imiter celle autre Elisabeth de Hongrie qui, née comme elle sur le;, mâches du trône, ppjft-ra un état d'humiliation aux honneurs que sa naissance lui avait destinés, et qui, ayant pris l'habit du Tiers-Ordre, mit toute sa gloire à servir les pauvres, dans un hôpital qu'elle avait fondé. Mlle se repose actuellemL'Ltdans le sein de Dieu; et l'autre.... Hélas: la justice divine a prononcé.
Pour nous, que l'exemple de ceile-ci nous effraie ! que l'exemple de celle-là nous encourage. Sachon.- tout perdre et tout sacrifier plutôt que de perdre notre Dieu Tel fui le cri qui sortit unanimement de la bouche des habitants d'Hippone, un jour que saint Augustin, après leur avoir pa:ié du royaume des cieux, leur dit : « Je suppose que Dieu vous promettra de vivre cent ans, mille ans même, dani l'abondance de tous les biens de la terr«, mais à condition de n? jamais régner avec lui.... > — Non, non, interrompit l'assemblée er>tière avec unesaiule énergie; que toutpénsîe, et que Dieu nous lej.*. Pereanl universa
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TROISIEME INSTRUCTION
L'Élernifé malheureuse. — Preuves de ce dogme. — Objections des incrédules. — Malheur effroyable des damnés. — Images et coiï paraisons.
D. Le« méchants ne vivront-ils pas éternellement? R. Oui, ils seront toujours vivants, afin de souffrir éternellement.
La vie des damnés n'est pas à proprement parler une vie, c'est plutôt une mort, et la plus cruelle de toutes les morts1. C'est une mort immortelle, où Ton ne vivra que pour toujours mourir, et où l'on ne mourra jamais pour toujours souffrir. Aussi cette existence affreuse des réprouvés est-elle appelée dans nos livres saints la seconde mort (\).
Les impies consentiraient volontiers à reconnaître une éternité de bonheur pour les justes; mais quant à l'éternité des supplices, ils la nient, parce qu'ils ont intérêt qu'il n'y en ait pas; et ils rassemblent toutes les forces de leur esprit pour ne pas y croire, comme s'ils pouvaient par là calmer toutes les agitations de leur conscience. Mais ils ont beau faire, les oracles divins sont formels; et leurs s.jphismes ne parviendront jamais à les détruire.
Comme il n'y a pas de dogme plus important, ni plus -aire pour la vie présente que celui d'une vie future, il n'y en a pas non plus qui soit plus clairement enseignév ni plus fréquemment répété dansla sainte Ecriture. Ouvrez l'Ancien Testament : il y est dit ici « que le ver qui ronge les reprouvés ne mourra point, et que le f?u qui les brûle ne s'éteindra point (2);» là, « qu'ils souiïi iront toujours,
(1) Haec est mors secunda. Apoc, xx, 14.
(î) Vermis eorum non morielur, et ignis eorum non extinguetur. /•>'., XXIV, 66,