‹ Nouvelle explication du Catéchisme de Rodez (volume 5)Chapitre 15 sur 39 · DE L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE. I · texte numérisé non relu

DE L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE. I

sans jamais être consumés (1); » ailleurs, «que Dieu répandra, dans leurs chairs, le feu et les vers, al in qu'ils brûlent et se sentent déchirés éternellement...., qu'en vain ils appelleront la mort, que la mort s'enfuira loin d'eux (2). » Écoutez le saint précurseur, qui est venu rendre témoignage à la vérité; il compare les pécheurs à des pailles qui seront brûlées paru:; feu inextinguible (3). Mais écoutez surtout le juge suprême des vivants et des morts, qui prononce la foudroyante sentence: «Retirez-vous de moi, maudits. » Et pour aller où ? « Au feu éternel (4). » Il ne s'agit pas ici d'une longue durée de siècles, comme les impies voudraient se le persuader, mais de l'éternité tout entière. Dieu l'a dit: «Au feu éternel;» et sa parole est gravée dans l'Evangile en caractères plus lumineux que le soleil, en traits plus ineffaçables que ce qui est gravé sur le bronze ou l'airain. Et, pour qu'on ne puisse pas s'y méprendre, Jésus-Christ nous inculque cette vérité à plusieurs reprises: «Les méchants, nous dit-il en un autre endroit, iront dans un supplice éternel, et les justes à la vie éternelle (5). » Or, ïe ciel et la terre passeront, mais les paroles du Seigneur ne passeront point.

Après le divin Miàtre, les apôtres, dépositaires et fidèles interprètes de sa doctrine, nous la transmettent dans toute sa rigueur. « Les réprouvés, nous dit "apôtre saint Paul, subiront la peine d'une mort éternelle (6).» Saint Jean, dans son Apocalypse, déclare que tous ceux qui auront adoré la bête et son image, ou porté son caractère dans la main ou sur le front, c'est-à-dire que tous ceux qui auront

(1) Luet nec tamen consumetur. Job, xx, 18.

(2) Dabil enim ignem ut uranlur, et sentiant nsqué in sem-

piternum. Judith., xvi, 21. — Desiderabunt mo;i, et wgiet mors ab eis. Apoc, ix, 6.

(3) Palaeas comburet igni inextinguibili. Math., xm, 12.

(4) Discedite à me, maledicti, in ignem sternum Math.., xxv, 41.

(5) Ibunt hi in supplicium aelernum, justi autem in viiarn «eternam. Math, xxv, S6.

(6) Pœnas dabunt in intérim aeternas. II. Thess., i, 9.

abandonné la loi de Dieu, pour suivre la corruption de leur cœur, boiront le vin tout pur de la colère de Dieu, qu'ils seront tourmentés dans le feu et le soufre, et que la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles (1).

Voilà donc l'arrêt lancé contre les malheureux réprouvés : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel;» arrêt irrévocable, arrêt sans modification : nous en avons pour garants l'immutabilité même de Dieu, sa véracité, sa sagesse, sa sainteté. Son immutabilité, parce qu'il n'a jamais varié ; sa vérité, parce qu'elle demeure éternellement (2), et qu'aucun point de sa loi ne peut être effacé; sa sagesse, parce qu'il ne peut livrer l'interprétation de ses oracles aux conjectures et au caprice de? hommes ; sa sainteté, parce qu'il a juré au péché une hJne éternelle, et qu'il ne peut, en aucune manière, s'empêcher de le détester.

En entendant ces terribles oracles de la vérité suprême, que devrait faire l'impie? Renoncer au plus tôt à son impiété, changer de conduite et s'appliquer de toutes ses forces à éviter l'enfer avec ses tourments infinis. Que fait-il au contraire ! Il cherche à s'aveugler par les vains raisonnements de la sagesse humaine; il oppose Dieu à Dieu luimême; il s'attaque à ses deux principaux attributs, à cette justice plus élevée que les montagnes, à cette miséricorde que rien ne peut épuiser. Où esl l'équiié, demande-t-il d'abord, qu'un péché d'un moment soii puni d'un supplice sans fin? Voilà le plus fort argument des incrédules contre la réprobation éternelle; ils le croient même sans réplique. 0 esprits torts, ô superbes intelligences, disons mieux, petits serpents à têje folle, que vous faites pitié, qi vous vous dresses contre les vérités divines ! Mais vcyes

()'. Bibet de vino irae Dei cruciabi^r igné cl sulfure

Apoc , xiv, 10. —Et fumus tormentorum ecrum ascenclei in sseeola nim. Apnc, xiv, 1C, 11.

-entas Dcmini manet in aeteroam. ?;al cxvi, 2.

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donc ce qui se passe aux tribunaux de la justice humaine. Est-ce sur la durée du crime qu'on mesure la peine ? N'estce pas, au contraire, sur sa nature et sur son énormité ? Il ne faut pas beaucoup de temps pour forcer une serrure, et voler une somme considérable; il ne faut qu'un instant pour plonger le poignard au cœur d'un ennemi; ou lui envoyer à la tète un plomb meurtrier; et, pour ces fautes d'un instant, le voleur, l'homicide, sont condamnes à une longue prison, aux gaières perpétuelles, à la mort et à une infamie éternelle ; et, si les criminels qui ont violé les lois de la société civile, pour ces fautes d'un moment, pour ces attentats aussitôt exécutés qu'entrepris et commencés, sont traités si sévèrement, que doit-ce être de ceux qui outragent la Majesté divine, qui méprisent son culte et profanent ses lois les plus saintes?

Battu sur ce point, l'incrédule se tourne aussitôt d'un autre côté, et dit : Est-il possible que Dieu ne soit jamais touché du malheur des damnés, lui qui est si bon et si miséricordieux ? Est-il possible qu'il les laisse toujours brûler dans le feu de l'enfer, et qu'il veuille se venger d'une manière si terrible ? — Oui, certes, Dieu est bon et miséricordieux, et sa loi tout entière nous le témoigne assez; mais c'est sa bonté, dit saint Jean Chrysostome, qui nous rend plus dignes de châtiment, en aggravant notre iniquité (1). C'est parce qu'il est bon et miséricordieux que saint Paul s'écriait : « Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (2). » L est bon, mais sa justice égale sa bonté; mais sa bonté n'est pas une molle indulgence à tolérer le mal et à le laisser impuni. Mais, dit Tertullien, c'est parce qu'il est souverainement bon, qu'il déteste souverainement ie mal ; et qu'est-ce à l'égard de Dieu que d'avoir une souveraine horreur pour le mal, si ce n'est de le poursuivie sans relâche et d'en être l'implacable ver.'

(1) D. Chrys., Hom.ix, in l a (S, Eeb., ï, 3i.

geur (1)? Ainsi, d'après le raisonnement de Tertullien, si Dieu cessait un instant de condamner et de punir le péché, il ne serait plus bon de la manière qu'il l'est et qu'il le doit être. C'est donc avoir une fausse idée de la bonté divine, que de supposer qu'un jour le crime pourra être en paix avec elle. Serait-il vraiment bon, continue Tertullien, le Dieu qui rendrait l'homme méchant par l'assurance d'une rémission future (2, ? Nous concluons donc que la bonté de Dieu ne détruit pas sa justice, et que cette bonté, lan; de fois ici-bas méprisée, outragée, se changera en une rigueur inflexible , qui se fera éternellement sentir aux réprouvés. Poursuivons l'incrédule dans tous ses retranchements, car cette vue d'un tourment sens fin l'irrite; il veut,, à toute force, rompre ce frein salutaire qui enchaîne ses passions, et il demande comment il peut se faire que le feu qui brûle les damnés ne s'éteigne jamais, et quel sera l'aliment qui nourrira ces flammes vengeresses. — Eh quoi ! après avoir mis en question la bonté et la justice de Dieu, voudrait-il encore mettre des bornes à sa puissance infinie? Mais voici ce que lui répond saint Jean Chrysostome : « Un feu, dites-vous, qui ne s'éteindra jamais, comment cela peut-il se faire ? Mais comment se fait-il q-ie le soleil, qui est sous vos yeux, soit toujours ardent et qu'il ne s'éteigne jamais ? Un feu qui brûle sans se dévorer ?. . . . Mais rappelezvous le buisson de Sinaï (3). » Et qui pourrait croire que le Dieu, qui a tout créé de rien et qui soutient tout par un seul acte de sa volonté, manquera de force et dp vertu pour soutenir l'activité des feux vengeurs, sans aliment et sans matière? Lui faut-il autre chose, pour l'entretenir à tout jamais, que le souffle de sa colère?

(1) Quis enim boni auctor, nisi qui inimicus mali; et qui? inimicus mali nisi qui exjiugnator; quis autem expuynutor nisi qui et puni ii >r. Tertull. adv. Marc.

(2) Et illum bonum judicares, qui hominem malum facere: securitate delicli Tertull. adv. Marc.

(3j D. Chrys., îlom. xi. in

: l'éternité malheureuse ' 29:

Comment peut-il se faire, objecte encore l'impie, que imnés brûlent toujours sans jamais être consun' que le feu, qui détruit tout, ne les détruise pas? — Mais est-il donc difficile à celui qui a créé les corps et les âmes de rendre incorruptibles les uns aussi bien que les autres, et de leur faire éprouver les plus violentes ardeurs des flammes de l'enfer, sans que jamais ils en reçoivent la plus légère altération'.' N'est-il donc pas le Dieu d'une puissance infinie, qui a signalé la force de son bras par les prodiges les plus éclatants, qui a conservé autrefois les trois enfants hébreux dans la fournaise? Il saura aussi conserver les réprouvés au milieu de tant de causes de destruction, et continuer leur vie, pour qu'ils continuent leur supplice.

L'Éternité des peines de l'enfer est donc un fait certain, incontestable, que la révélation nous atteste en cent endroits. Mais je» vais plus loin, et j'ajoute que l'esprit humain, abandonné à lui-même, a trouvé plusieurs raisons de convenance, qui nous prouvent la justice de cet arrêt irrévocable fulminé contre les pécheurs. Et, quoique les jugements de Dieu n'aient pas besoin Je 1?. justification des hommes, puisqu'ils se justifient assez par eux-mêmes, comme dit le Prophète (1), il ne sera pas cependant hors de propos d'en citer les principales, pour confondre encore davantage les incrédules.

1° La mort fixe le cœur de l'homme dans un état immuable, soit de haine, soit d'amour pour Dieu. Les pécheurs, en quittant la vie, n'ont pas perdu pour cela l'amour du péché; leur volonté perverse et criminelle dure toujours. Ils n'auraient pas mieux demandé que de vivre éternellement sur cette terre, pour pécher éternellement, ftv, leur attachement au péché étant en quelque sorte éternel, il ne faut point s'étonner que le châtiment n'ait point de fin, puisque la volonté de pécher n'a point eu de terme.

2° Et, cette raison-ci rentre un peu dans la première .

(1) Jndicia Domini vera, juslificara in semetipsa. l'sal. xvn, 19.

c'est que tout péché mortel, une fois qu'il est commis, ne peut être eiiacé que par une satisfaction convenable, ou par une rémission purement gratuite de la part do D eu. Or, le pécheur, dans l'enfer, étant privé de h grâce, ne peut offrir au Seigneur une expiation digne d'être acceptée. Il n'y a en enfer qu'un repentir forcé, qu'un repentir sans vertu, sans mérite, qui laisse toujours subsister le péché. D'un autre côté, Dieu n'est pas obligé de se relâcher des droits de sa justice ; bien loin de là, il nous a expressément avertis du contraire. Donc les réprouvés seront toujours avec leurs péchés, sans pouvoir les effacer ; donc, à s'en tenir aux termes de la justice, éternellement coupables aux yeux du Seigneur, ils méritent d'être éternellement l'objet de ses vengeances.

3" C'est une vérité universellement reconnue, dit saint Augustin, qu'il faut mesurer la grièveté de la faute à la dignité de la personne qu'elle outrage. D'où il suit que le péché, s'attaquant à la Majesté infinie, a une malice infinie, et que, par conséquent, il mérite une peine infinie. Mais nul être créé n'est capable de porter une peine infinie dans sa rigueur; reste donc une peine infinie dans sa durée, que le pécheur subira pendant l'éternité tout entière, afin qu'il y ait, entre le châtiment et le crime, toute l'égalité possible.

4° Si vous ne pouvez vous résoudre à admettre l'Eternité de l'enfer, regardez donc le Calvaire. Il y a, dit saint Bernard, une liaison étroite entre le dogme terrible d'une éternité malheureuse et les satisfactions infinies de l'Komme- Dieu. Si le péché avait pu être expié par le supplice passager des créatures, qu'était-il besoin que Jésus-Christ mourût? Jésus-Christ, sur la croix, nous apprend que le réprouvé sera toujours dans l'enfer.

5° Ne serait-il pas contraire à la justice et à la sainteté de Dieu qu'un jour il mît sur la même ligne ceux qui l'ont servi et aimé, et ceux qui l'ont constamment méconnu et blasphémé, les âmes les plus pures et les plus innocentes

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