DU SACRIFICE DE LA MESSE
PREMIÈRE IiNSTRUCTION.
Du Sacrifice en général. — Sa nécessité. — Diverses sortes de sacrifices. — Raisons ou fin du Sacrifice. — Ses conditions ou parties. — Objections des incrédules.
Jusqu'ici nous avons parlé de la sainte Eucharistie comme sacrement; nous allons maintenant la considérer comme sacrifice ; et, en méditant de plus en plus sur l'excellence des biens que renferme cet ineffable mystère,, nous trouverons, à chaque instant, de nouvelles raisons d'admirer et de bénir celle bonté incompréhensible d'un Dieu, si prodigue de son amour et si libéral envers nous.
Parlons d'abord du sacrifice en général ; et, pour nous en faire une juste idée, voyons ce qu'on entend par < dans le langage habituel.
Je suppose que, pour tirer un ami de la gêne où il se trouve, vous lui prêtiez de l'argent et qu'ensuite il ne puisse vous le rendre, vous direz : J'en fais le sacrifice. vi. t
Un père s'épuise de veilles et de travaux pour établir ses enfants d'une manière convenable ; et, lorsqu'il a ruiné sa santé pour les mettre dans l'aisance, ne peut-il pas dire : J'ai fait pour mes enfants le sacrifice de ma vie ?
En plusieurs circonstances, on fait le sacrifice d'une partie de son bien, pour conserver l'autre.
Un soldat, qui va affronter la mort au milieu d'une sanglante mêlée, ou dans tout autre poste dangereux, fait le sacrifice de sa vie pour le salut de la patrie.
Une personne qui embrasse l'état religieux, fait le sacrifice de tous les avantages que le monde peut lui offrir, pour se dévouer entièrement au bien de l'Église et au service du Seigneur.
Le sacrifice est donc, dansle langage ordinaire, l'abandon volontaire, le renoncement que Ton fait d'une chose, pour l'offrir à quelqu'un, ou dans un but d'utilité publique.
Pareillement, dans le langage religieux, on entend par sacrifice toute offrande faite à Dieu ; et ce mot désigne en général tout acte de piété, toute bonne œuvre, tout ce qui tend à honorer le Seigneur. En ce sens, la prière esta la ibis une demande faite à Dieu, et un sacrifice de louange, d'amour ou d'action de grâces; l'aumône est un sacrifice de charité. Eii ce sens encore, nous devons nous sacrifier nous-mêmes à Dieu, en lui consacrant nos pensées, nos sentiments et nos actions, parce qu'ayant tout reçu de Dieu, nous devons tout rapporter à sa gloire. Mais, dans un sens plus restreint, on entend par sacrifice un acte solennel de religion, par lequel on offre à Dieu une chose sensible, qu'on détruit ou qu'on change en son honneur, pour reconnaître par là qu'il est le premier principe et le maître absolu de toutes créatures, et qu'il a plein pouvoir de les conserver, de les anéantir, d'en disposer comme il veut.
Je dis i° que le sacrifice est an acte solennel de rehyion, ou plutôt, c'est le grand acte de religion, parce qu'entre tous les exercices religieux, le sacrifice tient le premier
rang. Il est l'expression du culte suprême, l'adoration proprement dite. Aussi les anciens employaient-ils le seul mot de faire ou à' agir, pour marquer par là la haute idée qu'ils avaient du sacrifice (1), le regardant comme l'action la pluf importante et la plus excellente.
Je dis 2° que par le sacrifice on offre à Dieu une chose sensible, non pas certes qu'il en ait besoin, car n'est-ce pas lui qui produit toutes choses? et que pouvons-nous lui offrir que nous n'ayons reçu de sa main ? mais pour lui faire hommage, comme à l'auteur et au distributeur de tous les biens, et pour lui témoigner notre soumission et notre dépendance. Nous sommes, à l'égard du Seigneur, comme un pauvre, qui fait de légers présents à un riche qui lui a rendu quelque service, s'imaginant avec raison que, sans en avoir besoin, le bienfaiteur lui saura gré d'un témoignage de reconnaissance.
Je dis 3° qu'on offre à Dieu une chose sensible, parce que, bien que le Seigneur doive être adoré surtout en esprit et en vérité, il exige cependant de nous des hommages extérieurs et sensibles, qui sont comme le symbole des sentiments de piété, dont notre cœur est intérieurement pénétré. D'ailleurs, il faut aux hommes un appareil extérieur, pour s'élever plus efficacement à Dieu et pour s'édifier mutuellement. Et qu'y a-t-il de plus frappant qu'une nombreuse assemblée de fidèles, animés d'une pensée commune, recueillis et prosternés devant la Majesté suprême, et l'adorant au milieu de la pompe d'une belle cérémonie? Alors tout parle aux yeux et au cœur, tout porte à la dévotion ; et voilà pourquoi Dieu a voulu qu'on lui offrit des sacrifices en commun et d'une manière solennelle.
La chose qu'on offre à Dieu en sacrifice s'appelle victime ou hostie, mais le nom de victime ne convient qu'aux choses animées, tandis que celui d'hostie convient aux unes et aux autres. De là vient le nom d'hostie donné aux
(1) Faciam virtulâ. Virgil.
espèces du pain et du vin, nécessaires pour le sacrifice eucharistique.
Je dis 4° que la chose que Ton offre à Dieu doit être détruite ou sensiblement altérée, pour marquer que nous regardons Dieu comme le maître absolu de la vie et de la mort, et que nous sommes disposés à nous sacrifier nousmêmes pour son service, et à mourir comme la victime que nous substituons à notre place, et sur laquelle nous prions le Seigneur de décharger tous les fléaux de sa justice, en compensation des peines que nous avons méritées pour nos péchés.
Cette altération ou cette destruction de la victime, en même temps qu'elle exprime le souverain domaine de Dieu sur toute créature, qui n'est que pur néant devant lui, distingue encore essentiellement le sacrifice de la simple offrande qu'on fait de quelque chose à Dieu, mais sans la changer ou la détruire, comme si Ton donnait à l'Église quelque somme d'argent, quelque tableau ou quelque vase précieux.
On appelle immolation l'acte par lequel on met à mort la victime ; et le ministre, qui immole la victime ou qui détruit l'hostie, est appelé prêtre ou sacrificateur.
Le sacrifice ne peut être offert que par un prêtre légitime, c'est-à-dire qui ait pouvoir et autorité, car, dit saint Paul, a personne ne s'arroge cet honneur, mais celui qui est appelé de Dieu comme Aaron (1). » Par le péché de notre premier père, ayant encouru la disgrâce du Seigneur, nous ne pouvons lui rendre par nous-mêmes un honneur agréable, et nous avons besoin de quelqu'un, qui nous serve d'intermédiaire auprès de lui. Le prêtre est donc député du peuple auprès de Dieu, et député de Dieu auprès des hommes , il intercède pour nous, offre au Seigneur nos excuses, et échange nos vœux et nos supplications en bénédictions célestes.
(I) Nec quisquam sumit sibi honorera, sed qui vocatur a Deo tanquâm Aaron. Heb., v, 4.
Nécessité du sacrifice.
il n'est point de religion sans sacrifice ; le sacrifice tient le premier rang dans les différents hommages que nous devons à l'Éternel. Aussi voyons-nous que, de tout temps et chez toutes les nations, on a offert des sacrifices à la Divinité. De touttemps,eten tout lieu, l'homme a compris qu'il était dans une entière et perpétuelle dépendance de la volonté de Dieu qui pouvait, selon qu'il lui plairait, iui conserver l'existence ou le plonger dans le néant, dont il l'avait fait sortir ; il sentait que ce qu'il était, il ne rétait que par Dieu; que ce qu'il possédait, il ne le possédait que par Dieu; que, roi de la terre, il n'était à l'égard de Dieu qu'un misérable esclave. Ayant, d'un côté, l'intime conviction de sa propre faiblesse, et, d'un autre, pénétré d'un profond respect pour l'incompréhensible majesté de Dieu, il éprouvait le besoin de lui témoigner sa reconnaissance pour tous les bienfaits qu'il en avait reçus, de lui demander la continuation de ses faveurs ; et il comprenait la nécessité de se prosterner devant la grandeur infinie de l'Être suprême, et de lui faire hommage de ce qu'il avait de plus précieux.
Nos premiers parents, étant sortis des mains de Dieu pleins de grâce et sans la moindre tache du péché, s'offraient sans cesse à Dieu, comme un sacrifice continuel et comme des hosties parfaitement pures.
Caïn, laboureur, offrait à Dieu les prémices des fruits de la terre ; Abel, berger, offrait ce qu'il avait de plus excellent parmi ses troupeaux ; et nous voyons dans l'Écriture sainte que Dieu agréa les sacrifices à" Abel, tandis qu'il rejeta ceux de Caïn, parce qu'ils n'étaient pas accompagnés des dispositions convenables.
Noé,au sortir de l'Arche, offrait au Seigneur des oiseaux et d'autres animaux ; et l'Écriture ajoute que V odeur de ses sacrifices fut agréable à Dieu, non sans doute que la Divi-
nité se repaisse de la fumée des victimes, comme les païens se Tétaient follement imaginé ; cette expression figurée nous montre seulement que le Seigneur eut pour agréable Thommage de son serviteur, et il l'en récompensa, en lui promettant de ne plus répandre sa malédiction sur la terre, à cause des péchés des hommes. Ce fut aussi à cette occasion qu'il permit à Noé et à ses enfants de manger la chair des animaux, qui avait été jusque-là interdite ; il voulut toutefois qu'ils s'abstinssent du sang, afin de leur inspirer l'horreur du meurtre.
Melchisédech, roi de Salem, pour remercier le Seigneur, d'une victoire insigne qu'il avait accordée à Abraham, offrit du pain et du vin, en qualité de prêtre du Très- Haut; et saint Paul nous apprend que le sacerdoce de Melchisédech était la figure de celui de Jésus-Christ, comme son sacrifice fut le symbole de celui de la sainte messe.
Abraham construisait des autels au Seigneur, dans tous les lieux qui lui paraissaient propices, et lui présentait ses offrandes. Le Seigneur, voulant confirmer l'alliance qu'il fit avec ce Père des croyants, et lui donner un gage de l'infaillibilité de sa promesse, lui ordonna d'immoler une victime, d'en faire deux parts et il fit passer au milieu de ces deux portions une flamme éclatante, comme s'il y passait lui-même. C'était l'usage, chez les Orientaux, en faisant une alliance, de passer au travers des chairs de la victime. De là leur expression diviser ou partager une alliance, pour dire la contracter.
Isaac et Jacob offraient à Dieu des sacrifices; Job offrait chaque jour un holocauste pour les péchés de ses enfants ; en un mot, tous les saints Patriarches s'empressaient, par leurs victimes, d'adorer Dieu, d'apaiser sa justice et de le remercier de ses bienfaits.
Quand le Seigneur eut tiré son peuple de la captivité d'Egypte, il prescrivit lui-même quelle serait la nature et k forme des sacrifices; il détermina le nombre, les qualités des victimes et les rites de chaque oblation, et dicta à
ce sujet à Moïse les ordonnances les plus détaillées. Il fixa le sacerdoce dans la famille d'Aaron, voulant que lui et «es descendants eussent seuls le droit de sacrifier.
Les païens ont eu aussi leurs sacrifices, car, dans toute religion, c'est toujours le sacrifice, qui est le point central autour duquel viennent se grouper toutes les autres actions comme préparations ou dépendances de cette action principale. Les idolâtres ne manquaient pas d'offrir à leurs divinités fabuleuses les fruits de la terre, de leur payer un tribut de victimes. C'était le démon qui, sous l'image de ces faux Dieux, prenait la place du Dieu véritable et usurpait les hommages, qui lui étaient destinés. Le sang ne cessait jamais de couler sur ses autels ; on lui immolait jusqu'à cent taureaux à la fois; on allait même, par la plus détestable barbarie, jusqu'à lui immoler des victimes humaines ; et, sur ce sol que nous habitons, nos ancêtres poussaient l'aveuglement et la folie jusqu'à lui sacrifier leurs propres enfants. De pareilles victimes ont pu être agréables à celui qui a été appelé homicide dès le commencement ; mais elles ont toujours été en abomination devant le Seigneur1.
Ainsi l'homme, guidé par la révélation ou même par les seules lumières de la raison, et ne suivant que l'impulsion de son cœur, a toujours reconnu la nécessité des sacrifices. Et empêcher de rendre ce devoir à la Divinité était regardé par les Juifs comme un crime énorme. « Le péché des enfants d'Héli était très-grand devant !e Seigneur, dit le texte sacré, parce qu'ils détournaient les hommes du sacrifice (1). »
Diverses sortes de sacrifices.
On distinguait deux sortes de sacrifices, les sanglants et les non sanglants. Dans les premiers, on égorgeait la vic-
(1) Esta peccatnm puerorum grande muais coram Domino, quia retrahebant homines â sacrificio. I. Reg., n, 17.
SEPTIÈME LEÇOS.
time et on répandait son sang autour de l'autel, en accomplissant diverses cérémonies, suivant l'espèce du sacrifice. C'était ane opinion uniforme, et qui avait prévalu de toutes parts, qu'il y avait dans le sang une force expiatrice, que l'innocence pouvait satisfaire pour le crime, et que l'homme coupable, ayant mérité la mort, pouvait racheter sa vie en sacrifiant une autre vie. « La vie de la chair est s le sang, dit le Seigneur dans le Lévitique ; c'est pourquoi je vous l'ai donné, afin qu'il soit répandu sur l'autel. pour l'expiation des péchés, car c'est par le sang que l'âme purifiée (1). o
Une chose bien digne de remarque, c'est qu'on ne choisissait pas pour matière du sacrifice les animaux carnassiers, stupides, ou étrangers à l'homme, comme les bêtes fauves, les serpents, les poissons, les oiseaux de proie, etc. On choisissait toujours les animaux les plus précieux pour leur utilité, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l'homme par leur instinct et leurs habitudes. Ne pouvant immoler l'homme pour sauver l'homme, on choisissait dans l'espèce animale les victimes les plus humaines, s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Dans l'ancienne loi, il y avait trois sortes de sacrifices sanglants :
1° L'holocauste, dans lequel la victime était entièrement brûlée, pour rendre, par cette entière consomption, un hommage plein et sans réserve au souverain domaine de Dieu. On voulait aussi marquer par là que la peine na* turelle du crime est le feu, et on brûlait la chair substituée à la place de la chair coupable.
2° L hostie pacifique. Dans la langue hébraïque, le mot paix signifie tout le bien qu'on peut souhaiter. Aussi l'hostie pacifique était offerte, ou pour remercier Dieu des
(1) Anima carnis in sanguine est; et ego dedi illuni vobis ut super altare in eo expiotis pro animabus vestris, et sanguis pro animre piaculo sit. Levit , xvn, 11.
bienfaits reçus, ou pour en obtenir de nouveaux. On n'y brûlait que la graisse et les reins de la victime. Le reste était partagé entre les prêtres et ceux qui fournissaient la matière du sacrifice.
3° L'hostie pour le péché, appelée aussi sacrifice propitiatoire ou expiatoire. Elle ne différait de l'hostie pacifique qu'en ce que celui pour qui elle était offerte n'en remportait rien; il était censé se punir lui-même par une privation. La chair tout entière de la victime appartenait aux prêtres, et devait être mangée dans le lieu saint, c'est-à-dire dans le parvis du tabernacle 2 (1).
Dans les sacrifices non sanglants, on offrait à Dieu des gâteaux, ou bien une certaine quantité de fleur de farine avec de l'huile, de l'encens et du sel. Mais il était défendu d'y mêler du vin et du miel, figures de ce qui peut corrompre l'âme par le péché ou l'amollir par les délices.
Le sacrifice le plus célèbre chez les Juifs était celui de l'Agneau pascal, qu'on devait immoler dans chaque famille et manger en commun avec des cérémonies mystérieuses, après avoir teint du sang de cet agneau le haut et les jambages de chaque maison, afin que l'ange exterminateur, voyant ce sang, passât outre et épargnât la famille. H était prescrit sous peine de mort de renouveler chaque année cette immolation solennelle, établie en mémoire de la délivrance de la captivité d'Egypte.
Nous signalerons encore le sacrifice du bouc émissaire, c'est-à-dire chassé, renvoyé. Au jour de l'expiation solennelle, le peuple présentait deux boucs ; l'un était égorgé devant le Seigneur, et l'autre était offert vivant. Le grand prêtre plaçait ses deux mains sur la tête de l'animal immonde; et, après l'avoir chargé de tontes les malédictions que ie peuple méritait pour ses péchés, il le chassait dans
(1) Sicut pro peceato offertur hostia, ilà et pro delicto ; utriusque hostiae lex una erit : Ad sacerdotem qui eam obtulerit, pertinebit. — Cujus carnes eâdem comedentur die. Levit., vu, 7, 16,
le désert, pour être dévoré par les bêtes. Cet animal était la figure de Jésus-Christ, sur qui le Père céleste a mis les iniquités de tous les hommes (1), et qui fut mené hors de l'enceinte do Jérusalem, pour être mis à mort par les Gentils.
Tous ces sacrifices de l'ancienne loi n'avaient par euxmêmes aucune vertu. Car il est bien évident que le sang des animaux, versé sur un autel, ne pouvait être ni un hommage digne de Dieu, ni un titre à obtenir ses faveurs, ni une expiation suffisante pour les péchés ; et on aurait pu les regarder comme de vaines cérémonies, si Dieu luimême ne les avait ordonnés. Ils ne tiraient donc leur force et leur valeur que de l'obéissance à la loi de Dieu qui les prescrivait, de la foi et des autres dispositions intérieures de ceux qui les offraient, et surtout de l'immolation de la grande victime du Calvaire, dont ils étaient l'image. Par leur variété, ils figuraient les mérites surabondants de l'hostie unique, qui devait les remplacer.
Raisons du sacrifice.
Le sacrifice est établi pour quatre fins principales : 1° Pour adorer Dieu et reconnaître que nous .dépendons de lui en toutes choses. Il a un domaine souverain, non-seulement sur la vie et la mort, mais sur l'être luimême; et c'est pour cela que le sacrifice demande la consommation ou la destruction de la victime. Cet hommage de parfaite dépendance est la fin première de toute oblation qui, sous ce rapport, s'appelle sacrifice d'adoration ou latreutique.
2° Pour solliciter le pardon de nos péchés, et rendre à la justice divine la satisfaction qui lui est due. En immolant une victime, on semble dire à Dieu : a Je ne suis pas digne de vivre a cause de mes péchés; mais je mets cette vieil) Posuit Dominus in eo iniquilates omnium nostrûm. is., un, •.
time à ma place, et je la détruis, pour témoigner que je mérite un pareil sort et pour apaiser votre justice. » De là, cette cérémonie de ceux qui offraient le sacrifice, de mettre la main sur la tête de la victime. Considéré sous ce rapport, le sacrifice porte le nom de propitiatoire, parce qu'il nous rend le Seigneur propice, ou d'expiatoire, parce qu'il expie nos fautes.
3° Pour demander les grâces dont nous avons besoin. Dieu est la cause et la source de tous les biens; et t il ne « cesse point, dit saint Paul, de rendre témoignage de ce a qu'il est, en comblant les hommes de bienfaits, en disa pensant les pluies du ciel et les saisons favorables pour « les fruits, en nous donnant la nourriture avec abondance, a et en remplissant nos cœurs de joie. » Et, comme nous avons un besoin continuel de son assistance, nous lui offrons des sacrifices, afin que cette offrande nous attire de nouvelles faveurs. Le sacrifice, envisagé sous ce point de vue, est appelé impétratoire.
4° Pour témoigner à Dieu notre reconnaissance pour ses dons et ses bienfaits, et alors le sacrifice s'appelle eucharistique. Quelles actions de grâces ne devons-nous pas, en eifet, rendre à Dieu, l'auteur et le conservateur de notre être ! En nous immolant nous-mêmes tout entiers à sa gloire, nous ne faisons que remplir imparfaitement notre devoir, etnous ne sommesà son égard que des serviteurs inutiles (i).
Conditions ou parties du sacrifice.
Pour rendre un sacrifice parfait, il y avait, sous la loi mosaïque, cinq conditions ou parties essentielles qui le composaient. Nous en avons déjà touché quelques-m^s ; mais nous allons les réunir toutes ici sous un même point de vue. Ces parties sont:
1° La sanctification ou la consécration de la victime. C'était le choix qu'on faisait d'une victime pour l'offrir à
(1) Servi inutiles samus. Luc., xvn, 10,
Dieu. Elle devait être sans défaut et sans tache. « Vous n'immolerez point à Dieu, dit le saint législateur des Juifs, vous n'immolerez point à Dieu un animal boiteux ou aveugle, qui aura quelque difformité ou quelque maladie de langueur (1). » La raison en était que ces sortes d'imperfections naturelles sont en nous la suite du péché du premier homme ; et Dieu, en rejetant de son autel les animaux qui avaient ces défauts, marquait par là l'opposition qu'il a à tout ce qui est du péché. Cette perfection matérielle de la victime figurait aussi la perfection de la victime véritable, de l'Agneau de Dieu, qui devait effacer les péchés du monde ; et nous montrait en même temps que nos actions seraient indignes d'être offertes à Dieu, si elles n'étaient sanctifiées par la charité, qui en fait toute la beauté et tout le mérite.
Par cette sanctification ou consécration, qui se faisait avec certaines cérémonies, la victime était tirée de son ordre naturel et rendue propre à être offerte à Dieu ; elle était séparée de tout usage profane, et ne pouvait plus, sans sacrilège, être appliquée à autre chose qu'à Dieu. Enfin elle était destinée à l'immolation.
2° Loblation de la victime, qui se faisait par certaines paroles prescrites par Tordre de Dieu pour ce sujet. On conduisait la victime à l'entrée du tabernacle , et on la présentait aux prêtres, en mettant sur elle les mains. C'était comme un acte de renonciation au domaine de jouissance qu'on avait sur cette créature, pour reconnaître, attester et publier le souverain domaine de Dieu, à qui seul appartient la propriété réelle de toute chose.
3° L'occision ou immolation. La.xictime était égorgée en Thonneurde Dieu, etindiquaitparlàrobligationoùnous sommes tous de nous immoler, et de nousdévouer entiè-
! Si habuerit maculam, vel claudum fuerit, vel cœcum, aut in aliquà parte déforme vel débile, non immolabitur Domino Deo tuo. Deut.t xv, 21.
rement au service du Seigneur. Par cette immolation, on semblait dire à Dieu : « Je vous reconnais pour le maître suprême de la vie et de la mort ; je suis prêt à me consumer, à me sacrifier pour votre amour comme cette victime, et à mourir quand vous l'ordonnerez. »
A°La consomption de la victime qui se faisait ordinairement par le feu et qu'on appelait pour cela inflammation. Quelquefois un feu miraculeux descendait du ciel, pour consumer la victime; mais le plus souvent il était allumé par les prêtres. Nous avons déjà donné une des raisons pour lesquelles on brûlait les victimes ; nous en ajouterons ici une seconde; c'est que cette combustion marquait la nature et la vertu du vrai sacrifice, qui est de nous unir à Dieu de la manière la plus intime. En effet, comme la victime tenait la place de l'homme dans les sacrifices figuratifs, le feu, étant le plus pur et le plus noble des éléments, y tenait aussi la place de Dieu. Nous voyons dans les Ecritures que Dieu se faisait autrefois connaître sous le symbole du feu. Moïse l'avait vu dans un buisson enflammé ; il s'appelait lui-même un feu dévorant (1). Il avait conduit les Israélites dans le désert sous la figure d'une colonne de feu ; il était descendu en forme de feu sur le mont Sinaï, quand il donna sa loi à son peuple. Lors donc que le feu consumait les victimes, il représentait Dieu qui s'unissait aux hommes, pour les sanctifier.
5° La communion ou participation à la victime. Elle était souvent divisée en trois parties : l'une était donnée au feu, et c'était comme la part de Dieu, comme la Communion à Dieu, ainsi que nous venons de l'expliquer; la seconde était donnée aux prêtres; la troisième, au peuple.
Ces cinq parties ne se trouvaient pas nécessairement dans tous les sacrifices; souvent, on se contentait des dernières, qui renferment implicitement les premières. Et même, dans les sacrifices où ces cinq parties se rencon-
(1) Dominus, Deus tuus, ignis consuraens est- Veut., iv, 24.
U SEPTIÈME LEÇOS.
trent, elles n'avaient pas toujours lieu dans le même jour. Ainsi, par exemple, les animaux premiers-nés étaient sanctifié? dès leur naissance, et n'étaient immolés que longtemps après.
Objections des incrédules.
Les impies, ennemis de toute religion, se sont efforcés de jeter du ridicule sur les sacrifices. Les hommes, disentils, ont été bien aveugles et bien insensés de croire qu'ils honoraient Dieu en tuant, en déchirant, en brûlant ses créatures. Comment ont-ils pu se persuader que la Divinité était avide de présents? que l'immolation d'un animal, l'effusion d'une liqueur, l'évaporation d'un parfum étaient agréables à ses yeux? Quoi de plus dégoûtant que de manier des entrailles fumantes? Gomment des temples, transformés en boucheries, pouvaient-ils paraître augustes et vénérables? Les prêtres, sans doute, ont inventé les sacrifices, parce que c'étaient eux qui profitaient des victimes offertes à la Divinité.
A cela nous répondrons :
1° H est bien certain que la mort d'un animal immolé n'a par elle-même aucun mérite, aucune vertu. Mais ce qui plaisait à Dieu en cela, c'était l'intention de ceux qui offraient le sacrifice. Je suppose que vous ayez fait du bien à un pauvre, que vous lui ayez sauvé la vie ; si ce pauvre, n'ayant qu'un oiseau, qu'une colombe, vous disait : « Je vous dois tout, je vous offre tout ce qui m'est le plus cher, prenez mon oiseau, retenez ma colombe, en témoignage d'une reconnaissance que je voudrais pouvoir vous montrer autrement ; » vous ne tenez pas beaucoup à cet oiseau, vous n'avez pas besoin de cette colombe; mais vous êtes sensible à cette marque de reconnaissance du pauvre, et vous lui en savez bon gré. Ainsi faisaient les hommes, en sacrifiant à Dieu ce qu'ils aimaient le mieux, leurs plus beaux fruits, les plus belles
bêtes de leurs troupeaux ; et Dieu ne pouvait s'empêcher d'avoir pour agréables leurs bons sentiments,
2° Un autre motif qui rendait les sacrifices agréables à Dieu, c'était l'image qu'ils retraçaient du grand sacrifice que Jésus-Christ devait offrir pour notre salut. En immolant des animaux, les hommes témoignaient qu'ils avaient besoin que quelqu'un mourût pour eux ; et, en attendant que cette victime fût donnée, ils exprimaient leur foi et leur confiance en celui qui avait été promis, dès le commencement du monde, pour les remettre en grâce avec Dieu. C'était donc par leur union avec le sacrifice de la croix, que les sacrifices d'animaux étaient favorablement acceptés par le Seigneur. Si vous aviez un enfant mort et qu'on vous mît devant les yeux son portrait, quand même il ne serait pas bien fait, quand même il serait souillé de poussière et de boue, il vous ferait certainement plaisir, à cause de ia ressemblance que vous y trouveriez. Ainsi Dieu aimait les anciens sacrifices, à cause de la ressemblance qu'ils avaient avec la mort et la passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, bien que cette ressemblance fût petite et bien éloignée du modèle.
3° Quant à ce qu'on dit du dégoût que devait naturellement inspirer l'odeur infecte de la fumée des victimes, la vue des temples transformés en boucheries, etc., c'est une pure diatribe, sans aucune espèce de fondement. Il suffit de dire que nous ne sommes pas si délicats, quand il s'agit de charger nos tables de mets succulents. Les hommes, étant portés par un instinct naturel à présenter à Dieu leur nourriture, dès l'instant qu'ils ont été accoutumés à manger la chair des animaux, ils n'ont pu manquer de lui en faire hommage.
4° Une raison péremptoire qui montre que les prêtres n'ont pas inventé les sacrifices, c'est que les sacrifices existaient longtemps avant qu'il fût question du sacerdoce. Dans les premiers âges du monde et avant la formation de la société civile, tout père de famille était le
sacrificateur de sa maison ; et Ton a trouvé l'usage des sacrifices chez les peuplades sauvages, qui ne reconnaissaient point de prêtres. D'où Ton peut conclure qu'indépendamment des lumières de la révélation, l'idée de présenter des offrandes à la Divinité a dû venir naturellement à l'esprit de tous les peuples.
Mais ce que nous devons bien comprendre, c'eU que le sacrifice extérieur, quelque grande, quelque précieuse que fût la victime, n'a jamais pu être d'aucune valeur aux yeux de Dieu, sans le sacrifice intérieur, c'est-à-dire sans Poblation que nous devons faire à Dieu de notre volonté, de nos affections, de nos pieux sentiments. Aussi voyons-nous que Dieu rejetait les sacrifices des Juifs, lorsqu'ils s'arrêtaient à la cérémonie extérieure, sans offrir en même temps le sacrifice de leur cœur. A quoi bon la multitude de vos victimes ? leur disait-il par la bouche de ses prophètes; j'en suis rassasié; elles me sont à charge; je ne puis plus les supporter (i). C'est donc calomnier grossièrement la vraie religion, que de supposer qu'elle enseigne qu'on peut plaire à Dieu par des cérémonies purement extérieures et effacer ses péchés par l'immolation d'une victime, sans aucun sentiment de regret, de confusion, de repentir, tandis qu'elle nous dit tout au contraire que le sacrifice que le Seigneur demande surtout de non i, est celui d'un cœur contrit, humilié, et qu'il ne fait aucun cas des holocaustes, s'ils ne sont accompagnés de ces dispositions intérieures de l'âme, qui en font tout le mérite (2).
Sacrifions donc au Seigneur un sacrifice de justice. Immolons à Dieu un sacrifice de louange, et rendons-lui nos vœux. Dieu n'accepte que le sacrifice de ceux qui l'adorent en esprit et en vérité ; c'est à la fois notre cœur et
(1) Qu6 mihi raultitudinem victimaram vestrarum ? plenus sum ; facta sunt mihi molesta; laboravi sustinens. Is., i, 14.
(2) Holocaustis non delectaberis... Sacrifîcium Deo spirilus contritulatus. Psal. l, 19.
notre chair, qui doivent tressaillir d'empressement pour le Dieu vivant (i). Sans Padoration du cœur, sans une vive attention de l'esprit, toutes les démonstrations extérieures ne seraient que religion feinte, que dissimulation, qu'hypocrisie.
TRAITS HISTORIQUES
1. Les hommes n'ont jamais douté que l'innocence ne pût satisfaire pour le crime ; ils ont cru de plus qu'il y avait dans le sang une force expiatrice; de manière que la vie, qui est le sang , pouvait racheter une autre vie.
Aussi loin que l'histoire peut faire rétrograder nos recherches , dans les temps les plus reculés, nous voyons toutes les nations, tant civilisées que barbares , malgré la vaste différence qui les sépare dans toutes leurs opinions religieuses, se réunir dans ce point, et croire à l'avantage du moyen d'apaiser leurs Dieux offensés par des sacrifices , c'est-à-dire par la substitution des souffrances des autres hommes et des autres animaux. Jamais cette notion n'a pu dériver de la raison , puisqu'elle la contredit ; ni de l'ignorance , qui n'a jamais pu inventer un expédient aussi inexplicable ;... ni de l'artifice des rois et des prêtres , dans la vue de dominer sur le peuple. Cette doctrine n'a aucun rapport avec cette fin ; et nous la trouvons d'ailleurs plantée dans l'esprit des sauvages les plus éloignés qu'on découvre de nos jours , et qui n'ont ni rois ni prêtres. Elle doit donc dériver d'un instinct naturel ou d'une révélation surnaturelle ; et l'un et l'autre sont également des opérations de la puissance divine.
Il n'y a rien de plus connu dan3 l'antiquité que les tauroboles et les crioboles , qui tenaient au culte oriental de Mithra. Ces sortes de sacrifices devaient opérer une purification parfaite , effacer tous les crimes , et procurer à l'homme une véritable renaissance spirituelle, En voici les cérémonies principales :
On creusait une fosse, au fond de laquelle était placé l'initié ; on étendait au-dessus de lui une espèce de planche, percée d'une infinité de petites ouvertures , sur laquelle on immolait la victime. Le sang coulait en forme de pluie sur le pénitent, qui le recevait sur toutes les parties <U- son corps , et l'on croyait que cet étrange baptême opérait une régénération spirituelle.
De Maistre , Eclaircissement sur les sacrifices.
(1) Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. Ptal. lxxxiii, S.
Tertullien nous apprend que le démon , jaloux de contrefaire la vérité de nos mystères , avait imaginé cette grossière imitation de notre Baptême , en faisant croire que, dans ce bain sanglant, on trouvait l'expiation de ses crimes.
Tertull. , De Prœscript. , c. xl.
Julien l'Apostat voulut se soumettre à cette dégoûtante cérémonie , tant pour effacer en lui le caractère de son baptême , que pour le consacrer , par cette étrange initiation, au culte deCybèle.
Gueg. Naz. — La Bletterie, p. 178.
Tout Gaulois attaqué d'une maladie grave, ou ?oumis aux dangers delà guerre, immolait des hommes ou promettait d'en immoler, ne croyant pas que les Dieux pussent être apaisés , ni que la vie d'un homme pût être rachetée autrement que par celle d'un autre. Ces sacrifices , exécutés par la main des Druides , s'étaient tournés en institutions publiques et légales ; et, lorsque les coupables manquaient, on en venait au supplice des innocents. Quelques-uns remplissaient d'hommes vivants certaines statues colossales de leurs Dieux : ils les couvraient de branches flexibles ; ils y mettaient le feu , et ces hommes périssaient ainsi , environnés de flammes.
CMS.,De BelloGallico , vi, xvi.
Est-il nécessaire de citer les Tyriens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Chananéens? Faut-il rappeler qu'Athènes , dans ses plus beaux jours, pratiquait ces sacrifices tous les ans? que Rome , dans les dangers pressants, immolait des Gaulois? Qui donc pourrait ignorer ces choses? Il ne serait pas moins inutile de rappeler l'usage d'immoler des ennemis , et même des officiers et des domestiques, sur la tombe des rois et des grands capitaines.
Lorsque nous arrivâmes en Amérique à la fin du xve siècle, nous y trouvâmes cette même croyance , mais bien autrement féroce. Il fallait amener aux prêtres mexicains jusqu'à vingt mille victimes humaines par an ; et , pour se les procurer , il fallait déclarer la guerre à quelque peuple ; mais , au besoin , les Mexicains sacrifiaient leurs propres enfants. Le sacrificateur ouvrait la poitrine des victimes , et se hâtait d'en arracher le cœur tout vivant. Le grand prêtre en exprimait le sang , qu'il faisait couler sur la bouche de l'idole, et tous les prêtres mangeaient la chair des victimes. Solis nous a conservé un monument de l'horrible bonne foi de ces peuples, en nous transmettant le discours de Magiscotzin à Cortez , pendant le séjour de ce fameux Espagnol à Clascala. « Ils ne pouvaient pas, lui dit-il , se former l'idée d'un véritable sacrifice, à moins qu'un homme ne mourût pour le salut des autres. »
Ant. Solis, Conq. de la NuovaEsp., 1. III, c. m.
Au Pérou , les pères sacrifiaient de même leurs propres enfants.
Enfin cette fureur, et même celle de l'anthropophagie, ont fait le tour du globe et déshonoré les deux continents.
Aujourd'hui même , malgré l'influence de nos armes et de no» sciences , avons-nous pu déraciner de l'Inde ce funeste préjugé des sacrifices humains P
Que dit la loi antique de ce pays, l'Évangile de l'Indostan ? c Le sacrifice d'un homme réjouit la Divinité pendant mille ans , et celui de trois hommes pendant trois mille ans. >
Je sais que , dans des temps plus ou moins postérieurs à la loi évangélique, i'humanité, parfois plus forte que le préjugé, a permis de substituer à la victime humaine la figure humaine, la figure d'un homme, formée en beurre ou en pâte ; mais les sacrifices réels ont duré pendant des siècles, et celui des femmes à la mort de leurs maris subsiste toujours.
C'est le fils ou le plus proche parent qui met le feu au bûcher. Ces horreurs ont lieu dans un pays, où c'est un crime horrible de tuer une vache, où le superstitieux bramine n'ose pas tuer la vermine qui le dévore.
Le gouvernement du Bengale ayant voulu connaître, en 1803, le nombre des femmes qu'un préjugé barbare conduisait sur le bûcher de leurs maris, trouva qu'il n'était pas moindre de trente mille par an. De Maistre, Éclaircissements.
Dans les occasions solennelles, les Pawnées offrent à leur Divinité des sacrifices sanglants. Le plus agréable au Grand Esprit, selon leur opinion, est celui d'un ennemi offert de la manière la plus cruelle possible. On ne peut entendre sans horreur les circonstances, qui accompagnèrent l'immolation d'une jeune Sciouse, dans le cours de l'année 1831. C'était au moment des semailles , et dans le but d'obtenir une bonne récolte, que ce crime fut consommé.
Cette enfant, car elle n'avait que quatorze ans, après avoir été nourrie sixmois de l'idée qu'on lui préparait une fête pour le retour de la belle •aison, se réjouissait envoyant l'hiver s'enfuir. Le jour marqué pour la prétendue ovation étant arrivé . elle fut revêtue de ses plus beaux ornements et placée au milieu des guerriers, qui semblaient ne l'escorter que par honneur. Chacun de ces sauvager, outre ses armes qu'il tenait soigneusement cachées, portait deux pièces de bois, reçues comme un gage d'amitié des mains de la victime; celle-ci était chargée de trois poteaux, qu'elle avait elle-même aidé à abattre la veille, dans la forêt voisine ; mais, croyant marcher à un triomphe et n'ayant dans l'imagination que des idées riantes, elle s'avançait vers te lieu de son sacrifice dans la plus entière sécurité, pleine de ce mélange de timidité et de joie, si naturel à un enfant prévenu de tant d'hommages.
Pendant la marche qui fut longue, le silence n'était interrompu que par des chants religieux et des invocations réitérées au Maître de la vie, sévères préludes qui ne devaient guère contribuer à entretenir l'espérance si flatteuse , dont on l'avait jusque-là bercée. Mais arrivée au terme où il ne lui fut plus donné de voir que des feux, des torches et des instruments de supplice, quelle ne fut pas sa surprise? Et. quand il ne lui fut plus possible de se faire illusion sur son sort, qui pourrait dire les déchirements de son âme? Des torrents de larmes coulèrent de ses yeux, son cœur se répandait en cris lamentables, ses mains s'éievaient vers le ciel ; puis elle priait, elle conjurait ses bourreaux d'avoir pitié de son innocence, de sa jeunesse, de ses parents, mais en vain ; ni la médiation d'un blanc qui se trouvait là, ni ses menaces, ni ses offres, rien ne fut capable d'adoucir ces bar» bares .
Malgré les résistances de la jeûna fille, ils l'attachent impitoyablement aux branches de deux arbres et aux trois poteaux , dont ses épaules avaient été chargées comme d'un trophée ; ils lui brûlent ensuite diverses parties du corps avec des torches ardentes, faites de ce même bois, qu'elle avait distribué aux guerriers de l'escorte. Après que son supplice eut duré aussi longtemps que la soif de la vengeance et le fanatisme peuvent permettre à des cœurs féroces de jouir d'un si horrible spectacle, le grand sacrificateur lui décocha au cœur une Sèche, qui fut à l'instant suivie d'une grêle de traits, lesquels, après avoir été violemment tournés et retournés dans ses blessures, en furent arrachés de manière à ne faire de son corps qu'un affreux amas de chair meuririe, d'où le sang ruisselait de toutes parts. Quand il eut cessé de couler, le grand chef , pour couronner dignement tant d'atrocités, s'approcha de la victime, en arracha le cœur encore palpitant et le porta à la bouche, en vomissant mille imprécations contre la nation Sciouse, et le dévora aux acclamations des guerriers, des femmes et des enfants de la tribu. Après avoir laissé le corps en proie aux bêles féroces et répandu le sang sur les semences pour le» féconder, chacun se retira dans sa loge, content de soi-mêmoet plein de l'espérance d'une bonne récolte.
Un tel sacrifice n'était propre qu'à attirer des malédictions sur ces sauvages. A peine la nouvelle en fut-elle parvenue chez les Scioux que, brûlant de venger leur nation, ils jurèrent de massacrer autant d ennemis que la victime avait de phalanges aux doigts et d'articulations dans chacun de ses membres. L'effet ne tarda pas à suivre la menace : quatre-vingt-dix femmes et enfants égorgés expièrent bientôt le crime de leur tribu.
A la vue de tant d'horreurs, qui ne serait prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de son sang, pour donner à ce pauvre peuple la con-
naissance du vrai Médiateur, du véritable sacrifice sans lequel il est impossible d'apaiser la justice divine?
Pierre de Smet, missionnaire. — Annales de la Propagation de la Foi, n. 89.
2. Selon la loi, presque tout se purifie avec le sang et les péchés ne sont point remis sans effusion de sang (1). Hebr. îx, 22.
L'idée du péché, et celle du sacrifice pour le péché, s'étaient si bien amalgamées dans l'esprit des hommes de l'antiquité, que la langue sainte exprimait l'un et l'autre par le même mot. Delà cet hébraïsme si connu, employé par saint Paul, que le Sauveur s'est fait péché pour nous. De .Maistre, Soirées.
On répandait au pied de l'autel le sang des bétes, pour montrer qu'on y aurait dû répandre le sang des hommes, comme ayant mérité par leurs péchés de perdre la vie. C'est ce qui est marqué par les paroles du Lévitique (2).
Celui qui offrait à Dieu un holocauste, mettait sa main sur la tête de l'hostie; ce qui signifiait, dans le dessein de Dieu, que celui qui offrait cette hostie ne s'en séparait point, qu'il la substituait en sa place, qu'il reconnaissait que c'était lui-même qui aurait dû s'immoler à Dieu et lui offrir effectivement sa vie, qu'il avait mérité de perdre en irritant celui qui la lui avait donnée, et que, si Dieu la lui laissait encore, il ne la considérait que comme un don de sa grâce, duquel il ne devait user que pour lui plaire, se tenant heureux de la lui rendre, quand il lui ferait naître une occasion de la perdre pour son service.
Le christianisme nous a dévoilé plusieurs vérités importantes, dont nous n'avions précédemment aucune connaissance; et parmi ces vérités, celle-ci: que Dieu veut bien accepter les souffrances du Christ, comme une sxpiation des péchés du genre humain... Cette vérité n'est pas moins intelligible que celle-ci : Un homme acquitte les dettes d'un autre homme. Db Maistre, Soirées.
Saint Pierre dit que nous sommes élus selon la préordination de Dieu le Père, pour recevoir la sanctification du Saint-Esprit, et pour être purifiés par l'aspersion du sang de Jésus-Christ (3).
(1) Et omnia benè in sanguine secundùm legem mundantur et sine sanguinis effusione non fit remissio. Heb., ix, 22.
(2) Dedi vobis sanguinem ut super altare in eo expietis pro animabus Testris, et sanguis pro animae piaculo sit. Levit., xvn, il.
(3)Electis...in aspersionem sanguinis Jesu Christi. I. Pet., I, 1 et 2.
Jésus-Christ, en mourant pour nous, s'est chargé de nos iniquités; il les a attachées au hois de la croix, et, tous les jours, dans la célébration de la sainte messe, il nous applique les mérites de son sang et demande grâce et miséricorde à Dieu son Père. Pour nous, malheureux pécheur», si Dieu est irrité contre les hommes, nous pouvons lui opposer son Fils, et lui dire avec un célèbre poète :
Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre pour guerre i J'adore en périssant la raison qui l'aigrit; Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ*
Oui, ce sang a couvert toute la terre, depuis qu'il a été versé sur la croix et que tous les jours ii est offert sur nos autels. Cette victime de propitiation est suspendue entre le ciel et la terre, pour arrêter le courroux de Dieu et les effets de sa justice irritée contre nous.
L'autel a été premièrement dressé à Jérusalem, dit Origéne, mais le sang de la victime a baigné l'univers.
Orio., Hom. 1. mleuù.,a. 3.
DEUXIEME INSTRUCTION
Du Sacrifice Eucharistique. — Origine du mot Messe. — Divers noms donnés à ce Sacrifice. — Réalité du Sacrifice de la Messe. — Son excellence. — Ses admirables effets.
Dès l'instant que le sacrifice est Pâme de toute religion, il s'ensuit que la religion chrétienne doit avoir le sien, sous peine de n'être regardée que comme un fantôme de religion ; et mCme, si elle est, comme notre foi nous l'enseigne, la plus parfaite des religions, elle doit avoir aussi le plus parfait des sacrifices.
Aussi la réalité a-t-elle effacé les figures et les ombres judaïques. Notre-Seigneur, après avoir aboli les observances légales, les a remplacées par une offrande d'un prix beaucoup plus grand, d'un prix infini, par l'immolation de son corps et de son sang, qui se renouvelle tous les jours au saint sacrifice de la Messe 4.
DB La MESSE. 23
Cette oblation, si éminement supérieure à tout ce qu'on avait offert à Dieu jusqu'alors, avait été longtemps auparavant prédite par les prophètes. Voici entre autres ce que le Seigneur disait aux Juifs, par la bouche de Malachie, plusieurs siècles avant la venue de Jésus-Christ : a Mon affection n'est plus en vous, et je ne recevrai plus de sacrifices de vos mains ; car, depuis l'orient jusqu'à l'occident, mon nom sera grand et vénéré parmi les nations ; en tous lieux, on m'offrira une oblation pure et sans tache (1). »
Sur ces paroles remarquors :
4* Que bien, mécontent des sacrifices des Juifs, les rejette et déclare n'en vouloir plus (2).
2U Qu'il annonce un sacrifice pur et digne de lui, qui sera substitué à tous les autres.
3° Que ce sacrifice sera offert, non pas seulement en un lieu particulier, comme dans le temple de Jérusalem ou sur le Calvaire, mais dans tout l'univers, a Du couchant à l'aurore, mon nom sera grand parmi les nations, dit le Seigneur. »
4° Que ce sacrifice ne peut être celui des païens, dont l'autel servait de table aux démons, puisqu'il s'agit ici d'une obiation pure (3).
5° Qu'il n'est pas seulement question dans cette prophétie du sacrifice spirituel de l'esprit et du cœur, de la louange et des bonnes œuvres, car ce n'est pas là un sacrifice nouveau, puisque tel a été le sacrifice de tous les justes, depuis le commencement du monde. Le sens du texte indique visiblement une oblation extérieure et sensible. Quel peut donc être ce sacrifice, sinon celui de nos autels, dont nous allons commencer l'expiration ?
(1) Non est mibi voluntas in vcb?s ; ab ortu solis usque ad o» casuni magnum est nomen meum in gentibus, el in omni loco sacrifiGatur et offertur nomini meo oblatio munda. Mal., i, 11.
(2j Non est rnihi voluntas in vob)à.
(3) Oblatio munda.
D. Qu'est-ce que la Messe ?
R. La Messe est un sacrifice où Jésus-Christ est offert à Dien sous ks espèces du pain et du vin.
Il semble que Notre-Seigneur, après s'être immolé pour nos péchés , aurait pu , remontant au ciel , laisser les hommes recueillir et s'appliquer les fruits de sa mort. Mais cet amour immense, qui Pavait engagé à se porter caution pour nous dès l'origine du monde, lui suggéra aussi de faire durer son sacrifice jusqu'à la consommation des siècles ; et il s'est renfermé sous les espèces du pain et du vin, afin de pouvoir continuer sur nos autels l'oblation faite sur la croix, et c'est cette oblation, qui se renouvelle à chaque instant dans l'univers catholique, que nous appelons le sacrifice de la Messe.
Ce mot de Messe vient de l'ancien mot latin missa pour missio, qui signifie renvoi, soit parce qu'on peut la regarder comme l'envoi des prières et des oblations que le peuple fait à Dieu par le ministère des prêtres ; soit parce que, dans les premiers siècles, on renvoyait de l'assemblée, avant l'oblation, ceux qui, n'étant pas encore baptisés, n'avaient pas le droit d'assister au sacrifice. Après le prône, le diacre les faisait sortir, et probablement il prononçait alors ces paroles : Ite, missa est, qu'on a mises depuis à la fin du sacrifice. Le peuple, les entendant prononcer solennellement, s'en servit d'abord pour désigner les saints mystères, et bientôt l'usage en fut universel et passa dans le langage de l'Église.
Le saint sacrifice de la Messe est désigné dans l'Ecriture et dans les livres des Pères de l'Eglise sous plusieurs noms. Les apôtres l'appelaient la fraction du pain (1), parce qu'on y rompait pour communier, les saintes espèces ; ou bien la Cène du Seigneur (2), mot qui rappelle la dernière
(1) Erant autem persévérantes in doctrinâ apostolorum et communicatione fractionis panis. Act., h, 42.
(2) Jam non est dominicain cœnam manducare. I. Cor., v, 20.
Cène, que Jésus-Christ fit avec ses disciples et dans laquelle il institua l'auguste sacrement de l'Eucharistie. Plus tard on Ta nommé la synaxe, c'est-à-dire rassemblée, parce que les fidèles se réunissaient en grand nombre pour ce grand acte de religion ; l'office des divins sacrements, Voblation ou la célébration des saints, des redoutables mystères (1), parce que c'est le plus auguste de tous les exercices du culte divin; liturgie, c'est-à-dire fonction, ministère public, parce que c'est une fonction sublime d'offrir le sacrifice de l'autel, et que ce ministère est en faveur de tous les hommes, qui peuvent y participer et s'en appliquer les mérites et les fruits. Depuis plus de quatorze cents ans, l'Église grecque s'est fixée à ce dernier nom, tandis que l'Église latine s'est attachée à celui de Messe.
Réalité du' sacrifice de la Messe.
La Messe est un véritable sacrifice, car nous y trouvons tout ce qui est de l'essence du sacrifice :
1° Elle est l'offrande d'une chose extérieure et sensible, c'est-à-dire du corps et du sang de Jésus-Christ, renfermés sous les espèces du pain et du vin. 2° Cette offrande est faite à Dieu, car c'est à Dieu seul qu'on offre le sacrifice de la Messe. 3° Elle est faite par un ministre légitime, c'est-à-dire par les prêtres, qui sont les ministres du Sauveur, dont ils tiennent la place. 4° Il y a immolation réelle de la victime, puisque Jésus-Christ est dans l'Eucharistie en état de mort, sans mouvement, sans aucune opération vitale et extérieure. 5° Le corps de Jésus-Christ n'est pas seulement offert, mais encore consumé dans ce sacrifice, et il cesse d'y avoir cet être réel et sacramentel qu'il y avait auparavant. Kien ne manque donc à la sainte Messa de tout ce qui constitue un véritable sacrifice.
Les hérétiques, en niant la présence réelle de Notre- Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie, se sont aussi défi) D. Hier., in psal. lxv. — Tertull., lib. De anima. VI 2
chaînés contre l'auguste sacrifice de nos autels, et l'ont condamné comme une abominable superstition. Nous n'oserions répéter ici toutes les invectives qu'ils ont lancées, à ce sujet, contre l'Église ; mais nous sentons le besoin, pour affermir la foi des fidèles, d'insister sur ce point capital de notre religion.
C'est une vérité incontestable, reconnue par tous les chrétiens, que Notre-Seigneur est venu sur la terre pour s'offrir à son Père comme victime d'expiation pour les péchés des hommes, et nous pouvons dire que toute sa vie a été un long et continuel sacrifice. En entrant dans le monde, il s'applique à lui-même, selon la pensée de saint Paul, ces paroles du Psalmiste : « 0 mon Père, vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation, telles qu'on vous les offre conformément à la loi de Moïse, les holocaustes ne vous sont point agréables ; mais vous m'avez donne' un corps; eh bien, me voici, je viens, selon qu'il est écrit de moi dans le livre de la loi et des prophètes, je viens pour faire, ô mon Dieu, votre volonté et m'immoler à votre justice, à la place de ces victimes, qui ne peuvent être d'aucun prix à vos yeux et qui sont incapables de payer la rançon des hommes (1). »
Hostie dévouée à notre salut, Jésus-Christ est désigné parle divin précurseur comme V agneau gui efface les péchés du monde 4 (2). Il verse les premières gouttes de son sang, sous le couteau de la circoncision. Dans sa présentation au temple, il renouvelle l'engagement solennel qu'il a prtf de mourir pour la rédemption du genre humain. Dans l'obscurité de sa maison de Nazareth comme dans l'éclat de son ministère, ses prières, ses prédications, ses jeûnes,
(1) Ingrediens mundum dicit : Hostiara et oblalionem noluisti ; corpus autem aptasti mini. P*. xxix, 7. — Holocaustomata pro pe*~ cato non tibi placuerunt; tune dixi : Ecce venio ; in capite libri scriptum est de me ut faciam, Deus, voluntatem tuam. Ps. xxxiï
.— Heb., x, 5, 6, 7.
<2) Ecce AgnusDei, ecce qui tollit peccatum mundi. Joan., I, 29-
ses travaux, ses fatigues sont les suites de cette oblation qu'il a faite de 'lui-même à la volonté de son Père. Enfin il monte sur le Calvaire, et là il consomme son sacriOce sur l'autel sanglant de la croix. Tout à la fois prêtre et victime, il se livre à la mort pour nous donner la vie. Victime d'un prix infini, puisqu'il est Fils de Dieu et Dieu luimême, il se substitue à la place des victimes légales, qui ne pouvaient que signifier le salut sans jamais le donner, et il acquiert pour tous une rédemption éternelle (1). Prêtre, il a versé son sang, parce qu'il Ta voulu et quand il l'a voulu; ses ennemis n'avaient aucune puissance sur lui. Les Juifs et les Gentils, qui l'ont mis à mort, ont été ses bourreaux, et non pas ses sacrificateurs. C'est lui-même qui s'est immolé pour la gloire de son Père et pour le salut des pécheurs. « Ainsi, comme le dit saint Paul, nous avons un grand-prêtre, qui, par son sang, nous a tracé une voie nouvelle et vivante ; approchons-nous donc de lui avec un cœur vraiment sincère et une confiance inébranlable (2).
Le sacrifice de la croix est donc le vrai et unique sacrifice de la loi nouvelle. Mais Jésus-Christ, par un prodige de miséricorde et d'amour, a trouvé le moyen de le multiplier en tous les lieux et de le perpétuer jusqu'à ia fin des siècles.
En effet, d'après les saintes Écritures, le sacerdoce de Notre-Seigneur ne devait pas être selon l'ordre d'Aaron, mais selon l'ordre de Melchisédech (3). D'où nous concluons que le divin Sauveur a dû, comme Melchisédech, offrir le pain et le vin ; et c'est ce qu'il fit effectivement à la dernière
(1) .Eiernâ redemptione inventa. Heb.} ix, 12.
(2) Habentes itaque, fratres, fiduciam in introilu sanctorum in ianguine Christi. Quam initiavit nobis viam novara et viventem, per velamen, id est, carnem suasa, accedamus cum vero corde in pleoiiudine fidei, Heb., x, 19, 22.
! ) Ta es sacerdos in sternum secundùm ordinem Melchisédech. Psal. «x, S.
cène, en se renfermant sous les espèces eucharistiques. Après avoir lavé les pieds à ses apôtres, pour nous faire comprendre avec quelle pureté et quelle innocence on doit offrir à Dieu le sacrifice, il prit entre ses mains saintes et vénérables du pain et du vin, et, après avoir levé les yeux au ciel et rendu grâces à Dieu, il le donna à ses disciples, en disant : Ceci est mon corps, mon corps qui sera donné, livré, brisé pour vous ; Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour la rémission des péchés. On peut et on doit dire que la première Messe a été célébrée alors ; et, en instituant l'Eucharistie, Jésus-Christ offrit par anticipation ce sacrifice de son corps et de son sang, qui devait avoir son accomplissement sur le Calvaire.
Reprenons maintenant les conditions requises pour le sacrifice : nous les trouverons réunies dans l'institution de la sainte Eucharistie. Nous y voyons d'abord un ministre légitime, ou plutôt le prêtre par excellence, Jésus-Christ, a pontife saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux (1).» Nous y voyons une victime, c'est-à-dire le propre corps de Jésus-Christ, caché sous les voiles du pain et du vin . Nous y voyons une immolation, sinon réelle, du moins mystique, de cette auguste victime, puisque Jésus-Christ, présent dans l'Eucharistie, y est en état de mort comme sur la croix ; son sang y paraît séparé de son corps , il ne semble y exercer aucune des fonctions de la vie. Enfin nous y voyons la Communion ou participation à la victime, puisque Jésus-Christ dit : a Prenez-en tous. » Or, si l'institution de la sainte Eucharistie a été un vrai sacrifice, la Messe, qui n'en est que le renouvellement, doit être aussi un sacrifice, dans toute la rigueur du terme. En disant à ses apôtres : a Faites ceci en mémoire de moi, » Jésus-Christ les a ordonnés prêtres de.
(1) Pontifex sanctus, innocens, impollutus, segregatus à pcecatonbus, excelsior cœlis factus. Heb. vu, 26.
la nouvelle alliance, afin de continuer sur nos autels le sacrifice qu'il établit au cénacle, et qu'il consomma sur le Calvaire.
Fidèles à Tordre qu'ils ont reçu de leur divin maître, les apôtres, à peine sortis du cénacle, s'empressent d'immoler la victime sainte. Ils rompent le pain de la sainte Eucharistie, et prennent cette divine nourriture avec joie et simplicité de cœur (1).
« Nous avons un autel, dit saint Paul auquel n'ont pas droit de participer ceux qui servent au tabernacle (2), » c'est-à-dire les prêtres et les lévites de l'ancienne loi. Mais un autel, une victime n'indiquent-ils pas clairement un véritable sacrifice ? Et quel sacrifice? Le même apôtre le dit dans son épître aux Corinthiens : C'est l'oblation du corps et du sang de Jésus-Christ, aussi réellement présent sur l'autel de la nouvelle loi que les victimes l'étaient sur ceux des Juifs et des païens (3).
Enfin, une dernière preuve que nous donnerons de la réalité du sacrifice eucharistique, c'est la pratique et la tradition constante de l'Église chrétienne depuis les apôtres jusqu'à nous. De tout temps et en tout lieu, on a regardé la consécration de l'Eucharistie comme le sacrifice de la loi nouvelle. Qu'on compulse tous les écrits des Pères, qu'on examine les liturgies les plus anciennes, partout i\ est question d'autel, de victime, d'hostie, de sacrifice. Les Églises d'Orient s'accordent sur ce point avec celles de l'Occident, et, jusqu'à Luther et Calvin, il n'y a jamais eu le moindre doute à ce sujet parmi les fidèles. De quel droft ces deux hérésiarques se sont-ils insurgés contre ia croyance
(1) Sumebant cibum cum exultatione et simplicitate cordis. Act.9 h, 46.
(2) Habemue altare de quo edere non habent qui tabernaculo deserviunt. Heb., xm, 10.
(3) Calix benedictionis cui benedicimus , nonne communicatio sanguinis Domini est? et panis quem franyimus nonne participatio corporis Domini est? I. Cor., x, 16.
universelle? Quoi! pendant tant de siècles Dieu aurait abandonné son Église à l'idolâtrie, en lui laissant croire que la messe est un véritable sacrifice? Il aurait laissé cette erreur pestilentielle, comme l'appelle Calvin (1), envahir tout l'univers ! Mais alors où est la vérité des oracles de Jésus-Christ? Que sont devenues ces promesses solennelles faites à l'Église, qu'elle serait la colonne et le fondement de la vérité, et que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre elle?
Malgré ces témoignages si évidents de l'Écriture et des Pères, les docteurs protestants, dans leur fol entêtement, ne voulant jamais admettre que l'Eucharistie soit la commémoration ou le renouvellement de la mort du Sauveur, et impatientés de trouver à chaque pas dans l'Écriture et la tradition les noms d'Eucharistie, d'oblaîion, de sacrifice, d'hostie, les ont changés pour y substituer celui de Cène, comme si l'Eucharistie n'était que la représentation de la Cène ou du souper que Jésus-Christ fit avec ses apôtres, la veille de sa mort. Mais peuvent-ils ignorer que, lorsque Notre-Seigneur institua l'Eucharistie, il dit, comme nous l'atteste saint Paul : a Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez non pas la Cène, ma» la mort du Seigneur (2). » Ainsi, de l'auguste sacrifice de nos autels, ils ne font que la frivole représentation d'un souper ! Voilà bien de quoi nourrir la piété des fidèles !
Déplorons leur aveuglement; plaignons-les de se mettre, en quelque sorte, au-dessous des nations les plus barbares du monde, qui, éclairées des seules lumières de la nature, ont cru qu'il fallait faire hommage à la Divinité par des sacrifices extérieurs ; plaignons-les de se faire en quelque sortes pires que Gain, qui n'eut pas l'âme assez dépravée pour refuser absolument, de rendre ce devoir à Dieu. Pour
[1] inst., I. SV. c. xvii>.
(5} Mortem Domini annunliabitis. I. Cor., x/, 56.
DE LA MESSE. 3i
nous, rendons grâces à Dieu de ce que nous sommes nés dans une religion, où il y a un autel et un sacrifice, pour adorer la Majesté suprême.
Excellence du sacrifice de la Messe.
D'après ce que nous venons de dire, il est aisé de voir combien le sacrifice de la Messe l'emporte sur tous ceux qui Pont précédé. Son excellence se tire :
1° De la dignité du sacrificateur. C'est Jésus-Christ luimême, vrai Dieu et vrai homme, qui est le pontife de la nouvelle alliance. Les prêtres, qui célèbrent la sainte Messe, ne sont que ses représentants, ses ambassadeurs. C'est Jésus-Christ qui agit et parle par eux ; et que ce pontife est grand (1)!
Pontife saint, innocent, sans tache, il n'a pas eu besoin, comme les autres pontifes, d'offrir des victimes premièrement pour ses propres péchés, et ensuite pour ceux du peuple (2) ; il a offert à son Père, par l'effusion de son sang, un sacrifice qu'il ne pouvait s'empêcher d'accepter, et il réitère chaque jour sur nos autels, par les mains de ses ministres, l'oblation qu'il a faite de lui-même, en mourant pour nous.
Pontife tout-puissant, il est sûr que ses prières et ses supplications auront le plus grand pouvoir sur le cœur de Dieu, et qu'il sera infailliblement exaucé, à cause de l'humble respect qu'il a montré pour son Père, en s'anéantissant pour lui jusqu'à la mort (3).
Pontife immortel, à la différence des prêtres d'Aaron, qui se succédaient les uns aux autres dans l'exercice de leurs fonctions, il demeure toujours, pour exercer devant
(1) Ecce quantus hic! Heb., vu, 4.
(2) Qui non habet necessitatem quotidiè, quemadmodùm sacerdotes, priùs pro suis delictis hoslias offerre, deindè pro populi; hoc enim /ecit semel seipsum offerendo. Heb., vu, 27.
(3) Exauditus est pro suâ reverentià. Heb., v, 7.
son Père son sacerdoce ; il est toujours vivant pour intereéder pour nous, et il peut toujours sauver ceux qui s'ap* prochent de Dieu par son entremise (1).
Pontife surtout des biens futurs, les seuls dignes de notre estime, il ne nous obtient les biens de la terre que comme par surcroît, lorsque nous recherchons avant tout le royaume de Dieu et sa justice.
L'incompréhensible dignité d'un tel sacrificateur ne doitelle pas donner à l'auguste sacrifice de la Messe une valeur infinia ?
2D Du prix de la victime. Qu'offrait-on autrefois àDieu? Une vile matière, la chair et le sang de quelques animaux, toutes choses incapables, dit saint Paui(2),d'ôterles péchés et de rendre à Dieu la gloire qui lui est due. Aussi le Seigneur déclarait-il souvent aux Juif?, par la bouche de ses prophètes, qu'il était fatigué de leurs sacrifices, a A quoi bon, leur disait-il, cette multitude de victimes que vous m'offrez? Mangerai-je la chair de vos taureaux? Boirai-je leur sang? Qu'est-ce que votre encens, sinon une abomination (3) ? » Sans doute il voulait surtout condamner par ces paroles le peu de foi et de piété que son peuple apportait aux actions les plus saintes; mais il montrait aussi par là ie peu de cas qu'il faisait de ces sacrifices. Dans le sacrifice de nos autels, ce n'est pas une victime ordinaire que nous offrons à Dieu ; c'est une victime digne de lui., sainte comme lui, éternelle comme lui, d'une majesté infinie comme lui, et que, par conséquent, il ne saurait rejeter. C'est un Dieu qui s'offre à un Dieu ; c'est Jésus-Christ lui-
(1) Undè et salvare in perpetaum potest accedentes per semetipsum âd Deum, semper vivens ad interpellandum pro nobis. Heb.,\i, 2S.
(2; lmpossibile enim est sanguine laurorum et hircorum auferri peccata. Heb., x, 14.
13 Quô mihi multitudinem victimarum vestrarum ? dicit Dominas. — Numquid manducabo carnes taurorum aut sanguinem hircorum potabo? — Incensum abominatio est mihi. I*., i, il.— Ps xlix. 13. — 1$., i, 13.
même qui s'offre à son Père. Il est à la fois le prêtre de sa victime et la victime de son sacerdoce (1); et il s'immole comme un véritable holocauste à la gloire du Très-Haut. Avec quelle complaisance le Père éternel ne doit-il pas regarder une telle offrande ! Dieu n'est-il pas infiniment glorifié, lorsqu'il a pour adorateur un Homme-Dieu, égal à lui-même, et qui mérite, lui aussi, d'être adoré ? Ne lui rendons-nous pas de dignes actions de grâces, pour tous les bienfaits dont il nous comble, lorsque nous lui présentons Jésus-Christ, son propre Fils, qui s'est mis à notre disposition? Et pouvons-nous craindre de ne pas être exaucés,, quand c'est un Dieu qui intercède pour nous ?
Jésus-Christ ne pouvait donc laisser à son Église rien de plus avantageux que le sacrifice de la Messe. Une seule messe rend infiniment plus d'honneur à Dieu, que ne lui en ont rendu toutes les victimes et tous les prêtres de l'ancienne loi, et que ne lui en rendent encore les adorations de tous les anges et de tous les saints dans le ciel2.
3° Des admirables effets qu'il produit. Outre qu'il honore infiniment Dieu, ainsi que nous venons de le dire, il réjouit l'Église triomphante. Les Esprits bienheureux y prennentla plus vive part. Quel est le fidèle, dit saint Grégoire le Grand, qui peut douter qu'à la voix du prêtre, à l'heure même de l'immolation,^ ciel ne s'ouvre,et que les chœurs des anges n'assistent au mystère de Jésus-Christ? A ce moment solennel, les créatures célestes et terrestres, visibles et invisibles, ce qu'il y a de plus élevé et ce qu'il y a de plus humble, s'unissent et se confondent dans une pensée commune d'admiration, de louange, d'amour (2). Les saints aussi éprouvent
(1) Viclima sacerdotii sui, et sacerdos suae victimae. D. Paulin., epist. 5.
(2) Quis enim fidelium habere dubium possit, in ipsâ immolationis horâ, ad sacerdotis vocem, cœlos aperiri, in illo Jesu Christi mysterio angelorura choros adesse, summis ima sociari, terrera cœlestibus jungi, unumque ex visibilibas atque invisibilibus fieriP D. Greg., Dial, I. IV, c. lviii.
comme un redoublement de bonheur,, en voyant la gloire infinie, que la Messe procure au Dieu qui les couronne, ils se rappellent avec délices leur participation au saint sacrifice, pendant les jours de leur pèlerinage sur la terre; et, étant les membres vivants et glorieux de Jésus-Christ, ils ne cessent jamais de s'unir à leur chef, à leur pontife, pour offrir avec lui la victime immaculée . On peut donc dire que la Messe change nos églises en un ciel, et nous présente comme une image anticipée de ce bienheureux séjour. C'est le même Dieu qu'on y adore ; c'est la même réunion de ses enfants, qui se présente dans son sanctuaire ; mêmes chants, mêmes prières, mêmes parfums, même nourriture, avec la différence que le Dieu, qui ne se donne ici-bas à nous que sous d'humbles voiles, se montrera dans la cité sainte dans tout l'éclat de sa majesté, et nous rassasiera éternellement de sa gloire par la vérité et le bonheur.
Il console et soulage V Eglise souffrante. Parmi nos frères qui nous précèdent dans la tombe, il en est plusieurs qui ont besoin du secours de nos prières, parce que, bien que mourant dans la paix du Seigneur, tous n'entrent pas immédiatement dans la gloire céleste. Lorsque le feu de la charité, qu'ils ont à l'heure du trépas, est assez fort et assez ardent pour consumer toutes leurs imperfections et toutes leurs taches, ils sont admis aussitôt au nombre des élus. Mais, quand le feu de la charité n'est pas assez ardent pour les purifier et les mettre en état d'être offerts à Dieu avec Jésus-Christ dans le ciel, alors le feu du purgatoire en est le supplément; et ces âmes saintes souffrent dans ce lieu d'expiation, jusqu'à ce que toute trace, tout reste de souillure ait entièrement disparu. Or, le sacrifice de la Messe peut hâter le moment de leur délivrance ; et, comme elles font toujours partie du corps mystique de Jésus-Christ qui est l'Église, elles y participent par l'application qu'on leur fait des mérites de la mort du Fils de Dieu. Jésus-Christ, en s'immolant sur nos autels, devient leur victime ; il satisfait pour elles, et les
purifie, comme si elles étaient offertes, immolées et consumées elles-mêmes, et qu'elles fussent dignes d'être acceptées de Dieu en holocauste. Il n'est pas une seule de ces âmes, si abandonnée qu'on la suppose, qui n'ait au sacrifice de la Messe toute la part qu'il plaît à Jésus-Christ de lui donner, parce que le sacrifice de nos autels est le sacrifice de toute l'Église, dont on ne peut exclure aucun de ceux qui, par la charité, sont unis à elle, comme les membres le sont au corps.
Il est pour V Eglise militante une source infinie de grâces de tout genre. Et d'abord, il nous obtient les biens de l'âme, pourvu que nous n'y mettions pas empêchement; il nous procure le véritable repentir des fautes passées, la victoire sur les tentations, tous les dons de la grâce qui nous sont nécessaires, pour nous soutenir dans les voies du salut. Il nous procure aussi les biens temporels, autant qu'ils concourent au salut, comme la santé, l'abondance, la paix; et il peut aussi éloigner les divers maux, dont la vie humaine est assaillie. Aussi est-il dit dans le canon de la Messe que nous sommes remplis par elle de toute sorte de bénédictions et de grâces célestes 3 (1).
Ainsi le sacrifice de la Messe est le lien tout-puissant de ia plus intime charité de Dieu pour les hommes, de l'Église pour son divin époux et pour ses enfants : charité des anges et des saints pour leurs frères, qui sont encore dans cette vallée de larmes ; charité pour les pécheurs, afin qu'ils rentrent en grâce avec Dieu ; charité pour les défunts, pour alléger leurs souffrances. Oh ! que ce concert des trois Églises est admirable ! Celle de la terre s'offre avec Jésus-Christ en sacrifice, s'unit avec l'Église du ciel pour faire cette offrande ; et l'Église de la terre et celle du ciel intercèdent pour celle du purgatoire, jusqu'à ce que, se trouvant réunies ensemble dans le séjour du bonheur, sous Jésus- Christ, leur chef commun, elles n'aient toutes
(I) Omni benedictione cœlesti et gratiâ repleamur. Can. Miss.
quun cœur et qu'une voix, pour aimer, louer, bénir, glorifier Dieu pendant toute l'éternité.
Ayons donc le plus grand respect pour l'auguste sacrifice de nos autels ; il est, dit saint François de Sales, entre tous les exercices de religion, ce que le soleil est entre toua les astres. Il est véritablement l'âme de la piété et le centre de la religion chrétienne, auquel tous ses mystères et toutes ses lois se rapportent *.
TRAITS HISTORIQUES
1. Jean-Baptiste, voyant Jésus venir vers lui, s'éciia : « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde (1). > Par ees paroles, il faisait visiblement allusion à l'agneau pascal que l'on devait immoler, selon la loi de Moïse, el à ce que le prophète Isaïe avait dit du Sauveur : « Qu'il serait mené comme une brebis pour être immolé, et qu'il demeurerait dans le silence, comme un agneau est muet devant celui qui le tond (2). » Voici donc l'Agneau de Dieu, mais un agneau bien différent de celui que les enfants d'Israël avaient immolé à leur sortie d'Égyple, puisqu'il est la vérité même, dont l'autre était seulement l'image; puisqu'il devait se charger véritablement des péchés du monde pour les détruire, au lieu que l'au- Ire n'avait pu effacer aucun péché; puisque son sang devait délivrer -es hommes de la tyrannie du démon'et de la mort élernelle, au lieu que le sang de l'ancien agneau avait servi seulement à garantir les Israélites de l'épée de l'ange exterminateur. C'est pour cela qu'il est appelé l'Agneau de Dieu, c'est-à-dire l'Agneau qui seul est digne d'être offert à Dieu, pour satisfaire à sa justice, parce qu'il est véritablement une hostie divine, la divinité était jointe à l'humanité en /a personne de Jésus-Christ , et tous les autres agneaux, qui avaient été immolés à Dieu depuis le commencement du monde, n'avaient pu lui être agréables qu'en tant qu'ils représentaient cet Agneau divin, destiné à réconcilier, comme dit saint Paul, «toutes choses, en pacifiant par son sang et ce qui est dans la terre, et ce qui est dans le ciel (S). »
(1) Ecce Agnus Dei, ecce qui toiiit peccatum mundi. Joan., i, 29.
(2) Sicut ovis ad occisionem ducetur, et quasi agnus coram toadente se obmutescet. /*., un, 7.
(3) P*cificans, per sanguinem crucis ejus, sive quae in terris, sive fUSB in «œlis sunt. Col., i, 20.
C'est «n cela que Jésus-Christ a élé véritablement « l'Agneau de Dieu, qui Ole les péchés du monde ; car c'est, comme dit saim Paul, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, que la victoire nous est donnée sur le péché, qui est l'aiguillon dont la mort nous a percés (1). »
Cet Agneau de Dieu, comme il est dit dans l'Apocalypse, a été égorgé dès le commencement du monde (2). Non que le Fils de Dieu soit mort dés les premiers temps, puisqu'il ne s'est revêtu de notre nature mortelle que quatre mille ans après ; mais parce que le mérite de son sang et de la mort qu'il devait souffrir, a sanctifié dès lors tous les sacrifices que les patriarches ont offerts, et toutes les actions saintes qui sont nées de l'amour de Dieu, qu'ils avaient dans le cœur, ayant tous été justifiés par la foi qu'ils avaient que Jésus- Christ devait un jour naître, mourir et ressusciter pour eux, comme nous le sommes maintenant par la foi que nous avons, qu'il est né, qu'il est mort et qu'il est ressuscité pour nous.
Ainsi tous les patriarches et les anciens justes considéraient les sacrifices des bêtes, qu'ils immolaient à Dieu, comme les images du grand et unique sacrifice de Jésus-Christ, qui devait être offert sur la croix, dans la fin des temps (3).
Saint Jean-Baptiste ne dit pas, selon la réflexion de saint Jean Chrysoslome, que cet Agneau de Dieu ôtera le péché du monde, ni qu'il l'a ôté, mais qu'il l'cte, comme l'ôtant en effet toujours. Car il ne l'a pas ôté seulement lorsqu'il a souffert la mort; mais il l'ôte encore chaque jour. Et, quoiqu'il n'ait été crucifié qu'une seule fois et qu'il n'ait oflert réellement sur la croix qu'un seul sacrifice à Dieu, son Père, pour tous les péchés des hommes, il les purifie tous les jours par le mérite, surabondant de la même hostie.
2. Si, dans l'ancienne loi, les sacrifices étaient impétratoires des grâces et des faveurs divines, comme il paraît par celui qui fut offert, au temps du roi David, pour détourner le fléau de la peste, et par celui du pontife Onias, pour la vie du malheureux Héliodore, le sacrifice de l'Eucharistie, qui passe en vertu et en excellence tous les autres, a mille fois plus d'efficacité.
Si le soleil n'éclairait pas le monde, que serait cette terre? Partout régneraient les ténèbres, l'horreur, la stérilité, la misère la plus profonde. Que serait l'humanité, si la sainte Messe n'existait pas ? Malheureux ! nous serions privés de tout bien, en proie à tous les maux ; nous serions le but de toutes les foudres de la colère de l'É*
(1) Stimulus autem mortis peccatum est. I. Cor., xv, 56.
(2) Agnusoccisus ab origine mundi. Àpoc, un, 3.
(3) flujus veri sacrificii multiplicia variaque signa erant sacrificiel prisca sanctorum. D . Aug., de Civ. Dei, 1. X, c. xx.
ternel. Quelques-uns s'étonnent que le Seigneur, en présence des srimes qui inondent la terre, ne la plonge pas dans les abîmes du néant; car il se faisait appeler autrefois le Dieu des armées et il parlait au peuple au milieu des tempêtes et des éclats de la foudre, châtiant les fautes avec une extrême rigueur. Pour un péché d'orgueil commis par David, il envoya une terrible peste, qui fit périr en peu de temps soixante et dix mille d'entre le peuple. Pour un regard curieux et irrévérent, il fît mourir plus de cinquante mille Bethsamites. D'où provient cette différence de traitement de la part de Dieu? Pourquoi supporte-t-il aujourd'hui patiemment, non- seulement les vanités et les imprudences, mais encore les impudicilés les plus hideuses, les scandales les plus audacieux et les plus horribles blasphèmes? Où est la cause de cette différence dans le gouvernement des hommes ? Nos ingratitudes sont-elles plus excusables que ne l'étaient celles des anciens? La véritable raison de celte clémence inouïe est dans la sainte Messe, dans laquelle on offre à l'Éternel son Fils unique, la grande victime du genre humain. Jésus est ici le véritable soleil de la s-ainte Église, qui dissipe les nuages et rend le ciel serein ; c'est l'arche de la nouvelle alliance, qui apaise la colère de Dieu ; la clef d'or, qui ouvre les trésorsdes célestes bénédictions ; le canal mystérieux , par lequel nous arrivent les divines miséricordes ; l'objet des divines complaisances, qui prévient l'indignation du Seigneur et désarme sa terrible justice. L'Ame Dévote.
Saint François de Sales voulait que ses filles spirituelles assistassent au saint sacrifice de la Messe avec les dispositions les plus parfaites, c La Messe, disait-il à sainte Jeanne-Françoise de Chantai, est ie soleil des exercices spirituels, le cœur de la dévotion, le centre du christianisme. Unissez votre cœui à l'Église triomphante, qui se joint i Notre-Seigneur pour, avec lui, en et par lui, ravir le cœur de Dieu, son Père. » Godescarp, Vie de suinte Chantai, 21 août.
C'est un trait bien remarquable et bien touchant que celui du grand Albuquerque, le conquérant des Indes Orientales. Dans une violente et furieuse tempête, qui mit son vaisseau dans un danger imminent de faire naufrage, se voyant sur le point de périr, il prit un petit enfant entre ses bras, et l'élevant vers le ciel : « Grand Dieu! c s'écria-t-il, si vous êtes irrité contre nous, pécheurs et coupables, c du moins ayez pitié de cet innocent enfant, et, en vue de son inno- « cence, daignez apaiser votre colère et nous faire miséricorde. » A l'instant, la tempête fut apaisée, et le calme revint, à la grande consolation de tous ceux qui se trouvaient dans le vaisieau, et qui ne s'attendaient plus qu'à la mort.
Dans tous les dangers où nous pouvons nous trouvei, et surtout lorsque nous assistons à la sainte Messe, offrons ainsi en esprit Jésus-Christ à son Père céleste, pour opposer, en quelque manière,
cet Agneau sans tache aux traits que la justice de Dieu irrité est prête à lancer sur nous, pour nous punir de nos péchés.
Tiré de l'Histoire des Indes,
Effleaci té du sacrifice de la Messe.
3. Le saint sacrifice de la Messe a produit souvent les plus merveilleux effets.
Constance, fils du grand Constantin, étant près de ccmba'.tre Maxence, fit offrir le sacrifice au milieu de son armée, exhortant les soldats à communier avant de livrer la bataille. Le pain eucharistique se changea en une épée victorieuse, qui fit un grand carnage des ennemis, et les mit en déroute.
Le Père Nouet, Homme d'Oraison.
Saint Augustin rapporte qu'une maison, infectée des esprits infernaux, en fut délivrée, un prêtre y ayant offert le saint sacrifice de la Messe. L. XI, De Civil., c. vin.
Le vénérable Bède raconte que le même sacrifice s'offrant pour un homme fait captif dans un pays étranger, à l'heure même ses liens se rompirent. Hisî. Angl., 1. 4.
Nous apprenons de saini Grégoire-le-Grand qu'une femme faisait célébrer, toutes les semaines, le sacrifice de la Messe pour son mari, qu'elle croyait mort, quoiqu'il ne fût qu'en captivité, et que le captif se trouvait libre de ses liens, chaque fois, pendant le temps du sacrifice qui était offert pour lui. D. Greg., hom. 37, in Ev.
Voici comment saint Grégoire de Nazianze nous raconte la guérison miraculeuse de son père Grégoire, qui avait été avant lui évêque de Nazianze, guérison obtenue par la vertu du saint sacrifice de la Messe.
Le Ciel, nous dit-il, honora sa piété par des signes extraordinaires. Il était malade, et c'était le jour même de Pâques, à ce saint jour, le roi des jours, que sa maladie était dans toute sa force. Une fièvre brûlante dévorait ses entrailles; la faiblesse allait jusqu'à l'anéantissement; l'estomac se refusait à tout aliment; le sommeil avait fui; pas un mouvement qui ne fût un supplice ; le pouls s'arrêtait par intervalles. Tout l'intérieur de la bouche, le palais lui-même, jusqu'aux sommités de la langue, paraissaient dévorés d'ulcères, qui ne permettaient pas à une goutte d'eau de s'introduire impunément. L'art des médecins, les vœux de l'amitié, les prières que sa famille adressait au Ciel, tout était inutile ; pas le plus léger soulagement; plus d'espérance : le malade était à ce période extrême, où quelques soupirs rares, entrecoupés, et le défaut de connaissance, annoncent la prochaine dissolution. On se rendit à l'église pour y offrir le çaint sacrifice, et implorer le Seigneur. Dans l'impuissance de tout autre remède, on eut recours au grand médecin ; on invoqua l'efficacité de
cette nuit si sainte, qu'on regardait comme la dernière et l'unique ressource. Le dirai-je? s'écrie ici saint Grégoire, était-ce pom célébrer la fête, ou pour nous livrer à notre douleur? pour nous aban donner à la joie de cette grande solennité, ou pour honorer par des hummages funèbres un homme, que nous ne comptions plus au nombre des vivants? Que de larmes coulaient des yeux du peuple entier! Quels profonds gémissements! Quels sanglots, échappés de tous les cœurs, se confondaient avec le chant des psaumes! On redemandait au temple son pontife, aux mystères sacrés leur ministre, à Dieu un évêque si digne de ses autels... Qu'arrive-t-il donc? Quel miracle avons-nous dû à cette nuit sacrée, et au Dieu sauveur de ce malade a l'agonie? Le récit que j'entreprends me pénètre d'un secret frémissement... Les mystères saints allaient commencer; les ministres, dang un profond recueillement, et le peuple, rangé dans un bel ordre, se tenaient dans un silence religieux , quand celui qui fait sortir les morts du tombeau, rappela notre évêque du sein des ombres de la mort. D'abord il se meut, bien qu'avec peine; bientôt il se relève avec force; bientôt , d'une voix encore tremblante et confuse, il appelle un de ses domestiques , lui demande ses habits qu'il se fait porter sans délai, et son bras pour le soutenir : celui-ci étonné, interdit, obéit à l'ordre de son maître. Grégoire, comme autrefois Moïse sur la montagne, appuyé sur ce bras, unit ses prières à celles du peuple, présent à l'autel quoique loin de l'autel, offrant le sacrifice, bien que sans victime... Dès le lendemain de Pâques, il se rendit à l'église où il offrit le saint sacrifice, en action de grâces du bienfait qu'il avait obtenu. Je compare ce miracle à celui d'Ézéchias.
D. Greg. Nazianz.
4. Rien de plus remarquable que le respect avec lequel on traitait. selon les coutumes de Cluny, tout ce qui avait rapport au saint sacrifice de l'autel.
On faisait à jeun le pain, qui en devait être la matière. Quelque pur que fût le froment, on le choisissait grain à grain ; on le lavait soigneusement; puis on le mettait dans un sac destiné uniquement à cet usage. Un domestique, reconnu pour homme de bien, le portait au moulin, lavait les meules et les entourait de courtines; il se revêtait ensuite d'une aube et d un amict, moulait le blé, lavait le tamis, et préparait la farine. Trois prêtres ou diacres, avec un novice, revêtus pareillement d'aubes et d'amicts, après s'être lavé les mains et le visage, procédaient à faire le pain. L'un d'eux pétrissait la pâte dans l'eau froide, afin qu'elle fût plus blanche, et formait les hosties; les deux autres les faisaient cuire dans des fers gravés , sur un feu de bois sec, choisi et préparé soigneusement; pendant tout ce travail, on ehantait des psaumes.
Les corporaux, où i^^Se^Sç^iée pendant le saint sacrifice, se
préparaient avec la même révérence. Il n'y avait que les prêtres ou les diacres qui pussent les laver; ce qu'ils faisaient d'abord à plusieurs reprises dans des vases, qui ne servaient qu'à cela ; après quoi on leur donnait une lessive légère, et on les plongeait dans une eau blanchie d'une farine très-pure. Pour les sécher, on les suspendait sur une corde, qui se conservait dans une bourse précieuse , qu'on n'en tirait que pour cet usage. Tandis que les corporaux étaient exposés à l'air, on les gardait avec soin, pour empêcher les mouches de s'y poser. Spicilége, 1. III, c. xm.
Le vénérable Lanfranc, qui, de moine du Bec, en Normandie, devint archevêque de Cantorbéry, rapporte la même chose, presque mot pour mot, au sixième volume des statuts du même ordre de Saint- Benoît.
Saint Fortunat, évêque de Poitiers, dans la vie qu'il a écrite de sainte Radegonde, rapporte que cette illustre reine de France avait soin, à l'imitation de saint Germain, évêque de Paris, de moudre de ses propres mains le froment qui était destiné à faire des hosties, et qu'elle en faisait présent aux églises.
Saint Venceslas, duc de Bohême, cueillait de ses propres mains les épis de froment, les vannait, et en faisait le pain, qui devait servir à la consécration.
Pour ce qui est du vin, saint Rémi, archevêque de Reims, laissa une vigne, afin qu'on en offrît du vin aux saints autels , le dimanche et les fêles, suivant le témoignage de Flodoard, chanoine de ReimSv Hist de Reims, 1. I, c. xvm.
Tout cela nous prouve la vénération qu'il faut avoir pour la sainte Eucharistie. Si autrefois on apportait tant de soin pour préparer le pain et le vin qui devaient servir au sacrifice , quel soin ne devonsnous pas avoir de préparer notre âme, pour recevoir le froment des élus, et le vin excellent qui fait germer les vierges?
Saint Homebon était de Crémone, en Lombardie. Il se retira de la compagnie des hommes, pour s'appliquer aux jeûnes, aux veilles^ à la prière. Il distribuait aux pauvres ce qu'il avait gagné par sou trafic ; car il avait été marchand ; mais il avait surtout une dévotion singulière pour le sacrifice de la Messe. Il allait toutes les nuits à Péglise ; et, après matines, il demeurait devant le crucifix, prosterné, en oraison jusqu'à la Messe, à laquelle il assistait avec une ardeur et un recueillement qui édifiaient tout le monde. Il eut même le don des miracles ; et l'exemple de sa sainte vie répandit une si bonne odeur, qu'il procura la conversion de plusieurs pécheurs et hérétiques, qui furent plus touchés de ses vertus que de toute l'éloquence des prédicateurs et des disputes avec les hommes les plus savants. Un jour, eyant assisté à matines et prié jusqu'à la Messe, il se prosterna aa Gloria in txcelsis, les mains étendues en eroix. Comme on vit qu'il
ne se levait point à l'évangile, on crut qu'il s'était endormi, on voulut l'éveiller, et on trouva qu'il était mort. C'est ce qui arriva le treizième novembre 1117. On l'enterra dans l'église où il se trouvait. 11 se fit plusieurs miracles à son tombeau, et, deux ans après, il fut canonisé par le pape Innocent III. Surics, Fleury, Hist. Eccl. tom. XV.
TROISIÈME INSTRUCTION
Identité du sacrifice de la Messe avec celui de la Croix. — En quoi ils diffèrent. —Les prêtres seuls ont le pouvoir d'offrir le sacrifice. — Il ne peut être offert qu'à Dieu.— Ce qu'on entend par Messes en l'honneur de la Vierge et des Saints.
D. Quelle différence y a-t-il entre le sacrifice de la Messe et le sacrifice de la Croix ?
R. C'est le même sacrifice, mais la manière de l'offrir est différente.
Le sacrifice de la Messe n'est pas, comme le disent les protestants, une simple commémoration de celui de la Croix, une pure cérémonie propre seulement à nous en rappeler le souvenir ; mais il en est une précieuse et continuelle réitération, de sorte que, quand nous assistons à ta Messe, nous assistons à la passion et à la mort du Fils de Dieu ; nous assistons au spectacle de l'immolation du Verbe éternel, en témoignage de sa soumission au Père; en un mot, nous voyons ce que vit Jérusalem au jour du vendredi saint, ce que virent les Juifs, le même spectacle que Marie contempla au milieu des plus déchirantes angoisses ; ce qui a fait dire aux saints Pères, que le sacrifice que nous offrons n'est autre chose que la passion du Seigneur Jésus. L'autel est un nouveau Calvaire, où notre divin Sauveur s'immole tous les jours, et s'immolera jusqu'à la fin des temps, et d'où son sang reiaillit sur nos âmes, pour les sanctifier (1).
(1) Passio est Domini sacrificium quod offerimus. D. Cypr., ep. 63, ad CœciL
Il est vrai que nos autels ne nous présentent plus cet appareil extérieur,, qu'on vit autrefois sur le Calvaire. Mais cet appareil n'avait rien de commun avec Faction du sacrificateur. L'essentiel du sacrifice de la Croix consistait dans l'oblation, que Jésus-Christ fit à son Père, du sang qu'il répandait, de la mort qu'il souffrait, pour lui rendre le souverain hommage qui lui était dû et réparer l'injure que l'homme lui avait faite pour son péché ; et Notre- Seigneur, dans l'Eucharistie, continue de lui faire la même offrande. Tel il parut autrefois sur la Croix, humilié jusqu'à une mort honteuse, tel il est aujourd'hui sur nos autels; c'est toujours dans le même état de mort et d'anéantissement qu'il se montre et s'offre à son Père. Ainsi, comme les sacrifices ne sont différents que lorsqu'il y a différentes victimes ou différentes immolations de la même victime, et comme, d'un autre côté, la mort que Jésus-Christ a soufferte sur la Croix, est la même que celle qui est offerte à Dieu dans le sacrifice de la Messe, il s'ensuit que le sacrifice de la Messe et celui de la Croix ne sont point différents, mais un seul et même sacrifice l.
D'après ce que nous venons de dire, il est facile de remarquer les deux caractères du sacrifice, l'unité et la perpétuité : l'unité, à cause de l'unité de victime et de pontife; la perpétuité, puisque c'est le même sacrifice dans tous les temps, selon les prophètes, et que Jésus- Christ est un pontife éternel (1).
Mais le sacrifice de la Messe étant le même que celui de la Croix, pourquoi Jésus-Christ a-t-ii voulu qu'il fût si souvent reproduit ? L'oblation qu'il a faite une seule fois de son corps, n'a-t-elle pas suffi pour l'expiation de nos péchés ? N'a-t-elle pas payé intégralement et au delà ie prix de notre rédemption? Sans doute, le sacrifice du Calvaire a satisfait pleinement à la justice divine ; Jésus- Christ n'a eu besoin que de l'offrir une seule fois pour les
\ï) &a*piterD'am &&ïwi sar-erdotium . Heb., vn, 84.
péchés du monde, et, par cet le unique oblation, il a consommé la sanctification des hommes pour l'éternité (1). Par son sang, il eût racheté non pas seulement un monde, mais des millions de mondes, s'il y avait eu lieu- Que disje9 une seule de ses larmes, un seul de ses gémissements, étant d'un prix infini, aurait suffi pour obtenir le pardon de tous les pécheurs, et pour rendre à Dieu un honneur plus grand que n'était et ne serait la malice de tous les hommes existants et imaginables. Loin donc de nous la pensée que Jésus-Christ n'ait pas suffisamment mérité notre pardon et toutes les grâces possibles, en versant son sang sur la Croix. Ce serait calomnier grossièrement l'Église que de dire qu'elle prétend ajouter par la Messe quelque supplément au prix de notre salut, comme s'il était imparfait. Elle enseigne, au contraire, que le sacrifice de la Messe se rapporte tout entier à celui de la Croix, qu'il en tire toute sa force et toute sa vertu. La Croix est la source des grâces, l'autel en est le canal ; là, nous avons acquis la propriété des mérites de Jésus-Christ ; ici, nous en recevons l'application ; la passion a, pour ainsi dire, amassé le trésor, la Messe le distribue ; tandis que Jésus-Christ sur la Croix est mort en général pour tous les hommes, sur l'autel il est en état de mort pour chacun en particulier, comme s'il s'immolait encore pour nous seuls. Allons donc puiser à cette fontaine de miséricorde, car, de même qu'un malade, bien qu'il eût le remède à sa disposition, ne pourrait jamais guérir, s'il ne s'en servait, de même nous ne profiterions jamais des trésors de grâce que Jésus-Christ nous a laissés, si nous n'avions soin de nous les appliquer; or cette application se fait par le sacrifice de la Messe, comme par les sacrements.
Ainsi le sacrifice de la Messe, bien loin de déroger en rien à la dignité et au mérite du sacrifice de la Croix.
(1) Unà enim oblatione consummavit in sempitemum sanctifieatos. Heb., x, 14.
suppose, au contraire, que ce sacrifice a une valeur inépuisable, puisque toutes les Messes, qui se célèbrent chaque jour, ne font que nous appliquer le fruit de la mort de Notre-Seigneur. Nous n'avons donc en réalité qu'une oblation qui nous a sanctifiés, celle de la Croix, celle de la Messe étant la même quant à la substance, quoique différente en plusieurs circonstances.
D. Pourquoi dites-vous que le sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix î
R. Parce que c'est le même prêtre et la même victime, c'està-dire Jésus-Christ qui s'est offert à Dieu son Père sur ia croix, et qui s'offre encore lui-même sur nos autels.
i<> C'est le même prêtre. Jésus-Christ est toujours le prêtre et le pontife par excellence. Dans l'ancienne loi, dit saint Paul, il y avait successivement plusieurs prêtres, plusieurs sacrificateurs, plusieurs pontifes, parce que la mort les empêchait de l'être toujours, et qu'il fallait qu'ils se succédassent les uns aux autres pour la continuation du sacerdoce. Mais, dans la loi nouvelle, nous avons en Jésus- Christ un prêtre qui vit et qui demeure toujours, et, par conséquent, dont le sacerdoce est permanent (1). C'est donc toujours Jésus-Christ , qui offre le sacrifice, à l'autel comme sur la croix. Il est le premier à l'offrir, non-seuiement parce qu'il Ta institué et qu'il lui a donné toute son efficacité par ses mérites, mais parce qu'il daigne encore, à chaque Messe, changer le pain et le vin en son corps et en son sang ; et le plus beau titre du célébrant que vous voyez à l'autel, c'est d'être le ministre de ce prêtre invisible, éternel, qui est notre Rédempteur. De là vient que le sacrifice ne laisse pas d'être agréable à Dieu et de produire son effet, alors même que le prêtre qui célèbre la Messe, serait inique, sacrilège, pervers. Ce malheureux se désho-
(1) Hic autem eô quôd maneat in «eternum «empiternum, hatoet sacerdotium. Heb., vu, 24.
nore, et mérite tous les anathèmes du Ciel; mais Jésus* Christ, le pontife véritable, a toujours accès auprès de son Père, dans le sanctuaire éternel. Que Dieu soit donc béni, qui nous a donné un prêtre trois fois saint, pour offrir à la gloire de son nom, en tous lieux, en tout temps, une oblation pure et sans tache.
2° C'est la même victime. Jésus-Christ, prêtre et victime tout ensemble, se sacrifie tout entier, comme un holocauste consumé par le feu de son amour. Il s'immole réellement sur nos autels, puisqu'il y est en état de mort. Les paroles de la consécration sont comme un couteau mystique, qui sépare son corps de son sang, de telle sorte que le seul corps serait sous l'espèce du pain, et le seul sang sous l'espèce du vin, si l'immortalité de Jésus ne les rendait inséparables. Un Dieu victime, quel prodige ! Un Dieu victime pour sa créature, quel miracle de bonté ! Et cependant, nous n'en saurions douter, Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, comme dans un anéantissement complet. Il a une bouche, et ne parle pas ; des yeux, et on dirait qu'il n'y voit pas; des pieds, et il ne marche pas. Il est là, victime puissante, pour arrêter le courroux céleste; il est là, victime toujours immolée et toujours renaissante, pour s'immoler de nouveau en notre faveur, et recommencer le même sacrifice, tous les jours, sans discontinuer, selon la promesse authentique qu'il nous a faite luimême : a Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (1).» Il est vraiment l'Agneau de Dieu, immolé dès l'origine du monde, dont on mange la chair et dont on boit le sang, et cependant il demeure toujours entier (2).
Ce que nous venons de dire est la doctrine formelle du Concile de Trente, qui a déclaré expressément contre les
(1) Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad ccnsurnmationem saeculi. Math., xxvm, 20.
(2) Agnus, qui sacrificatus est, integer persévérât. In Act. S. Andr-
hérét ques des derniers temps que sur nos autels est la même hostie, qui a été immolée autrefois sur le Calvaire, que c'est aussi le même prêtre, Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui s'est offert tout entier à Dieu sur la Croix, et qui s'offre encore dans l'Eucharistie, par les mains de ses ministres, et qu'il n'y a de différence que dans la manière dont il s'immole (1).
D. Pourquoi dites-vous que la manière de l'offrir est différente î
R. Parce que Jésus-Christ s'est offert sur la croix, en souffrant la mort et en répandant son sangv au lieu que sa mort est seulement représentée dans le sacrifice de la Messe.
Le sacrifice du Calvaire fut un sacrifice sanglant ; la victime y fut brisée, broyée, selon l'expression des prophètes, et y versa jusqu'à la dernière goutte de son sang. Le sacrifice de la Messe est un sacrifice non sanglant; la mort n'y intervient qne par représentation, par la vertu des paroles de la consécration, qui séparent mystiquement le corps et le sang de Jésus-Christ; de sorte que, sous cette figure de mort, la victime y est toujours offerte et toujours conservée , afin de pouvoir être immolée jusqu'à la fin des temps. Sur la croix, l'oblation et l'immolation de Jésus -Christ se firent à découvert, sans aucun voile, sans aucune figure, en un mot, dans la forme de sa nature humaine et de sa propre personne; sur l'auteL l'oblation extérieure de cette victime sacrée se fait sous le voile du pain et du vin. Sur la croix, le corps de Jésus- Christ était passible et mortel ; dans l'Eucharistie, il est glorieux et immortel, quoique caché sous de viles apparences. Sur la croix, Jésus-Christ offrit sa mort présente; sur nos autels, il offre sa mort passée et consommée. Sur
(1) Unaeademque est hostia, identique mine offerens sacerdotum îinisterio, qui seipsum tune in cruce obtuiit. solà ratione offerendi diversâ. Trid., ses§. 22, eau. Sis.
ia croix, il offrit sa mort en sacrifice de rédemption, pour mériter toutes les grâces qu'il devait faire aux hommes ; sur nos autels, il s'offre en sacrifice de propitiation, pour appliquer aux hommes les grâces qu'il leur a méritées sur le Calvaire. Sur la croix, la mort naturelle du Sauveur ne dura que quelques heures; mais elle devait être suivie de sa mort mystique, renouvelée chaque jour par la destruction des espèces eucharistiques ; et c'est pour cela que Daniel appelle -ce sacrifice un sacrifice perpétuel (1). Enfin le sacrifice de la Croix n'a eu lieu qu'en un seul endroit de la terre, sur la montagne du Calvaire, au lieu que le sacrifice eucharistique s'offre dans tout l'univers, comme l'avait annoncé le prophète Malachie. Voilà les principales différences entre le sacrifice de la Messe et celui de la Croix ; mais, du reste, c'est toujours le même Jésus qui s'offre et qui est offert ; c'est toujours le même sang oui coule; et, par conséquent, c'est toujours le même sacrifice qui se renouvelle ; seulement, Jésus-Christ n'y souffre plus, n'y meurt plus. Quoi de plus grand, quoi de plus auguste qu'un sacrifice qui renferme de si grands mystères f
D. Qui a le pouvoir d'offrir le sacrifice de la Messe ? R. Les seuls prêtres.
11 n'appartient pas à tout le monde d'offrir le sacrifice; c'est un droit réservé à ceux qui ont reçu le caractère et l'autorité nécessaires pour un emploi aussi saint et aussi relevé. Nul, dit saint Paul, ne doit s'ingérer dans ces fonctions sublimes, et s'attribuer l'honneur du sacerdoce, s'il n'est appelé de Dieu comme Aaron (2). Il n'y a donc que les prêtres, qui aient le pouvoir d'offrir le corps et le sang de Jésus-Christ. Toutefois, ainsi que nous l'avong déjà remarqué, ils n'agissent pas en leur nom, ni par uno *ertu qui leur soit propre, mais seulement comme repré-
(1) Juge sacrifkium. Dan., vin, 12.
(2) Ne/- quisquam ôumit sïdi honorera, sed qui vocatur à Deo taoquàm Aaron. Ileb., v, 4.
sentants Ae Jésus-Christ. Ce divin Sauveur est le prêtre principal et le premier sacrificateur; et de même que c'est lui, dit saint Augustin (1), qui baptise par les mains les fidèles,, de même aussi, dans le sacrifice de la Messe, c'est lui qui change le pain et le vin en son corps et en son sang. Les prêtres ne sont que ses ministres, et n'offrent le sacrifice que comme ses instruments.
Mais, d'après l'institution divine, les prêtres sont les coopérateurs nécessaires de Jésus-Christ pour cet auguste ministèse. Car Nôtre-Seigneur, étant monté au ciel, ne peut plus exercer sur la terre son sacerdoce d'une manière visible. Il a donc fallu qu'il confiât à des hommes sa puissance sacerdotale ; et, ne voulant pas la communiquer indistinctement à tous les fidèles, il l'a restreinte aux seuls apôtres, et, en leur personne, aux évêques et aux prêtres. Ceux-ci, par leur consécration et leur ordination, sont revêtus du pouvoir, non-seulement de toucher et de porter entre leurs mains le corps adorable de Jésus-Christ, mais encore de ie reproduire par l'efficacité de leurs paroles ; eux seuls ont le droit et la puissance de sacrifier la victime immortelle.
Toutefois, en établissant les prêtres ministres de son sacerdoce, Jésus-Christ les a établis aussi ministres de son Eglise, afin d 'offrir le sacrifice pour elle et au nom de tous les fidèles, qui composent le corps mystique du Sauveur. Ainsi, la Messe n'est pas tant le sacrifice du prêtre que celui de toute l'Église, qui en fait l'oblation par les mains de son ministre. Voilà pourquoi le célébrant, quand il offre le sacrifice, se sert toujours du pluriel ; il ne dit pas : Je vous offre, mais : Nous vous offrons cette hostie, etc., pour montrer que ce n'est point lui seul qui fait cette oblation, mais to' 'e corps de l'Église, dont il est un des ministres et un des membres.
Nous devons encore ajouter que, par leur qualité de
(l) Cont. Faust., 1 IV.
chrétiens, les simples fidèles ont quelque part au sacer doce de Jésus-Christ, soit parce qu'ils peuvent joindre à l'obtetion du corps et du sang de Jésus-Christ leuro nostîes spirituelles, c'est-à-dire leurs bonnes pensées et les pieux sentiments de leur cœur, comme le dit saint Pierre (1); soit parce qu'ils peuvent faire offrir le sacrifice à leur intention ; soit parce qu'en y assistant d'une manière respectueuse, en s'unissant au prêtre, en souscrivant à ce qull fait, ils offrent par lui et avec lui la victime sainte. Alors tous les chrétiens deviennent comme autant de prêtres et de sacrificateurs ; alors nous consacrons tous ensemble le corps du Sauveur ; et plus nos assemblées sont nombreuses, plus le Seigneur en est glorifié. Mais, quoique les fidèles coopèrent ainsi indirectement à la célébration des saints mystères, il n'en reste pas moins vrai que les prêtres seuls ont le droit d'offrir l'auguste sacrifice de nos autels. Prétendre le contraire, ce serait la plus étrange témérité, ou plutôt une folie.
D. Qui a donné ce pouvoir aux prêtres ?
R. Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il a dit à ses apôtres, après l'institution de l'Eucharistie : Faites ceci en mémoire de moi.
Dans le dessein qu'il avait de perpétuer son sacrifice sur la terre, pour la rémission de nos péchés et pour renouveler la mémoire de sa passion et de ses miséricordes infinies, Jésus-Christ se choisit des ministres qu'il investit de l'autorité la plus sacrée. Faites ceci en mémoire de moi , dit-il à ses apôtres , et , en leur personne , à leurs successeurs. Or, que venait-il de faire ? Il venait de changer le pain et le vin en son corps et en son sang ; il leur donnait donc le pouvoir d'opérer le même changement, et, par conséquent, d'offrir le sacrifice de la nouvelle alliance. C'est
(il Sacerdotium sanctum, offerre hoslias spiriluales, acceptabiiei Deo. II. Epitt., h, 5.
DE LA MESSE. Si
ainsi qu'après avoir institué le sacrement de l'Eucharistie par ces paroles : Ceci est mon corps... Ceci est mon sang, il établit le sacrement de L'Ordre par ces autres paroles : Faites ceci en mémoire de moi.
Les prêtres sont donc les dépositaires de la puissance de Jésus-Christ; ils parlent et agissent au nom de Jésus-Christ. Oh ! que leur dignité est grende ! qu'elle est sublime et incompréhensible ! et combien elle mérite de respect ! Quoi de plus merveilleux que ce qu'opèrent les paroles d'un simple prêtre! Est-il une bouche, je ne dis pas humaine, mais angélique , qui puisse expliquer cette puissance inouïe qu'elles ont de faire descendre le Fils de Dieu du ciel sur la terre ? Cette puissance n'est-elle pas plus étonnante que celle qui transporterait les montagnes, qui mettrait la mer à sec, qui ébranlerait le firmament ? Les paroles sacrées que les prêtres prononcent, aussi étonnantes que le Fiat de la création, changent les substances, et rendent présent parmi nous le Dieu de toute gloire et de toute majesté. Comme le Fiat de l'Incarnation, elles reproduisent entre leurs mains le même Dieu, qui s'est fait chair dans le sein de Marie. Ainsi un Dieu obéit à la voix d'un homme mortel ; le Tout-Puissant se rend aux ordres de sa créature ! Autant de fois le prêtre prononce ces redoutables paroles : a Ceci est mon corps, » autant de fois le mystère s'opère, et Jésus-Christ paraît sur nos autels.
Mais plus la dignité des prêtres est éminente, plus leur sainteté doit être grande; et quelle abomination , si la pureté de leur vie ne répondait pas à la pureté de la victime qu'ils ont l'honneur dimmoler ! Cependant, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, la valeur du sacrifice est tout à fait indépendante des dispositions du ministre ; il tire sa vertu de la dignité de la victime, qui est toujours d'un prix infini aux yeux de Dieu, et qui ne peut être souillée, dit le concile de Trente (1\, par l'indignité et la
(1) Trid., sess. 22, c. i.
malice de celui qui l'offre. Si donc un prêtre avait le malheur de s'approcher du saint autel avec une conscience impure, il commettrait un horrible péché ; mais le sacrifice n'en serait pas moins profitable à ceux qui seraient bien disposés pour en recevoir le fruit. Il mangerait et boirait sa propre condamnation, dit saint Augustin, mais non pas celle des autres (1). Le sacrifice est toujours saint; il opère pour chacun en particulier, selon la disposition de cœur qu'on y apporte ; l'indignité du prêtre n'est préjudiciable qu'à lui-même 2.
D. A qui offre-t-on le sacrifice?
R. A Dieu seul.
Le sacrifice étant l'expression de l'adoration suprême , par laquelle nous reconnaissons une autorité souveraine, indépendante, il s'ensuit qu'il ne peut être offert qu'à Dieu. Telle est l'idée qu'en ont eue tous les peuples , même les idolâtres ; et, s'ils ont offert des sacrifices à de viles créatures, c'est que, par un étrange aveuglement , ils se figuraient que ces créatures étaient de véritables Dieux. Ce serait donc une impiété de transférer à de simples mortels un honneur, qui n'appartient qu'au maître de la vie et de la mort3.
D. Ne dit-on pas des Messes en l'honneur de la sainte Vierge et des Saints?
R. Oui, mais ce n'est pas pour leur offrir le sacrifice ; c'est seulement pour remercier le Seigneur des grâces qu'il leur a faites, et pour les prier de nous obtenir par leur intercession celles dont nous avons besoin.
Il est vrai qu'on fait mémoire des saints , à la messe ; mais l'Église n'a jamais entendu leur offrir le sacrifice. C'est au Dieu, seul éternel, vivant et véritable, qu'elle sacrifie (tt. La victime, qui s'immole sur nos autels, est une
(1) Non aliis sed sibi manducat et bibit. D. Aug.
(2) /Eterno Deo, vivo et vero. Ordin. Miss.
victime immortelle, une victime divine, c'est un Dieu. Or, un Dieu seul est digne d'une telle victime; l'offrir à tout autre, ce serait l'avilir, la déshonorer, la profaner. Il ne conviendrait pas, il ne pourrait se faire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu, comme il est vrai homme, offrît le prix de sa mort à de simples créatures. Lisez toutes les prières de la messe, vous n'y trouverez jamais : « C'est à vous, saint Pierre ; c'est à vous, saint Paul, ou saint Cyprien, que nous offrons le sacrifice. » Non, non, dit saint Augustin, nous ne sacrifions pas aux martyrs, mais à Dieu seul qui couronne les martyrs (1). Nous n'offrons pas non plus le sacrifice à ce qu'il y a de plus élevé parmi les créatures, aux Anges, aux Archanges, aux Trônes, aux Dominations. Nous confessons, au contraire, et nous proclamons dans la Préface de la messe que tout s'humilie devant le Très-Haut, que tout lui rend gloire avec nous, par la même victime que nous lui offrons ; que c'est par cette victime , dont nous reconnaissons l'excellence, que les Anges louent sa majesté (2) , que les Dominations V adorent, et que les Puissances tremblent devant lui. Nous ne l'offrons pas même à la plus privilégiée des créatures, à Marie, si élevée en dignité et en sainteté ; nous prions seulement Marie, les anges et les saints de s'unir à nous, pour louer tous ensemble le Dieu de toute majesté.
Que si l'on parle de Messes en l'honneur de la sainte Vierge, des anges et des saints, ce n'est pas qu'on entende leur offrir le sacrifice ; c'est uniquement parce qu'on fait mention d'eux dans les prières de la Messe, pour plusieurs motifs très-louables :
1° Pour témoigner que nous sommes unis avec eux par un lien de charité, et pour nous réjouir de leur bonheur.
(1) Quis antistitum aliquandô dixit : Offerimus tibi, Petre, aut Paule, aut Cypriane? sed quod offertur Deo qui coronavit martyres. D. Aug., 1. il, contr. Faust., c. xxi.
(2) Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates. Prœfat. Miss.
2o Pour remercier Dieu des grâces qu'il leur a faites, et de la gloire dont il les a couronnés dans le ciel. La vue de leur triomphe est bien propre à faire impression sur nos cœurs,, et à nous engager à marcher sur leurs traces, pour arriver à Dieu, que nous reconnaissons être le principe de toute sainteté, comme il en est aussi la récompense.
3° Pour obtenir, par leur intercession , les grâces dont nous avons besoin. Sans doute, nous avons une confiance entière aux mérites de la victime immolée sur nos autels ; mais, si le sacrifice est toujours agréable à Dieu, eu égard à la dignité de Jésus-Christ, il peut ne pas l'être toujours du côté de l'homme qui l'offre; et nous demandons qu'il le devienne entièrement, par les prières des saints que nous associons à cette oblation. Mais, du reste, leur intervention est toujours subordonnée à celle de Jésus-Christ; et l'honneur même, que nous leur rendons, retourne à Dieu, qui s'est honoré lui-même, comme il s'est rendu admirable dans ses saints.
Mettons-nous en état de retirer du saint sacrifice de la Messe le plus grand fruit possible; et, pour cela, pénétronsnous bien de la pensée suivante de saint Augustin : « La mer, dit cet illustre docteur, renferme une grande quantité d'eau ; cependant on en prend une quantité plus ou moins grande, selon la capacité du vase, dont on se sert pour la puiser. Les eaux de la mer sont ici l'image des mérites infinis de Jésus-Christ, renfermés dans la sainte Messe ; le vase plus ou moins grand, c'est la dévotion de ceux qui participent au sacrifice. »
TRAITS HISTORIQUES
t. Les victimes de l'ancienne loi étaient différentes, selon la diversité ou des personnes pour qui elles étaient offertes , ou des sujets pou: 'esquels on les offrait. Mais maintenant, comme dit le pape saint Léon , il n'y a plus qu'une seule hostie , parce que cette hostie unique les accomplit toutes excellemment, en faisant succéder la lumière à l'ombre , la vérité à îa prophétie , et l'Évangile à la vieille
loi, selon la parole du Fils de Dieu, qui n'était pas venu pour violer la loi , mais pour l'accomplir.
Le sacrifice d'isaac , dit saint Jean Chrysostome , a été une excellente image du sacrifice de nos autels , en ce qu'Abraham n'a pas effectivement immolé Isaac; c'est sa seule volonté qui l'a immolé, il n'a pas ensanglanté son épée ; il n'a pas rougi l'autel. Le sacrifice d'isaac a été accompli sans aucune effusion de sang , parce qu'il devait être la figure du sacrifice Eucharistique.
Le sacrifice de la Messe étant le même que celui de la croix, célébrer ce mystère de salut, c'est célébrer les funérailles du Sauveur, comme le dit l'abbé Rupert (l).
C'est pour cela que, dans toutes les bénédictions que l'Église donne , on emploie toujours le signe de la croix , pour marquer que c'est par le mérite de la mort de Jésus-Christ que toutes les choses sont purifiées , non-seulement d'une sainteté extérieure , mais même d'une pureté intérieure , car toute la nature doit être renouvelée par sa mort, et l'on n'obtient rien de Dieu qu'en son nom.
2. La Messe est certainement de toutes les fonctions que les prêtres peuvent exercer , la plus excellents , la plus sainte , la plus agréable à Dieu , et celle qui est aussi la plus utile. Que ne peuton connaître la profondeur de religion avec laquelle les anges y assistent î
Saint Jean Chrysostome ne s'exprime jamais avec plus d'onction et de force, que quand il parle de l'amour infini que Jésus-Christ nous témoigne dans l'Eucharistie , et qu'il exhorte les fidèles à s'approcher fréquemment de cet auguste sacrement. Au reste , on ne doit point être surpris de cette effusion de son cœur pour la divine Eucharistie; une foi vive en était le principe. Nous apprenons de saint Nil (2), que cet illustre docteur de l'Église eut plusieurs foi3 le bonheur de voir une multitude innombrable d'anges environner l'autel durant la célébration des saints mystères , et à la communion du peuple. Saint Chrysostome lui-même donne comme un fait certain la présence des Esprits célestes dans ces précieux moments(;3}; ce qu'il confirme par les visions de plusieurs solitaires.
Le même saint n'ayant pu réconcilier deux prélats, ses suffragants, dont l'un accusait l'autre avec chaleur , dans une assemblée où il y avait vingt-deux évêques, en eut quelque émotion et quelque trouble, qui ne venait que de son amour pour la paix. Il ne voulue point
(1) Juges Christi exsequi®,
(2) L. II, Epist. 294.
(3) D. Ohrys., de Sacerd., 1. IIÏ.
néanmoins célébrer le saint sacrifice dans cette agitation d'esprit, il pria l'évêque Pan=ophius de le faire en sa place, et sortit de l'église, se bduvenant de celte parole de Jésus-Christ : < Si vous offrez votre présent à l'autel , etc. (i), » nous apprenant à élever vers Dieu des mains pures et un cœur exempt de colère et de contention, dans l'oblation du sacrifice , et à ne présenter que dans un esprit de paix notre don à l'autel. Palladr.
Dom Barthélemi des Martyrs s'abstenait, une fois par semaine, d'offrir le saint sacrifice , par respect pour cet auguste mystère. — Saint François de Sales approuve la conduite d'un confesseur, qui avait différé la communion à une dame sujette à des paroles trop aigres.
Le divin Maris , non content d'avoir passé toute sa vie dans les exercices de la vertu et de s'être toujours conservé dans la chasteté du corps et de l'âme, fit une petite maison où , s'étant enfermé, il demeura trente-sept ans reclus. Agé de quatre-vingt-dix ans, il n'avait pour tout habit qu'une peau de chèvre , et ne vivait que d'un peu de pain et de sel. J'ai eu très-souvent , dit Théodoret, le bonheur de le voir. Comme il y avait fort longtemps qu'il souhaitait d'assister au saint sacrifice de la Messe , il me pria de l'offrir dans sa cellule : je lui accordai très-volontiers cette faveur; et, ayant envoyé quérir dans l'église qui n'était pas loin de là, les vases sacrés, je me servis au lieu d'autel des mains des diacres , et j'offris ainsi le mystique , divin et salutaire sacrifice , durant lequel cet homme de Dieu fut rempli d'une joie si sainte et si spirituelle, qu'il s'imaginait être dans le ciel. Depuis il a dit qu'il n'avait jamais eu, en toute sa vie, une telle consolation, ni été comblé d'un semblable contentement.
Saint Thomas d'Aquin offrait le saint sacrifice avec une dévotion vraiment angélique. 11 arrosait souvent l'autel de ses larmes, et y paraissait comme ravi et hors de lui-même. On remarquait, dans ses yeux et sur son visage, un feu qui montrait extérieurement celui dont son cœur était embrasé. L'accroissement de sa ferveur était si sensible, après la réception du corps et ùu sang de Jésus-Christ, que les fidèles, qui se trouvaient alors dans l'église, en étaient singulièrement attendris. La Messe finie, il en servait ou en entendait ordinairement une autre , en action de grâces.
Toutes les fois que saint Bonaventure montait à l'autel , on s'apercevait, à ses larmes et à tout son extérieur, des sentiments d'humi-
(1) Si ergo offers munus tuum ad altare, et ibi recordatns iueria çuia frater tuus habet aliquid adversum te, relinque ib' munuj tuiim ante altare, et vade pnùs reconcilian fratri tuo. Math., v, 23.
DE LA MESSE. Sî
lité et d'amour avec lesquels il offrait, il tenait dans ses mains et recevait dans son âme l'Agneau sans tache. Il fît , pour son action ae grâces après la Messe, la belle prière qui commence par ces mots : Transfige, dulcissime Domine , dont l'Eglise recommande la recitation à tous les prêtres, qui viennent de célébrer l'auguste sacrifice.
On remarquait dans saint Félix de Cantalice une ferveur toute céleste, quand il servait la Messe ; l'abondance de ses larmes, les transports de l'amour divin, l'empêchaient quelquefois de pouvoir répondre au prêtre. L'union de son âme avec Dieu était si intime , que souvent il n'apercevait point ceux qui se trouvaient autour de lui.
Saint Louis de Gonza^ue éprouvait une si tendre dévotion pour l'Eucharistie, qu'à la Messe, surtout après la consécration, il lui arrivait souvent de fondre en larmes ; il reçut aussi , en communiant, des faveurs extraordinaires; aussi l'auguste sacrement faisait-il sa plus grande consolation et le plus tendre objet de son amour.
Saint François Régis célébrait les saints mystères avec une dévotion si tendre et si ardente , que l'on croyait voir à l'autel , non pas un homme , mais un ange.
Saint Domnole avait une dévotion si tendre, surtout à l'autel , qu'il n'offrait point le sacrifice sans répandre des larmes. — On raconte la même chose de saint Antonin et de saint Ignace de Loyola.
Je me prépare au saint sacrifice de la Messe, disait M. d'Orléans de la Mothe , évèque d'Amiens , comme je me préparerais à paraître au tribunal de Jésus-Christ.
Saint Vincent de Paul disait la Messe avec une si grande modestie , avec tant de gravité et une telle tendresse de piété , que les assistants en étaient sensiblement touchés. On entendit plusieurs fois des personnes qui ne le connaissaient pas, dire, au sortir de l'église: « Voilà un prêtre qui dit bien la Messe , il faut que ce soit un saint.»
Un missionnaire appelé , pendant une mission qu'on donnait à Tulle, l'Ange de la Mission, entreprit de gagner à Dieu un gentilhomme imbu de mauvais principes, qui ne s'était pas confessé depuis longtemps. Tout ce qu'il put obtenir de lui , après bien des conférences, c'est qu'il lui servirait la Messe. La modestie, la religion , la dévotion du missionnaire le frappèrent si vivemeni , qu'il ne put résister davantage ; il donna des preuves d'une vraie conversion.
De retour à Cambrai , Fénelon confessait assidûment et indistinctement, dans sa métropole , toutes les personnes qui s'adressaient à lui. il y disait la Messe tous les samedis. Un jour, il aperçut, au
moment où il allait monter à l'autel, une femme fort âgée, qui semblait vouloir lui parler. Il s'approcha d'elle avec bonté , et l'enhardis par sa douceur à s'exprimer sans crainte. « Monseigneur, lui dit-eile en pleurant et en lui présentant une pièce de douze sous, je n'ose pas , mais j'ai beaucoup de confiance en vos prières, je voudrais vous prier de dire la Messe à mon intention. » — « Donnez, ma bonne, lui répondit Fénelon en recevant son offrande, voire aumône sera agréable à Dieu. » — • « Messieurs, dit-il ensuite aux prêtres qui l'accompagnaient pour le servir à l'autel, apprenez à honorer votre ministère.» Après la Messe, il fit remettre à cette pauvre femme une somme assez considérable, et lui promit de dire une seconde Messe à son intention. Les Vertus du Christianisme , par Gassier.
Lorsqu'un digne prêtre montait au saint autel, il animait sa foi, en pensant à ce qu'il était, à ce fiu'il allait faire et à ce qu'il devait être : « Je suis le ministre de l'Église, le ministre de Jésus-Christ, le ministre du Seigneur. Je vais sur un autre Calvaire; je vais y sacrifier Jésus-Christ, il faudra me sacrifier avec lui. Je vais offrir en sacrifice un Homme-Dieu à un Dieu !... » Toutes les fois que, pendant la célébration des augustes mystères , il baisait l'autel , il était pénétré du plus profond respect et du plus tendre amour» comme s'il eût donné un baiser à Jésus-Christ, qu'il allait bientôt avoir le bonheur de s'incorporer en recevant l'hostie sainte. Après la sainte Messe, il se regardait comme un ciboire vivant, qui renfermait Jésus- Christ, et il n'oubliait point, le reste du jour, ce qu'a dit un grand serviteur de Dieu : « Celui qui a eu le bonheur d'être, pendant une demi-heure, au saint autel, pour offrir Jésus-Christ à Dieu, doit bien, par reconnaissance, se sacrifier vingt-treis heures pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. »
En ce temps de hideuse mémoire, où les lois révolutionnaires défendaient, sous peine de mort, tout exercice public du culte, les ministres de Jésus-Christ n'ont pas hésité à chercher leur consolation et leur force dans la célébration des saints mystères. Nous citerons ici en particulier un vénérable prêtre de ce diocèse. M. Jacques-Gervais Romiguier, né à Saint-Grégoire, canton de Sévérac-le-Château, d'une famille trés-re?pectable par ses principes religieux et ses mœurs patriarcales, fut, aussitôt après son ordination, nommé vicaire de Naves, canton de Saint-Geniez. Depuis quelques années, il secondait avec le plus grand zèle son digne curé, M. Pierre Niel, curé de Naves, docteur en théologie, lorsque les satellites de la Terreur firent fermer les églises. Malgré les dangers qu'il courait, M. Romiguier eontinua de célébrer les saints mystères, jusqu'au mois de janvier 1793. Mais la persécution devenant alors plus terrible, et une compagnie de soldats, envoyés par la municipalité de Saint-Geniez, ayanv paru plusieurs fois dans la paroisse de Naves pour rechercher les prêires
réfractaires qui y étaient, disait-on, cachés en assez grand nombre, M. Niel crut devoir engager son vicaire, qu'il aimait comme un tendre fils, à céder à la tempête et à se retirer auprès de ses parents, où il trouverait peut-être plus de sécurité. M. Romiguiei obéit, et quitta Naves, les larmes aux yeux; mais ce ne fut pas pour longtemps.
En effet, ayant appris, vers la fin de février 1793, que son vénérable curé, gravement malade, ne pouvait plus aller au secours de ses paroissiens, M. Romiguier revint à Naves, visita, pendant la nuit, les fidèles habitants de la paroisse, afin de les préparer au devoir pascal. Il célébrait même quelquefois la sainte Messe chez des particuliers, dont la piété et la discrétion lui étaient connues, mais jamais dans le presbytère, à cause de la surveillance spéciale dont cette maison devait être l'objet. Cependant l'état du curé s'aggravait de jour en jour, et, ce vénérable pasteur désirant communier en viatique, son vicaire résolut de dire la Messe dans sa propre chambre, dans la nuit du samedi au dimanche de la Passion 1793. On eut beau lui représenter vivement que la garde nationale de Saint-Geniez devait monter cette nuit-là même à Naves, d'après les avis officieux qu'un des membres les plus influents du district de cette ville avait fait donner par cinq ou six personnes différentes; il crut que ce n'étaient que de faux bruits, comme on en avait répandu bien d'autres fois. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi.
A peine le jeune prêtre avait récité l'offertoire, que le presbytère fut cerné par une compagnie de quarante à cinquante gardes nationaux, envoyés par la municipalité de Saint-Geniez. Lorsqu'on eut pénétré dans l'appartjment transformé en sanctuaire, le chef de la garde, par pudeur, ne voulut pas qu'on interrompît le célébrant, et remplit lui-même les fonctions de servant, jusqu'à la fin de ia Messe ; mais, par une précaution inutile et révoltante, un des sbires crut devoir placer un pistolet sur chaque côté de l'autel, sans doute pour faire comprendre au jeune sacrificateur qu'il se trouvait entre les mains de la force armée. Les soldats, après avoir dévasté la maison, se retirèrent, emmenant tout garrotté M. Romiguier, et emportant, pour preuve de son flagrant délit, le calice et les ornements dont ils l'avaient vu se servir. On ne peut donner aucun détail sur sa captivité, ni sur l'époque et le genre de sa mort. Les uns assurent qu'il mourut de la dyssenterie durant sa captivité à Bordeaux, ne cessant d'exhorter les autres prêtres, ses compagnons d'infortune, à la résignation à la volonté divine; les autres disent qu'il recouvra sa liberté iprès la chute de Robespierre, mais qu'il succomba bientôt, par suite des privations de toute espèce qu'il avait subies, avant de rentrer dans son pays. Dans l'une et l'autre de ces versions, il est certain qu'il paya de sa vie sa généreuse confession de la foi.
3. Les Esprits célestes, dit saint Augustin, ne souffrent point que les hommes leur sacrifient, ni qu'ils les adorent, comme, nous le voyons dans l'Apocalypse; mais ils veulent que le culte suprême soit offert uniquement à celui dont ils savent qu'ils sont eux-mêmes, aussi bien que nous, le sacrifice invisible et continuel (1).
La fleur, qui reçoit la rosée du ciel, envoie vers le ciel son parfum ; tel doit être l'homme vraiment religieux : il doit s'élever sans cesse vers son Dieu, comme la flamme, comme l'odeur d'une victime consumée par la charité, comme l'encens qui monte vers le ciel en nuage odorant, mais seulement s'il est jeté sur des charbons ardents. Un culte rendu à Dieu sans amour et sans reconnaissance, c'est l'encensoir sans feu, que vous agitez en vain pendant des heure» entières. Mérault, Enseign.
QUATRIÈME INSTRUCTION
Des quatre fins principales du Sacrifice eucharistique. — Il est offert pour les fidèles vivants et pour les morts. — Dispositions avec lesquelles on doit y assister.
D. Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice?
R. 1. Pour adorer Dieu. 2. Pou- le remercier des grâces qu'il nous a faites. 3. Pour lui demander pardon de nos péchés. 4. Pour lui demander les grâces dont nous avons besoin, soi' pour l'âme, soit pour le corps
Rappelons-nous ici qu'il y avait, dans l'ancienne loi, quatre sortes de sacrifices : l'holocauste, dans lequel la victime était entièrement consumée, pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur toutes les créatures; l'eucharistique, qu'on offrait en action de grâces pour les bienfaits reçus; le propitiatoire, offert en expiation des péchés,pour apaiser la juste colère de Dieu ; et Fimpétratoire, pour demander à Dieu tous les secours, soit spiri-
(1) Beati illi Spiritus nolunt nos sibi sacrificare, sed ei cujus et ipsi Dobiscum sacrificium se esse noverunt. D. Âug., De civ. Dii, 1.1, c. vu.
tuels, soit temporels, dont on pouvait avoir besoin. Or, le sacrifice de la Messe renferme, et de la manière la plus excellente, la vertu de ces quatre sacrifices. II nous acquitte parfaitement de nos deux principaux devoirs envers la Majesté divine, l'adoration et l'action de grâces; il satisfait également aux deux principaux besoins de Fhomme, qui sont de satisfaire à Dieu pour les péchés commis et d'obtenir la grâce de n'en plus commettre ; et c'est ainsi que les quatre fins du sacrifice sont admirablement remplies par le seul sacrifice de la Messe. Nous l'offrons donc à Dieu :
1° Pour V adorer. Tout ce que les hommes pouvaient offrir à Dieu, avant l'institution du sacrifice de la Messe, n'avait aucune proportion avec la Majesté suprême et le culte qui lui est dû. En effet, Dieu peut-il être honoré dignement par la cendre et la poussière? Or, l'homme est encore moins que cela ; il n'est que misère, néant et péché. Ce n'est donc que par Jésus-Christ que l'homme peut rendre à Dieu des hommages en rapport avec sa grandeur infinie. Tous les rois de la terre, tous les Esprits célestes ont beau s'incliner devant le Très-Haut ; leurs hommages sont insuffisants. Les Trônes, les Dominations, qui entourent l'Agneau, sont indignes de lui être présentés. Il n'y a qu'un Dieu qui puisse honorer dignement un Dieu. Or, c'est dans le sacrifice de la Messe que Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, s'humilie et s'anéantit sous la main de son Père. Dieu est donc adoré par un adorateur égal à lui-même ; Dieu est donc adoré autant qu'il mérite de l'être; et, comme nous entrons en participation des mérites de Jésus-Christ, parce qu'il est homme comme nous et qu'il s'est rendu consubstantiel à notre nature, c'est aussi en lui et par lui que nous rendons à Dieu un honneur d'un prix infini. Voilà comment, par le saint sacrifice de la Messe, nous remplissons dans toute son étendue l'obligation de respect, d'hommage et d'adoration, que Dieu a droit d'exiger de nous.
Il suit de là 1° qu'une seule Messe rend plus de gloire à Dieu que toutes les adorations des anges et des hommes réunies ensemble ; 2° qu'il est impossible même de rendre à Dieu plus de gloire que ne lui en procure le sacrifice de la Messe, puisqu'il est d'une valeur infinie et qu'on ne peut aller au delà de l'infini ; 3° que c'est une indignité épouvantable de déshonorer Dieu dans l'action même qui l'honore le plus, comme font ceux qui assistent à la sainte Messe, l'esprit égaré, les yeux distraits, avec une attitude irrévérencieuse.
2° Pour le remercier. Qui pourrait énumérer les bienfaits que nous avons reçus de Dieu ? Bienfaits pour l'âme, bienfaits pour îe corps, bienfaits pour la vie présente, bienfaits pour la vie future. Dieu nous a aimés de toute éternité de l'amour le plus tendre et le plus constant; et il a poussé sa charité envers nous, jusqu'à nous donner son Fils unique (1). Mais quel moyen avons-nous de rendre à Dieu une reconnaissance proportionnée à tant et à de si grands bienfaits? Lui offrirons-nous nos adorations, nos prières, notre encens ? Lui ferons-nous le sacrifice de nos biens, de notre honneur, de notre corps, de notre âme, de notre vie? Mais, outre que tout cela lui appartient, qu'estce, en comparaison des dons immenses, des dons infinis qu'il nous a faits? 0 misérable condition de l'homme ! il a contracté envers Dieu des obligations immenses, dont il lui est impossible de mesurer l'étendue ; et, pauvre, impuissant qu'il est, il ne saurait acquitter la moindre partie des bienfaits reçus. Or, ce que nous ne pouvons pas par nous-mêmes, nous le pouvons en Jésus-Christ et par Jésus- Christ. Oui, par le sacrifice de la Messe, nous offrons à Dieu un présent digne de lui; nous lui offrons ce qu'il a de plus excellent dans le ciel même, son Fils unique, l'objet de ses complaisances, qui est à nous, puisqu'il nous l'a donné (2); et. quand nous lui présentons l'Hostie immacu-
(1) Sic Deus dilexil mundum. Joan., m, 16.
(2) Parvuius datus est nobis. Is., ix, 6.
lée, qui s'est mise elle-même entre nos mains; quand nous lui présentons le calice trois fois saint, nous payons amplement le prix de ses bienfaits; et notre reconnaissance égale tous ses dons.
Le sacrifice eucharistique est tellement un sacrifice d'action de grâces que c'est de là qu'il tire son nom, puisque le mot Eucharistie veut dire Action de grâces. Et c'est pour ranimer nos sentiments de gratitude envers l'auteur de tout bien, que le prêtre, élevant la voix pendant la célébration des saints mystères, s'écrie : « Rendons grâces au Seigneur, notre Dieu (1); » et le peuple répond : « Cela est digne, cela est juste (2). » Alors le prêtre chante le cantique de la reconnaissance : « Oui, vraiment, c'est digne, c'est juste ; oui, vraiment, il nous est salutaire de vous rendre grâces, toujours et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc. »
Approchons-nous donc avec confiance du trône de la miséricorde, portant dans nos mains la précieuse offrande de notre salut. Quand nous aurions mille langues pour les employer en actions de grâces, mille cœurs pour les consacrer à de brûlantes expressions de gratitude, nous ne pourrions jamais louer, bénir, remercier notre divin bienfaiteur, d'une manière aussi convenable que par le sacrifice de la Messe.
3° Pour lui demander pardon de nos péchés. C'est par la grande victime du Calvaire que nous sommes rentrés en grâce avec Dieu. Il ne fallait rien moins qu'un Dieu mourant, qu'un Dieu victime, pour réparer l'injure que le péché fait à Dieu. Mais ce sang, dont l'effusion était nécessaire pour la rédemption des hommes, ce même sang qui a coulé sur la croix, coule encore sur nos autels. C'est le sang de l'Agneau sans tache; c'est le sang de Jésus,
(1) Gratias agamus Domino Deo nostro.
(2) Dign-um et justum est.
dont une seule goutte aurait suffi pour effacer les iniquités de mille mondes. Bien différent de celui d'Abel qui criait vengeance, le sang de la nouvelle alliance ne cesse décrier: Pardon! Miséricorde! Que de fois il arrête le courroux céleste prêt à éclater sur nous ! Que de /ois le Seigneur, justement irrité de nos crimes, lancerait sa foudre sur nos têtes, pour nous exterminer entièrement, si nous ne lui apparaissions tout couverts du sang de son Fils! Il voit Jésus, qui s'immole encore pour nous sur nos autels, qui lui montre les plaies de ses pieds et de ses mains, les déchirures de tous ses membres, et qui lui dit encore : a 0 mon Père, par amour pour moi, que vous chérissez infiniment, pardonnez-leur (1); » et, à cette voix si douce et si puissante, le cœur de Dieu s'attendrit, et il a pitié de nous. Si le Très-Haut n'abîme pas le monde dans quelque nouveau déluge, pour arrêter ce déluge de crimes qui inonde l'univers, soyons-en bien convaincus, c'est que Jésus-Christ, offert dans le sacrifice de la Messe en qualité de victime, désarme son bras, tous les jours et à chaque heure du jour.
Quelque grands que soient nos péchés, par le sacrifice de la Messe, nous offrons au Seigneur une satisfaction non-seulement égale, mais encore surabondante. N'allons pas croire cependant qu'immédiatement et par lui-même, cet auguste sacrifice remette nos. péchés, comme le font les sacre nie nts de baptême et de pénitence, et qu'il suffise d'assister à la Messe ou de la faire célébrer, pour être justifié. Dieu ne veut pas que nous négligions les moyens ordinaires, qu'il a établis pour le pardon de nos crimes et notre réconciliation avec lui. Mais, dans le saint sacrifice de la Messe, apaisé par une oblation si excellente, il semble en quelque sorte oublier nos iniquités, pour ne se souvenir que de ses miséricordes; et il nous accorde des grâces de conversion, qui éclairent l'esprit, brisent le cœur
(1) Pater, dimil/e illis, lue., uni, 34.
par la componction, et nous disposent à la grâce si désirable d'une entière et parfaite réconciliation. Bien plus, le sacrifice de la Messe, quand on y assiste avec la ferveur convenable, nous procure la rémission des peines dues au péché ; il remet encore directement les péchés véniels, sans qu'il soit nécessaire de les soumettre au sacrement de pénitence, pourvu qu'on en ait un sincère repentir.
Ayons souvent recours à cette Hostie pacifique, placée entre le ciel et la terre, qui intercède sans cesse pour nous et dont l'effet est infaillible. Qui serait assez insensé pour ne pas en profiter ? Eh quoi ! voudrions-nous toujours rester sous le poids accablant de nos fautes ? Consentirions-nous à vivre toujours sous le coup de l'indignation du Seigneur ? Et cependant, hélas ! que de chrétiens qui tournent le remède en poison, et qui, par leurs irrévérences au saint sacrifice de la Messe, offensent Dieu et l'irritent, au moment même où Jésus- Christ s'immole pour l'apaiser !
4° Pour lui demander les grâces dont nous avons besoin, soit pour l'âme, soit pour le corps. Jésus-Christ nous a dit que tout ce que nous demanderions à son Père en son nom, nous l'obtiendrions (1). C'est pourquoi l'Église finit toujours ses prières, en disant : Par Notre-Seigneur Jésus- Christ (2). Mais jusqu'où ne doit pas aller notre confiance, lorsque c'est Jésus-Christ lui-même, sacrificateur et victime tout à la fois, qui prie pour nous, qui s'intéresse pour nous ! Est-il rien que nous n'ayons droit de nous promettre ? Présentons-lui humblement nos besoins ; et qu'ils sont grands ! qu'ils sont nombreux ! Mais la vertu des mérites de Jésus-Christ, qui nous sont appliqués par le sacrifice de la Messe, est encore plus grande que nos besoins.
(i; Si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. ioan.t XYi, 23 (2) Per Dominum nostrum Jesum Christum;
Ce sacrifice, pourvu que nous n'y mettions pas d'empêchement, nous obtient :
1° Les diens de l'âme. Il nous procure un véritable repentir de nos fautes, la victoire sur les tentations intérieures et extérieures, et un rapide avancement dans la piété. Il est, pour ainsi dire, la clef d'or, qui ouvre les trésors des bénédictions célestes, et le canal mystérieux, par lequel nous arrivent lés miséricordes divines. Voilà pourquoi on lit dans le canon de la Messe que, par Jésus Christ, nous sommes remplis de toute grâce et de toute bénédiction spirituelle (1).
2° Les biens temporels, en tant qu'ils concourent au salut de l'âme, comme la santé, l'abondance, la paix. Il éloigne les fléaux, qui pourraient nous menacer, comme, par exemple, la guerre, les maladies contagieuses, les disettes, les tremblements de terre, et encore, les haines, les persécutions et autres maux, dont la vie humaine est assaillie. Gardons-nous donc bien de perdre ces moments précieux, où Jésus-Christ s'immole pour nous et où Dieu vient à nous, les mains pleines de grâces, et semble nous dire : c Que vouiez-vous? Je suis prêt à vous l'accorder. » Ayons soin de lui exposer nos misères, car, outre les biens généraux que l'Église sollicite pour nous, chacun a des grâces particulières à obtenir, selon les diverses occurrences. Celui-ci a besoin d'une foi plus vive, ou d'une charité plus ardente, ou d'une plus grande patience dans ses peines; celui-là, d'un plus grand courage pour résister à une forte tentation, pour s'acquitter d'une obligation pénible. D'autres peuvent demander une bonne récolte, le gain d'un procès, le succès d'une entreprise, un heureux établissement dans le monde, la conservation d'une personne chérie, et autres avantages temporels, pourvu qu'ils soient toujours dans Tordre du salut. En un mot, la Messe est une source inépuisable de grâces; et, si nous sommes si souvent dans la
(1) Omni benedictione cœlesti et gratiâ repleamur. Can, Miss.
détresse, c'est que nous négligeons d'y avoir recours, ou que nous n'en profitons pas, à cause de la mauvaise disposition de notre cœur.
Voilà les quatre fins principales de la Messe, qui est à la fois un sacrifice latreutique ou d'adoration, eucharistique ou d'action de grâces, propitiatoire ou d'expiation, impétratoire ou de demande.
Puisque ces fins sont si excellentes et que les effets du sacrifice sont si puissants, ne devons-nous pas nous faire un devoir d'y assister? N'est-il pas même convenable que nous fassions de temps en temps, selon nos facultés, offrir le saint sacrifice spécialement pour nous, pour nos besoins, pour ceux de notre famille ? Assister à la Messe avec de saintes dispositions, c'est puiser à la source des grâces; mais la faire dire pour soi et en son nom, c'est en recueillir la plénitude. Oui, faire dire une Messe, c'est s'attirer la plus large part du sacrifice ; c'est attirer à soi, et à ceux pour qui l'on prie, les mérites de la mort et du sang de Jésus-Christ. Quand nous faisons dire une Messe, c'est Jésus-Christ qui prie et qui demande pour nous ce dont nous avons besoin. C'est Jésus-Christ qui dit à son Père : a Ce pécheur, cette pécheresse ne méritent de votre part aucune faveur; mais c'est pour eux que j'ai versé mon sang, et c'est pour eux que je m'immole encore en ce moment; laissez-vous donc fléchir, et, en vertu de mon sacrifice, exaucez leurs vœux, rendez-vous à leurs désirs, qui sont aussi les miens. » Pensez-vous qu'une telle prière, faite en de pareilles circonstances, que la prière d'un Dieu qui s'immole pour obtenir ce qu'il demande, soit sans efficacité? Faire dire une Messe est donc l'œuvre la plus sainte, la plus méritoire.
D. Pour qui offre-t-on le sacrifice ?
R. Pour les fidèles vivants et pour les morts.
Notre-Seigneur est mort pour tout le monde, et il veut que tous arrivent au salut. Aussi l'intention de l'Église est-
elle que nous priions pour tous les hommes en général, mêmt pour les idolâtres, les juifs, les hérétiques (1), afin que la lumière de la grâce leur dessille les yeux et les amène à la vérité de l'Évangile. Mais ceux qui ont une part plus directe au saint sacrifice, et pour lesquels l'Église veut qu'on l'offre spécialement, ce sont les fidèles vivants, c'està-dire ses enfants dociles et soumis, qu'elle recommande à Dieu par les mérites de Jésus-Christ. Elie prie pour le souverain Pontife et les évêques (2) ; pour tous ceux qui assistent dévotement à la Messe (3), et, plus spécialement encore, pour ceux qui en ont demandé l'application personnelle, et qu'elle nomme expressément au Mémento. Empressée qu'elle est de subvenir aux nécessités de tous ses enfants, elle veut qu'on offre le saint sacrifice pour eux, dans quelque position qu'ils se trouvent : pour les justes, afin qu'ils persévèrent; pour les pécheurs, afin qu'ils se convertissent ; pour les malades, pour les affligés, pour la santé de l'âme comme pour celle du corps, et enfin, ainsi qu'elle s'en explique ouvertement à Toblation du calice, pour notre salut et celui de tout le monde (4).
On offre encore le saint sacrifice pour les morts. Après que nous avons rendu le dernier soupir, l'Église nous accompagne de ses suffrages et de ses prières, jusque dans les régions de l'éternité. Elle fait couler le sang de l'Agneau divin sur la froide dépouille des trépassés, afin que, purifiés de leurs moindres souillures, ils entrent au plus tôt dans le séjour de la paix et du bonheur.
La coutume d'offrir le sacrifice de la Messe pour les
(1) L'Église catholique ne ferait pas célébrer de service public et iolennel pour un protestant; mais rien n'empêche qu'un prêtre ne puisse, à l'autel, prier pour l'âme d'un protestant, et ces prières pourraient lui être utiles, si, mort dans l'erreur, il s'y était engagé de bonne foi. Frayssinous, Défense du Christianisme, t. IV, p. 62.
(2] Pro papa nostro N..., et anlistite nostro N...
(3) Pro omnibus circumstantibus.
(4) Pr^ «ostrâet totius mundi salute.
âmes du purgatoire date des premiers siècles. Le concile de Trente (i) la regarde comme étant de tradition apostolique. De temps immémorial, on s'est fait un devoir de célébrer la Messe, en présence du corps du défunt, le jour même de son décès ; on offre aussi ie saint sacrifice le septième jour après le décès, et le jour anniversaire delà mort. En quelques endroits, c'était l'usage de faire dire la Messe pour un trépassé, pendant trente jours consécutifs, et même quelquefois pendant des années entières après sa sortie de ce monde.
La Messe est le moyen le plus prompt, le plus infaillible, pour soulager bs âmes du purgatoire et abréger leurs tourments. Tous les autres secours que nous pouvons porter à nos frères, qui n'ont pas avant de mourir soldé leur dette jusqu'à la dernière obole, sont faibles, en comparaison de celui que leur procure le divin sacrifice. Une Messe dite pour les morts, c'est comme un torrent, qui passe sur un brasier et éteint l'incendie ; c'est une force miraculeuse, qui brise les chaînes les plus pesantes et rend les âmes à la liberté, au ciel, au bonheur.
Aussi l'Église , cette mère si tendre, si compatissante, toujours attentive aux besoins de ses enfants, ne veut pas qu'on dise une seule Messe, sans qu'on y fasse mémoire des fidèles trépassés. Il y a le Mémento des morts comme celui des vivants. Bien plus, elle a institué une solennité lugubre, une fête des morts; et elle veut qu'en ce jour d'expiation, le saint sacrifice soit offert , dans tout l'univers , pour toutes les âmes du purgatoire, sans aucune distinction de ceux qu'on appelait ici-bas riches ou pauvres, grands ou petits; elle prie généralement pour tous; et sa charité se porte avec une spéciale tendresse vers les âmes les plus délaissées.
Assistons à ces sacrifices funèbres, qui nous rappellent si bien le néant de la vie et de toutes les choses de ce
(1) Tria., sess. 22, c. il
monde, avec des sentiments de douleur et de componction, priant le Seigneur pour nos parents, pour nos bienfaiteurs, pour nos amis, afin que, par les mérites de la victime expiatrice qui s'immole pour eux, ils entrent au plus tôt dans ce lieu de rafraîchissement , de lumière et de paix, qui fait Fobjet de tous leurs désirs. Pourrions-nous ne pas être touchés de compassion pour ces pauvres âmes, plongées dans un étang de feu, qui souffrent sans pouvoir se soulager, et qui ne peuvent recevoir que de nous un adoucissement à leurs maux? C'est avec toute la ferveur de notre charité , que nous devons adresser à Dieu ces prières, que l'Église met dans la bouche de ses ministres : « Seigneur, donnez-leur le repos éternel... Seigneur, délivrez-les de ce lac profond, où elles gémissent (1). »
D. Avec quels sentiments doit-on assister à la Messe? R. Avec des sentiments de foi, de contrition de nos péchés, de confiance et d'union avec Jésus-Christ, qui s'offre pour nous.
Voulez-vous recueillir les avantages inappréciables, qui sont attachés au sacrifice de la Messe, par l'application qui s'y fait des mérites de Jésus-Christ, assistez-y :
1° Avec une foi vive. C'est la foi, qui est la première élévation de l'âme vers le Seigneur ; et, sans la foi, comme nous le déclare le grand Apôtre, il est impossible de plaire à Dieu. Croyez donc fermement que le Fils de Dieu est là présent sur l'autel, qu'il s'offre à son Père, qu'il intercède pour nous; et que, pour fléchir le Tout-Puissant en votre faveur, il est dans l'Eucharistie, en état de victime, dans une espèce d'anéantissement. Si vous êtes pénétré de cette vérité, de quel respect ne serez-vous pas saisi ! Représentez-vous les anges, qui assistent à ces redoutables mystères dans un saint tremblement ; et vous vous laisseriez aller à des pensées étrangères, à des conversations frivoles, et
(1) Requiem aeternam dona eis, Domine... Libéra animas omnium ftdelium defunctorum de nœnis inferni et de profundo lacu.
peut-être même scandaleuses ! Ranimez donc votre foi. et alors vous retirerez les fruits les plus abondants de cet auguste sacrifice, qui est, selon l'expression de saint Thomas, un secret manifesté seulement à la foi (1).
2° Avec une contrition sincère. Y a-t-il rien de plus capable de nous inspirer la douleur et le regret de nos fautes, que ce sacrifice qui nous représente si vivement les souffrances et la mort du Fils de Dieu? Voyez Jésus-Christ sur Sa croix : il est, dit saint Jean , la victime de propitiation pour nos péchés et pour ceux de tout le monde (2). Mais voyez-le encore sur nos autels : son sang y coule chaque jour de nouveau, pour la rémission des péchés. Nous devons donc assister au sacrifice de la Messe, avec la même componction que nous aurions eue, si nous avions été témoins de la sanglante scène du Calvaire. Assistez-y, pécheurs, en disant, comme le publicain, avec l'accent d'une âme déchirée par le souvenir de ses fautes : a 0 mon Dieu, soyez-moi propice (3). » Entendre la sainte Messe avec un cœur pervers, avec une volonté arrêtée de persévérer dans le mal , n'est-ce pas imiter la conduite des ennemis du Sauveur, qui se moquaient de ses souffrances et insultaient à sa passion ? Ah 1 plutôt, ô notre bien-aimé Rédempteur, donnez-nous une douleur semblable à celle que vous éprouvâtes , pour nos péchés, dans le jardin de Gethsémani; fondez la glace de nos cœurs, afin que, débarrassés de toute inclination mauvaise, de tout objet illicite, ils ne s'attachent qu'à vous, ô Dieu d'amour, ô bien suprême, notre joie et notre bonheur !
3° Avec une ferme confiance. Quand le sang de Jésus- Christ rejaillit de tous côtés sur nous, et que nous en sommes, pour ainsi dire , tout couverts , que pouvons-nous
(1) Secretum sacralissimum soli fidei manifestatum. D. Thom. Opusc. 59.
(2) Ipse est propitiatio pro peccatis nostris; non pro nostris aulem tantùm, sed etiam totius mundi. I. Joan., h, 2.
(*) Deus, propitius esto mihi peccatori. Luc., xvin, 13,
craindre, et que n'avons-nous pas à espérer? Jé^us-Christ est notre avocat et notre médiateur, notre prêtrp et notre victime : voilà l'espérance de l'Église et de tous les fidèles. Vous êtes pécheurs, il est vrai ; mais Jésus-Christ, en s'immolant pour vous , vous ouvre un accès favorable auprès du trône de la miséricorde. Vous êtes tout souillés de crimes ; mais, si vous avez confiance en lui, il vous dit, comme au bon larron sur la croix : a Aujourd'hui vous serez avec moi en paradis (1).» Vous êtes pauvres; mais Jésus-Christ vous offre le trésor de ses mérites. Vous êtes malades, faibles, languissants ; mais Jésus-Christ vous dit : a Venez à moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai (2).» Vous avez besoin d'une infinité de grâces ; mais vos vœux, confondus avec l'odeur agréable de la victime sainte et présentés par les mains mêmes de Jésus-Christ, peuvent-ils être rejetés? Demandez donc avec confiance ; et vos prières, mêlées à celles de Jésus-Christ, toucheront infailliblement le cœur de Dieu, pourvu toutefois qu'elles soient dans l'ordre du salut (3). Celui qui manque de confiance, dit saint Jacques, est semblable aux vagues mobiles de la mer, que les vents tournent en tous sens, et il ne peut se flatter d'obtenir jamais rien du Seigneur (4).
4° Dans les sentiments d'une parfaite union avec Jésus- Christ. Avec Jésus-Christ, nous pouvons tout; sans lui, nous ne pouvons rien. C'est avec Jésus-Christ que nous prions, que nous adorons ; et nous devons aussi nous immoler avec Jésus-Christ. Allons et mourons avec lui, disaient les apôtres (5). Voilà aussi ce que nous devons dire en nous approchant des saints autels. Une vie chrétienne
(t) Hodiè mecum eris in paradiso. Luc, xxm, 43. (2, Yenite ad me omnes qui laboratis. Math., xi, 28.
(3) Postulet autem in fîde nihil haesitans. Jacob., I, 6.
(4) Qui enim haesilat similis est fluctui maris, qui à vente movetur etcircnmfertur. Non ergô existimel homo iile, quôd accipiat ahquid à i)eo. Jacob., i, G.
(6) Eamus »* moriamur cum eo. Joan., u, 16.
n'est qu'une vie de renoncements et de sacrifices ; et les véritables fidèles doivent se regarder , selon la parole de David, comme des brebis destinées à l'immolation (1). Sacrifions donc à Dieu, tout à la fois, notre esprit, notre cœur et notre corps ; notre esprit, en le captivant sous le joug d'une foi humble; notre cœur, en l'embrasant du feu de la divine charité ; notre corps, en lui faisant porter la mortification de Jésus-Christ; tous nos sens, par la retraite et le silence. Hélas ! peut-être trop souvent nous avons sacrifié au monde, à ses pompes, à ses frivoles plaisirs, notre Dieu, notre âme et notre ?<ilut. Quel aveuglement, quelle folie ! C'est à Dieu seul, à qui nous appartenons par tant de titres, que nous devons nous sacrifier entièrement. Soyons donc, à l'exemple de notre divin Maître, des victimes toujours vivantes et toujours immolées, toujours vivantes de son esprit et toujours immolées par la pénitence. Et, en renonçant à la corruption du vieil homme, en mourant avec le Sauveur, par notre détachement du monde, nous trouverons la véritable vie, la vie de la grâce et la vie de la gloire *.
TRAITS HISTORIQUES
Respect pour le Sacrifice.
1. L'Église, dans les cérémonies dont elle accompagne la consécration des autels, nous marque les dispositions avec lesquelles nous devons assister au redoutable sacrifice. Que cet autel, dit-elle, soit toujours honoré d'un culte divin et spirituel; que ceux qui s'en approcheront deviennent eux mômes des hosties de Jesus-Christ ; qu'ils s'efforce.. t de détruire tout ce qui peut déplaire à Dieu îans leur âme ; que l'orgueil y soit sacrifié ; que la colère y soit immolée (2).
Le patriarche Abraham attacha îes pieds et les mains à son fils Isaac, avant de lever son bras pour l'immoler, afin, dit saint Zenon, que cette innocente victime ne fit aucun mouvement indécent, en
(1) iEstimati sumus sicut oves occisionis. Ps. xliii, 22.
(2) Sit ergô in hoc altari innocentiaB cultus, immoletur superbia, racundia juguletur. Cœremon. Episcop.
recevant le coup de mort (1). Saint Jean Chrysostome ajoute que ce généreux enfant en pria lui-même son père (2).
Parmi les peuples qui ont habité la terre, il ne s'en est jamais trouvé un seul, quelque barbare ut sauvage qu'il fût, chez qui on n'ait remarqué un profond respect pour les cérémonies de la religion. Les hommes, qui vivaient dans un état agreste, sans arts et sans sciences, n'ayant qu'un instinct naturel de sentiment et de raison, admettaient cependant que la Divinité présidait aux sacrifices qu'ils offraient ; chez eux, c'eût été une impiété, un sacrilège horrible, de ne pas y assister avec respect et vénération. Nous lisons, en effet, dans les histoires des peuples, qu'ils avaient coutume de se préparer aux fêles, dans lesquelles ils offraient à leurs Dieux des victimes, par le jeûne,- les purifications et d'autres actes de dévotion ; puis, ils assistaient à leurs cérémonies avec une profonde révérence, couvrant leurs têtes de voiles épais, se prosternant contre terre et se tenant toujours dans des postures humbles et respectueuses. Voilà ce que faisaient les idolâtres pour leurs Dieux de bois, de métal et de terre, pour leurs Dieux faux et menteurs. Quels reproches ne méritent donc pas les chrétiens, lorsqu'ils profanent, par leurs actes, leurs paroles ou leur attitude, l'oblation unique et immaculée, qui est offerte au vrai Dieu ; l'oblation très-sainte, dont le prix, l'excellence est infinie; l'oblation instituée pour la plus grande glorification de Dieu? Quelle honte que, parmi les chrétiens, l'irrévérence à la sainte Messe soit un crime fréquent et habituel ! N'est-il pas indigne qu'un si grand péché soit regardé comme un mal peu grave ? Levez-vous, peuples de Sétim, nations idolâtres, infidèles; et venez confondre ces chrétiens sans esprit et sans foi.
C'est une très-grande vertu, dit saint Ambroise, de savoir se taire, mais principalement dans l'église. Si l'on a soin de prêter l'oreille et de retenir sa voix, on ne perdra rien des lectures qui s'y font pour nous instruire des choses divines. Les païens mêmes ne manquent point d'honorer leurs idoles par le silence, qu'ils gardent en leur présence. Le saint évêque de Milan rapporte, sur ce sujet, l'histoire suivante. Un jour qu'Alexandre le Grand offrait un sacrifice à ses Dieux, un jeune page, qui se trouvait auprès de lui, chargé d'allumer le feu et de présenter l'encensoir, reçut un charbon ardent, qui lui tomba sur la main. Quelque vive que fût sa douleur, ce jeune homme ne témoigna pas la moindre émotion, et resta constamment immobile, le respect pour la religion le rendant supérieur aux mou- Ci') Ne in exitu mortis concitata victima calcitrarel. Zeno Vercn^ serra. 1, deAbrah.
(?) Pater mi, liga mini manus et pedes, ne quandô insurgam in pugnationem. D. Chryt., homil. 1 oper. imperf. in Math.
veraenta de la nature. Il ne voulut pas secouer le charbon qui le brûlait, de peur qu'en remuant l'encensoir, il n'interrompît l'ordre du sacrifice, ou que le témoignage de sa douleur n'offensât les oreilles d'Alexandre qui, de son côté, prenait plaisir à considérer le courage de cet enfant, et le généreux dessein qui l'animait à une si rude persévérance.
Et les chrétiens ne feraient paraître aucune retenue, en présence des mystères les plus terribles et les plus saints de la religion !
D. Ambr., de Virg., 1. III.
Un auteur profane (1) loue un jeune homme, nommé Clitiphon, qui, docile aux sages conseils de son père, garda, en sa présence, pendant un festin, une exacte modestie. A combien plus forte raison doit-on s'abstenir de parler, de rire, de cracher, de tousser, pendant la célébration des saints mystères ? Quo: ! ne pourrait-on pas faire, pendant qu'on assiste au sacrifice de nos autels, ce qu'un païen a bien pu faire dans un festin?
La mère de saint Grégoire de Nazianze n'osait ni tousser ni cracher dans l'église ; tant elle y était pénétrée d'un profond respect.
Quelle, impression profonde de respect dans les premiers fidèles, quel recueillement pendant la célébration des saints mystères! Quel fut le saisissement de l'empereur Valens, assistant , le jour de l'Epiphanie , au sacrifice célébré par saint Basile ! Lorsqu'il entendit le chant des psaumes , qu'il vit ce peuple immense , et l'ordre qui régnait dans le sanctuaire et aux environs , les ministres sacrés plus semblables à des anges qu'à des hommes, saint Basile devant l'autel, le corps immobile, l'esprit uni à Dieu, ceux qui l'environnaient remplis de crainte et de respect; quand il fut témoin de ces effets d'une foi si vive, ce fut pour lui un spectacle si nouveau, que sa vue s'obscurcit; il n'osa s'approcher du sanctuaire et resta confondu dans la foule. Au moment de présenter son offrande , il sentit ses genoux chanceler sous lui, et il serai* tombé , si un des ministres de l'autel ne lui eût tendu la main pour le soutenir.
Hist. Eccl., 1. XVI, n. 48.
Saint Ambroise, évêque de la ville de Milan, fut animé d'un saint zèle, lorsque, voyant une dame parée avec vanité entrer dans l'église, il lui dit: c Où allez-vous?»— c Je vais, répondit-elle, dans le temple du Seigneur. »— c On dirait bien plutôt, répliqua le saint pasteur, que vous allez à la danse ou au spectacle. Allez , femme pécheresse, retirez-vous, allez pleurer vos péchés en secret, et ne venez pas insulter publiquement à Dieu, jusque dans sa maison, par votre faste et votre vanité. »
On ne devrait entrer à l'église qu'en tremblant, pour pleurer ses
(1) Valer. Max., 1. III, c. m. — D. Ambr., de Virg., 1. III, c m.
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fautes et y adorer Dieu. Le Seigneur avait commandé aux Juifs de n'entrer dans son temple qu'avec crainte : « Tremblez dans mon sanctuaire. » Et aujourd'hui l'on voit déjeunes mondains, des filles volages, entrer dans le lieu saint avec effronterie, y rire et y converser avec impudence, pendant les divins mystères. 0 mon Dieu ! quelle horreur'
Philippe II, roi d'Espagne, entendant la messe, vit tfeux courtiaans, qui ne firent que parler pendant tout le temps du sacrifice. Au sortir de la chapelle, le roi leur dit : « Est-ce ainsi que vous entendez la messe? Ke paraissez plus à ma cour. » Ce seul mot fut pour eux un coup de foudre ; l'un en mourut deux jours après, et l'autre en devint fou. Que sera-ce donc d'entendre de la bouche du Roi des siècles : « Relirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel! »
Sainte Colette Boilet naquit àCorbie, dans le quatorzième siècle. Son père était charpentier; elle fut élevée dans l'amour des humiliations, des austérités, de la pénitence et de la piété. La crainte qu'elle avait de blesser l'aimable vertu de pureté, la faisait renoncer à toutes les compagnies , même à celles de son sexe; ou si quelquefois elle voyait ces dernières, ce n'était que pour leur donner des instructions sur la vanité du monde. Ses discours avaient une onction qui, aidée de la grâce de Dieu, touchait les cœurs les plus insensibles. Alarmée du péril auquel sa beauté l'exposait, elle pria Dieu de la lui ôler ; et elle devint si maigre et si pâle qu'elle était à peine reconnaissable. Cela ne l'empêchait pas pourtant d'avoir un certain air de majesté, de douceur et de modestie , qui édifiait tout le monde. Dans la maison de son père, elle se relirait dans une petite chambre, où elle partageait son temps entre la prière et le travail des mains. Elle avait une grande dévotion pour la passion de Jésus- Christ; elle assistait à la sainte messe avec des sentiments d'amour extraordinaire ; souvent même elle se confessait avant d'y assister , pour l'entendre avec une âme plus pure. Plusieurs fois le jour, elle priait avec ferveur pour la conversion des pécheurs et pour les âmes du purgatoire. Après la mort de ses parents , elle se fit religieuse. Son amour pour la pauvreté ne l'abandonna pas. Tout le bien qu'elle possédait, elle le donna aux malheureux; elle allait toujours nupieds; son habit était d'étoffe commune et de différentes pièces cousues ensemble. Elle mourut de la mort des justes, après avoir reçu le* sacrements , le 6 mars 1447.
Claude le Pelletier de Sousi, jeune homme plein de vertus, dont la vie édifiante a été écrite pour servir de modèle aux jeunes gens, n'eu^rait jamais dans une église, sans être saisi d'un profond respect, qui paraissait sur son visage et dans tout son extérieur. Arrivé à sa place, il se prosternait à genoux, et y demeurait en adoration autant de temps qu'il en avait à sa disposition , souvent des heures
entières, surtout aux jours de fête et lorsqu'il avait communié. Ses condisciples, sur qui ses exemples faisaient la plus vive impression, se pendaient dans les églises , où ils prévoyaient qu'il pourrait aller, afin de s'édifier de sa piété ; et sa seule présence était pour eux une prédication éloquente; plusieurs ne pouvaient le voir ainsi, sans être touchés jusqu'aux larmes.
Guillaume Ruffin, jeune écolier, dont la vie doit servir de modèle à la jeunesse chrétienne , trouvait son plus grand plaisir à servir plusieurs messes. Il s'en acquittait avec une piété touchante et une ferveur angélique, do sorte qu'on ne pouvait le voir, sans se sentir porté à la dévotion. Son dessein était de rendre souvent à Dieu un honneur infini, en lui offrant, à chaque messe, le corps et le sang de son divin Fils, et l'on peut dire que c'est par ce saint exercice qu'il a obtenu de Dieu tant de grâces, qui l'ont élevé à un très-haut degré de sainteté. Vie de G. Ruffin, par l'abbé Càrron.
Voici un exemple édifiant sur la manière de bien entendre la sainte messe: c'est celui d'un saint jeune homme de Marseille, qui est mort à l'âge de dix-huit ans (1826); il s'appelait Marie, ou Marius Olive. Pendant ses études, il fut le modèle de ses condisciples, comme il l'avait été de ses frères dans le sein de sa famille , avant d'en sortir pour entrer au collège. Pour entendre la sainte messe avec plus de fruit, il s'était fait lui-même une méthode particulière, qu'il suivit jusqu'à la fin de ses jours; la voici : « Avant la messe, je m'y préparerai, en me rappelant la présence de Dieu et mon indignité; jusqu'à l'Évangile, je m'occuperai de la venue de Notre- Seigneur et de sa vie cachée ; à l'Évangile , je penserai que c'est Notre-Seigneur qui me parle , et je lui promettrai de vivre et de mourir soumis à sa sainte loi, à sa divine parole et à celle de son Église ; depuis l'Offertoire, je m'appliquerai à réfléchir sur les mystères de la passion et de la mort de Jésus-Christ, qui se renouvellent sur le saint autel ; depuis le Pater, je m'exciterai au désir de recevoir spirituellement Jésus-Christ, si je ne le reçois pas sacramentellement ; enfin, depuis la Communion, je le remercierai de tous ses bienfaits et spécialement de l'amour qu'il nous témoigne dans le sacrement de nos autels ; je le prierai pour mes parents, mes amis, pour toute l'Église, afin de mériter la bénédiction qu'il me donne par son ministre.
Voyez , dit saint Jean Chrysostome , ceux qui sollicitent un emploi , une grâce du prince : quelle assiduité à faire leur cour !^ quel empressement à se faire des protecteurs, à les intéresser dans l'objet de leurs désirs ! Et vous , comment assistez-vous à nos redoutables mystères?... En présence des rois de la terre , quel recueillement! od n'ose ouvrir la bouche, ni porter ses regards de côté et d'autre ; on s'y tient dans une posture de suppliant. Tout ce que nous vous de-
mandons, c'est d'êtie en présence du Roi des rois ce que vous êtes en présence des majestés terrestres. D. Chrys., hom. 9, Pœnit.
Mais, hélas! aujourd'hui trop souvent l'église n'est plus qu'une maison profane, et quelquefois moins encore. On s'y permet ce qu'on ne se permettrait pas chez un simple particulier. Désordre, confusion dans les mouvements, clameurs indécentes, éclats de rire, conversations ainsi que dans une place publique ; on oublie que l'église est le palais des anges, lo domicile de Dieu, la porte du ciel. Si vous en étiez bisn convaincus , oseriez-vous parler à qui que ce soit , père, frère, n'importe? Oseriez-vous ouvrir la bouche pour autre chose aue pour y prier la Majesté souveraine?
D. Chrys. , tbid.
11 arrive, comme le remarque saint Grégoire (1), que les justes euxmêmes souffrent quelquefois quelque obscurcissement , par les pensées de la terre et de la chair qui s'élèvent dans leurs âmes. Mais la prompte fidélité avec laquelle ils les rejettent d'abord qu'elles commencent à exciter un mauvais plaisir en eux , empêche que le visage ou l'œil de leur cœur n'en soit couvert. Et il ajoute , ce qu'il pouvait bien avoir éprouvé lui-même , que ces pensées viennent souvent nous importuner dans le temps même du sacrifice auguste de nos autels , mais qu'on les immole à Dieu par les larmes intérieures qu'on répand en sa présence; ce qu'il dit avoir été figuré, en quelque sorte, par ces oiseaux importuns, qui venaient fondre sur le sacrifice qu'offrait Abraham , vers le coucher du soleil , et qu'il chassait avec soin, pour les empêcher d'enlever son sacrifice.
Une bonne fille se lamentait , en parlant à son confesseur dans le saint tribunal, de ce qu'elle entendait mal la messe : « Que faitesvous donc? de quoi vous occupez-vous, » lui dit-il? — Elle lui répondit: « Je ne fais autre chose, pendant toute la messe, que de pleurer mes péchés. » — « Continuez, repartit le confesseur, continuez, vous l'entendez fort bien. » Lasaussb , Expl. du Catéch.
2. Je n'ai pas besoin , dit saint Augustin , pour prier mon Dieu et être exaucé de lui , d'aller bien loin chercher des présents qui soient dignes de lui être offerts; j'ai au devant de moi-même la victime que je lui dois immoler. J'ai dans mon cœur l'encens que je dois brûler devant lui. Je porte, au fond de mon âme, le sacrifice par lequel je puis le fléchir. Et ce sacrifice est celui de mon cœur brisé et hcmilié en sa présence.
Les sacrifices extérieurs ne sont saints, dit le même Père, que lorsqu'ils sont joints avec le sacrifice intérieur , qui consiste dans cette soumission profonde avec laquelle l'âme s'offre à Dieu en sacrifice,
(1) Moral, 1. XVI, cm.
par une obéissance mêlée de crainte et d'amour. C'est en ce sens que le Sage dit : c L'exacte fidélité à garder la loi et à se retirer de tout mal , est un excellent sacrifice (l). » Ainsi, afin que le pécheur « offre à Dieu un sacrifice de justice, qui lui serve pour obtenir le pardon de ses offenses , > il doit travailler d'abord à se retirer de toute ini quité, et à faire, autant qu'il est en son pouvoir, tout ce que Dieu lui commande, pour lui témoigner qu'il veut retourner à lui du fond du cœur et par une sincère conversion.
On rougirait , parmi les hommes, de refuser une grâce à celui de qui on aurait reçu beaucoup. Ne refusons pas à Dieu ce qu'il notti demande au nom des bienfaits dont il nous a prévenus. Eh ! que demande-t-il? Que vous lui offriez vos corps comme autant d'hosties vivantes , saintes et agréables à ses yeux , pour lui rendre un culte raisonnable et spirituel (2).
Offre* vos corps à Dieu comme une hostie vivante. Pour cela, que faut-il farre? Que vos sens immolent leurs convoitises; que vos yeux s'éloignent de tous les objets capables d'alarmer la pudeur ; c'est là le sacrifice qui vous est ordonné ; que votre langue s'abstienne de toute parole déshonnéte; que vos mains ne se prêtent à aucun ministère, dont vous ayez à rougir. Voilà les victimes et l'holocauste que Dieu demande. Ce n'est là encore que la moitié : à la fuite du mai ajoutez la pratique du bien. Que vos mains ne s'ouvrent que pour faire l'aumône , votre bouche que pour bénir, vos oreilles que pour entendre la parole du salut.
D. Chsysos., hom. 50 in Epist. ad Rom.
Il y a surtout deux sacrifices du corps mortel de l'homme , que Dieu reçoit comme une oblation d'une excellente odeur, celui de la virginité et celui du martyre. Par le premier, on consacre à Dieu son corps vivant, mais mortifié par la pénitence; par ie second , on consacre à Dieu son corps, en perdant la vie.
Il faut sacrifier à Dieu , dit saint Bernard , ses habitudes les plus chères: c Offrez-moi, vous dit-il lui-même, Isaac, votre fils unique, que vous aimez tant; » c'est-à-dire privez-vous de cet exercice , de cette société , de cette compagnie, de ce plaisir, qui a tant d'attrait pour vous. C'est là proprement immoler à Dieu votre Isaac , et offrir à Dieu un holocauste, qui lui est très-agréable. Et néanmoins ne vous imaginez pas que, dans ces rencontres, vous perdiez votre Isaac, e'est-à-dire votre véritable bien, votre véritable intérêt, votre véritable bonheur ; vous ne faites que sacrifier votre amour-propre , votre
(1) Sacrificium salutare est attendere mandatis, et discedere ab omni iniquitate. Ecclù, xxxv, 2.
(2) Ut exhibeatis corpora vestra hostiam viventem, sanclam, Deo beneplacentem. rationabile obsequium vestrum. Rom., xn, 1.
8 0 HUITIÈME LEÇOS.
obstination, une vaine satisfaction, pour gagner les délices de l'éteT-