OU SACREMENT DE PÉNITENCE
PREMIÈRE INSTRUCTION
De la Pénitence considérée comme vertu. — Son excellence. — Ses principaux actes.— De la Pénitence considérée comme sacrement. — Du pouvoir qu'ont les prêtres de remettre le3 péchés. — Efficacité uu sacrement de Pénitence. — Sa nécessité. — Cas où l'on est obligé de le recevoir.
Il n'y a que deux voies pour aller au ciel, l'innocence ou la pénitence. Mais qui est-ce qui peut se flatter d'avoir conservé pure et sans tache la belle robe d'innocence, qu'il a reçue au jour de son baptême ? Hélas ! trop souvent, à peine est-on parvenu à l'âge de raison, qu'on ia traîne indignement dans la boue du péché. On se laisse séduire par les mauvais exemples du monde, par la contagion du siècle ; et on rompt les engagements sacrés, qu'on a contractés avec son Dieu, pour se ranger de nouveau sous la cruelle tyrannie de Satan. 11 n'aurait dépendu que du Seigneur d'abandonner à leur malheureux sort ces ingrats, qui le méprisent d'une manière si indigne; mais il a eu pitié de la faiblesse de notre nature; et, dans son ineffable miséricorde, il nous a préparé un moyen de nous relever après nos chutes et de recouvrer sa grâce : c'est le sacrement de Pénitence, que les saints Pères appellent une seconde planche après le naufrage ; expression qui lui con-
(l) Mémento tamen non Isaac in hoc sacrificio, sed arietem contumaciae jugulari. D. Bern.,de Divers., serm. 79
DE LA PEJNITENCE. 81
vient parfaitement, car ayant été., dès notre naissance, noyés et abîmés dans la mer du péché originel, nous avons eu le baptême pour première planche, afin de nous sauver de la masse de perdition ; et, venant ensuite à nous perdre dans un océan d'iniquités, par le mauvais usage que nous faisons de notre volonté, nous avons la Pénitence pour seconde planche, afin d'échapper encore au naufrage. Pareillement, on l'appelle la seconde échelle après le baptême, parce que, par elle, le chrétien peut remonter encore de l'abîme du péché jusqu'au ciel, jusqu'à Dieu ; et cette échelle a trois degrés, qui sont la contrition du cœur, la confession de la bouche et la satisfaction des bonnes œuvres ; après quoi l'homme arrive à la grâce et à la gloire. Nous allons expliquer avec le plus grand soin, et avec les détails les plus amples, tout ce qui regarde ce sacrement.
D. Qu'est-ce que le sacrement de Pénitence? R. La Pénitence est un sacrement, qui remet les péchés commis après le baptême.
On appelle en général pénitence le regret qu'on a d'avoir offensé Dieu; mais il faut ici distinguera vertu de Pénitence du sacrement de Pénitence. La vertu de Pénitence consiste dans la douleur qu'on éprouve de ses péchés; on la désigne encore sous le nom de contrition; et, lorsque, par suite de cette douleur, on va confesser ses péchés au prêtre et qu'on en obtient l'absolution, on reçoit le sacrement de Pénitence. Disons d'abord quelques mots de la vertu de Pénitence.
De la Pénitence considérée comme vertu.
Elle consiste, dit saint Bernard (1), à détester continuellement ses fautes et à pleurer de telle sorte celles que l'on a commises, que l'on n'en ait plus à pleurer à l'avenir. Elle Pous anime d'une sainte indignation contre le péché, parce
(1) D. Bern.f in Med., e. iv.
g 2 HUITIÈME LEÇON.
qu'il est injurieux à la Majesté divine; et nous porte à en faire toute la satisfaction possible. Le Docteur angélique regarde cette vertu comme étant de droit naturel., parce que la raison dicte aux hommes qu'il faut réparer le tort fait à autrui, et qu'il faut faire satisfaction à Dieu pour les péchés commis contre sa loi sainte. Aussi a-t-elle été mise en exercice depuis le commencement du monde, aussitôt après le péché d'Adam; sans elle, jamais aucun pécheur n'a pu se réconcilier avec Dieu ; voilà pourquoi les saints Pères l'appellent la porte du pardon, l'espérance de la grâce, l'avant-courrière de la miséricorde, l'amie des anges, et la règle principale de la vie spirituelle.
Pour nous faire sentir la nécessité de cette vertu, le Fils de Dieu l'a recommandée aux hommes, dès le commencement de sa prédication : Faites pénitence, dis°.it-il, car le royaume des deux est proche (1). Que dis-je ? il a bien voulu en donner lui-même le plus beau, le plus admirable exemple. Car pourquoi est-il descendu du ciel sur la terre ? Pourquoi s'est-il incarné ? Uniquement, afin de satisfaire à Dieu, en rigueur de justice, pour toutes les offenses du monde; et il s'est abandonné pour ce sujet à toute sorte de honte, de mépris, de tourments, à la mort même, qui est la propre peine du péché. Tousses vrais disciples se sont fait honneur de marcher sur ses traces, et on les a vus se livrer aux plus rudes exercices de pénitence; et nul doute que tout ce qu'il y aura encore de saints et de saintes jusqu'à la fin des temps, ne vivent dans la pratique de cette vertu.
L'excellence de la vertu de pénitence se tire :
1° De son efficacité, car elle arrête les foudres de la justice divine, et nous met à l'abri de la rigueur et de la sévérité de ses jugements.
2° Du grand nombre de vertus qui V accompagnent, La foi l'éclairé et la dirige; l'espérance la soutient et la fortifie,
(i) Exinde cœpit Jésus praedicare et dicere : Pœnitentiam agite; ap; ropiDquavit enim regnum cœlorum. Math., n, 17.
car personne ne fait pénitence, à moins qu'il n'ait confiance en la miséricorde du Seigneur ; la charité la perfectionne et J 'accomplit. De plus, elle est jointe à la prudence, afin de ne pécher ni par défaut ni par excès; à la force, pour surmonter toutes les répugnances de la nature ; et à la justice, pour proportionner l'expiation à la gravité des fautes.
3° De ce qu'elle est la meilleure disposition qu'on puisse avoir pour s' approcher du sacrement de Pénitence ; ou plutôt elle en est la base et le fondement , car, sans le repentir de ses péchés, impossible d'en obtenir le pardon. Ainsi le Fils de Dieu, en élevant la Pénitence au rang de sacrement, n'a voulu que donner plus de force et plus d'énergie à cette vertu.
Les principaux actes de pénitence sont :
1° L'horreur du péché, soit mortel, soit véniel, comme étant l'un la mort, l'autre la maladie de l'âme, et tous deux l'offense de Dieu.
2° La ferme résolution de ne s'écarter jamais de la voie droite des commandements du Seigneur , aimant mieux tout souffrir que de consentir, de propos délibéré, à quelque faute que ce soit.
3° Un désir sincère de réparer l'honneur de Dieu et de tirer vengeance de soi-même, pour les péchés qu'on a eu le malheur de commettre contre la Majesté suprême.
4° L'acceptation libre et volontaire de toutes les croix, qu'il plaira à la divine Providence de nous envoyer.
5° La mortification des sens, les abstinences, les austérités corporelles, toutes ces inventions crucifiantes , que l'esprit de la vraie pénitence a fait trouver aux saints,, en plus grand nombre que ne sont les plaisirs divers, que le? enfants du siècle ont imaginés pour leur propre contentement. Parmi cette multitude d'actes de pénitence, choisissons ceux qui conviennent le mieux à notre état. Gardons-nous bien de nous endormir dans une funeste nonchalance ; prétendrions-nous avoir le paradis à meilleur
compte que Jésus-Christ et les saints, nous qui sommes de si grands pécheurs ?
Comment se fait-il qu'une vertu si excellente soit si peu connue, et si peu pratiquée ? 0 mon Dieu, faites que dorénavant, reconnaissant la malice du péché, le prix de la grâce, la grandeur de votre Majesté offensée, nous détestions tous nos crimes et nous ayons la pénitence à cœur et en affection. Mais, ô Dieu de toute bonté, daignez cependant mêler à l'amertume des regrets la douceur de 1 espérance, afin que, loin de nous décourager, dans cette voie de douleurs et de larmes où nous ont conduits nos égarements , nous y marchions , au contraire , d'un pas ferme et généreux, jusqu'à ce que nous arrivions à la joie de vos élus l.
De la Pénitence considérée comme sacrement.
C'est un article de foi que Jésus-Christ a fait de la pénitence un des sept sacrements de la loi nouvelle. Il a voulu par là que la vertu de pénitence devînt plus méritoire, et que le pécheur eût une assurance plus complète de sa réconciliation avec Dieu, et recouvrât la paix, par la certitude de la rémission de ses péchés, attachée aux signes extérieurs du sacrement.
Il y a dans la pénitence tout ce qui est nécessaire pour constituer un sacrement :
4° Un signe sensible qui se trouve, d'une part, dans les actes du pénitent, la contrition, la confession et la satisfaction, qui montrent que son cœur est éloigné du péché; et, d'autre part, dans l'absolution du prêtre, qui remet les péchés au nom de Dieu.
& L'institution divine. En effet, c'est Notre-Seigneur qui a établi ce signe de bonté et de miséricorde, îorsqu'après sa résurrection, il apparut à ses disciples , et souffla sur eux, en leur disant : a Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »
3° La collation de la grâce» En effet, pourvu que le pécheur n'y mette point d'obstacle, les paroles du prêtre opèrent ce qu'elles signifient, et le pécheur reçoit à l'instant la grâce de la justification.
Les actes que produit le pénitent, c'est-à-dire l'accusation de ses fautes et l'acte de contrition qu'il prononce, sont la matière du sacrement de Pénitence ; et les paroles de l'absolution en sont la forme, l'accomplissement et la perfection, signifiant avec plus d'assurance et d'évidence la grâce sanctifiante, qui efface les péchés.
Ce sacrement remet les péchés commis après le baptême. C'est là son propre effet, car le péché originel, et ceux que commettent les adultes avant la réception du baptême, ne peuvent être remis que par le baptême. Mais, le baptême ne pouvant être réitéré, Dieu infiniment riche en miséricorde a établi le sacrement de la réconciliation comme un nouveau baptême, pour ceux qui tombent après avoir été régénérés, afin de guérir les plaies de leur âme et de les ressusciter à la vie de la grâce, quand ils ont eu le malheur de la perdre.
D. Qui a le pouvoir de remettre les pe'chés 1
R. Dieu seul ; mais il se sert dans le sacrement de Pénitence du ministère des prêtres, qui les remettent en son nom.
Il n'appartient qu'à celui qui a reçu l'offense de la pardonner; et voilà pourquoi, le péché s'attaquant directement à Dieu, il n'y a que Dieu qui puisse le remettre. a C'est moi, c'est moi-même qui efface vos iniquités, » dit le Seigneur par la bouche d'Isaïe (1) ; et c'est là une des preuves que Notre-Seigneur donna de sa divinité. Un jour que les Juifs se scandalisaient de ce qu'il remettait les péchés aux malades qu'il guérissait, et l'accusaient de s'arroger un pouvoir divin, en disant : « Qui donc peut remettre les péchés, si ce n'est Dieu seul (2) ?» il leur répondit, en
(i) Ego sum, ego sum ipse, qui deleo iniquitates tuas propter me. If., xliji, 26.
(2) Qûis potesî dimittere peccata, nisi solus Deus ? Marc, n, 7»
opérant sous leurs yeux un miracle éclatant : « Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de remettes les péchés : Prends ton lit, dit-il à un paralytique, lève-toi et marche (1), » montrant par là à tous ses ennemis que, de même qu'il redressait les corps, il pouvait aussi facilement renouveler dans les âmes l'esprit d'innocence et de droiture. Mais, depuis qu'il est monté au ciel, notre divin Sauveur n'exerce plus par lui-même le pouvoir de remettre les péchés ; il l'a confié à ses ministres, qu'il a établis ses représentants sur la terre, les dépositaires et les distributeurs de ses grâces.
D. Qui adonné aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés?
R. Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il a dit à ses apôtres : Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez.
Voilà donc les prêtres établis juges des consciences. Qu'un pécheur se présente à eux avec les sentiments d'un vrai pénitent, il est assuré de rentrer en grâce avec le Seigneur; car Dieu leur a donné le ministère de la réconciliation (2), et les a rendus participants de sa qualité de juge et de Sauveur, pour lier ou délier, pour remettre les péchés ou les retenir, selon les dispositions qu'ils trouvent dans ceux qui s'adressent à eux.
Pouvoir étonnant! si nous voyions un prêtre s'approcher d'un tombeau et rendre la vie à un cadavre, quel miracle î nous écrierions-nous aussitôt, tout frappés d'étonnement. Mais n'est-ce pas une chose bien plus prodigieuse de ressusciter les âmes à la vie spirituelle, de les arracher à la puissance du démon, et de leur ouvrir la porte du ciel ? Et voilà ce que fait le prêtre : assis au tribunal de la Pénitence, comme un juge sur son trône, il donne la vie aux
(1) Utautem sciatis quia Filius hominis habet potestatem in terri dimittendi peccata, tune ait paralytico : Surge, toile leclum tuum, et fade in domum tuam. Math., ix, 6.
(2) Dédit nobis ministerium reconciliationis. II. Cor., v 8.
uns, laisse les autres dans leur état de mort ; et le Seigneur s'est engagé à ratifier ses sentences.
Pouvoir auquel Notre-Seigneur n'a mis ni bornes ni restriction, comme il nous sera facile de nous en convaincre en examinant ses effets.
Admirable* effets du sacrement de Pénitence.
1° Il remet tous les péchés sans aucune exception, sans délai, sans fin, sans retour.
Sans aucune exception. Les péchés, a dit Notre-Seigneur à ses ministres, non pas quelques-uns seulement, mais les péchés, en général, seront remis à ceux à qui vous les remettrez; si énormes donc et si atroces qu'on puisse les imaginer, quand ce seraient des monstres de crimes et des furies de concupiscence, il n'en est point qui ne cèdent à la puissante vertu de ce sacrement. En effet, le sacrement de Pénitence répand en nous la grâce sanctifiante, laquelle est absolument incompatible avec quelque péché mortel que ce soit, de telle sorte que, s'il pouvait se faire que tous les péchés des démons et des damnés fussent en une seule âme, et que cette âme reçût seulement une légère partie de la grâce sanctifiante, q'ue'Dieu confère parles sacrements, ce serait assez pour purifier entièrement cette âme et la rendre brillante aux yeux du Seigneur, comme un rayon du soleil. Dieu ne pardonne pas à moitié, en ce qui regarde les offenses mortelles ; il pardonne tout ou rien. Ses œuvres sont parfaites (1), et il n'y a plus de damnation en ceux qui sont à Jésus-Christ (2). Que l'impie fasse donc Pénitence, et le Seigneur ne se souviendra plus de ses iniquités (3).
(i) Dei perfecta sunt opéra. Deut., xxxn, 4.
(2) Nihil ergù nunc damnationis est iis qui sont in Christo Jesu. Rom., vin, 1.
(3) Si autem impins egerit pœnitentiam,... omnium iniquitatam ejus quas operatus est, non recordabor. Exech., xvih, 21.
Sans délai. Aussitôt que l'absolution est prononcée, le pardon est accordé. De même que le péché mortel, dès qu'il est commis, détruit la grâce sanctifiante, de même la grâce sanctifiante, dès qu'elle se répand dans l'âme, détruit le péché mortel ; et e'Je ne met pas plus de temps à effacer un million de péchés qu'un tout seul. Elle est comme le feu de la charité, qui enlève toutes les taches de l'âme, avec la même rapidité qu'un brasier ardent consume un flocon d'étoupe.
Sans fin, c'est-à-dire non trois ou quatre fois seulement, mais autant de fois que le pécheur a recours à cette source de salut. La miséricorde du Seigneur est une fontaine, qui ne peut tarir ou s'épuiser par la multitude des pardons qu'on en tire; elle est un abîme où l'esprit de l'homme se perd. Les souverains de la terre croient faire beaucoup, en pardonnant une fois les offenses que l'on commet à leur égard, et le plus souvent ils se montrent inexorables , si on leur manque de fidélité une seconde fois ; mais le Roi du ciel est toujours plein d'indulgence pour les âmes pécheresses, qui reviennent sincèrement à lui ; il reçoit avec bonté des créatures ingrates, qui ne mériteraient que ses foudres et les châtiments les plus horribles; et il leur donne les témoignages les plus évidents de sa tendresse. La multitude et la gravité de nos rechutes, tout en nous couvrant de honte et de confusion, ne doit donc jamais nous jeter dans le désespoir.
Sans retour, c'est-à-dire qu'encore que le pécheur tombe dans de nouvelles fautes, tous ses anciens péchés, remis par le sacrement de Pénitence, demeurent abolis et ne revivent plus. En effet, le Seigneur, en nous admettant à la grâce de la réconciliation, pourrait exiger de nous, nonseulement le bon propos et la résolution de ne plus pécher, mais encore l'exécution, l'accomplissement réel de ce bon propos, nous menaçant, en cas de rechute, de nous faire porter toute la peine due à nos iniquités, même à celles précédemment remises. Ainsi, il peut arriver qu'un roi
pardonne à un sujet rebelle, mais à condition qu'à l'avenir on n'aura plus rien à lui reprocher, sans quoi il subira, dans toute sa rigueur, le châtiment qu'il a mérité par son crime. Mais les péchés, détruits par le sacrement de Pénitence, ne revivent plus, Dieu les pardonne absolument ; il les efface complètement de sa mémoire. Si le pécheur fait Pénitence, nous dit-il par la bouche de son prophète, je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il a opérées ({). Les dons du Seigneur sont sans repentance, nous dit encore le grand Apôtre (2) ; il ne révoque pas le pardon une fois octroyé. Toutefois, bien que la récidive ne fasse pas revivre les péchés remis, cela n'empêche pas qu'elle ne soit une circonstance aggravante aux péchés que l'on commet subséquemment. Elle dénote une noire ingratitude de la part du pénitent, qui, après avoir obtenu grâce, au lieu de remercier le Seigneur, dont la miséricorde a été si grande à son égard, l'offense derechef, malgré l'obligation plus étroite qu'il a contractée de lui être fidèle. En vérité, une âme chrétienne, lavée de ses péchés par le baptême et la Pénitence, a bien coûté assez de sang à Jésus-Christ, pour ns pas vouloir lui en coûter encore davantage par de nouveaux péchés, qui exigeraient que le divin Sauveur souffrît une seconde fois la mort pour les expier, si celle qu'il a déjà subie, n'était pas suffisante et au delà, pour l'abolition d'une infinité de crimes.
Pourrons-nous jamais cesser de louer, de bénir, d'aimer ce Dieu de toute bonté, qui invite les pécheurs à la Pénitence, et les reçoit si bénignement, lorsqu'ils se montrent dociles à sa voix ? De plus, et c'est ici un autre effet du sacrement de Pénitence :
2° 11 répare tout le mal de l'âme, et la rétablit dans tous ses mérites et dans tous ses droits à la gloire éternelle.
Il mi redonne la vie, car le péché l'avait mise dans un
(1) Exech., xvin, 21.
(2) Sine pœnilentiâ enim sunt dona. Rom., xi, 29.
état de mort et l'avait rendue incapable de produire aucune action, qui fût méritoire de la récompense éternelle; mais la Pénitence la ressuscite et la fait marcher de nouveau dans la voie du ciel.
Il la délivre de la servitude de Satan : les péchés sont comme autant de chaînes, qui la tiennent captive ; le sacrement de Pénitence les brise, et fait entrer l'âme dans l'heureuse liberté des enfants de Dieu.
Il la réconcilie avec le Seigneur : en humiliant les âmes devant Dieu, la Pénitence apaise le courroux céleste. Les entrailles de la miséricorde divine s'émeuvent, aussitôt qu'un pécheur repentant implore le pardon. Le Seigneur ne rejette jamais un cœur contrit et humilié.
Il lui rend sa beauté première. Le péché l'avait souillée, déshonorée, dégradée ; et la pénitence la relève, efface toutes ses taches, l'embellit et la fait briller de tout l'éclat de l'innocence.
Il la rétablit dans tous ses mérites, dans toutes ses richesses spirituelles. Elles avaient été comme anéanties par le péché qui, en éteignant en elle la charité, lui avait fait perdre tout le fruit de ses bonnes œuvres passées. Mais admirez ici la grandeur de la munificence divine ; voyez combien le Seigneur est plus enclin à exercer sa miséricorde que sa justice : quand une âme s'éloigne de lui et retombe dans ses mauvaises habitudes, il ne veut pas, comme nous l'avons déjà dit, que ses démérites revivent; il ne lui demande aucun compte des péchés pardonnes; il les a entièrement oubliés. Quant aux mérites perdus par le péché, il suffit de retourner à Dieu pour les recouvrer. La grâce sanctifiante les fait tous revivre ; elle apporte dans l'âme comme un printemps nouveau, où toutes les plantes mortes durant l'hiver reverdissent. Ainsi, je suppose qu'un homme eût acquis, avant son péché, mille degrés de grâce et de gloire, s'il se relève de son péché par une sincère conversion, ces mille degrés de grâce et de gloire lui sont aussitôt rendus. Dès l'instant donc que la grâce santci-
fiante reprend son cours dans une âme, les mérites du passé reprennent aussi leur vertu; et le sacrement de Pénitence lui rend tous les droits antérieurement acquis. Enfin il lui donne des forces nouvelles, pour repousser à l'avenir les attaques de Fennemi du salut, pour raffermir dans le bien; il échauffe son zèle, pour la porter à tous les actes de vertu; il l'inonde des plus douces consolations, et lui ouvre la porte du ciel. Nous voyons, en effet, qu'aussitôt que le bon larron eut confessé ses crimes devant Jésus- Christ, avec une douleur amère d'avoir offensé celui qu'il voyait mourir pour son amour, il mérita d'entendre de la bouche de son divin Sauveur cette douce promesse : a En vérité, je vous le dis, vous serez aujourd'hui avec moi dans le paradis (1). »
Voilà quelle est l'efficacité du sacrement de Pénitence. N'est-ce pas avec raison qu'il est regardé comme le chefd'œuvre de la miséricorde divine, de cette miséricorde qui, étant infinie, l'emporte toujours sur la malice humaine. 0 vous donc, qui êtes effrayés de la multitude de vos crimes, ayez confiance : le Seigneur vous tend encore la main, pour vous aider à vous relever. Ayez confiance ; mais, d'un autre côté, craignez d'irriter encore davantage votre Dieu, par votre persistance dans le mal. Car, enfin, la facilité du pardon ne doit pas être un attrait pour le péché. Eh quoi ! seriez-vous mauvais, parce que le Seigneur est bon ? Ayez confiance, je vous le répète, car le Seigneur ne refuse jamais le pardon au repentir ; mais aussi craignez, car êtes-vous assurés, quand vous aurez entassé crimes sur crimes, d'avoir cette grâce si précieuse du repentir? Vous vous convertirez, dites-vous, à la mort- Mais quoi ! croyez-vous qu'à ce moment suprême, il vous sera facile de renoncer à vos mauvaises inclinations, de vous dépouiller des habitudes perverses de votre vie, d'aimer ce que vous aurez toujours haï, et de haïr ce que vous
(1) Amen dico tibi : Hodiè mecum eris in paradiso. Luc, xxm, 48.
aurez toujours aimé? Cette vertu que vous n'aurez regardée qu'avec horreur,, cette piété dont vous aurez fait constamment l'objet de vos plaisanteries, l'aurez-vous alors à cœur ? Ces sacrements que vous aurez si longtemps dédaignés, pourrez-vous vous résoudre d'y recourir? Votre Dieu, pour lequel vous n'aurez eu que de l'éloignement, l'aimerez-vous de tout votre cœur et de toute votre âme ? C'est possible, mais c'est rare; c'e3t possible, et je le dis pour ne jeter personne dans le désespoir ; mais c'est rare, et je le dis pour que vous n'alliez pas présomptueusement attendre à cette heure si critique. 0 pécheur ingrat, ô pécheur insensé, qui vous autorisez de la bonté de Dieu pour l'offenser avec plus d'audace, tremblez, car cette miséricorde, que vous aurez lassée, se changera en une justice inexorable. Vous vous riez de moi maintenant, vous dit le Seigneur; et moi aussi, je me rirai de vous à votre mort (1). Vous me chercherez alors, et vous ne me trouverez pas, et vous mourrez dans votre péché (2).
D. Le sacrement de Pénitence est-il nécessaire à tous les fidèles?
R. Il est absolument nécessaire à ceux qui ont commis quelque péché mortel depuis le baptême.
Le sacrement de Pénitence, ainsi que l'a décidé le concile de Trente (3), est de droit divin nécessaire au salut pour tous ceux qui ont perdu l'innocence baptismale, comme le baptême l'est à ceux qui ne sont pas encore régénérés. C'est le seul moyen, qui nous soit offert pour revenir de l'état de péché à l'état de grâce ; et négliger d'y avoir recours, ce serait s'endurcir dans le mal, et mépriser le pouvoir que Jésus-Christ a donné à son Église de lier et
(i) Ego quoque in intérim vestro ridebo et subsannabo vos. Prov., i, 26.
(2) Quaeretisme et non invenietis... et in peccato vestro monemini. Joan., vu, 34. — vin, 21.
(3; Trid., sess. 14, c. xxv.
de délier, de remettre ou de retenir les péchés. Ainsi, pour quiconque a perdu la grâce du baptême par quelque faute grave, plus d'autre ressource que d'aller se purifier dans la piscine sacrée de la Pénitence. On aurait beau pratiquer toutes les œuvres de mortification, de charité, et des autres vertus chrétiennes, si on refusait de se soumettre à ce tribunal de miséricorde, que Dieu a établi pour notre réconciliation, il n'y aurait plus qu'à attendre la terrible sentence, que le Seigneur prononcera au tribunal de sa justice contre les infracteurs de sa loi.
En danger de mort, si l'on ne trouve pas de prêtre au ministère duquel on puisse recourir, le sacrement de Pénitence peut être suppléé par la contrition parfaite, jointe au désir de recevoir ce sacrement. Ainsi un pécheur, qui se trouve dans une circonstance si fâcheuse, doit s'exciter de tout son cœur à la détestation de ses fautes et à l'amour de son Dieu; et, s'il joint à son repentir le vœu du sacrement, c'est-à-dire un désir sincère de se confesser et de recevoir l'absolution s'il le pouvait, il obtiendra la rémission de ses péchés.
Quand est-on obligé de recevoir le sacrement de Pénitence?
4° Toutes les fois qu'on se trouve en état de péché mortel, car il faut se hâter de se réconcilier avec Dieu; et à quel danger ne s'exposent pas ceux qui croupissent dans leurs mauvaises habitudes!
2° Lorsqu'on est en péril de mort. Avec quelle exactitude ne doit-on pas se purifier des moindres fautes, quand on est sur le point de paraître devant Dieu !
3° Au moins une fois l'année, puisque l'Église nous fait un précepte de la confession annuelle.
4° Toutes les fois qu'on doit communier, si l'on n'a pas la conscience exempte de péché mortel.
5° Quand on est exposé à des tentations graves, qu'on ne%peut surmonter sans le secours de ce sacrement.
0 pécheurs, profitez du temps que la divine miséri-
corde vous donne pour faire pénitence. Quel bonheur de vous réconcilier avec le Seigneur! Vous n'êtes maintenant qu'un objet d'horreur à ses yeux; mais, une fois rentrés en grâce avec lui, il vous admettra à son banquet sacré; il vous tiendra compte de tout ce que vous ferez pour lui plaire ; vos moindres actions seront méritoires, et vous deviendrez comme un bel arbre, planté le long d'une source d'eau pure, qui jette ses feuilles et donne ses fruits et ne craint ni la cognée ni le feu a.
TRAITS HISTORIQUES
Dieu fit du repentir la vertu des mortels (1)
î. La pénitence désarme Dieu ; nous en avons de beaux exemples et dans les Ninivites qui se convertirent à la prédication de Jonas (2), et dans la grande miséricorde dont le Seigneur usa envers la Magdeleine (3).
Saint Nicon, né dans le Pont, d'une famille noble, s'enfuit secrètement, dans sa jeunesse, et alla se renfermer dans le monastère dit de Pierre d'Or. Il y mena douze ans une vie très-austère, et y apprit à mourir parfaitement à lui-même. La pénitence était le sujet ordinaire de ses discours; et, à l'exemple de saint Jean-Baptiste, il avait coutume de commencer par ces mots : Faites pénitence; ce qui le fit surnommer Métanoïte. Il eut la satisfaction de voir un grand nombre de pécheurs revenir sincèrement à Dieu, et de renouveler la face du christianisme, partout où il exerçait son zèle. God., 26 nov.
2. Il ne faut pas attendre à la mort pour faire Pénitence. — Ceux qui différèrent d'entrer dans l'Arche, qui dura cent ans à bâtir, n'y purent plus entrer et furent noyés (4). — Ceux qui, après avoir été avertis, différèrent de sortir de Sodome, y furent consumés par le feu du ciel (5). — Pharaon, roi d'Egypte, qui s'endurcissait toujours de plus en plus dans son péché, en vint jusqu'à dire : « Je ne connais pas le Seigneur. » C'est pour le punir de ce qu'il différait de jour eu jour à se convertir, qu'il fut enseveli dans les eaux de la mei
[1] Voltaire.
(2) Jon.,m, 7.
(3) Luc, vu, 37.
(4) Gen., vi, 14.
(5) Gen., xix, 12.
Ronge (1). — Rahab fut sauvée, parce qu'elle mit sur l'heure le ruban qui devait lui garantir la vie, quand on aurait assiégé et pris Jéricho (2).
Un solitaire de la Thébaïde, qui n'avait pas vécu avec la même pureté que les autres, étant à l'article de la mort, se trouva dans dfc violentes agitations qui lui étaient causées par les remords de U conscience. Il supplia donc le saint abbé Mutius de prier Dieu qu'il lu* rendît la santé, afin qu'il eût un peu de temps pour réformer sa vie et faire pénitence de ses péchés. Mutius lui répondit qu'il était bien tard, et qu'il aurait dû s'être mis en règle depuis longtemps. Néanmoins il se mit en prière, et lui dit ensuite que Dieu lui donnait un peu de temps pour pleurer ses péchés, et qu'il vivrait encore trois ans. Après ces paroles, il lui prend la main, le fait sortir du lit, le conduit dans le désert; et, lorsqu'il eut passé ces trois années dans un exercice continuel de pénitence, il le ramena au même lieu d'où il l'avait pris. Là, plusieurs personnes s'étant assemblées et le saint abbé Mutius ayant pris occasion de leur faire un discours sur les fruits et l'utilité de la pénitence, le solitaire entra comme dans un sommeil et rendit ainsi l'esprit, entre les bras de ses frères. — Il faut pour l'ordinaire plus que quelques moments ou quelques heures, pour payer les dettes de plusieurs années. Il faut gémir et pleurer longtemps pour de longs désordres ; et on ne peut guérir que par de longs remèdes des plaies profondes et enracinées. Ruf., 1. IL, c. ix.
Que de pécheurs se damnent pour vouk.ir différer leur conversion ! — Le vénérable Bède rapporte qu'un homme, d'abord très-religieux, s'étant ensuite refroidi, tomba dans le péché mortel. Il renvoyait d'un jour à l'autre sa confession. Il fut attaqué d'une maladie dangereuse, et dit qu'il attendait qu'il pût mieux se préparer. Mais, au milieu de ces délais, l'heure du châtiment sonna; un accident survint, pendant lequel il lui semblait voir l'enfer ouvert à ses côtés. Quand il eut repris ses sens, tous les assistants l'exhortaient à se confesser : t Non, répondit-il, il n'est plus temps, je suis damné.' » On continuait à l'exhorter à la confiance : « Vous perdez votre temps, s'écria-t-il, je suis damné ! Voilà l'enfer ouvert; je vois Judas, Caiphe, et ceux qui ont fait mourir Jésus-Christ. Je vois ma place préparée auprès d'eux, car j'ai méprisé comme eux le sang de Jésus-Christ, en différant si longtemps de me confesser. » Ainsi mourut ce malheureux désespéré. On l'enterra hors de l'église , sans faire aucune prière. Bède, Hitt. Anglic, c. xm.
Un malheureux jeune homme, qui avait contracté l'habitude de se livrer à tous les vices, voulant se soustraire à ce qu'il appelait la
(1) Exod., xiv, 27.
(2) Jos., il, 1.
tyrannie de ses parents, prit le parti de s'engager. En pays ennemi, il exerçait toute sorte de cruautés et de brigandages. Un de «es camarades, pour le faire rentrer en lui-même, lui dit un jour : « Le crime $nit toujours par être puni. Si tu échappes sur la terre à la justice humaine, tu n'échapperas pas à la justice divine; elle voit le honteux usage que m fais de ta force et de tes armes; le compte qu'il te faudra rendre, sera terrible. » — « Bah ! répondit-il, est-ce que Dieu s'occupe de ce que font les hommes sur la terre? Qu'ils se battent, qu'ils s'égorgent, peu lui importe ; d'ailleurs, quand je serai près de mourir, j'aurai soin de dire un hou peccavi, je ferai mon acte de contrition, et Dieu me pardonnera. > Il arriva qu'étant un jour en sentinelle sur la lisière d'un bois, il fut surpris par un poste d'éclaireurs, qui fondirent sur lui à l'improviste et le laissèrent pour mort sur la place. Il vivait cependant encore, lorsque son camarade vint pour le secourir; l'ayant reconnu : c Je suis un homme mort, > lui dit-il. — c Non, pas encore ; tu es bien mal, à la vérité; mais tu as peut-être quelques heures à toi; voyons, il faut en profiter; la vie que tu vas perdre est peu de chose; elle n'est rien, en comparaison de l'éternité. Oublie donc un instant la terre que tu abandonnes, pour songer au ciel qu'il faut acquérir. Pense au Dieu, devant lequel tu vas paraître. Nous n'avons pas ici de confesseur; tu seras privé d'absolution, tâche au moins d'y suppléer par le repentir. »
« Je l'essaie depuis cinq minutes; je fais peur cela les plus grands efforts: c'est inutilement. Je sais que je suis un grand criminel, que j'ai commis b'en des atrocités; cependant je ne puis m'en repentir; mes yeux sont secs ; mon cœur est insensible. »
« Comment! avoir offensé un Dieu si bon, et ne pas en être fâché» Songe donc au salut de ton âme, à l'éternité, à l'enfer! »
« Je songe à tout cela, je sais que je vais être damné; mais je ne puis me repentir. Tu ne vois pas ce qui se passe au dedans de moi; tu ne sais pas quel affreux combat je me livre à moi-même. Je sens très-bien que la contrition seule peut me sauver; je la désire, je l'appelle de toute la puissance de mon âme ; c'est en vain. Insensé, misérable que je suis! je comptais l'obtenir à l'article"de la mort; et c'est une grâce particulière ; je ne l'ai pas méritée ; Dieu me la refuse. Tant pis !.. . » ajouta-t-il après une pause d'un instant, et puis il expira. Nouv. Pense* -y bien.
Favard avait passé toute sa vie à médire de Dieu, de l'Église, et de tout le monde. Quand il fut vieux, son curé le vit, en visitant les infirmes de sa paroisse, à l'occasion des Pâques, et il retourna souvent chez lui. Il en fut toujours reçu avec une sèche honnêteté, qui lui fit plusieurs fois regretter un refus pur et simple ; car il pressentait qu'il y avait là dedans comme une réprobation positive, et un abus aacrilége des sacrements sur le seuil du tombeau.
En effet, le malheureux consentit à se confesser et à recevoir les derniers sacrements. Favard, en divulguant lui-même ce qui se passa entre le pasteur et lui, permit d'en rapporter les détail*. Une fois ou deux, le confesseur put lui faire grimacer le signe de la croix; mais il ne vint pas à bout de lui en faire réciter la formule ni d'autres prières; Favard les récitait dans son cœur, sanctuaire de la prière, disait-il. Quant à accuser des fautes, sa conscience était pure comme un cristai son cœui, innocent comme la blanche colombe. Cependant, le bon pasteur, qui le connaissait bien, ne lui épargna ni les avis, ni les exhortations, ni les instances, dont la charité de son ministère lui faisait un devoir. Si, depuis soixante ans, Favard avait négligé la confession, c'est qu'il n'avait jamais commis dépêchés dont il pût s'accuser; s'il n'avait, depuis la même époque, presque jamais assisté aux offices de la paroisse, c'est que son infirmité l'obligeait à fuir les lieux de réunion. Discours impies, mauvais propos, médisances et querelles, il savait bien que la méchanceté de ses voisins lui en prêtait beaucoup, et c'est un mal qu'il souffrait avec patience.
Les indignes procédés de ses enfants et les imbéciles radotages de sa femme lui arrachaient bien quelques paroles vives et dures ; mais il fallait qu'il remplît son devoir de père et de mari, etc., etc.
Cependant il se rappela avoir fait un mensonge, en plaisantant, il y avait dix ans ; c'était là tout ce dont il pouvait s'accuser. En conséquence, après de nombreuses et inutiles visites, sur sa demanda, le curé lui administra les derniers sacrements.
Puis, honteux de ses impuissants efforts, comme un honnête homme qu'on a forcé d'être complice d'un crime, le bon pasteur cessa de le voir, se contentant de prier pour lui, s'informant exactement de son état, et lui faisant donner des soins spirituels et corporels par des âmes charitables.
Un matin, on vint le prévenir que son malade déclinait et n'irait pas loin; aussitôt le glas funèbre annonça que Favard était tombé
de ce lieu d'épreuves, dans l'immuable éternité !
Hist. Moral.
Reposons notre âme de ce triste spectacle, en méditant le trait suivant de la miséricorde divine.
Une femme de mauvaise vie, traversant un jour une église pour abréger son chemin, vit un grand nombre de personnes, qui entraient avec empressement, et qui paraissaient être dans l'atténue de quelque chose d'extraordinaire. Curieuse de savoir ce qui allait se passer, elle prend place comme les autres ; et, la foule augmentant elle se trouva bientôt tellement environnée qu'il lui fut impossible de penser à se retirer. Quelque temps après, un missionnaire monta en chaire, et prêcha sur la bonté de Dieu à l'égard des pécheurs, il VI. 5
répéta plusieurs fois ces mots : A tous péchés miséricorde, pourvu qu on s'en repente. Cette femme, qui avait tout écouté avec attention, s'attacha surtout à ces paroles qui l'avaient frappée. Aussitôt que le discours fut achevé, elle fendit la foule, et, s'approchant du prédicateur, au moment où il descendait de la chaire : « Est-il bien vrai, mon père, lui dit-elle avec empressement, qu'à tout péché il y a miséricorde? — « Rien n'est plus certain, lui répondit-il, Dieu pardonne à tous les pécheurs, pourvu qu'ils se repentent. » — c Mais, reprit cette femme, il y a toutes sortes de pécheurs ; Dieu pardonne-t-il à tous indistinctement ?» — « Oui, reprit le prédicateur, pourvu qu'ils détestent leurs péchés, Dieu leur pardonne à tous indistinctement. » — « Me pardonnerait-il à moi, répondit-elle, voilà quinze ans que je commets les plus grands péchés ?» — « Sans doute, ajouta le missionnaire, il vous pardonnera, si vous vous en repentez et si vou3 cessez de les commettre. » — « S'il en est ainsi, conlinua-telle, je vous prie de vouloir bien m'entendre en confession et de me donner votre heure. » — « Je puis vous entendre aujourd'hui, lui dit-il, tenez-vous prête, je suis à vous dans un moment. » — Le missionnaire lui indique son confessionnal, et revient quelque temps après pour l'entendre. Elle ne finit qu'à la nuit sa confession, qui dura plusieurs heures. Avant de se retirer, elle dit à son confesseur : « Mon père, je ne puis retourner dans ma maison, surtout à l'heure qu'il est, sans m'exposer au danger de retomber dans mes péchés, ne pourriez-vous pas me procurer un asile pour la nuit? » Le missionnaire lui ayant témoigné qu'il ne le pouvait que difficilement, cette femme prit la résolution de rester dans l'église jusqu'au jour ? Le lendemain ; on la trouva sans vie dans une chapelle dédiée à la sainte Vierge ; elle était à genoux, la face prosternée contre terre, et on vit le pavé inondé des larmes qu'elle avait répandues. Elle avait pleuré si amèrement se? péchés, qu'elle était morte de douleur. Le missionnaire, ayant été appelé, la reconnut pour celle qu'il avait confessée la veille, et il admira la grandeur de la miséricorde de Dieu.
Dans nos guerres d'Afrique, plusieurs officiers et soldats ont vainement réclamé, à leur heure dernière, l'assistance d'un prêtre et n'ont pu recevoir les secours et les consolations de la religion. Nous citerons en particulier le marquis de Caraman et le général Perregaux qui ont exprimé, sur leur lit de mort, les plus vifs regrets de ne pouvoir remplir leurs devoirs de chrétien. Si ces braves ont joint au désir de se confesser un acte de contrition parfaite, nul doute qu'ils ne soient sauvés.
L'hérétique Novatien se sépara de l'Église, sous le prétexte de la trop grande indulgence, dont on avait usé à l'égard de ceux qui étaient tombés durant la persécution. Il soutenait qu'on ne devait
point admettre à la réconciliation, pas même à la mort, ceux qui étaient tombés dans les trois grands crimes de l'idolâtrie, de l'homicide et de l'impureté ; c'était là l'erreur de Montan ; mais de plus il refusait le pardon à ceux, qui s'étaient rendus coupables de quelque péché mortel; il ne reconnaissait pointa l'Église le pouvoir d'en remettre aucun de cette nature. De là vient qu'au concile de Nicée, un évêque de ce parti, nommé Acése, s'efforçant de justifier, en présence de Constantin, son excessive rigueur, ce prince, justement surpris d'une inflexibilité qui fermait le ciel à tous les pécheurs, s'écria : « Allez, Acése, faites une échelle pour vous, et montez seul au ciel. » Socrate, Hist. Ecclés.. 1. !.. c. yi»
DEUXIEME INSTRUCTION
Cinq choses nécessaires pour recevoir le sacrement de Pénitence. — Parties de ce sacrement. — De la Contrition. — Sa nécessité. — Deux sortes de Contrition. — De la Contrition parfaite. — De la Contrition imparfaite.
D. Combien y a-t-il de choses nécessaires pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence ?
R. Il y en a cinq : l'examen de conscience, la contrition, le bon propos, Ja confession et la satisfaction.
Au baptême, un peu d'eau versée sur notre tête a suffi pour effacer tous nos péchés; mais dans la Pénitence, qui est un baptême laborieux, Jésus-Christ ne nous pardonne nos fautes qu'à certaines conditions, qui demandent de notre part du soin, de l'application, des efforts, et, sans l'accomplissement desquelles, nous ne pouvons obtenir notre grâce. Ainsi, il veut que nous rentrions dans le fond de notre conscience, que nous repassions dans J'amertume de notre cœur tous nos péchés, pour nous en confesser exactement, et que nous nous fassions à nous-mêmes un bain de nos propres larmes, pour nous purifier de toutes nos souillures. C'est avec beaucoup d'équité et de sagesse qu'il exige du pécheur ces actes difficiles, pénibles, humiliants, soit pour le prémunir contre les rechutes, soit parce
que les péchés commis après le baptême sont beaucoup plus graves, à cause de la malice et de l'ingratitude qulls renferment. Car l'homme, en rompant l'alliance qu'il a faite avec son Dieu, semble ne faire plus aucun cas de ses bienfaits; et c'est de son propre gré et avec un entier consentement qu'il offense le Seigneur, puisque l'inclination au mal a été affaiblie par le sacrement de la régénération. Qu'il souffre donc volontiers ce qu'il peut y avoir d'âpreté et de rigueur dans le sacrement de Pénitence, s'estimant encore heureux de pouvoir obtenir à ce prix la grâce de la réconciliation, et ne se lassant jamais de bénir la bonté divine, qui lui a préparé ce moyen de salut. Ces cinq choses, nécessaires pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence, nous les expliquerons plus tard, à mesure qu'elles se présenteront, selon l'ordre des demandes du catéchisme.
D. Combien de parties a le sacrement de Pénitence ? R. Trois : la contrition, la confession et la satisfaction.
La confession de bouche, la contrition du cœur, la satisfaction par de bonnes œuvres, voilà les parties constitutives, ou en d'autres termes, la matière du sacrement de Pénitence. Ainsi, à la différence des autres sacrements, dans lesquels la matière est tout extérieure à celui qui les reçoit, il se trouve que c'est le pénitent lui-même qui produit la partie matérielle du sacrement de Pénitence, c'est-à-dire les actes extérieurs dont il se compose. Ces actes ne sont pas d'une égale nécessité. La contrition seule est indispensable dans tous les cas, car il est impossible qu'on soit pardonné sans repentir. Quant à la confession, lorsqu'il y a impossibilité absolue de la faire, elle peut erre suppléée par le désir qu'on a de s'y soumettre, dès qu'on le pourra. L'omission de la satisfaction rend le sacrement défectueux, imparfait; mais n'en empêche pas la validité.
La forme du sacrement le Pénitence consiste dans les
paroles du prêtre qui absout, et qui seul peut être le ministre de ce sacrement.
D. Qu'est-ce que la contrition?
R. C'est une douleur et une détestation des pe'chés que Ton a commis, avec une ferme résolution de ne plus les commettre.
Le mot contrition signifie brisement, parce que notre cœur doit être, en quelque sorte, brisé parla douleur qu'il ressent d'avoir offensé Dieu. En effet, la Pénitence ne consiste pas simplement, comme Font prétendu les protestants, dans la cessation du péché et l'amendement de la vie ; elle renferme de plus l'horreur et la détestation des péchés commis, comme l'a expressément défini le saint concile de Trente (1). Voilà pourquoi on l'appelle contrition, mot qui exprime parfaitement la véhémence du regret et de la douleur, qui brise un cœur endurci par le mal, le pénètre, l'amollit et le rend souple et docile aux impressions de lg grâce. On l'appelle encore, et toujours dans le même sens, amertume de l'âme, parce qu'elle lui fait, pour ainsi dire; ressentir les tranchées d'un vif repentir (2); tristesse selon Dieu, parce qu'elle nous afflige au souvenir de nos iniquités passées et qu'elle opère ainsi le salut (3) ; componction, parce qu'elle pique la conscience de la pointe d'un déplaisir très-amer; blessure du cœur, parce qu'elle le fend avec ]e glaive de la douleur, pour en faire sortir le péché, de même qu'on ouvre une plaie, pour en faire sortir le sang corrompu. Un vrai pénitent est donc, comme l'a dit saint Augustin, un homme irrité, courroucé contre lui-même.
Ce regret de ses fautes doit être nécessairement accompagné du bon propos, c'est-à-dire de la ferme résolution de ne plus offenser Dieu à l'avenir.
(1) Tria-, sess. 14, xiv.
(2) Recbgitabo tibi omnes annos meos in amaritudine animœ me*. Is.. xxxvtn, 15.
(3) Quœ secundum Deum tristitia est, salutem operatur. II Cor., ▼h, 10.
Et, en effet, serait-ce bien sincèrement détester ses péchés que d'avoir envie de les renouveler? Que penseriezvous d'un enfant, qui, tout en disant à son père : « Je suis fâché de vous avoir déplu, et je vous en demande pardon,» conserverait intérieurement le désir de lui déplaire et de lui désobéir encore ? Ne diriez-vous pas qu'il se moque de lui ? Évidemment, il ne peut y avoir de regret de ses fautes sans ferme propos ; ce sont deux choses inséparables. De là vient qu'on dit que la contrition a deux visages, l'un pour détester les péchés commis, l'autre pour éviter d'en commettre de nouveaux ; l'un en arrière, pour voir et déplorer jes prévarications de la vie passée ; l'autre en avant, pour se précautionner contre toute rechute.
La contrition est d'une absolue nécessité pour obtenir la rémission de ses péchés. On conçoit, en effet, facilement qu'on est entièrement indigne de pardon, tant qu'on aime ie mal et qu'on n'est pas décidé à l'éviter. Dieu, qui est la justice et la sainteté même, pourrait-il accorder sa grâce à celui qui veut rester coupable, qui se complaît dans 11mpénitence? Quoique infiniment miséricordieux, ilne peut nous dispenser de la satisfaction que réclament sa sagesse et son honneur, et il est évident que, tant qu'on n'est pas touché d'un sincère repentir de ses fautes, on ne peut s'attendre qu'à la réprobation éternelle (1).
La contrition est donc l'âme de la vraie Pénitence. De même que le péché entre dans le cœur par l'attrait du plaisir, de même aussi il en sort par l'amertume de la douleur. En vain vous accuseriez-vous de vos fautes, en vain fericzvous de longues prières, de rudes pénitences, si vous ne détestiez vos prévarications, Jésus-Christ vous dirait : a Je n'ai besoin ni de vos jeûnes ni de vos mortifications ; j'exige avant tout un cœur contrit et humilié. » Quelle n'est donc pas l'erreur de ceux qui font consister toute leur préparation au sacrement de Pénitence à examiner longuement leurs
(/) Nisi pœnitentiam egeritis, omnes similiter peribitis. /uc.xiii, 3.
fautes, à s'en confesser exactement, sans prendre aucun soin de s'exciter à la contrition ! Ils négligent précisément ce qu'il y a de plus essentiel. Car il peut arriver qu'on obtienne la rémission de ses péchés sans aucun examen, sans confession, sans satisfaction, comme, par exemple, si on était surpris par la mort sans pouvoir accomplir ces actes, si on était privé de l'assistance d'un confesseur : alors un bon acte de contrition pourrait suppléer à tout ; mais rien ne supplée à la contrition. Par là nous voyons qu'un pécheur, qui recevrait l'absolution sans une douleur réelle des péchés commis,et sans une volonté sincère de ne plus pécher à l'avenir, au moins mortellement, bien loin d'obtenir sa grâce, sortirait du tribunal de la miséricorde plus coupable qu'il n'y serait entré, parce qu'à tous les péchés dont il se trouverait chargé, il ajouterait encore la profanation du sacrement institué peur l'en délivrer.
D. Combien y a-t-il de sortes de contrition? R. Deux, l'une parfaite, et l'autre imparfaite, que Ton appelle attrition.
Ces deux sortes de contrition conviennent entre elles en ce qu'elles renferment Tune et l'autre le repentir et la détestation du péché, et en ce qu'elles doivent réunir, pour être bonnes et véritables, les mêmes qualités; mais elles diffèrent par leurs motifs et leurs effets, comme nous allons l'expliquer.
D. Qu'est-ce que la contrition parfaite?
R. C'est celle qui est conçue par le motif de la charité.
La contrition parfaite, ou, comme l'a dit le saint concile de Trente (1), la contrition perfectionnée parla charité, est la douleur qu'on ressent du péché, non pas tant à cause du tort qu'il nous cause à nous-mêmes, que de l'injure qu'il fait à Dieu. Elle est un acte formel d'amour parfait
[ 1) Contritio charitate perfecta. Trid.
envers Dieu. Voilà pourquoi on peut l'appeler une douleur amoureuse, ou un amour douloureux. Le pénitent, qui a se sentiment de contrition parfaite au fond de son cœur, s'oublie lui-même, oublie ses intérêts et toute autre chose, pour ne considérer, dans le regret de son péché, que le Dieu auquel il a fait injure, que cette adorable Majesté à laquelle il n'a pas craint de déplaire, et ces perfections infinies qu'il a outragées.
D. Qu'est-ce que la contrition imparfaite ou l'attrition 1 R C'est celle qui est ordinairement conçue par le motif de la crainte des peines de l'enfer ou de la laideur du péché.
La contrition imparfaite, autrement dite attrition, est la douleur qu'on ressent de ses fautes, non pas précisément par amour pour Dieu, mais pour un motif inférieur, parce qu'on craint la rigueur des jugements de Dieu, les tourments de l'enfer; parce qu'on a horreur de la laideur du péché, de l'état déplorable auquel il réduit nos âmes, etc. Ces motifs sont évidemment moins nobles que ceux de l'amour divin, et voilà pourquoi cette contrition est appelée imparfaite.
Ainsi la contrition et l'attrition se ressemblent en ce qu'elles sont toutes deux une douleur ou un déplaisir d'avoir offensé Dieu, avec le propos ou la résolution de ne plus l'offenser à l'avenir, de sorte que, dans l'une comme dans l'autre, il y a aversion du péché et conversion à Dieu. Mais elles diffèrent en ce que la contrition procède de l'amour, et l'attrition vient de la crainte. Par la première, on regarde Dieu en tant qu'il est bon, c'est-à-dire selon son essence et ses attributs; par la seconde, on ne le regarde que selon qu'il est juste, pour le craindre. En un mot, la contrition déteste le péché comme étant le mal de Dieu, en ce qu'il est contraire à sa gloire; et l'attrition le déteste comme étant le mal de la créature, à cause des grands malheurs qu'il cause et de la ruine qui en provient.
Une comparaison va nous faire mieux sentir la dift'é-
rence qu'il y a entre la contrition parfaite et Pattrition. Voici deux enfants, qui ont gravement manqué à un père plein de bonté pour eux, mais qui sait aussi les punir, quand il le faut, et user de la verge. L'un des deux rentre en lui-même et se dit : « J'ai bien eu tort d'offenser mon père; c'est un homme austère et redoutable, qui va me punir rigoureusement (1). Je suis vraiment fâché de ma faute, car elle va m'attirer bien des malheurs. Mon père ne m'épargnera pas ; peut-être va-t-il pousser sajuste colère jusqu'à me déshériter. Ah ! j'ai bien eu tort de lui désobéir, de l'outrager. » L'autre, au contraire, se dit à lui-même : a Qu'ai-je fait, ingrat ! j'ai offensé le meilleur, le plus tendre des pères ! Il ne m'a jamais fait que du bien ; et moi, je lui ni déplu ! je l'ai injurié ! 0 mon père, je suis désolé de ma faute, parce que je vous aime bien, et c'est cet amour bien sincère que je vous porte, qui me fera détester à jamais cet égarement fatal, qui m'a porté à vous contrister, à vous chagriner, à vous déshonorer. » Lequel de ces deux enfants vous semble le pius aimable, et avoir les meilleurs sentiments ? N'est-ce pas évidemment le dernier ? Celui-ci a une douleur d'amour, et celui-là une douleur de crainte. L'un déteste ses péchés par le motif de l' amour-propre, à cause du mal qui en résulte pour lui-même ; et l'autre, parle motif de l'amour de Dieu, parce qu'il ne peut supporter l'idée d'avoir dépl-u à ce tendre Père. Voilà l'image de la contrition parfaite et de la contrition imparfaite.
De même que leurs motifs, leurs effets sont aussi différents. Ainsi, l'attrition n'opère la rémission des péchés, qu'autant qu'elle est jointe à l'absolution. Quant à la con< trition, elle porte la grâce de Dieu et elle justifie le pécheur, avant même la réception du sacrement. En effet, Dieu ne peut refuser sa grâce à celui qui l'aime d'un amour parfait. G'est un bon père, qui se laisse aussitôt gagner et attendrir par les sentiments d'amour que le Prodigue lui
(1) limui te ouia austeruses. Luc. x, 21.
témoigne, qui le relève avec tendresse, qui l'embrasse et lui rend sa décoration première (1). La charité est un feu sacré, qui détruit les péchés, qui les consume entièrement (5) ; et, comme Notre- Seigneur lui-même le disait à une illustre pénitente, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé (3). Le froid et le chaud, la lumière et les ténèbres ne sont pas plus inconciliables que la charité et le péché; et, par conséquent, aussitôt que la charité pénètre dans un cœur, le règne du péché est anéanti. Aimez donc, mais aimez d'un amour parfait, et vous êtes sûrs de vous réconcilier avec Dieu, avant même que le ministre de Jésus-Christ ait prononcé sur vous les paroles de paix. C'est à cet acte de contrition parfaite qu'il faut s'exciter, quand on se trouve dans un danger pressant, et qu'on n'a pas la faculté de se confesser. 11 n'y a pas alors d'autre moyen d'obtenir le pardon de ses fautes *.
Nous avons ici une remarque très-importante à faire. Quoique la contrition parfaite justitie le pécheur par ellemême et avant la réception du sacrement, elle ne peut toutefois obtenir cet effet, sans le vœu, du moins implicite, de recevoir le sacrement de Pénitence, dès qu'on en aura la possibilité. Bien plus, la contrition parfaite ne peut exister sans ce vœu. En effet, on ne peut aimer véritablement Dieu, sans être dans la disposition d'accomplir sa loi et de recourir aux moyens qu'il a établis pour la justification des pécheurs. Or, il nous fait un commandement exprès de soumettre nos péchés au ministère des prêtres; et la seule ressource qui reste au pécheur après son péché, c'est le sacrement de Pénitence. U faut donc qu'il le reçoive effectivement, ou du moins qu'il ait le désir de le recevoir au plus tôt. C'est ce que le Seigneur a voulu nous figurer par 'es lépreux qu'il guérit, et qu'il envoya néanmoins aux
(1) Citô proferte stolam primam. Lue., xv, 22.
(2) Charilas operit multitudinem peccatorum. 1. Pet.,iv, 8.
(3) Remittuntur ei peccata multa, queniam dilexit multùm. m, 47.
Lue,,
prêtres. Celui donc qui chercherait à se dispenser de confesser ses péchés, sous prétexte qu'ils lui ont été remis par la contrition parfaite, serait dans la plus déplorable illusion; il montrerait par là même qu'il n'a jamais eu une charité, une contrition parfaite, ou bien, s'il l'avait eue, il en anéantirait l'effet par l'infraction manifeste du précepte divin de la confession, qui oblige tous les pécheurs ; et ce mépris qu'il ferait du pouvoir que Jésus-Christ a donné à son Église délier ou de délier, le rendrait plus coupable, au lieu de le justifier.
Remarquons encore que la contrition parfaite était absolument nécessaire , avant l'institution du sacrement de Pénitence ; voilà pourquoi le salut était plus difficile dans l'ancienne loi que dans la nouvelle. Car ce n'est pas chose aisée, vu la faiblesse et la corruption de notre nature, que d'avoir cet amour parfait, ce cœur touché d'horreur pour le péché, uniquement parce qu'il offense un Dieu infiniment bon et infiniment aimable. Aussi Jésus-Christ, pour subvenir à notre faiblesse, a-t-il voulu établir un sacrement qui suppléât, par l'application de ses mérites, à ce qui manque à la perfection de la contrition; et, dans la loi de grâce l'attrition, jointe au sacrement, suffit pour notre réconciliation avec Dieu. Le Seigneur veut bien se contenter de cette contrition, tout imparfaite qu'elle est.
D. Cette attrition dispose-t-elle le pécheur à obtenir la grâce dans le sacrement de Pénitence?
R. Oui, si elle exclut la volonté du péché, et si elle est accompagnée de l'espérance du pardon.
L'Eglise a défini contre les hérétiques du seizième siècle que l'attrition non-seulement ne rend pas l'homme hypocrite et pécheur, comme ils le prétendaient, mais qu'elle est un don de Dieu , une impulsion du Saint-Esprit , qui, à la vérité, n'habite pas encore dans l'âme , mais qui la touche et qui aide le pénitent à entrer dans les voies de la
justice (1). îl faut donc bien se garder de déprécier l'acte d'attrition, bien qu'il soit moins méritoire que celui de contrition. Cette crainte salutaire qu'il inspire est, comme l'enseigne l'Esprit-Saint, le commencement de la sagesse (-2). Elle engage l'homme à s'abstenir de l'iniquité, et, chassant peu à peu le vice du cœur, elle aplanit les voies à la charité.
Toutefois l'attrition , ainsi que nous l'avons dit et comme le concile de Trente l'a expressément défini , ne peut conduire, par elle-même et sans le sacrement de Pénitence, le pécheur à la justification ; mais elle le dispose à obtenir sa grâce par ce sacrement (3). Il faut donc qu'elle soit jointe à l'absolution, pour nous vendre la vie de la grâce ; sans absolution , elle nous laisse toujours dans un état de mort. De plus, pour que cette crainte des peines soit une disposition suffisante à notre réconciliation avec Dieu, deux conditions sont indispensables. Il faut :
1° Qu'elle exclue toute affection au péché. Concevrait-on, en effet, que Dieu accordât le pardon de ses crimes à celui qui les aimerait encore? et qu'il rendit ses bonnes grâces à celui qui ne serait pas dans l'intention de ne plus l'offenser ? Il ne suffit donc pas que le pécheur se repente d'avoir mérité l'enfer; il faut, de plus, qu'il se repente d'avoir offensé Dieu, et par là mérité l'enfer. Ainsi la crainte de la justice divine, tant qu'elle reste stérile et qu'elle n'engendre pas la détestation des offenses, est impuissante à la justification. Quiconque détesterait le péché à cause de l'enfer, et ne serait nullement disposé à abandonner le péché, supposé que l'enfer n'existât pas, aurait une douleur qui ne lui servirait de rien, et qui même deviendrait coupable, à cause de la disposition perverse dans laquelle il se trouverait. A moins donc qu'une âme n'abhorre l'iniquité,
(1) Trid., ses9. 14, c. iv.
(2) Initium sapientiae timor Domîni. Ps. es, 10.
(3) Trid., sess. 14, c. it.
et ne soit dans la ferme résolution de l'éviter à l'avenir, on ne peut la regarder comme suffisamment contrite, L'attrition j aussi bien que la contrition, suppose le changement du cœur et de la volonté, qui se retirent du mal pour se porter au bien, et surtout au bien par excellence , qui est Dieu. Hélas ! combien de pécheurs se trompent sur ce point capital ! Ce n'est pas tant le péché qu'ils haïssent que le châtiment dont il est puni ; et ils continueraient de s'y livrer avec plaisir, s'ils n'étaient effrayés par la perspective des tourments auxquels ils s'exposent. Leur prétendue pénitence n'est que le désir de l'impunité de leurs crimes. Ils ne sont donc pas véritablement convertis; ils sont seulement effrayés. Le loup qui fuit par la peur des chiens et des bergers, n'en est pas moins loup , dit saint Augustin. Il arrive écumant de rage , il se retire plein d'effroi ; mais sa malice est toujours la même (4). Si donc l'attrition ne détache pas le cœur du péché, elle est nulle (2). 2° Qu'elle soit aecompagnée de l'espérance du pardon, ou, en d'autres termes : la douleur qu'on ressent de ses péchés, doit être confiante, autrement elle serait semblable à celle des damnés , qui se repentent aussi de leurs fautes, mais sans aucune espérance de pardon. Leur repentir naît de leur châtiment, et non du regret d'avoir offensé le Seigneur, ni du désir de se réconcilier avec lui. Dieu est la bonté même, et, quels que soient nos crimes, il veut que nous ayons toujours confiance en lui , et il fait de cette confiance une des conditions du pardon qu'il nous promet. Quand nous nous décourageons par quelque faute qui nous est échappée , c'est de l'orgueil et non du repentir. Nous pouvons encore ajouter qu'il y a de la lâcheté dans le désespoir, parce qu'il est plus facile de se désespérer que de se corriger. Gardons-nous donc bien
(1) Lupus venit fremens, lupus redit Iremens, et tamen lupus est et fremens et tremens. D. Aug.
(2) Certain pœnitentiam non facit nisi odium peccati et amor Dei D. Aug.
d'imiter le fratricide Gain, qui reconnut son péché et mourut cependant dans la damnation , parce qu'il désespéra du pardon. « Mon crime est trop grand, dit-il, pour « que j'en obtienne la rémission (1). » Judas aussi se repentit de son abominable trahison, a J'ai péché, dit-il, en « livrant le sang du juste (2). » Quelle a été la cause de sa perte? C'est qu'il a désespéré. La douleur des vrais pénitents, dit saint François de Sales, est une douleur remplie de paix et de consolation, parce que plus le vrai pénitent a regret d'avoir offensé Dieu , plus il espère le pardon, et plus sa consolation augmente ; c'est ce qui inspirait ces belles paroles à saint Bernard : « 0 mon Dieu , s'il est si doux de pleurer par rapport à vous, que sera-ce de se réjouir en vous (3)? »
D. Un pécheur ne dcit-il s'exciter à la douleur de ses fautes que par le motif de la laideur du péché, ou par la crainte des peines ?
R. 11 doit encore s'y exciter par la considération de la bonté de Dieu.
La laideur du péché qui défigure notre âme, qui la met sous le joug du démon, la ravale jusqu'au rang des bêtes, et la rend aux yeux du Seigneur mille fois plus hideuse qu'un cadavre en putréfaction, est sans doute bien capable de nous inspirer une salutaire horreur.
Quoi de plus capable aussi de nous faire renoncer au péché, que la crainte des peines qu'il mérite ? C'est cette crainte, qui toucha et convertit les Ninivites, à la prédication de Jonas. Ils firent pénitence, et obtinrent miséricorde de la part du Seigneur. Jésus-Christ lui-même nous propose cette crainte, pour nous exciter à la détestation du péché, « Ne craignez pas, dit-il, ceux qui tuent le corps et
(1) Majus est peccatum meum quàm utveniam merear. Gen., iv, 13.
(2) Peccavi sanguinem justum Iradens. Math., xxvn, 4.
(3) Domine, si tam dulce est flere per te, quid erit gaudere de te? D. Bern.
qui ne peuvent rien sur l'âme; mais craignez celui qui peut perdre le corps et l'âme pour l'éternité (1). » La terreur des jugements de Dieu est même nécessaire pour frapper les cœurs endurcis, liés au mal par de fortes attaches. Pour arracher ces grands pécheurs aux séductions de la volupté, pour les porter à la pénitence, il ne faut rien moins que la crainte de l'enfer, de ses flammes dévorantes et de sa désolante éternité. Mais ce motif de la crainte, n'étant pas assez parfait, ne suffit pas; il faut s'élever plus haut, et s'exciter à l'amour de Dieu, par la considération de sa bonté et de ses amabilités infinies *.
D. Pourquoi le pécheur doit- il s'exciter à cette douleur par la considération de la bonté de Dieu ?
R. Parce qu'il ne peut s'assurer de sa réconciliation avec Dieu dans le sacrement de Pénitence, qu'autant qu'il commencera à l'aimer comme source de toute justice.
Il est hors de doute que, pour la justification, il faut un commencement d'amour de Dieu. Le concile de Trente a décidé que le pénitent, s'il veut rentrer en grâce avec Dieu, doit commencer à l'aimer comme source de toute justice (2). Il est donc nécessaire que l'attrition soit accompagnée d'un commencement d'amour, c'est-à-dire qu'il faut que l'âme fasse un mouvement, un effort efficace, qui tende à aimer Dieu. Or, ce commencement d'amour peut venir, soit de la crainte des châtiments éternels, car la crainte du Seigneur est le commencement de l'amour (3) , soit de la volonté de ne plus offenser Dieu, soit de l'espérance du pardon et des biens éternels, que Dieu promet à ceux qui se repentent. Par cela même que nous attendons du bien de quelqu'un, nous commençons à l'aimer, a dit
(1) Nolite timere eos qui occidunt corpus... sed potiùs timete eum qui potest et animam et corpus perdere in gehennam. Math,, x, 28.
(2) Deum tanquàm omnis justitiae foatem diligere incipiuat. Sets. 6, c. vi.
(3) Timor Domini initium est dilectionis. Eccl., xxv, 16.
saint Thomas (1). On peut donc dire qu'en une certaine manière, l'attrition renferme sinon formellement et expressément, du moins virtuellement et implicitement, un peu d'amour de Dieu. Mais quoi ! lorsque le Seigneur nous a aimés jusqu'à s'immoler pour nous, lorsqu'il s'occupe si tendrement de notre salut, et que, malgré toutes nos iniquités, il s'apprête à nous donner le baiser de paix, irionsnous disputer sur le degré d'amour que nous lui devons ? N'aurions-nous pas honte de ne lui donner notre cœur qu'à regret, parce qu'il est tout-puissant , parce qu'on craint sa justice, tout comme on donne sa bourse à un brigand, parce qu'il est le plus fort ? Ah ! aimons aussi le Seigneur pour lui-même, à cause de ses grandeurs et de ses perfections infinies. Ainsi, la conversion du pécheur, qui a commencé par la crainte, doit se terminer à l'amour ; ainsi, le collier d'or de la charité remplace la chaîne pesante de la crainte.
D. Pourquoi le pécheur doit-il encore s'exciter à l'amour de Dieu, avant de recevoir ce sacrement?
R. Parce que, pour obtenir le pardon de ses péchés, il doit avoir un désir sincère d'accomplir les commandemenis de Dieu, et, par conséquent, le premier et le plus grand, qui est celui d'aimer Dieu de tout notre cœur.
Il est impossible qu'on devienne l'ami de Dieu, sans l'aimer. Quelque pénitence que fasss un homme, dit saint François de Sales (2), elle ne lui peut donner le salut, jusqu'à ce qu'elle ait atteint à l'amour. C'est l'amour désordonné des créatures qui nous a rendus criminels, et c'est l'amour du Créateur qui doit nous rendre à la vertu. Il faut donc qu'au regret de nos fautes, inspiré par la crainte des châtiments éternels, se joigne un peu d'amour de
(1) Ex hoc quôd per aliquem speramus nobis posse provenir* bona, movemur in ipsum, et sic incipimus ipsum amars. D. Thom., 2,2,q. 42, a. 2.
(2) L. II, c. nx.
Dieu. On ne peut sincèrement détester ses péchés qu'autant qu'on a le désir de les éviter à l'avenir, et, par conséquent, d'observer la loi divine. Or, le premier article de cette loi nous ordonne d'aimer Dieu de tout notre cœur. Ainsi la crainte, qui nous ramène à Dieu, n'est pas servilement servile, comme celle des esclaves qui n'obéissent que sous la menace des coups, sans aucun sentiment d'amour pour leur maître ; c'est une crainte filiale qui, tout en faisant redouter le châtiment dû à la désobéissance, gagne en même temps le cœur, à la vue de la bonté et de l'amabilité du Père qu'on doit servir, et porte à l'aimer, sinon par un pur sentiment de tendresse, du moins de peur de l'irriter, en ne l'aimant pas.
Bien que l'attrition suffise pour nous obtenir la grâce dans le sacrement de Pénitence, on doit néanmoins, en se confessant, autant pour sa plus grande sûreté que pour son plus grand avantage, joindre l'acte de contrition à celui d'attrition.
L'acte d'attrition peut se faire de cette manière :
Mon Dieu, je me repens par-dessus toutes choses de vous avoir offensé, parce que, par mes péchés, j'ai perdu le paradis et mérité l'enfer pendant toute l'éternité.
Quant à l'acte de contrition parfaite, les livres de piété en offrent diverses formules. On peut s'en tenir à celle qui se trouve dans notre catéchisme. Ses motifs se trouvent aussi exprimés dans ces couplets d'un cantique :
Dieu de bonté, principe de tout être, Unique objet digne de me charmer, Que j'ai longtemps vécu sans vous connaître! Que j'ai longtemps vécu sans vous aimer!
Je me repens de ma faute passée, Contre le ciel, contre vous j'ai péché; Mais oubliez ma conduite insensée, Et ne voyez en moi qu'un cœur touché.
Votre bonté surpasse ma malice, Pardonnez-moi ce long égarement; le le déteste, il fait tout mon supplice, Et pour vous seul, /m pleure amèrement-
Saint Paul demande des chrétiens qu'ils se portent à ce qu'il y a de plus excellent; faisons donc tous nos efforts dour atteindre à la contrition parfaite. Redoublons nos actes d'amour de Dieu, conjurant le Seigneur d'enflammer toujours nos cœurs de plus en plus 3.
TRAITS HISTORIQUES
I. Guillaume de Paris dit que l'attrition amollit , comme de la cire, le cœur le plus dur, ei que la contrition y imprime le sceau de Jésus-Christ, qui est, dit saint Paul, c l'image de Dieu invisible, le caractère et la figure de sa substance (1). > Il ajoute que l'attrition cause dans l'âme un commencement de lumière , comme celle du crépuscule, quand le jour commence à poindre; mais que la contrition y cause une pleine irradiation , comme quand le soleil darde pleinement ses rayons ; que l'attrition laboure, arrose et ensemence 2a terre de nos cœurs ; mais que la contrition la féconde et la vivifie, parce qu'elle donne la vie de la grâce. Enfin l'auteur du livre, intitulé le Chemin du Paradis, enseigne que la contrition , en la considérant hors du sacrement, est une journée de trois lieues, dont la première est d'avoir encouru par le péché la sujétion à la peine éternelle des enfers ; la seconde, d'avoir perdu la gloire éternelle , et la troisième lieue, une douleur de ce que Dieu est offensé. Mais il faut noter, dit-il, qu'il ne faut point faire halteà la première I;eue, ni «'arrêter au bou« de la seconde; il faut marcher jusqu'à la troisième, et là on se repose, et on peut dormir en assurance.
La Théologie affective.
Saint François de Sales, voyant qu'un grand pécheur , qu'il confessait, lui accusait sans contrition de grandes fautes, se mit à pleurer, c Pourquoi pleurez- vous , mon père? » lui dit ce prétendu pénitent. » — t Mon fils, je pleure de ce que vous ne pîeurez pas, » lui répondit le saint avec beaucoup de douceur. C'en fut assez pour inspirer à ce pécheur les sentiments, dont il devait être pénétré.
L'Heureuse Année.
Les soupirs, que les méchants pousseront pendant l'éternité, seront des soupirs de désespoir, que la rigueur des tourments leur arrachera. Mais les larmes, que les vrais pénitents répandent en cette vie, sont des larmes d'une humble confiance, qui sortent
(1) Qui quùm sit splendor gloriae et figura substantif ejui. Hebr.,1, 1.
d'un cœur touché de regret, et qui sont accompagnées de paix et cU joie (1).
2. Les saints disent de ces larmes, que l'amour a fait verser à saint Pierre et à ceux qui imitent sa pénitence : « 0 heureuses larmes, qui consolent, plus qu'elles n'affligent; qui sont amères, mais dont l'amertume est pleine de paix, et de reconnaissance et d'amour ! 0 heureu* ses larmes , qui purifient l'âme et la guérissent ; qui sont muettes devant les hommes, mais dont le silence est entendu de Dieu ; qui ne demandent pas le pardon, mais qui le méritent (2). »
« Voulez-vous être absous , dit saint Pierre Chrysologue , aimez (3 . *
C'est de cet esprit d'amour qu'était animé l'Enfant Prodigue, lorsque, revenu de ses égarements, il se dit en lui-même : « Je me lèverai et j'irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai pèche contre le ciel et contre vous , maintenant je ne suis pas digne d'être appelé votre fils ; traitez-moi comme un de vos serviteurs à gage. »
La pénitente de l'Évangile était poussée par le même esprit, lorsqu'elle vint se jeter aux pieds de Jésus-Christ, chez Simon le Pharisien , les arrosa de ses larmes et les essuya de ses cheveux , les baisant et y répandant de l'huile et des parfums. C'est pour cela que ce divin Sauveur, se tournant vers elle, dit à Simon : c Voyezvous cette femme : je vous déclare que beaucoup de péchés lui sont remis , parce qu'elle a beaucoup aimé. > Puis il dit à cette femme . « Vos péchés vous sont remis ; votre foi vous a sauvée , allez en paix. »
La Magdeleine avait péché, vous avez péché comme elle; aimez comme elle, afin d'être guéri par celui qui l'a guérie. Comme vous avez offensé Dieu de tout votre cœur, aimez-le de même, et vous surmonterez sans peine tous les efforts du pé:hé (4).
Quand j'ai commis quelque péché, disait un serviteur de Dieu, ce qui me touche le plus, c'est de penser qu'en péchant, j'ai eu le malheur d'offenser celui qui est le plus tendre des pères. Je me hâte d'aller à lui et lui dis souvent : « 0 mon Père, j'ai péché: Pater , peccavi. Je me figure alors être comme un petit enfant, qui , étant sur le point d'être châtié par son père, pour lui avoir désobéi, apaise ga colère, et fait tomber les verges de ses mains, en lui protestant qu'il est affligé de sa faute et qu'il n'y retombera plus. »
(1) Pœuitens semper doleat, et de dolore gaudeal.
(2) Felices lacrymae quae veniam non postulant, sed merentur.
(3) Absolvivis, ama. D. Chrys.
(4) Ama Deum, sed ama tctus, ut possis sine labore omniaviueere
peccata.
Le frère Colomban , religieux trappiste de l'abbaye de Buonso- :azzo près de Florence, mort en 1714 , gémissait souvent de ne pouvoir aimer Dieu d'une manière digne de lui, et il aurait voulu aimer infiniment l'Être souverain, dont la majesté, la miséricorde, la bonté, et toutes les perfections sont sans mesure et sans bornes. Mais il eut toujours soin d'accompagner l'amour ardent, qu'il avait Dour Dieu, d'une vénération profonde et de cette crainte salutaire, qui chasse la présomption , en tenant l'âme également occupée de la considération de la miséricorde de Dieu et de sa justice, des bontés qu'il a eues pour elle et de l'état funeste où elle serait réduite, s'il cessait de la protéger. Il unissait admirablement les actes d'amour de Dieu , de crainte , de respect , de confiance et de conformité à sa sainte volonté ; et, malgré cette grande variété, les hommages qu'il rendait à la Majesté suprême, étaient purs , simples et agréables, parce qu'il n'avait en vue que de lui plaire, par tous ces moyens différents (1).
3. On lit dans la vie de saint Siméon Stylite, écrite par son disciple, nommé Antoine, qu'un célèbre voleur d'Antioche, qui s'appelait Jonathas, se voyant poursuivi à cause de ses crimes, vint embrasser la colonne de saint Siméon, se mettant à pleurer très-amèrement. Ce saint admirable lui demanda qui il était; il répondit: « Je suis le voleur Jonathas, qui n'ai jamais fait que du mal et qui viens pour faire pénitence. » — « C'est à ceux-là, dit le saint, que le royaume des cieux sera ouvert ; mais prenez garde, ajouta-t-il, de ne pas m6 tromper, et de ne retomber jamais dans vos crimes. » Les officiers de la justice d'Antioche arrivèrent bientôt, et demandèrent à Siméon de leur rendre le scélérat Jonathas, ennemi public, c Mes enfants, leur dit le saint, ce n'est pas moi qui l'ai fait venir ici ; celui qui l'y a amené, est plus puissant que nous; et il assiste ceux qui sont touchés du repentir de leurs péchés, parce que c'est à de telles âmes qu'appartient le royaume du ciel. Si vous pouvez entrer, enlevez-le; mais, pour moi, je ne saurais le faire, car je crains celui qui me l'a envoyé. » Ce discours épouvanta les archers, qui s'en retournèrent à Antioche, sans oser toucher au voleur Jonathas. Après donc qu'il eut demeuré sept jours , ne cessant d'embrasser la colonne de saint Siméon, il dit à ce saint: c Mon père, si vous le trouvez bon, je voudrais bien m'en aller. » — « Vous êtes bien pressé, dit le saint, de retourner à vos erimes. > — « Non, mon père, répondit-il, mais mon temps est accompli. » En achevant cette parole, il rendit l'esprit.
Vie des Pères du désert.
(1) Relation de la vie et de la mort de quelques religieux de la Trappe, t. IV.
Voici un exemple bien capable de faire connaître l'efficacité de la douleur des péchés et la grandeur des miséricordes de Dieu. Un grand pécheur alla se confesser au vénérable arches èque de Sens , Pierre de Corbeil. Il lui fit un aveu sincère de tous les crimes qu'il avait commis , et il fit cet aveu en poussant des soupirs, des sanglots , versant un torrent de larmes et demandant avec humilité si Dieu voudrait bien lui pardonner ses péchés. Le prélat lui répondit: c N'en doutez pas, mon fils, pourvu que vous soyez sincèrement résolu de faire pénitence. > — « Quoi! s'écria ce pécheur contrit et humilié, Dieu, que j'ai si grièvement offensé, s'en contentera! Ah! ordonnez-moi tout ce que vous jugerez à propos ; je suis prêt à le faire. Mais pouvez-vous m'imposer une pénitence assez longue, assez rigoureuse, pour égaler la grièveté de mes crimes? »
Le saint prélat, versant des larmes de compassion et de joie de voir un pénitent si bien disposé , lui dit : « Votre pénitence ne sera que de sept ans. » — «Mon père, s'écria le pécheur, ma pénitence ne sera que de sept ans , pour de si grand crimes, que je ne pourrais expier pendant tout le cours de la plus longue vie !» — « Elle sera moindre encore, mon cher enfant, dit l'archevêque, car je ne vous oblige qu'à jeûner trois jours au pain et à l'eau. »
« Ah ! mon père ! répondit cet homme véritablement contrit fondant en larmes, et se frappant rudement la poitrine, ne me perdez pas , je vous en supplie. Je suis à vos pieds , et j'implore une miséricorde, que je ne puis acheter trop cher. Proportionnez, autant qu'il est possible, ma pénitence à mon iniquité. Ne ménagez pas ma faiblesse; je suis prêt à tout faire et à tout entreprendre, pour obtenir un pardon dont je suis indigne. »
Le prélat, inspiré de Dieu, et ne pouvant assez admirer les opérations de la grâce , lui ordonna de dire seulement une fois l'Oraison Dominicale, et lui déclara qu'il avait tout sujet de croire que tous ses péchés lui étaient remis. Dans le moment, cet hcmme, dont le cœur était brisé par la douleur, jette un grand cri, qui marquait son étonnement et sa reconnaissance envers le Dieu des miséricordes ; et, à l'instant , il tomba mert aux pieds du saint archevêque , expirant ainsi dans l'exercice actuel de la plus vive contrition , et allant au ciel, peut-être sans passer par les flammes du purgatoire.
Thomas Cantip., 1. II , c. xxi.
Quand on voit le portrait que nous a tracé des chrétiens du Paraguay le célèbre Muratori, qui n'était ni prêtre, ni religieux, mais qui se piquai* d'être historien véridique, on se croit reporté aux premier! siècles du christianisme.
Presque tous communiaient chaque mois , et quelques-uns plui souvent encore. Comme les missionnaires finissaient toujours leurs instructions par un acte de contrition, qui présentait les motifs les plui
capables d'exciter le repentir, l'église retentissait alors de soupirs, de gémissements, de sanglots. Remplis d'une sainte colère contre eux-mêmes, les néophytes se portaient souvent à des austérités, qui auraient ruiné leur tempérament, tout robuste qu'il était, si l'on n'avait p»s été attentif à les modérer. C'était surtout au moment de la confession, que l'on connaissait jusqu'où allait la délicatesse de leur conscience ; ils versaient des torrents de larmes , en s'accusant de fautes si légères qu'on doutait souvent si elles pouvaient être matière d'absolution ; hors même du tribunal , ils interrogeaient souvent leur pasteur , pour savoir si telle chose ne serait pas un péché ; et, e'ils reconnaissaient qu'ils en eussent commis quelqu'un, même par inadvertance , ils quittaient sur-le-champ leurs occupations les plus pressantes, ils couraient à l'église et n'avaient point de repos, qu'il n'eussent déchargé leur conscience , avec des regrets et de* larmes , auxquelles le confesseur ne pouvait l'empêcher démêler les siennes.
TROISIEME INSTRUCTION
Conditions d'une véritable Contrition.— Marques auxquelle* on peut la reconnaître.
D. Quelles sont les conditions d'une véritable contrition? R. Il y en a quatre : elle doit être intérieure, surnaturelle,
souveraine et universelle.
La contrition, même imparfaite , doit avoir ces quatre conditions. Si elie manquait d'une seule, elle ne serait plus qu'une pénitence défectueuse, qu'un fantôme de pénitence (1) , et elle ne servirait de rien pour la rémission des péchés, de même qu'un remède altéré , bien loin de produire un bon effet, est nuisible et se change souvent en poison. Ou bien encore : de même que l'eau, qui n'est pas naturelle, ne peut suffire pour la validité du baptême, de même la contrition , qui n'a pas toutes les conditions requises, ne peut suffire pour la validité du sacrement de Pénitence.
(l) Non pœnitentia, sedf pœnitentiae larva et umbra. D.Chrysott., hom. 4, in II. ad Cor.
DE LA CONTRITION. Ug
D. Qu'entendez-vous lorsque vous dites qu'il faut que la contritionsoit intérieure ?
R. J'entends qu'elle doit venir du fond du cœur.
La contrition est un sentiment, une douleur de l'âme (4). Et, comme c'est du cceur qu'est parti le péché, c'est aussi du cœur que doit partir la détestation, la haine du péché. Ce n'est donc pas seulement sur les lèvres que doit résider la contrition; mais il faut qu'elle pénètre jusqu'au fond, jusqu'au centre de la volonté. Dieu ne se paie pas de vaines paroles. Tout homme qui lui dit : a Seigneur, Seigneur, » n'entrera pas dans le royaume des cieux, si ses vœux ne sont pas l'expression de son cœur. Et nous-mêmes, rendrions-nous notre amitié à quelqu'un qui nous aurait offensés, sur des excuses dont nous reconnaîtrions la fausseté? Ne vous contentez donc pas de réciter froidement quelqu'un de ces actes de contrition, qu'on vous a appris dès votre enfance, ou qu'on trouve dans les livres de piété. Ces formules sont bonnes ; nul doute qu'on ne puisse s'en aider ; mais elles ne seraient que des paroles mensongères, si l'on n'était intérieurement pénétré des sentiments qu'elles expriment; et, dans ce cas, elles pourraient devenir dangereuses, en nous inspirant une fausse sécurité. Quand on produit un acte de contrition, il faut que le cœur et la bouche s'accordent parfaitement (2>. Que de pécheurs se font ici illusion, qui se croient pénitents, parce qu'ils sont persuadés de la nécessité de l'être ; qui se figurent avoir la contrition, parce qu'ils en ont récité quelque acte par routine ! Ce qu'il y a de plus essentiel dans la pénitence, c'est le changement de l'esprit et du cœur (3).
Bien que la contrition doive être surtout et essentielle-
(1) Animi dolor. Trid.
(2) Simul in unum os et cor conveniant. Div. Thom. ini, dist. 17.
(8) Facile vobis cor novum et spiritum novum. Ezech., xvm, 31.
ment intérieure, cependant, en tant qu'elle fait partie d u sacrement, il est nécessaire qu'elle se manifeste par quelques signes extérieurs, afin que le prêtre puisse juger s'il y a lieu à absoudre le pénitent. Il faut aussi, en certaines circonstances, qu'elle se produise au dehors, pour détruire les mauvaises impressions que le péché a faites, pour réparer les scandales qu'il a causés, et aussi pour punir le corps, qui est l'instrument de tant d'iniquités. Quoi de plus convenable que des membres, qui ont tant de fois servi au mal, servent aussi à la justice ?
D. Pourquoi dites-vous qu'il faut que la contrition soit surnaturelle?
R. Parce qu'elle doit être excitée en nous par un mouvement du Saint-Esprit, et un motif provenant de la foi.
La Pénitence a ce merveilleux avantage entre tous les sacrements d'avoir pour matière, non un élément naturel, mais un acte surnaturel; car la contrition, qui en fait comme la base, doit être surnaturelle de deux manières, dans son principe et dans ses motifs.
1° Dans son principe. Tombés par nous-mêmes, par notre propre malice, nous ne pouvons nous relever par notre propre vertu ; il faut que Dieu vienne à notre secours et nous tende la main. La contrition est donc un don de Dieu, et elle doit être excitée en nous par le Saint- Esprit. « Si quelqu'un soutient, dit le saint concile de Trente, que l'homme peut se repentir comme il faut, pour obtenir la grâce de la justification, sans l'inspiration prévenante du Saint-Esprit, qu'il soit anathème (1). » La foi nous enseigne que, sans la grâce, nous ne pouvons absolument rien dans l'ordre du salut, que nous ne pouvons pas même prononcer le nom de Jésus, d'une manière qui
(1) Si quis dixerit sine praeveniente Spirilûs sancti inspiratione alque ejus adjulorio... hominem pœnilere posse, sicut oportet, ut ei juàtificationis gratia conferatur, anathema sit. Trid., sess. 6, c. m.
nous soit profitable ; comment donc pourrions-nous avoir, sans l'assistance du Très-Haut, cette haine du péché, qui conduit à la justification ? Hélas ! nous concevons facilement de l'horreur pour les maux de la nature ; mais nous n'avons pas si aisément horreur du péché. C'est Dieu, qui nous inspire le regret de l'avoir offensé ; et c'est à lui que nous devons le demander, comme le seul remède à nos maux.
2° Dans ses motifs, c'est-à-dire qu'il est nécessaire que la contrition soit fondée sur les motifs, que la foi nous fournit. ïl y a deux sortes de tristesse, dit saint Paul : l'une selon Dieu, qui opère la vraie Pénitence et procure le salut; l'autre selon le monde, laquelle donne la mort. Il peut donc arriver qu'on déteste le péché pour des motifs purement naturels, tels que la crainte des maux temporels qui en sont la suite, la honte qui en revient aux yeux des hommes, ou même son opposition avec les simples lumières de la raison. Ainsi, par exemple, que de fois des libertins et des intempérants ont gémi de leurs vices, à cause des infirmités qu'ils en ont contractées! Ainsi encore, un joueur déteste sa fatale passion, parce qu'elle l'a réduit à la misère; un vieillard déplore les désordres de sa jeunesse, parce qu'ils ont ruiné sa santé ; une jeune personne déteste sa faute, parce qu'elle a entraîné son déshonneur ; un écolier est fâché d'avoir été paresseux, désobéissant, parce qu'on l'a grondé ou puni ; un voleur a regret de ses injustices, de ses rapines, à cause de l'infamie qui en rejaillit sur lui, et de la prison ou de l'échafaud qui le menacent. Qui ne voit que Dieu n'entre pour rien dans ces sortes de repentirs? Ce ne sont pas tant leurs égarements que ces pécheurs détestent, que les tristes et fâcheux effets qu'ils ont produits. Or, Dieu doit-il accorder le pardon à des regrets, dont il n'est pas l'objet et qui lui sont absolument étrangers? C'est parce que le péché déplaît â Dieu, excite sa colère et attire ses vengeances, qu'il faut le détester. Ainsi la contrition, ou plutôt l'attrition, re-
quise pour le sacrement de Pénitence, doit être conçue parades motifs surnaturels, tels que la laideur du péché, connue par les lumières de la foi, la crainte des peines de l'enfer, la perte du ciel.
Cependant les adversités temporelles peuvent faire naître une véritable contrition, en nous détachant de ce monde et en élevant nos cœurs à Dieu. Ce sont des renie. les amers, mais salutaires, car le Seigneur châtie souvent ceux qu'il aime. Autrefois les Ninivites, à la menace du prophète qui leur annonçait la destruction entière de leur ville, se couvrirent de sacs et de cilices; et leur pénitence fut agréable aux yeux du Seigneur, et ils méritèrent leur grâce. Pareillement, Manassès, monstre d'impiété et de cruauté, chassé du trône, renfermé dans une étroite prison, s'humilia sous la main de Dieu qui s'appesantissait sur lui, et, par sa douleur sincère, obtint nonseulement son pardon, mais son rétablissement dans son autorité. Tout au contraire, Ésaù a beau gémir, se désoler, rugir, comme parle l'Écriture ; il ne fait point une véritable Pénitence, parce que c'est simplement l'héritage paternel qu'il regrette, et non les fautes qui lui ont mérité de le perdre. Et Antiochus, périssant misérablement, implore en vain une miséricorde qu'il n'obtient pas, parce que c'est la perte de sa vie, et non ses offenses envers Dieu, qu'il déplore. Ce sont donc nos intérêts éternels, et non ceux de cette terre, qui doivent exciter notre repentir3.
D. Pourquoi dites-vous qu'il faut que la contrition soit souveraine?
R. C'est que nous devons être plus fâchés d'avoir offensé Dieu que de toute autre chose.
Une contrition souveraine veut dire une douleur audessus de toute autre douleur ; il faut que nous soyons plus affligés d'avoir offensé Dieu que nous ne le sommes de tout autre malheur. En effet, le péché étant le plus grand de tous les maux, nous devons le haïr par-dessus
DE LA CONTRITION. 12â
tout, 1? craindre plus que la pauvreté, plus que la maladie, plus que l'infamie et que la mort même. Et, d'un autre côté, Dieu étant le souverain bien, nous devons l'aimer par-dessus tout, et être disposés à tout sacrifier plutôt que de l'offenser mortellement. Il suffit d'avoir un peu de foi pour comprendre que l'amour de Dieu, la grâce de Dieu l'emporte évidemment sur tout ; et que le plus grand des malheurs, comme le plus grand des crimes, c'est de perdre ce trésor précieux. Il faut donc que le regret, que nous ressentons d'avoir offensé Dieu, soit plus grand que celui que nous éprouverions de tout ce qui pourrait nous arriver de plus fâcheux.
Toutefois, pour que la contrition soit souveraine,il n'est pas nécessaire qu'elle soit portée au plus haut degré d'intensité. Elle peut être plus vive dans un pénitent que dans un autre, et les justifier également tous deux. La raison en est que Dieu a promis de remettre le péché, quand l'âme serait contrite; et il n'a pas déterminé la mesure ou le degré de véhémence que devrait avoir la contrition.
Il n'est pas nécessaire non plus, quand on veut s'exciter à la contrition, de se représenter à l'imagination de cruels tourments ou des pertes très-graves, de se mettre en présence de la mort, de se demander si on serait disposé à souffrir le martyre ou tel genre de supplice, plutôt que de commettre tel ou tel péché. C'est une trop forte épreuve, à laquelle on risquerait de succomber, surtout quand on est encore faible dans la foi et qu'on a les passions vives. Car l'âme, à cause de son union avec le corps, est plus fortement impressionnée par les objets sensibles et parles maux temporels que par les maux spirituels et par les objets qui ne tombent point sous les sens. Il suffit qu'on soit disposé à tout souffrir plutôt que d'offenser Dieu, et qu'on abhorre le péché plus que tout autre mal, sans néanmoins faire aucune comparaison, sans en spécifier aucun, parce que la considération des maux en particulier nous touche bien plus fortement que leur vue générale. A quoi
bon d'ailleurs se mettre en face de la mort et de tout l'appareil des tortures et s'effrayer ainsi mal à propos, quand on n'a pas la grâce nécessaire pour les affronter? Pour le moment Dieu ne nous demande ni de mourir ni de souffrir de grands maux ; il nous demande seulement de l'aimer de tout notre cœur ; et, si jamais il permet que nous soyons exposés à de graves dangers, soyons persuadés qu'alors il nous investira de sa force, et qu'il nous donnera les grâces suffisantes pour supporter toute sorte de maux, plutôt que de l'offenser. Ne soyons donc jamais assez imprudents pour nous jeter en idée dans des positions exceptionnelles, qui ne peuvent qu'alarmer notre faiblesse, parce qu'elles demandent une vertu extraordinaire, un courage héroïque, que Dieu ne met que dans l'âme de ceux qui en ont besoin, et au moment même où ils en ont besoin.
De ce que nous venons de dire, il suit encore qu'il n'est pas nécessaire que la douleur du péché soit plus sensible et plus vive, ni même aussi sensible et aussi vive que la douleur qu'on aurait des maux temporels, qui pourraient nous arriver. Car, ainsi que nous l'avons remarqué, les maux temporels tombent sous les sens, affectent nos organes, tandis que les maux spirituels ne frappent que l'esprit. Ainsi, on peut être plus sensiblement affecté d'avoir perdu son père, sa mère, un ami, que d'avoir offensé Dieu; ce qui n'empêche pas qu'on ne soit disposé à tout perdre, à tout sacrifier, père, mère, mari, femme, enfants, plutôt que d'offenser Dieu mortellement. On a donc une contrition vraiment souveraine, puisqu'on est dans la ferme résolution de préférer tout autre malheur au malheur de tomber dans le péché.
Il n'est pas nécessaire, pour que la contrition soit souveraine, qu'elle soit sensible ; et nous devons le dire pour la consolation de certaines âmes délicates, timorées, qui se tourmentent et se désolent de ce qu'elles ne sentent pas la contrition, qui voudraient la sentir comme on sent une douleur physique, une piqûre d'épingle, ou tout autre mai
qui affecte les organes ou qui serre le cœur. Elles sont donc toujours inquiètes au sujet de la validité de leurs confessions, et se font du sacrement de la réconciliation, qui devrait porter la paix dans leurs âmes, une espèce de supplice. Il faut bien se mettre dans l'esprit que la contrition est une douleur de raison plus que de sentiment, et qu'elle réside surtout dans la volonté, qui est une faculté élevée au-dessus des sens. Il ne dépend pas toujours de notre âme, embarrassée qu'elle est par les liens du corps, d'éprouver cette douleur qui fond en larmes, qui éclate en soupirs, qui brise le cœur, qui répand sur tout le visage un nuage de tristesse ; mais elle peut très -bien concevoir une horreur sincère du péché, en le regardant comme le plus grand de tous les maux. Pour cela, il suffit qu'on ait dans la volonté une douleur souveraine apprétiative, c'est-àdire qu'on ait regret d'avoir offensé Dieu, plus que de tout autre mal qui aurait pu nous arriver.
Et , pour mieux nous inculquer cette importante vérité, nous remarquerons avec le célèbre cardinal de la Luzerne qu'il y a deux sortes d'amour : l'un expansif, par lequel nous aimons avec sensibilité; et un amour de préférence, appelé par les docteurs apprétiatif, par lequel nous aimons avec plus d'estime. Nous aimons véritablement Dieu par-dessus toutes choses, quand nous le préférons à toutes choses, quand nous choisirions la privation de toutes choses plutôt que de perdre son amitié. Il en est de même de notre regret du péché : il est souverain, c'est-à-dire supérieur à tout autre, quand il l'est apprétiativement, quoiqu'il ne le soit pas sensiblement. Nous ne sommes pas toujours les maîtres de déplorer le péché avec une tendre et vive affection. Aussi Dieu, dont la sagesse miséricordieuse n'exige jamais l'impossible, ne nous l'ordonne pas. Mais notre vo^ lonté,qui est libre, peut toujours reconnaître que le péché est le plus grand des maux, le détester comme tel et préférer tout autre mal à celui de le commettre.
0 vous donc, âmes pieuses, qui vous faites à tort un
chagrin de ce que vous n'éprouvez pas sensiblement la douleur de vos péchés, rassurez-vous. Vous vous lamentez, dites-vous, à la mort d'une personne chérie, vous fondez en larmes ; et il vous est impossible de pleurer sur vos plus grandes iniquités, et voilà le sujet de votre inquiétude. Mais cette perte qui vous afflige tant, voudriez- vous la réparer au prix d'un péché mortel ? Ah ! sans doute, cette proposition vous ferait horreur. Tout perdre, tout souffrir, vous écrieriez-vous, plutôt que d'offenser Dieu mortellement. Votre contrition est donc souveraine, puisque vous préférez Dieu à toute autre chose. Si une perte temporelle vous affecte plus sensiblement, c'est qu'alors la nature parle ; mais la grâce n'a pas les mêmes mouvements ; elle agit par des ressorts moins sensibles, mais plus vigoureux. Quant à vous, pécheurs obstinés, qui, pour perpétuer vos désordres, dites que vous ne pouvez pas en ressentir la contrition, ah ! songez que votre excuse pourrait avoir quelque apparence, si l'on vous demandait une contrition tendre et expansive; mais ce n'est pas une contrition sensible, que Dieu attend de vous; c'est une contrition chrétienne, qui ne dépend que de votre volonté 3.
Que si la contrition peut être souveraine sans être sensible, il arrive aussi bien des fois qu'elle est sensible sans être souveraine. Il est des personnes au cœur tendre, à l'imagination ardente, qui semblent avoir des réservoirs d'eau dans leur tête, pour les faire couler aisément; elles s'accusent avec des yeux baignés de larmes, elles gémissent, elles se frappent la poitrine ; on est édifié de leur repentir, et il peut se faire cependant que toutes ces démonstrations ne soient que des signes équivoques de contrition. Souvent on pleure par des motifs purement humains, parce qu'on a éprouvé des tribulations, et non parce qu'on a offensé le Seigneur; et cette chaleur de tête et cette vivacité de sentiment, qui semblait animer la contrition, on la reporte quelques jours après aux plus honteuses dissolutions. 0 larmes mensongères, que vous êtes
loin de ce repentir mâle et généreux qui, d'un œii sec. témoigne à Dieu sa préférence surtout autre objet! On ne voit pas que Paul ait répandu une larme, et cependant sa conversion a été solide et durable ; Ésaû en versa d'abondantes, mais qui annonçaient l'amertume de ses regrets et non sa conversion. Un soldat pénétré jure d'un ton nerveux qu'il ne péchera plus; sa conirition naïve et souveraine vaut peut-être plus que celle d'une femme qui pleure. Quoique les larmes ne soient pas une marque certaine de contrition, on ne saurait cependant jamais en faire un plus saint usage que de les employer à pleurer ses iniquités. Le don de larmes est désirable; elles sont souvent l'expression d'une grande douleur. Selon les saints Pères, les larmes du vrai pénitent sont comme des avocats qui plaident sa cause, de puissantes médiatrices de sa réconciliation avec Dieu, et des pierres précieuses qui ornent merveilleusement son visage (1). Elles forment un heureux déluge, qui noie les péchés ; elles sont une éponge, qui purifie l'âme de toutes ses taches ; une rosée céleste , qui la rend féconde en toute sorte de vertus (2). Ce sont elles encore, qui éteignent les flammes de l'enfer, qui effacent l'arrêt de notre condamnation, et produisent comme la semence d'une joie éternelle (3). Enfin, comme c'est un signe de vie dans la vigne qu'on taille, lorsqu'on en voit découler des gouttes d'eau, ainsi, quand le cœur, percé des traits de l'amour divin, pousse des sanglots et verse des larmes^ c'est un indice que l'âme est touchée d'un repentir très-vif (4).
(1) Quid oculis Mis formosius perpeluo lacrymarnm imbre quasi margaritarum décore ornatis?D. Chrys., de Dav., hom 303 in Gen.
(2) Peccati diluvium... Magna peccatorum spongia... Mador ad proferanda virtutum germina. D. Greg. Naz., or. 3. — D Chrys., in ps. 50, — Pet. Damasc, opusc, 13, c. xn.
(3) Exlinguunt gehennam, delent sententiam... Qui seimnant in lacrymis in exultalione metent. D. Chrys., serm. 93. — Ps. cxxy.
(4) Vis compunctionis aperitporos cordis. D. Greg,. xx, Hor*
D. Pourquoi dites-vous qu'il faut que la contrition soit universelle?
R. C'est qu'elle doit s'étendre à tous les péchés, sans en excepter aucun.
Pour que la contrition puisse nous réconcilier avec le Seigneur, il faut qu'elle embrasse toutes les fautes graves que nous avons commises. La raison en est bien simple : c'est que tous les péchés mortels déplaisent à Dieu. Ne conserverait-on de l'affection que pour un seul, il est évident qu'on ne serait pas sincèrement pénitent, puisqu'on aimerait une chose qui fait injure à Dieu. Ainsi le même motif, qui nous porte à détester un péché, doit nous porter à les détester tous, puisqu'ils sont également l'offense de Dieu. Et, si on tient dans le fond de son cœur à un péché mortel, comment obtenir la grâce, qui est absolument incompatible avec toute faute grave? Un péché mortel ne peut être remis que tous les autres ne le soient en même temps, puisqu'on ne peut être tout à la fois ami et ennemi de Dieu, ami pour les péchés qu'il nous pardonnerait, ennemi pour ceux qu'il ne nous pardonnerait pas. Il faut donc rejeter loin de nous, comme nous le dit un prophète, toutes nos prévarications, sans en excepter aucune (1). Une seule tache de rouille sur un vase d'or suffit pour que Dieu le brise dans sa colère.
Dans l'ancienne loi, il y avait divers sacrifices ; la nouvelle ne veut que des holocaustes, c'est-à-dire qu'il faut immoler à Dieu la victime tout entière, sans se permettre la moindre réserve, sous peine de faire injure au Seigneur (2). Par la foi, nous immolons à Dieu notre raison, en adhérant humblement à toutes les vérités révélées; et refuser de croire un seul article de foi, c'est se perdre devant Dieu, comme si l'on n'en croyait aucun. La confes-
(1) Projicileàvobisomnesprsevaricatione^vesiras.£^ec/i.)xviu,31, (î) Odio habens rapinam iii hoiocausto. Is., lxi, 8.
sion est un sacrifice des lèvres; et retenir volontairement un seul péché mortel, ce n'est pas faire une confession, mais un sacrilège. La contrition est un sacrifice du cœur, et il faut l'immoler tout entier au Seigneur. Conserver quelque affection déréglée, se réserver un seul péché qu'on ne déteste pas, ce n'est pas faire pénitence, ce n'est pas mériter le pardon, c'est se rendre de plus en plus abominable aux yeux du Seigneur.
Hélas ! même parmi les personnes qui se flattent le plus de régularité, combien en trouve-t-on qui ont un certain péché, pour lequel elles conservent plus d'attache, qui est comme le favori de leur cœur ! On sera exact à la prière, assidu aux offices, et on ne voudra pas renoncer à la médisance, à la paresse. On sera officieux, charitable, on versera d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres, et on ne voudra pas renoncer à ses plaisirs, on se laissera dominer par la volupté. On sera de mœurs austères, rigides, mais trop vif sur le point d'honneur ; on s'emportera pour la moindre contradiction, on ne pourra supporter le moindre mépris. Ainsi, tout en faisant à Dieu le sacrifice des autres péchés, il y a presque toujours dans le cœur quelque secret retranchement, où l'on met à couvert quelque péché d'attache. On imite Saùl, qui ne voulut immoler à Dieu que ce qu'il y avait de plus vil, et qui épargna le roi Agag, à qui précisément Dieu en voulait. Que sert-il de briser ses chaînes, lorsqu'il en est encore une qu'on affectionne, et par laquelle on tient au démon 4 ?
Bien que la contrition doive s'étendre à tous les pécnés, il n'est pas nécessaire de les détester chacun en particulier, et de produire autant d'actes de contrition qu'on a commis de péchés; cela ne serait pas toujours possible. Il suffit que, par un seul acte de contrition, on les déteste tous en général. Néanmoins, afin d'en concevoir plus facilement de l'horreur, il est bon de les repasser en détail dans l'amertume de son cœur, de bien considérer la laideur
spéciale de chacun, sauf toutefois de ceux auxquels il serait dangereux de s'arrêter, comme, par exemple, les péchés contre l'angélique vertu, et de se bien pénétrer des divers motifs propres à nous les faire détester. C'est ce que saint Grégoire appelle donner des larmes particulières à chaque péché particulier, expliquant ainsi ces paroles du Prophète : « Mes yeux ont répandu plusieurs ruisseaux de larmes (1). »
Quand nous disons que la contrition doit s'étendre à tous les péchés, nous entendons surtout parler des péchés mortels ; quant aux péchés véniels, comme ils ne font pas perdre totalement la grâce, il n'est pas absolument nécessaire que la contrition les embrasse aussi tous ; mais cela est souverainement désirable. Elle n'est pas bien vive, la contrition qui ne regrette que les crimes les plus graves, et ne compte pour rien les fautes plus légères. Peut-on regarder comme bien attaché au Seigneur celui qui, se bornant à ne pas lui faire de sanglants outrages, se réserve de l'offenser sur des points moins importants 1
Telles sont les conditions d'une véritable contrition. Maintenant, à quelles marques pourra-t-on connaître qu'on l'a réellement au fond du cœur ? On ne peut dire rien de certain à cet égard, puisque personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. Dieu seul, dont i'œil pénètre jusqu'aux plus secrets replis de notre conscience, connaît au juste la valeur de nos regrets. Nos larmes elles-mêmes, ainsi que nous l'avons dit, si abondantes qu'elles soient, ne peuvent nous rassurer sur la sincérité de notre pénitence, puisqu'elles ne sont souvent que l'effet du tempérament, de l'imagination, d'une certaine sensibilité naturelle ! Quand donc pourra-t-on juger avec quelque fondement qu'on a eu cette contrition réelle, salutaire, qui
(1) -Divisiones aquarum deduxerunt oculimei. Thrm.> m, 48. — Divisas aquas ex oculis deducimus, quandô singulis peccatis dispertitas lacrym<!*s damus. Pastor., III pars., admonit. 30.
fléchit le courroux céleste et mérite la grâce de la justification?* Voici ce qu'on peut dire de plus précis sur ce sujet. On peut compter sur la validité de la contrition :
1° Quand on a commencé une vie meilleure, en s'appliquant à réparer ses fautes par de bonnes œuvres. C'est surtout par les fruits de la contrition qu'on peut juger de sa sincérité.
2<> Quand on s'accuse avec humilité et componction, et non comme un homme qui raconterait une histoire.
3° Quand, depuis la résolution qu'on a prise de se convertir, on a fui les occasions du péché, en s'imposant une surveillance active, portée jusqu'au sacrifice, quoi qu'il en puisse coûter. Hélas ! que de fois on a dit à Dieu : « Plutôt mourir, Seigneur, que de vous offenser ! » Et cependant, s'il faut s'imposer quelque privation, subir quelque gêne, on recule. Est-ce donc la mort que Dieu nous demande ? C'est le sacrifice de notre amour-propre, c'est le sacrifice d'un vain plaisir qu'il exige ; et il nous répugne de lui faire ce sacrifice, et nous le lui refusons, et nous osons lui dire : « Plutôt mourir, Seigneur, que de vous offenser ! »
4° Quand on est disposé à l'expiation de ses fautes par une pénitence même pénible, par une humble obéissance. Il ne faut pas s'en tenir à une simple haine spéculative du péché, laquelle se trouve quelquefois dans les plus grands pécheurs. C'est par une détestation pratique, efficace, qui, selon l'expression de saint Paul, détruise en nous le corps du péché, que nous reconnaîtrons si nous avons été véritablement pénitents.
5° Quand on persévère dans la douleur et la détestation de ses péchés, quand on en conserve toujours un souvenir amer, une confusion profonde. Bien superficiel est le regret qui se dissipe en un moment; bien peu profondes sont les impressions qui s'effacent sitôt. Comment concilier avec une conversion sincère ces rechutes, qui suivent immédiatement la pénitence et qui se répètent si fréquemment! Et à ceux qui chercheraient à s'excuser sur la
violence de leurs tentations, ne serait-on pas en droit de dire : Prenez garde, ce ne sont pas vos tentations qui ont été trop fortes, c'est votre repentir qui a été trop faible ; vous n'êtes pas redevenus pécheurs, car vous n'aviez pas cessé de l'être ; et, lorsqu'aux pieds du ministre de la réconciliation, vous protestiez de votre haine pour le péché, votre cœur démentait votre bouche.
0 mon Dieu, ô bonté suprême, une fois que j'aurai eu le bonheur de me réconcilier avec vous, faites que je m'attache inviolablement à votre service, et que rien ne puisse jamais me séparer de votre saint amour.
TRAITS HISTORIQUES
1. Déchirer ses vêtements comme Saûl, dormir dans le sac et sous le cilice comme Achab, rugir comme Ésaù, multiplier les promesses comme Antiochus, avouer son crime et se punir comme Judas, ce n'est pas encore être converti.
Pharaon dit : Peccavi, et sa pénitence ne fut qu'un regret naturel, qui eut pour motif des craintes humaines. Saùl dit : Peccavi; mais en même temps il demande à Samuel de l'honorer devant le peuple, et craint de perdre sa couronne. Judas dit : Peecavt; et avec quelle sévérité il s'est puni ! Que lui a-t-il manqué P II n'a su ni espérer ni aimer. David, au contraire, a dit : Peccavi, et il ajoute : C'est contre le Seigneur, contre le Dieu qui pardonne; et combien je regrette d'avoir besoin de pardon! L'enfant prodigue a dit: J'ai péché ; mais c'est mon père qui sera mon juge. — Gémissez sur vos iniquités, dit saint Corysostome, non à cause de la punition, car ce ne serait rien, mais pa^ce que vous avez offensé un Dieu si bon, et qui vous a tant aimés.
2. Quel jugement porte-t-on des conversions des marins, au fort de la tempête? Qu'attend-on de leurs promesses? On parle d'une personne du monde qui, naturellement sauvage, devenait tout à coup affable et gracieuse, et montrait la bonté la plus communicative, alors qu'un orage éclatait. Tel était son effroi qu'aussitôt elle •'approchait de tout le monde, et faisait mille questions obligeantes. Voyait-elle un éclair, elle leur serrait la main ; pour un coup de tonnerre, elle vous eût embrassé. Mais, le beau temps revenu, elle reprenait sa roideur, son silence, son air farouche, passait devant tout le monde, sans faire attention à personne, jusqu'à ce qu'un
nouvel orage vînt lui ramener sa peur et son affabilité : trop juste image de la dévotion de plusieurs, qui cesse avec le péril.
Mérault, Enseign.
Parabole.
Un médecin fut un jour appelé successivement auprès de troi* malades, qu'il trouva dans des dispositions bien différentes.
Le premier se laissa tranquillement examiner par le docteur, et répondit sans difficulté à toutes ses questions. Celui-ci ayant calculé tous les symptômes de la maladie, crut devoir commencer la cure par une saignée, et il l'ordonna, Mais notre homme se récria aussitôt, et déclara nettement qu'il ne voulait point être saigné. Le médecin lui représenta que c'était une préparation nécessaire aux autres remèdes qu'exigeait son état. « Je ne veux, répondit-il, ni de votre saignée ni de vos remèdes. » — « Quoi donc, dit le docteur, prétendez-vous qu'on évacue sans purgations cet amas d'humeurs, qui estleprincipe de votre mal?»— «Ah 1 ne me parlez pas de purgations,» reprit le malade avec vivacité. — Le docteur eut beau argumenter contre lui ; jamais il ne put lui faire entendre raison. 11 prescrivit néanmoins, en terminant sa visite, un certain régime, la diète, des tisanes, etc. ; mais le malade refusa obstinément toutes les potions qu'on lui présenta, et ne voulut point contraindre en rien son appétit et sa sensualité.
Le second malade, que notre médecin visita, ne se montra pas tout à fait si rebelle à ses ordonnances. Il souffrit avec docilité qu'on lui ouvrît la veine, une première et même une seconde fois; mais il se révolta contre la diète rigoureuse qu'on lui prescrivait, et il ne s'y astreignit pas. Il consentit encore de bonne grâce à prendre différentes boissons, qui lui furent ordonnées; mais, quand il fut question de le purger, on trouva une résistance invincible, et il fut impossible de le déterminer à prendre aucune espèce de médecine.
Enfin, le troisième malade, qui avait appelé noire docteur, lui déclara d'abord qu'il se livrait entièrement à ses soins. « Vous êtes un habile homme, lui dit-il, vous savez votre métier, ordonnez tout ce que vous jugerez nécessaire pour ma guérison ; coupez, tranchez tout ce que vous voudrez ; je me soumets à tout. »
Ces trois malades sont la figure de trois sortes de pécheurs, qui s'adressent au ministre du sacrement de Pénitence, pour obtenir la guérison de leurs maladies spirituelles.
Les premiers refusent absolument de se soumettre aux règles qu'on leur prescrit, de s'astreindre à certaines pratiques, de prendre certaines précautions, qu'on juge nécessaires pour prévenir les re-
«hutes. Tout cela leur paraît trop gênant, trop assujettissant; etilsne peuvent se résoudre à se faire tant de violence.
Les seconds disputent avec leurs confesseurs ; ils veulent bien faire quelque chose ; mais ils ne veulent pas faire tout. Ils consentent à réciter certaines prières, mais non à fuir certaines sociétés. Ils s'obligent volontiers à faire des lectures de piété ; mais non à sortir de l'occasion prochaine ; ils souffrent sans répugnance qu'on les éprouve ; mais ils fixent eux-mêmes dans leur esprit le terme de ces épreuves, et ils se révoltent, si on les prolonge au delà de ce terme.
Enfin les derniers s'abandonnent aveuglément à la conduite du guide qu'ils ont choisi ; et, quelque rigoureuses que soient les lois qu'il leur impose, ils acceptent tout, ils se soumettent à tout, ils accomplissent tout.
Tous ces pécheurs prétendent avoir une sincère volonté de se corriger de leurs mauvaises habitudes ; mais il en est d'eux comme des malades de notre parabole. Tous les trois disent hautement qu'ils veulent être guéris ; cependant il est sensible qu'il n'y a que le troisième qui ait à cet égard une volonté véritable, et que les deux autres n'ont que des velléités. De même, parmi ces divers pénitents, il n'y a que ceux de la dernière classe qui veuillent sincèrement se corriger ; les autres n'en ont que des désirs inefficaces et illusoires.
Suite des Paraloles.
Antiochus Épiphane, roi de Syrie, revenant de Perse, où il avait appris la défaite de ses généraux par les Juifs , se hâtait d'aller à Jérusalem pour la raser jusqu'à terre, lorsque, ses chevaux courant avec impétuosité, il tomba de son chariot, et eut tout le corps meurtri par cette chute, de sorte qu'il en sortit comme une source de vers. Il commença donc à quitter ce grand orgueil dont il était possédé, et à entrer dans la connaissance de lui-même, en étant averti par ses douleurs, qui redoublaient à tout moment. « Il est juste, dit-il alors, que l'homme soit soumis à Dieu ; et que celui qui est mortel, ne s'égale pas au Seigneur souverain. » Il promit de réparer tout le mal qu'il avait fait aux Juifs et à Jérusalem, de faire des dons précieux à Dieu dans le temple qu'il avait pillé ; d'y augmenter le nombre des vases sacrés, de fournir de ses revenus les dépenses nécessaires pour les sacrifices. Il s'engagea même à se faire juif, et à parcourir toute la terre pour publier la toute-puissance de Dieu. Enfin, il désigna son fils Antiochus pour régner après lui, espérant qu'il se conduirait avec modération et avec douceur.
Quelle pénitence fut jamais plus parfaite et plus exemplaire." Qui est le confesseur en ce temps-ci qui, ayant entendu toutes ces protestations de la bouche d'un pénitent, ne les prît pour véritables et ae se tînt assuré de son salut après sa mort ? Mais les jugements de Dieu sont bien différents de ceux des hommes. Écoutez le jugement
qu'en porte la sainte Écriture, inspirée de Dieu même : « Ce scélérat, dit-elle, priait le Seigneur, de qui il ne devait point recevoh- miséricorde. » Le Saint-Esprit déclare que ce roi n'était qu'un méchant, et que tous ses témoignages de repentir, toutes ses belles promesses ne furent pas capables d'attirer sur lui la miséricorde de Dieu ; quoiqu'on ne puisse pas dire qu'en pariant ainsi il ait usé de feinte et d'hypocrisie, puisque sans doute il croyait parler sincèrement et du cœur, comme tant de personnes font aujourd'hui, qui se trompent elles-mêmes les premières, et qui ensuite trompent les autres. Mais ce n'était que la violence des maux que souffrait ce roi impie, qui le faisait ainsi parler et agir ; tout cela ne parlait que d'un mouvement purement humain. Cet exemple ne fait-il pas bien voir que, pour une véritable conversion et pour s'assurer de la contrition d'un pécheur, il faut autre chose que des paroles?
3. Un domestique, revenant du catéchisme, fut interrogé par son maître sur ce qu'il y avait appris; il répondit en soupirant : «J'ai appris que je suis damné. » — « Pourquoi ?» lui demanda le maître.— « Parce que le catéchiste a dit qu'il faut être plus fâché de ses péchés que de la mort de son père ; or, j'ai eu beaucoup plus de douleur de la mort de mon père que de mes péchés. » — Le maître lui dit qu'il n'avait peut-être pas bien compris. Il lui expliqua la doctrine du concile de Trente sur la contrition, en lui disant : « Ne vois-tu pas que la douleur des péchés est d'une espèce et d'une nature toute différente de la douleur qu'on éprouve, quand on vient à perdre son père ? La première est une haine et une détestation du mal commis ; la seconde est un effet de la tendresse naturelle, qui existe dans le cœur des enfants envers leurs parents. Hais-tu le péché? Es-tu résolu de plutôt mourir que de commettre de nouveau le péché? Si tuas ces sentiments, tu as la douleur nécessaire, lu as une véritable contrition. » À ces mots, le bon domestique respira ; il remercia sincèrement son maître de l'avoir éclairé et tiré de l'erreur où il était, erreur qui aurait fini peut-être par le conduire au désespoir.
L'abbé Salvatori, Réflexions proposées aux pécheurs.
4. On a chacun un péché dominant que l'on quitte rarement, et pour lequel on se damne souvent. Goliath était tout armé de fer; il n'avait qu'un petite space du front découvert entre les deux yeux ; il périt par là (1). — La statue de Nabuchodonosor avait la tête d'or, la poitrine et les bras d'argent, et le reste de bronze, de fer ou d'airain; mais elle avait les pieds d'argile, et, une pierre les ayant louches, elle fut abattue et brisée en pièces (2). De même il y a des chrétiens
(1) I. fleg.,xvn, 49 (5) Dan., n, 34.
13o HLiTIÈHE LEÇON.
qui ont la tête d'or, c'est-à-dire qui font plusieurs prières ; les bras d'argent, qui distribuent plusieurs aumônes, mais qui ont les pieds d'argile, c'est-à-dire un attachement criminel.
L'infidèle Jéricho doit tomber tout entière, au bruit des trompettes évangéliques ; il n'en faut point sauver, comme Achar, ni la règle d'or, ni le manteau d'écarlate. L'enfer fait sa proie d'une seule iniquité mortelle.
Vouloir n'être à Dieu que pour un temps, c'est n'avoir pas encore commencé d'être à lui.
Le vertueux dauphin, père de Louis XVI, disait à un de ses officiers qu'il aimait : « Croyez bien qu'il ne s'agit pas de servir Dieu, comme on sert les princes, par quartiers. »
Saûl recul de Dieu l'ordre de mettre à mort tous les Amaléciteset leurs troupeaux, et de brûler tout ce qui leur appartenait. Il exécuta cet ordre, mais imparfaitement; il conserva leur roi et les effets les plus précieux, et mérita par sa désobéissance que Dieu le maudît. Plusieurs pénitents font comme Saùl : ils se proposent d'éviter certains péchés ; mais ils conservent des fréquentations dangereuses, des biens qu'ils ne possèdent pas en sûreté de conscience, des rancunes et des désirs de vengeance contre le prochain. Ils voudraient partager leur cœur, en donner la moitié à Dieu et la moitié au démon. Le démon s'en contente; mais Dieu ne s'en contente pas. — Le trait de Salomon est connu. Deux femmes vinrent à lui, réclamant un enfant que chacune d'elles prétendait lui appartenir. Salomon ordonna que l'enfant fût partagé et que chacune en eût la moitié (1). L'une se tut; mais la véritable mère dit : « J'aime mieux qu'un autre possède mon fils vivant, que de le voir mourir. » Salomon connut ainsi qu'elleétait la véritable mère, et lui rendit son fils. De même le démon, qui est notre ennemi, et non pas notre père, se contente d'une partie de notre coeur ; mais Dieu, notre vrai père, le veut tout entier.
Ligdori, Instruct.
Saint Sébastien, martyr, avait le don de guérir les infirmités, par un signe de croix. 11 alla voir un jour Croatius, qui était malade, et lui promit la santé à condition qu'il brûlerait ses idoles. Celui-ci en brûla un grand nombre; mais il s'en réserva une à laquelle il tenait fortement, et, par conséquent, n'obtint pas sa guérison. Il s'en plaignit ensuite au saint, qui lui répondit qu'il ne lui servait de rien d'avoir brûlé ses idoles, puisqu'il en avait gardé une. De même il ne sert de rien de détester quelques péchés mortels, si on ne les déteste tous sans exception.
Esclave d'un seul vice, que vous servira d'être exempt de tous les autres? Un forçat de galère n'a qu'un pied à la chaîne ; ne lui serait-
(i) Dividite infantem vivum. III. Reg., m, SS.