‹ Nouvelle explication du Catéchisme de RodezChapitre 7 sur 30 · SUITE DU SACREMENT DE PÉNITENCE. — DE LA SATISFACTION · texte numérisé non relu

SUITE DU SACREMENT DE PÉNITENCE. — DE LA SATISFACTION

PREMIÈRE INSTRUCTION

Nécessité de la Satisfaction. — Œuvres salisfactoires. — Satisfaire au prochain.

D. Qu'est-ce que la SatisfactioD ?

R. C'est la pénitence que le prêtre nous impose.

Le mot satisfaire signifie faire assez, c'est-à-dire contenter une personne qu'on a offensée, en réparant Fin jure qu'on lui a faite, ou le dommage qu'on lui a causé. Or, le pécheur, en offensant Dieu, en contractant des vices, en commettant le péché, contracte aussi l'obligation de se soumettre à la punition due à son péché. Car, ainsi que Ta très-bien dit saint Augustin, toute iniquité, petite ou grande, doit être nécessairement punie, ou par le pénitent lui-même, ou par un Dieu vengeur (1 ) ; et, en cent endroits des Ecritures, il nous est expressément recommandé de faire pénitence, d'expier nos péchés par les jeunes, les larmes, les cilices, sous peine de périr éternellement. La Satisfaction consiste donc dans la réparation de l'injure faite à Dieu par le péché.

D. Pourquoi le prêtre nous impose-t-il une pénitence?

R. C'est afin que nous nous punissions nous-mêmes de nol péchés, pour satisfaire, selon notre pouvoir, à la justice de Dieu que nous aTons offensé.

(1) Omnis iniquitaa, parva magnave sit, puniatur necesse est aui ab ipso pœnitente, aut à Deo vindicante. D. Aug.

Ouand on déteste bien ses péchés, on est saisi d'une sainte indignation contre soi-même ; et on ne craint pas de se punir, pour le malheur que Ton a eu d'offenser le Seigneur. Cette Satisfaction que la nature elle-même nous inspire, la religion nous la commande, et Jésus-Christ en a fait une partie, sinon essentielle, du moins intégrante, du sacrement de Pénitence, de telle sorte qu'il faut avoir la volonté de remplir cette condition absolument nécessaire, pour obtenir la rémission de ses péchés; et, sans cette volonté bien sincère, l'absolution serait nulle. Remarquons toutefois que la Satisfaction, quoique nécessaire, n'est pas absolument essentielle à la validité du sacrement. Ainsi, par exemple, si un pénitent se trouve en danger de mort et qu'il ne puisse accomplir la pénitence, l'absolution qu'on lui donne n'est pas moins valide; il suffit qu'il ait le désir de satisfaire à Dieu, quand il le pourra. Ainsi encore, si quelqu'un, ayant d'abord l'intention d'accomplir sa pénitence, ne l'accomplit pas ensuite par négligence, l'absolution est toujours valide ; mais il pèche, en ne rendant pas au Seigneur ce qu'il lui a promis et ce quil lui doit K

D. L'absolution ne remet-elle pas toute la peine due au péché ?

R. Non, l'absolution ne remet que la peine éternelle due au péché ; mais le pécheur doit toujours subir une peine temporelle, en cette vie ou dans l'autre.

Le péché produit en nous deux effets déplorables : il nous rend ennemis de Dieu et dignes de l'enfer. Or, l'absolution, en effaçant la tache hideuse que le péché a imprimée dans notre âme, nous réconcilie avec Dieu, et nous délivre de la peine éternelle, que nous avions encourue par notre péché. Mais, tout en nous pardonnant ainsi, le Seigneur exige une peine temporelle, que nous devons subii en cette vie ou dans l'autre. S'il se contentait du simple changement de vie, la facilité du pardon pourrait devenir un encouragement au crime. Mais, dans le sacrement de

Pénitence, il fait un mélange de miséricorde et de justice : par sa miséricorde, il remet au pécheur l'offense qu'il a faite à sa Majesté suprême, et il lui remet aussi la peine éternelle qu'il a méritée; par sa justice, il le condamne à une peine satisfactoire, afin qu'à l'avenir il se tienne sur ses gardes. Dieu agit à notre égard comme un créancier, qui donne à son débiteur le capital, exigeant néanmoins de lui les intérêts de quelques années, comme une espèce d'hommage. Voilà comment le Seigneur pardonne, mais à celui qui se punit lui-même (1).

Dans le sacrement de baptême, le Seigneur use envers nous d'une plus grande indulgence, nous remettant à la fois et le péché et toute la peine due au péché. Mais la Pénitence, disent les saints Pères, est un baptême laborieux, qui, en nous purifiant de nos souillures, exige de notre part des réparations, pour l'offense faite à Dieu. Et n'est-il pas juste, en effet, que Dieu traite différemment ceux qui ont péché par ignorance avant le baptême, et ceux qui, après avoir reçu le don du Saint-Esprit et avoir été délivrés de la servitude du péché et du démon, n'ont pas craint d'offenser de nouveau le Seigneur et de violer son temple? Aux premiers, miséricorde pleine et entière, sans ombre de restriction; aux autres, miséricorde aussi, s'ils se repentent, mais à la charge par eux de subir une peine satisfactoire. Cette conduite de Dieu n'est pas moins conforme à sa clémence qu'à sa justice, puisqu'il veut par là nous inspirer une plus vive horreur du péché et nous prémunir contre les rechutes. Aussi le saint concile de Trente, parlant de ces pénibles exercices que la Pénitence renferme, marque qu'il-s sont des freins contre le péché, des remèdes contre nos mauvaises habitudes, aussi bien que des caractères de notre ressemblance avec Jésus-Christ satisfaisant pour nous, et des gages de la vie éternelle (2).

(1) Ignoscit, sed seipsuni punienti. D. Aug.

(2) Magnoperè à peccato r-vocant, et quasi fraeno quodam coercent.... Accedit ad haec quod... Christo Jesu... conformes efficimur.

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Or, que Dieu, tout en déployant sa miséricorde envers le pécheur par la rémission qu'il lui accorde de la peine éternelle, le condamne cependant à une peine temporelle, c'est une vérité de foi, niée par les protestants, mais clairement consignée dans les saintes Écritures, constatée par l'enseignement de tous les siècles et par la pratique universelle de tous les saints pénitents.

En remontant jusqu'à l'origine du monde, nous voyons que Dieu, tout en pardonnant les péchés des hommes, ne laisse pas que de leur infliger une punition temporelle.

Adam, le premier homme, a été aussi le premier pécheur ; Dieu lui pardonne, et en même temps il le chasse du paradis terrestre, et le condamne à une vie de peines, de douleurs, de souffrances.

Aaron et Moïse étaient les amis privilégiés du Seigneur; et cependant, pour une faute légère, Dieu les punit sévèrement, même après leur avoir assuré que leur faute était pardonnée. Il leur continue ses faveurs et son assistance ; mais il leur refuse l'entrée de la terre promise, après laquelle ils avaient si ardemment soupiré.

Rien de plus solennel que le pardon accordé à David. Le prophète Nathan lui est envoyé de la part de Dieu, pour lui annoncer que le Seigneur a transporté, c'est-à-dire remis son péché, a Levez- vous, lui dit le piophète, vous n'avez plus aucun sujet de vous affliger; vous êtes pleinement justifié devant Dieu. » Mais il lui déclare aussi qu'il doit expier son crime, et que, pour cette raison, son enfant, le fruit de son iniquité, lui sera ravi.

Ainsi aucun péché ne doit rester impuni ; et c'est sous l'influence de cette conviction que Job fait pénitence dans la cendre et la poussière (i), et que les Ninivites s'efforcent d'apaiser le Seigneur par le jeûne et les cilices (2).

certissimam quoque inde arrham habentes quôd, si compatimur, et conglorifieabimur. Trid., sess. 14, c. vin.

(1) A go pœnitentiam in favillâ el cinere. Job.y xlii, 6.

(?) Ion., cap. ult.

Sous la Loi de Grâce, pourra-t-on citer une seule pénitence, qui n'ait été faite dans les exercices laborieux d'une austère Satisfaction ? Pierre a-t-il cessé de pleurer un seul jour de sa vie le malheur qu'il avait eu de renoncer son maître ? Et la Magdeleine, à qui Jésus-Christ avait dit : a Vos péchés vous sont remis, » quelles rudes mortifications n'a-t-elle pas pratiquées ! Parcourez les annales de l'Église, vous serez étonnés des rigoureuses pénitences que, dans ses premiers et ses plus beaux jours, elle faisait subir aux pécheurs. Or, pourquoi tant de sévères expiations? Pourquoi tant de jeûnes, de veilles, de cilices? Direz-vous que tant d'illustres pénitents ont été dans l'erreur? que c'est contre toute raison qu'ils se sont livrés à des tourments, non-seulement inutiles, mais encore injurieux à la satisfaction de Jésus-Christ ?

Car voilà la grande raison des protestants : Jésus-Christ, disent-ils, a satisfait surabondamment pour nous; et c'est faire injure à la pénitence de ce divin Sauveur, à ce sang si pur, dont une seule goutte aurait suffi pour sauver le monde entier, que de croire qu'il soit nécessaire d'y ajouter une pénitence humaine.

Sans doute, Jésus-Christ a satisfait pour nous, et l'Église catholique ne prétend rien ajouter aux mérites de cette satisfaction, car le sang du Sauveur est d'un prix infini. Mais, parce que l'œuvre de notre Rédemption a été de tout point parfaite et complète et qu'elle a donné à la justice divine une satisfaction pleine et entière, faut-il en conclure que nous sommes exemptés de toute coopération de notre part? et que, sans rien faire, nous pouvons jouir pleinement de ce bienfait de la Rédemption ? Mais alors pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il dit qu'il nous fallait porter sa croix et le suivre? A quoi bon amasser des trésors de mérites par nos bonnes œuvres, puisque le Fils de Dieu a mérité pour nous d'une manière infinie? Qui ne voit qu'en poussant les conséquences de ce raisonnement, on anéantit tout acte de religion ? En effet, Jésus-Chiist a prié pour

DE LA SATISFACTION. lit

nous, il s'est humilié pour nous, et qui oserait dire que nous sommes exempts de prier et de nous humilier?

De plus- n'est-il pas déraisonnable de vouloir se reposer, parce que le maître travaille ? Quoi ! le Fils de Dieu aura subi pour notre salut la plus affreuse de toutes les morts; et nous, sans prendre la moindre part à ses souffrances, sans entrer pour rien dans le sacrifice d'expiation qu'il a offert pour nous, nous recueillerions, dans une tranquille inaction, le prix de son sang! Nous offenserions mille fois le Seigneur ! et, du sein des plaisirs, nous irions à la grâce de la réconciliation, sans qu'il nous en coûtât h moindre effort ! Tout le poids de la vengeance divine serait tombé sur le Juste, sur le Saint par excellence, et les pécheurs ne subiraient aucune peine ! Est-ce conforme aux idées que nous avons de la justice divine ? Est-ce conforme à la reconnaissance, à l'amour, que nous devons avoir pour Dieu ?

Aussi la foi nous enseigne-t-elle que, bien que Jésus- Christ ait pleinement satisfait pour nous, il faut cependant que le bénéfice de cette rédemption générale soit appliqué à chacun de nous individuellement, car le sang de Jésus- Christ ne justifie que ceux sur lesquels il coule. Et comment nous en faisons-nous l'application? Par les sacrements d'abord, et ensuite par les œuvres satisfactoires, par les prières, par les aumônes, en unissant nos peines, nos souffrances, à celles que Jésus- Christ a endurées pour nous. C'est ce que saint Paul nous marque expressément quand il dit : a J'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ (1). » Ce grand apôtre était bien loin de croire que la passion de Jésus-Christ fût imparfaite, et que ses souffrances fussent un supplément de cette satisfaction divine ; mais elle était imparfaite quant à l'application qu'il voulait en faire dans sa chair ; et voilà pourquoi il se réjouissait dans les souffrances qu'il endurait.

(1) Adimpleo ea qnae desunt passionum Christi in carne mei? Coloss., I, 24.

Mais, disent encore les hérétiques, Dieu ne nous pardonne donc qu'à demi. — Quoi ! Dieu nous remet entièrement la peine éternelle, due au péché, et on oserait dire qu'il ne pardonne qu'à demi ! Il nous traite avec la plus grande miséricorde; mais il nous traite aussi en Dieu juste et sage, qui sait parfaitement concilier les droits de sa justice avec ceux de sa miséricorde. Il est d'ailleurs entièrement maître de ses dons, et il les accorde à telles conditions qu'il lui plaît. Remarquons encore que, dans son infinie bonté, non content de remettre la peine éternelle, il remet même la peine temporelle à ceux qui ont la contrition parfaite. Mais qui peut se flatter d'avoir cette charité vive et ardente, qui purifie de tout péché? Il faudrait une révélation particulière, pour en être sûr. Et, quand même on en serait assuré, cela n'empêcherait pas de se livrer aux exercices de la Pénitence, dont le triple effet est d'expier les péchés passés, de nous prémunir contre les rechutes et de nous rendre semblables à Jésus-Christ. Bien loin de négliger les œuvres de Pénitence, plus on aime Jésus- Chiist, plus on désire de porter sa croix. Ceux qui ont horreur de la Satisfaction et qui n'en font aucun acte, montrent par là même qu'ils n'ont aucune douleur de leurs péchés, ni aucun amour pour Dieu *.

D. Quelles sont les œuvres par lesquelles nous pouvons satisfaire à la justice de Dieu ?

R. Elles peuvent se réduire à la prière, au jeûne et à l'aumône

Ces trois genres de satisfaction correspondent à la triple concupiscence, dont parle l'apôtre saint Jean. Par le jeûne nous réprimons la concupiscence de la chair, par l'aumône la concupiscence des yeux, par la prière l'orgueil de la vie. Aussi l'archange Raphaël, parlant à Tobie, élève-t-il ces bonnes œuvres au-dessus de tous les trésors de la terre (1). Nous pouvons donc satisfaire à Dieu :

(1) Bona est oratio cum jejunio et eleeuiosynâ magis quàm ihesauros auri recondere. Tob , xn, 8.

1° Par la prière, et, sous ce nom, on comprend tous les exerci-ces de piété, l'assistance aux offices de l'Église, la méditation des vérités éternelles, les lectures pieuses, les saintes aspirations à Dieu, la visite au saint sacrement, le chemin de la croix, etc., etc. Mais, pour que ces diverses manières de prier servent à expier nos fautes, il faut les animer de l'esprit de pénitence et les offrir à Dieu, en réparation de l'injure que nous lui avons faite par nos désobéissances. Par la prière, nous satisfaisons à Dieu spécialement pour les offenses de Tordre spirituel, c'est-à-dire pour les péchés que nous avons commis directement contre Dieu, soit en ne lui rendant pas les hommages que nous lui devons, soit en nous acquittant mal de nos devoirs religieux.

2° Par le jeûne. Par ce mot, on entend non-seulement certains retranchements dans la nourriture, mais encore toutes les privations qu'on s'impose, toutes les mortifications qu'on peut pratiquer, comme, par exemple, la mortification des yeux, de la langue, des oreilles, de l'amourpropre, de la curiosité. Par le péché, nous avons abusé de nos sens intérieurs et extérieurs; par la pénitence, il faut les punir de leurs écarts et les tenir sous la règle. Le jeûne est surtout destiné à expier les péchés qui souillent le corps.

3° Par l'aumône, c'est-à-dire par toutes les œuvres de la miséricorde corporelle ou spirituelle, comme, par exemple, secourir les pauvres, servir les malades, visiter les prisonniers, instruire les ignorants, consoler les affligés, reprendre charitablement ceux qui font quelque faute. Voilà des pratiques excellentes, qui attirent sur nous la grâce de Dieu. L'aumône, a dit l'Esprit-Saint, est aussi puissante pour abolir les crimes que l'eau pour éteindre le feu (1). L'aumône est le meilleur moyen de satisfaire à Dieu, pour l'abus qu'on a fait des biens de ce monde.

(1) Ignem ardentem extinguit aqua et eleemosyna resistit pece* tU. Eccl., ni, 33.

D. Ne pouvons-nous pas satisfaire à Dieu par les afflictions qu'il nous envoie?

R. Oui, pourvu que nous les recevions de la part de Dieu, avec soumission et avec patience.

La bienfaisante miséricorde du Seigneur a varié les moyens de Satisfaction, afin que, dans quelque position qu'on se trouve, on ait toujours de quoi satisfaire à la justice divine. Ainsi, à part les œuvres expiatoires dont nous nous chargeons nous-mêmes, à part les pénitences que le confesseur nous impose, nous pouvons encore satisfaire à Dieu par les tribulations qu'il nous envoie, si nous les mettons à profit par la résignation, la patience et l'humilité.

Or, que de maux nous sommes exposés à endurer dans cette vie, soit de la part de Dieu, comme les maladies, la pauvreté, les revers de fortune, les travaux pour pourvoir à notre subsistance; soit de la part des hommes, comme les injures, les calomnies, les affronts; soit de la part des éléments, comme les pluies, la stérilité, le froid, le chaud. Ces diverses tribulations sont une monnaie excellente pour acquitter la dette contractée par nos prévarications ; et telle est la tendresse de notre Père céleste à notre égard, qu'il veut bion accepter comme réparation du péché, des fléaux destinés primitivement à être le châtiment du péché, nous faisant ainsi trouver le remède dans les effets mêmes du mal. Doctrine consolante, bien propre à adoucir l'amertume des peines et des afflictions, que nous éprouvons dans le cours de cette vie.

Mais, pour que ces diverses tribulations nous soient profitables, il faut les supporter avec une patience chrétienne, dans la vue d'expier nos péchés, n'oubliant pas que nous sommes mille fois dignes de tout châtiment. Car s'en plaindre, en murmurer, se révolter contre la main qui nous frappe, c'est changer le remède en poison, et irriter le Seigneur, au lieu de l'apaiser. Ne vaut-il pas mieux souf-

frir par vertu ce que nous souffrons d'ailleurs par nécessité ? Oh î que de gens, livrés à des occupations pénibles, à la culture des terres, à un dur métier, trouveraient dans leur travail une ample satisfaction pour les dettes qu'ils ont contractées envers Dieu, s'ils n'en perdaient tout le fruit faute de soumission à la volonté divine, ou bien par~e qu'ils n'agissent que par des motifs purement humains, ^t qu'ils n'offrent jamais leurs peines à Dieu ! Pour nous, ayons soin de faire tout tourner au profit de notre âme, sachant bien qu'un moment de peine nous vaudra un poids éternel de gloire (1).

D. Nos satisfactions et nos pénitences tirent-elles leur vertu de nos propres mérites î

R. Non, elles tirent leur force et leur vertu de la satisfaction de Jésus-Christ.

De nous-mêmes nous ne pouvons rien, car il ne peut y avoir aucune proportion entre nos offenses et tout ce que nous pourrions offrir à Dieu. C'est le prix infini du sang de Jésus-Christ, qui fait tout le mérite de nos faibles œuvres, qui les anime de sa puissante et infaillible efficacité, qui les divinise en quelque sorte, et les rend dignes d'être présentées à la Majesté suprême. Ce n'est donc que par les mérites de Jésus-Christ et en union avec lui, que nous pouvons satisfaire à Dieu. Indépendamment des mérites de Jésus-Christ, les œuvres les plus excellentes de pénitence ne serviraient de rien ; mais, unies avec le sang et les mérites du Sauveur, elles acquièrent une valeur infinie, « L'homme n'a donc point sujet de se glorifier, dit le concile de Trente; mais toute notre gloire est en Jésus-Christ. C'est en lui que nous vivons, en lui que nous méritons, en lui que nous satisfaisons, en produisant de dignes fruits de pénitence (2). »

(1) Momentaneum ac levé tribulationis aeternum gloriae pondus operatur in nubis. II. Cor-, n, 17

(2) Trid.,sess. i4, c. \al.

D. Ne faut-il satisfaire qu'à Dieu ?

R. Il faut aussi satisfaire au prochain, quand on lui a fait tort dans ses biens ou sa réputation, et réparer les scandales qu'on a causés.

Rendez ce que vous devez (1), c'est un principe de droit naturel. Il est certains péchés qui, outre l'offense qu'ils font à Dieu, causent encore du tort au prochain ; et Dieu veut qu'à la Satisfaction qui lui est duc, nous joignions celle que nous devons au prochain, en le dédommageant de tout le préjudice que nous lui avons porté. Or, comme on peut nuire au prochain de quatre manières, ou dans ses biens, ou dans son honneur, ou dans son corps, ou dans son âme, il faut aussi remédier à ces suites pernicieuses du péché. Réparez donc tout le tort que vous avez fait au prochain :

1° Dans ses biens. Avez-vous enlevé injustement le bien d'autrui; il faut restituer. Sans restitution, point de rémission. Si vous êtes pour le moment dans l'impossibilité absolue de restituer, ayez du moins l'intention de le faire au plus tôt, et prenez pour cela tous les moyens convenables.

2° Dans son honneur. Lui avez-vous ravi la considération dont il jouissait, en l'accablant de vos médisances, de vos calomnies, en révélant ses fautes secrètes, en vous exprimant sur son compte dans des termes propres à le déshonorer; rendez-lui cet honneur que vous lui avez enlevé. C'est pour vous une obligation de justice d'autant plus stricte, qu'une bonne réputation est le plus précieux des trésors, et vaut plus même que la vie.

3° Dans sa personne. Vous l'avez blessé, injurié, maltraité, réparez cette faute par l'humilité de vos excuses et la sincérité de votre réconciliation, et ne tardez pas à le dédommager de toutes les pertes qu'il a essuyées pai suite de vos emportements.

4° Dans son âme. Vous avez blessé, vous avez peut-être

(1) Redde quod debes. Math., xyiu, 28.

tué par vos scandales cette âme faite à l'image de Dieu, c'est le plus grand mal que vous puissiez faire à un homme; puisque par là vous l'exposez à manquer son salut; vous devez donc réparer tout le désordre que vous avez causé. Mais

D. Comment répare-t-on le scandale?

R. En le faisant cesser, et ei édifiant par toute sa conduite.

Faire cesser le scandale, c'est la première chose que doit aire un pécheur. Qu'il mette donc fin à ces habitudes perverses, qui sont une occasion continuelle de ruine pour les âmes; car s'il persévère dans sa mauvaise voie, il ne fait que s'enfoncer de plus en plus dans l'abîme, lui et les malheureux qu'il entraîne dans sa perte. Mais de plus il faut qu'il édifie par toute sa conduite. Ainsi, à la place de ces paroles grossières, de ces discours obscènes, de ces poj indécentes, de ces mondanités qui ont fait le désordre de sa vie, qu'on remarque en lui un air de recueillement, de modestie et de piété, qu'il ne sorte de sa bouche que des paroles honnêtes ; qu'il oppose aux vices auxquels il a été sujet les vertus qui leur sont contraires, la douceur à la colère, l'humilité à l'orgueil, la sobriété à l'intempérance. Que par ses bons exemples, ses discours édifiants et s^s salutaires conseils, il porte tousceux qu'il a scandalisés à louer et à glorifier le Seigneur, et qu'il s'efforce pendant toute sa vie de gagner à Dieu autant d'âmes qu'il en a perdues.

Soyez l'exemple des fidèles, a dit le grand Apôtre, j ar vos paroles, par votre conduite, par votre foi, votre charité et votre chasteté (1).

TRAITS HISTORIQUES

1 . Dans la primitive Égli.-e, ceux à qui il était prescrit de faire pénitence publique, venaient le premier jour du carême se présenter à la porte de l'église, en habits pauvres, sales et déchirés, car tels étaient chez les anciens les habits de deuil, non-seulement chez les

(1) Exemplum esto fidelium in verbo, in conversatione, in fide; in eharitaie, in castitate. I. Tim., iv, 12.

Juifs, mais chez les Grecs et les Romains même, à la fin du quatrième siècle. Étant entrés dans l'église, ils recevaientde la main dû prélat les cendres sur la tête, et les cilices pour s'en couvrir; puis ils demeuraient prosternés, tandis que le clergé et tout le peuple faisaient rçour eux des prières à genoux. Le prélat faisait une exhortation, pour les avertir qu'il allait les chasser pour un temps de l'église, comme Dieu chassa Adam du paradis pour son péché, leur donnant courage et les animant à travailler; ensuite il les mettait hors de l'église, dont les portes étaient aussitôt fermées devant eux ; les pénilentî demeuraient d'ordinaire enfermés et occupés à divers exercices laborieux. On les faisait jeûner tous les jours et très-souvent au pain et à l'eau, ou avec quelque autre sorte d'abstinence, selon leur péché, selon leurs forces et leur ferveur. On le3 faisait prier longtemps à genoux ou prosternés, veiller, coucher sur la terre, distribuer des aumônes selon leur pouvoir. Pendant la pénitence, ils s'abstenaient non-seulement des divertissements, mais encore des conversations, des affaires et de tout commerce, même avec les fidèles, à moins d'une grande nécessité, lis ne sortaient que les jours de fêtes ou de station, auxquels ils venaient se présentera la porte de l'église, ce qu'ils observaient pendant quelque temps. Ensuite on les faisait entrer pour entendre les lectures et les sermons, mais à la charge de sortir avant les prières. Puis ils étaient admis à prier avec les fidèles, mais prosternés, et enfin à prier debout avec les autres.

Les conciles elles écrits des saints Pères indiquent quelle était la pénitence publique, que l'Église imposait pour des péchés connus et énormes.

Cette pénitence consistait en quatre degrés, qui étaient ceux des pleurants, des écoutants, des prosternés et des consistants. — Les pleurant* étaient, aux heures des offices, dans un vestibule sans toit, placé au-devant de l'église, où il leur était défendu d'entrer. Us se tenaient à genoux, gémissant sur leurs péchés, et ils conjuraient les fidèles qui y entraient de prier pour eux. — Les écoutants étaient appelés ainsi, parce qu'ils étaient admis aux instructions sans pouvoir assister au saint sacrifice. — Les prosternés étaient prosternés contre terre pendant qu'on faisait sur eux des prières ; ils étaient admis à celles qui précédaient la célébration des divins mystères; mais ils étaient obligés de sortir de l'église, aussitôt après la lecture de l'Évangile. — Les consistant pouvaient assister au sacrifice de la messe dans son entier ; mais il ne leui était pas permis de communier. Les pécheurs scandaleux passaient successivement par ces divers degrés de pénitence, et ils y demeuraient plus ou moins, selon la grandeur de leurs péchés.

Par exemple, celui qui avait tué un homme volontairement, était quatre ans en^e les pleurants, c'est-à-dire qu'il se trouvait à la porte

de l'église aux heures de la prière, et demeurait dehors, non pas ious le vestibule, mais dans la place, exposé aux injures de l'air. Il était revêtu d'un cilice, il avait de la cendre sur la lête, et se laissait croître la narbe. En cet état, il priait les fidèles, qui entraient dans l'église, d'avoir pitié de lui et de prier pour lui; et, en effet, toute l'Église priait pour les pénitents, comme elle fait encore pendant le carême. Les cinq années suivantes, il était au rang des auditeurs; il entrait à l'église pour entendre les instructions; mais il demeurait sous le vestibule avec les catéchumènes, et en sortait avant que les prières commençassent. De là, il passait au troisième rang, et priait avec les fidèles , mais au même lieu, près de la porte, prosterné sur le pavé de l'église, et il sortait avec les catéchumènes. Après qu'il avait été sept ans en cet état, il passait au dernier, où il demeurait quatre ans, assistant aux prières des fidèles, et priait debout comme eux, mais sans qu'il lui fût permis d'offrir ou de communier. Enfin, les vingt ans de la pénitence étant accomplis, il était reçu à la participation aux choses saintes, c'est-à-dire à l'Eucharistie.

Fleury, Mœurs des Chrét.

2. La ville deThessalonique s'étant révoltée, l'empereur Théodose, au lieu d'employer pour la punir les mesures régulières d'une sévèrô justice, s'abandonna à l'emportement naturel de son caractère, et donna dans sa colère l'ordre barbare de massacrer, au milieu dune fête publique, tous ceux des malheureux habitants que le sort présenterait au glaive des soldats. Cet arrêt sanguinaire fut exécuté, et plus de sept mille personnes, sans distinction d'âge, de sexe ni de rang, en furent les victimes. Théodose séjournait à Milan; saint Ambroise, archevêque de cette ville, crut ne pas devoir permettre l'entrée de l'église à un prince souillé par un si cruel carnage. Également incapable de faiblesse dans l'exercice de son ministère et d'arrogance vis-à-vis d'un souverain d'ailleurs si respectable, le saint évêque attendit l'empereur à l'entrée du vestibule du temple, et lui déclara, avec une expression môlée de fermeté et de douleur, l'im* possibilité où il était d'admettre à ia patticipation des saints mystères, celui qui, sans examen des coupables, venait, par un pur mouvement de colère, de répandre tant de sang.

< Retirez-vous, lui dit-il, et n'ajoutez pas un nouveau crime à ceux que vous avez déjà commis. » Théodose cita l'exemple de David, qui s'était rendu coupable d'un homicide ; Ambroise lui répondit : < Puisque vous l'avez imité dans son péché, imitez-le aussi dans sa pénitence. » L'empereur, n'ayant eu rien à répliquer à cette parole, se retira avec soumission et les larmes aux yeux dans son palais. 11 s'abstint d'aller à l'église pendant huit mois entiers, vivant comme an pénitent indigne de participer aux saints mystères avec les fidèles;

et il se soumit volontiers à la pénitence publique, que loi imposa saint Ambroise.

Tbéodose commença donc à quitter tous les ornements impériaux, dont il ne voulut point se revêtir pendant le cours de sa pénitence. Il pleura publiquement le pécbé, qu'il avait commis par surprise plutôt que par malice. Sozomène, historien ecclésiastique, dit mwne que l'empereur confessa publiquement son péché dans l'église. Il y assistait aux prières publiques, dans la posture du monde la plus humiliée, non debout ou à genoux, comme les autres, mais le visage prosterné contre terre, disant avec le roi pénitent: « Mon âme est demeurée attachée au pavé ; Seigneur, rendez-moi la vie selon votre parole. » Il se frappait le front et la poitrine ; il demandait pardon à Dieu avec larmes et gémissements, donnant par là des marques sensibles d'un cœur brisé de douleur. Pour se préserver à l'avenir du mal qu'il avait commis, i! porta une loi, qui suspendait les exécutions à mort trente jours après la sentence rendue. C'est ainsi, dit saint Ambroise, qu'un empereur n'a point rougi de faire une pénitence, que des particuliers auraient eu honte d'entreprendre ; et il n'y eut dans la suite de sa vie aucun jour, où le souvenir de son péché ne lui causât de la douleur et de l'affliction.

Saint Aisbr. — Théodoret. — Sozom.

Un solitaire dit un jour à un saint abbé, nommé Pimène, qu'i avait commis un grand péché ; et il lui demanda ce qu'il devait faire pour en obtenir le pardon. Le saint abbé répondit: t Éloignezvous du lieu où vous demeurez, d'autant d'espace de chemin que vous pourrez en faire en marchant continuellement pendant trois jours et trois nuits ; et jeûnez un an entier jusqu'au soir. » — cMais si je meurs avant la fin de l'année, répondit le solitaire, que deviendrai-je ? » — « Si vous êtes résolu d'observer fidèlement la pénitence que je vous ai imposée, dit le saint abbé, quand bien même vous mourriez en ce moment où je vous parle, j'espère de la miséricorde de Dieu qu'il recevra votre pénitence, comme si vous l'aviez entièrement accomplie. »

Âct. et Par. remarq. des Pères des Déserts.

Evrard, comte de Mons, ressentait la plus vive douleur d'une faute qu'il avait faite à la guerre dans le Brabant. L'expédition finie, il se déguisa sous un habit pauvre, et partit à minuit, sans être connu de personne, pour faire un pèlerinage à Rome et à Compustelle. A son retour, il se loua pour garder, sous les frères convers. les pourceaux d'une ferme appartenant à l'abbaye de Morimond Quelques années après, un domestique attaché à deux officiers, qn\ avaient autrefois servi sous lui, étant venu à la ferme demander le chemin, le reconnut à sa voix et aux traits de son visage. Surpris, il court vers ses maîtres, et leur fait part de sa découverte. Ceux-ci se rendcii* sans

délai au lien indiqué, et reconnaissent Evrard, malgré les efforts qu'il fait d'abord pour se déguiser. Ils l'embrassent, en pleurant de joie, et lui donnent toutes les marques possibles de respect. L'abbé, informé par eux de ce qui leur était arrivé, se rend à la ferme. Il interroge le saint pénitent, qui lui avoue la vérité et lui confesse son ancienne faute, en versant un torrent de larmes. L'abbé l'exhorta à prendre l'habit religieux, et à venir dans le monastère achever le sacrifice de sa pénitence. Evrard obéit avec humilité, et fit profession. Il fonda en 1142 l'abbaye d'Einberg en Allemagne, et celle du mont Saint-George dans la Thuringe. Il est parlé de sa bienheureuse mort, dans le nécrologe de Cîleaux, sous le 20 mar3.

God., 20 août.

L'empereur Henri III, surnommé le Noir, étant mort, l'impératrice Agnés; voyant qu'on lui avait ôté la conduite du roi Henri IV, se relira en son particulier, l'an 1062, résolue de passer le reste de ses jours en personne privée ; et, quelque temps après, elle renonça au monde °,l vint à Rome, où elle se mit sous la conduite du bienheureux Pierre Damien, cardinal-évêque d'Ostie, comme il le rapporte lui-môme dans une lettre qu'il lui écrivit. Il dit que cette sainte veuve, étant venue dans l'église de Saint-Pierre de Rome, le fit asseoir devant l'autel et lui fit sa confession générale, depuis l'âge de cinq ans, s'nceusant exactement de tous les mouvements de sensualité, de toutes les pensées et de toutes les paroles superflues, dont elle se put souvenir, et accompagnant saconfession de gémissements et de larmes. A quoi il ajoute qu'il ne lui imposa point d'autre pénitence, sinon de continuer la vie humble, austère et mortifiée qu'elle avait embrassée, et qui édifiait toute l'Église. En effet, ses jeûnes et ses veilles semblaient excéder les forces ordinaires de la nature ; ses habits étaient très-pauvres, ses aumônes immenses, et sesprières continuelles. Elle mourut à Rome en 1077. B. Pétri Dam., 1. vu, epist. 5.

Cet instinct, qui porte l'homme à se châtier lui-même pour les crimes qu'il a commis, se trouve jusque chez les peuples idolâtres. Rien n'égale les cruautés que les bonzes ou moines chinois exercent sur leur corps. On en voit qui traînent des chaînes longues de trente pieds, et qui crient dans les rues : « C'est ainsi que nous expions nos péchés. » D'autres se tiennent sur les bords des grands chemins et dans les places publiques, en se frappant la tête avec un gros caillou, jusqu'à ce qu'on leur ait donné quelques pièces. Plusieurs se brûlent des drogues sur le crâne. Quelques-uns se font porter dans une chaise bien fermée et si bien hérissée de clous de tous les côtés, qu'ils ne pourraient s'appuyer sans se blesser. « Ayei compassion de nous, disent-ils, nous noussommesenfermés nus dans ces chaises, pour le bien de nos âmes, bien résolus de n'en sortir \amais, que l'on n'ait acheté les deux mille clous qui y sont attachés.

Chaque clou vaut six sous ; mais il n'y en a aucun qui ne soit une lource de bénédictions dans vos maisons. » C'est ainsi que ces malheureux unissent la cupidité à la superstition.

A Quilaxara, dans la province de Travancor, on célèbre chaque douzième année un affreux jubilé. Le Raja de cette province fait dresser un magnifique théâtre dans la grande place; il y monte, et là, en présence de tout le peuple, après avoir fait ses prières à ses Dieux, il leur offre un sanglant sacrifice de sa personne. D'abord il se coupe le nez, ensuite les lèvres et les oreilles qu'il présente à ses idoles, et enfin il se coupe la gorge. — Ces fanatiques Indiens, qu'on appelle les crieurs d'Amack, et les pénitents de Narsingue sont aussi barbares envers eux-mêmes. Dans leurs fêtes solennelles, ils se présentent devant leurs Dieux comme des criminels, les mains liées derrière le dos et le corps percé de pointes de fer. D'autres s'arment d'un couteau et se découpent la chair, en prononçant ces mots : «Je me découpe ainsi pour l'amour de Dieu,» et, lorsqu'ils sont prêts à rendre le dernier soupir, ils prononcent ces paroles : « C'est pour l'amour de mon Dieu que je me suis offert à la mort. > Les cendres de ces martyrs sont sacrées pour les Indiens, qui les regardent comme un préservatif sûr contre tous les accidents de la vie.

H ist. des peuples.

Voilà comment le démon aveugle ces malheureux infidèles ; M se plaît à voir couler leur sang, parce qu'il est le plus cruel ennemi des hommes, et des populations entières subissent son joug affreux. Le Dieu des chrétiens ne nous demande que quelques légers sacrifices pour noire bonheur, comme étant les véritables et les seuls remèdes à nos maux ; et nous ne voulons pas nous y soumettre !

DEUXIEME INSTRUCTION

Diverses sortes de Satisfactions. — Qualités de la satisfaction. — Prétextes qu'on allègue pour se dispenser de satisfaire à Dieu. — Quand et comment il faut accomplir la pénitence imposée par le confesseur.

Diverses sortes de Satisfactions.

On distingue la satisfaction volontaire et la satisfaction sacramentelle. La première est ainsi appelée, parce que nous nous l'imposons librement à nous-mêmes, soit avant, soit après la confession. La confession sacramentelle est

celle que le prêtre nous impose au saint Tribunal, et qui fait partie du sacrement de Pénitence. Ordinairement, la pénitence imposée par le confesseur est bien loin de suffire pour expier les péchés. Pour ne pas rebuter les pécheurs et afin de condescendre à leur faiblesse, le ministre des miséricordes divines ne leur impose que des pénitences assez légères, et souvent pour des péchés énormes. Il faut donc que le pécheur s'impose à lui-même des pénitences plus fortes, afin de rendre à Dieu, autant que possible, une Satisfaction pleine et entière. Car, ne l'oublions jamais, Dieu ne nous pardonne nos fautes qu'à condition que nous ne nous les pardonnerons pas à nous-mêmes, et, si nous voulons qu'il use d'indulgence à notre égard, traitons-nous avec sévérité.

Les pénitences sacramentelles ont une vertu plus considérable que toutes celles que nous pouvons nous infliger volontairement, parce qu'elles sont fondées sur l'obéissance que nous rendons à Jésus-Christ et à l'Église, et surtout à cause de leur liaison avec le sacrement de Pénitence, étant ordonnées par l'institution divine pour racheter les peines dues aux péchés. Comme eltes puisent, d'une manière toute particulière, leur efficacité dans le sang de Jésus-Christ, elles expient plus sûrement nos fautes que toute autre œuvre satisfactoire, fût-elle dix fois, vingt fois plus grande. Aussi les chrétiens instruits, bien loin de les trouver jamais trop fortes, sont-ils les premiers à demander à n'être pas ménagés, parce qu'ils savent bien qu'ils acquitteront beaucoup mieux leurs dettes envers la justice divine par ce qui leur sera imposé au saint tribunal, que par tout ce qu'ils pourraient faire d'eux-mêmes.

Qualités de la Satisfaction.

Le saint concile de Trente dit expressément a qu'il est o du devoir des ministres de l'Église d'imposer aux péi cheurs des Satisfactions convenables et salutaires, pro-

« poHiormées à la qualité des péchés et à la faculté des pé- « nitents. Car, n'imposant que des peines légères pour des « fautes grièves, ils connivent avec les péchés d'autrui, et « s'en rendent participants par cette criminelle indula gence. Qu'ils ne perdent donc jamais de vue que la pé- « nitence, qu'ils doivent enjoindre, ne doit pas avoir seu- « lement pour but de soutenir le pécheur dans la vie « nouvelle qu'il a commencée, et de remédier à ses infira miles passées, mais qu'elle doit aussi le punir des fautes « dont il s'est confessé (1). »

Il faut donc que la pénitence soit :

1° Proportionnée aux péchés, non sans doute en ce sens qu'elle égale la grandeur de nos offenses, car Jésus-Christ seul a pu offrir à Dieu une réparation telle que l'exigeait l'énormité infinie du péché, mais proportionnée à nos péchés considérés relativement à nous-mêmes, à leur nombre, à leur grièveté, à leur durée. A leur nombre, car plus un pécheur a commis d'iniquités, plus il est coupable. A leur grièveté. Que la mesure des punitions soit celle des délits, a dit l'Esprit-Saint (2). Des offenses légères, dit saint Augustin, peuvent s'expier par des peines légères; mais des offenses grièves demandent de graves châtiments. Un grand pécheur doit être un grand pénitent. Et vous, hélas! qui êtes si puissants dans l'iniquité, vous vous contenteriez de quelque Satisfaction légère (3). Vous vous croiriez quittes envers Dieu pour quelques actes passagers de religion, qui ne coûtent rien à la sensualité ! A leur durée: quand on a persévéré longtemps dans le mal, la pénitence ne doit pas finir sitôt. Quoi ! vous avez blanchi peut-être sous le joug de l'iniquité, et vous êtes impatient de secouer le joug delà mortification chrétienne! Que de gens, qui ne comptent presque tous les moments de leur vie que par

(1; Trid., sess. 14, c. xvm.

(2) Pro mer.surâ delicti erit et plagarum modus. Deut., xxv, ?.

(3) Qui potens es in iniquitate. Ps. li, 3.

leurs crimes, et qui voudraient borner leur pénitence à quelques instants, et renfermer, dans l'espace de quelques jours ou de quelques heures, la Satisfaction des péchés, qui ont duré des années entières !

2° Convenable aux facultés du pénitent, et d'abord convenable à ses facultés physiques, c'est-à-dire à son tempérament, à l'état de sa santé, à sa fortune, au genre de ses occupations. Il serait contre la prudence d'ordonner des jeûnes ou des mortifications corporelles à une personne d'une santé faible, des aumônes à un homme qui peut à peine se procurer le nécessaire. Le confesseur doit aussi avoir égard aux dispositions morales du pénitent, car il doit compatir aux infirmités corporelles et spirituelles de ses frères. Il se gardera donc bien d'effrayer un pécheur, nouvellement converti, par des rigueurs intempestives. Il vaut mieux, a dit Gerson, envoyer un pénitent en purgatoire avec une légère pénitence, que de le précipiter en enfer avec une plus grande qu'il n'accomplirait pas (1). On peut avoir une contrition suffisante pour obtenir la rémission de ses péchés, sans avoir encore assez de force pour accomplir tout ce que réclame la justice divine.

3° Salutaire, c'est-à-dire la plus utile au salut de chacun. C'est à la prudence du confesseur à choisir ce qu'il croira être le plus avantageux à son pénitent.

Eu égard aux effets qu'elles produisent, les pénitences sont afflictives ou vindicatives, et spécifiques ou médicinales: afflictives, parce qu'elles ont pour objet de punir le péché et de venger Dieu; médicinales, lorsqu'elles ont pour but de préserver le pécheur de nouvelles chutes. Les pratiques médicinales sont jusqu'à un certain point afflictives, puisqu'il en coûte à notre nature corrompue de résister au mal et de réprimer les passions ; et les peines afflictives sont aussi plus ou moins médicinales, puisque toute

(1) Gers, ad Sacram Pœnit.

pratique expiatoire est un remède contre le péché. Les pénitences médicinales varient suivant les différentes espèces de péchés. Ainsi

A l'orgueil, on doit opposer des pratiques d'humilité, comme, par exemple, choisir la dernière place, se soumettre à tous, porter des habits simples, considérer son propre néant, méditer sur la mort.

A V avarice, on oppose l'aumône, le détachement du monde, la méditation fréquente de cette parole si énergique du Sauveur : Que sert-il à l'homme de gagner l'univers entier , s'il vient à perdre son âme ?

Pour l'envie, on la combat, en se pénétrant bien des sentiments de la charité fraternelle, en priant pour ceux dont on a été jaloux, en réparant le tort qu'on leur a causé.

Pour la luxure, on ne peut la vaincre que par la fuite des occasions prochaines, par la rupture des liaisons criminelles ou dangereuses, et généralement par l'éloigne- :nent de tout ce qui peut faire naître l'idée du mal. Il faut aussi, quand on veut sérieusement se préserver de ce vice, fuir l'oisiveté, veiller sur tous ses sens et particulièrement sur les yeux, afin qu'ils ne s'arrêtent sur aucun objet qui puisse les séduire. Enfin, qu'on se dise souvent à soimême : Que ferais-tu maintenant, si tu devais mourir aujourd'hui? Que voudrais-tu avoir fait à l'article de la mort, lorsque tu paraîtras au tribunal du souverain juge?

A la gourmandise, on doit opposer le jeûne, ou du moins quelque privation dans le boire ou le manger, la fuite des cabarets, l'habitude de se contenter de la nourriture la plus simple et la plus frugale, et de ne dépasser jamais les bornes de la nécessité.

On se préserve de la colère, en s'exerçant à la douceur, à la patience, en s'habituant à garder le silence, lorsqu'on se sent trop ému. Si on est sujet à blasphémer dans ses emportements, on dira souvent ce verset de l'oraison dominicale : « Que votre saint nom soit sanctifié. »

Enfin, si on est sujet à la paresse, on s'efforcera d'en

guérir, en accomplissant fidèlement tous ses devoirs, et spécialement ceux qui regardent le soin de l'âme.

C'est ainsi que les plus vicieux se réforment, en prenant le pli opposé *.

Il faut faire pénitence, qui est-ce qui en doute ? Mais cette funeste sensualité, qui est la cause de nos fautes, nous empêche aussi de les expier. On regarde comme excessive la pesanteur de la croix de Jésus-Christ, comme impossible la victoire sur soi-même, comme impraticables le renoncement à ses mauvais penchants, la réforme de ses habitudes, et, pour se soustraire au devoir de la pénitence, on cherche mille futiles prétextes.

Prétextes qu'on allègue pour se dispenser de faire pénitence.

Le jeûne fatigue; on a l'estomac si délicat ! L'aumône ? Mais comment la faire? on a une famille nombreuse, des parents à assister. Les lectures pieuses? L'assistance aux offices? Mais on n'en a pas le temps; la position où on se trouve, ne le permet pas. Quelque petit quart d'heure de méditation? Mais c'est impossible; jamais on n'a pu méditer. — Que d'illusions ne se fait-on pas ! que de raisons frivoles on allègue ! Vous ne pouvez, dites-vous, ni jeûner ni faire l'aumône. Ah! prenez garde de ne pas trop vous flatter. Ne pouvez-vous pas retrancher quelque chose de vos repas? Et tant de dépenses inutiles que vous faites peutêtre, ne pourriez-vous pas les réduire, pour soulager les pauvres? Vous n'avez pas le temps de prier, de lire, de inéditer. Vous trouvez bien cependant le temps pour des lectures mondaines, souvent même dangereuses, pour des conversations inutiles ; et vous n'avez pas un instant à donner à Dieu pour l'expiation de vos péchés! Vous ne savez pas méditer. Mais, quand vous avez une affaire à laquelle vous attachez un peu d'importance, vous l'avez continuellement présente à votre esprit, vous l'examinez sous toutes ses faces, vous la tournez et retournez de tous

côtés. Et l'affaire du salut, ne sera-t-elle pas digne de fixer un instant votre attention ?Si vous voulez rentrer en vousmême, vous comprendrez facilement que ce n'est pas le pouvoir de satisfaire qui vous manque, mais la bonne volonté. Et ce qui doit confondre votre lâcheté, c'est que les pénitences qu'on vous propose ne sont rien, en comparaison de l'enfer que vous avez mérité. Quoi! vous avez delà peine à payer un centime, quand on vous remet cent mille francs? Si on ne vous demande pas autant que vous devez, du moins payez autant que vous pouvez.

Que sont encore nos pénitences actuelles, en comparaison de celles que la primitive Église imposait aux fidèles ? En voulez-vous avoir une idée? Ecoutez. Voici ce que portent les anciens canons pénitentiaux :

Pour avoir travaillé un jour de dimanche ou de fête, trois jours de jeûne au pain et à l'eau ; pour avoir dansé devant l'église, trois autres jours de jeûne; dix, pour avoir parlé pendant le service divin; vingt pour n'avoir pas observé un jeûne prescrit par l'Église.

Pour avoir maudit son père ou sa mère, quarante jours de pénitence; pour leur avoir fait une injure notable, trois ans; pour les avoir battus, sept ans.

Pour avoir eu un mauvais désir, dix jours de pénitence; pour des discours ou des regards lascifs, vingt jours; pour le crime d'adultère, cinq ans; pour un sacrilège, dix ans.

Oh ! que nous sommes éloignés de cette salutaire rigueur ! Cependant la grièveté du péché est toujours la même, et les règles de la justice divine n'ont pas changé. Au jour du jugement, Dieu usera envers nous d'autant plus de sévérité, que nous nous serons traités avec plus de délicatesse.

Manière d'accomplir la pénitence sacramentelle.

La satisfaction étant une partie intégrante du sacrement de la réconciliation, il est certain que le confesseur

doit toujours imposer une pénitence, à moins que le pénitent ne soit hors d'état d'en accomplir aucune, comme pourrait être un moribond. De son côté, le pénitent est tenu d'accepter la pénitence qui lui est enjointe, et de la mettre à exécution. S'il recevait l'absolution sans avoir l'intention de l'accomplir, ce serait une preuve qu'il n'a pas la contrition, et il se rendrait coupable de sacrilège, en privant le sacrement d'une de ses parties essentielles. Dans les premiers siècles, l'Église n'admettait au bienfait de la réconciliation que ceux qui avaient terminé le cours de leurs œuvres satisfactoires. Depuis longtemps, pour s'accommoder à notre faiblesse, elle a adouci la sévérité de cette règle, elle a permis d'absoudre; mais elle exige qu'on soit disposé à accomplir la Satisfaction. De là, la distinction entre la Satisfaction promise et la Satisfaction effectuée ,ou la Satisfaction dans le vœu et la Satisfaction en réalité. La première est une partie essentielle du sacrement ; sans elle, point de rémission; la Satisfaction réelle n'est pas une partie essentielle, mais intégrante; elle complète le sacrement. Nous rappellerons ici ce que nous avons déjà dit dans l'instruction précédente, que si, après avoir reçu la pénitence dans le dessein de l'accomplir, on la néglige ensuite par paresse, par indifférence, on pèche, parce qu'on frustre par sa faute le sacrement de son intégrité, et qu'on montre par là qu'on a peu de respect pour les choses saintes, peu de repentir de ses iniquités et peu de reconnaissance pour le Seigneur ; mais ce péché subséquent ne rend pas invalide l'absolution, qu'on a reçue précédemment dans de bonnes dispositions.

Si le pénitent trouve la pénitence trop forte ou trop difficile à faire, il peut le représenter à son confesseur ; et celui-ci, après avoir examiné ses raisons, s'il les trouve bonnes, doit compatir à sa faiblesse et adoucir la pénitence. Que si le confesseur ne veut pas la modérer, le pénitent a la faculté de recourir à un autre confesseur.

Le pénitent doit faire sa pénitence par lui-même, parce

que c'est une obligation personnelle. Prétendre l'accomplir par un autre, ce serait une chose absurde.

Il faut l'accomplir

1° Telle qu'elle a été prescrite. On ne peut la commuer de sa propre autorité, même en une œuvre évidemment meilleure. Si quelque incident survenu la rend impraticable ou dangereuse, c'est au juge qui l'a infligée, qu'il faut s'adresser pour en obtenir le changement.

2° En la manière qu'elle a été prescrite, c'est-à-dire se conformer à toutes les formalités indiquées par le confesseur, et, par conséquent, se tenir à genoux, ou prosterné contre terre, ou les bras étendus, selon que cela a été ordonné. L'obéissance qu'on doit au ministre de Jésus- Christ et le respect dû au sacrement exigent qu'on ne s'écarte en rien de ce qui a été commandé.

Les prières imposées pour pénitence doivent être articulées ou prononcées distinctement. Quant aux lectures de piété, il suffit de les faire avec attention, sans articuler.

3° Entièrement. En omettre une partie considérable c'est faire injure à Dieu à qui on néglige de satisfaire, au sacrement qu'on laisse imparfait, à l'Église à qui on désobéit dans la personne do son ministre.

4° Au temps marqué, soit pour ne pas s'exposer au danger de l'oublier, soit parce que le confesseur a eu peutêtre d'excellentes raisons de l'assigner en tel temps plutôt qu'en tel autre, voulant exciter la vigilance, ou prémunir contre des fautes qu'on pourrait commettre en telle ou telle circonstance. Si le temps n'est pas marqué, on doit la faire le plus tôt possible, moralement parlant, car il ne faut pas tarder à payer ses dettes. Si la pénitence est grave et surtout médicinale, il y a péché mortel à la différer longtemps, par exemple, deux ou trois mois.

5° Avec un véritable esprit de componction, l'unissant aux souffrances de Notre-Seigneur sur la croix. Celui qui n'y apporterait aucune attention se ferait de sa pénitence même une nouvelle matière de pénitence.

6° En état de grâce, autant que possible. Nos œuvres ne peuvent être méritoires et agréables à Dieu, qu'autant qu'elles sont animées par la charité. Rigoureusement parlant, on satisfait à l'obligation de la pénitence, pourvu qu'on fasse l'œuvre commandée, alors même qu'on serait en état de péché mortel. Mais, dans ce triste état, si on acquitte sa dette, on ne mérite pas la grâce de Dieu. On est comme un débiteur qui paie ce qu'il doit, mais sans pouvoir acquérir l'amitié de son créancier ni rentrer en grâce avec lui. Saint Alphonse et plusieurs docteurs disent même qu'il y a péché véniel pour celui qui satisfait en état de péché mortel, parce que son péché met obstacle à l'effet partiel du sacrement, qui est la remise de la peine temporelle. Accomplissez donc votre pénitence dans l'état de charité, puisque par là vous vous ouvrez plus facilement les portes du ciel. Que si, après l'absolution, vous avez le malheur de tomber dans une faute grave, c'est une raison de plus pour vous d'accomplir ponctuellement la pénitence, puisque vous êtes devenu encore plus redevable à la justice divine. Pour avoir contracté une nouvelle dette, se croirait-on dispensé de la première ?

Si on oublie la pénitence, il faut avoir soin de s'en faire imposer une nouvelle.

Voici trois règles essentielles de Pénitence :

4° Retrancher toute superfluité, et par conséquent ne donner rien à 1a vanité, au luxe, à la sensualité.

2° Combattre son humeur et supporter celle des autres. Qu'est-ce, dit saint François de Sales, que d'affliger le corps et de respecter les passions? C'est, comme Balaam, frapper l'ânesse et s'épargner soi-même, quoiqu'on soit le Seul coupable.

3° Souffrir avec patience les peines de cette vie, les contradictions, les injustices delà part des hommes; bien observer la charité fraternelle. Si on n'arme pas ses mains d'instruments de pénitence, du moins faut-il n'être soimême instrument de pénitence pour personne 2.

Hélas ! que de négligence on met à faire la pénitence! On la remet de jour en jour, on la fait avec précipitation ; quelquefois même on retourne à confesse, sans l'avoir accomplie. Eh quoi ! parce que le Seigneur use envers nous de la plus grande indulgence, devons-nous avoir si peu de bonne volonté envers lui?

0 mon DieU; je mériterais que tout le ciel s'armât de foudres et de feux, pour punir mon arrogance passée ; et vous vous contentez que je m'humilie sous quelques œuvres satisfactoires, qui me sont imposées; je m'y soumets donc de grand cœur, et désormais je veux être aussi prompt à expier mes péchés, que vous êtes vous-même prompt à les effacer 3.

TRAITS HISTORIQUES

I. Il vous semble dur d'entendre dire : Faites Pénitence; mais il terait bien plus dur d'entendre un jour cette accablante praole : « Allez, maudits, au feu éternel (1). >

David mêlait la cendre avec son pain, et ses larmes avec sa boisson, pour n'y trouver aucune satisfaction, se privant ainsi des plaisirs licites, pour se punir des plaisirs illicites qu'il avait goûtés (2).

Il faut s'imposer des pénitences médicinales, comme l'innocente Judith v3) , et comme saint Jean-Baptiste, qui se traitait si rigoureusement, quoiqu'il eût toujours mené la vie la plus pure (4).

On vit autrefois un saint Paul, le premier des ermites, un saint Antoine, une sainte Marie Égyptienne et tant d'autres, qui marchèrent sur leurs traces, renoncer à tout ce qu'ils possédaient sur la terre, s'enfoncer dans de sombres déserts, se couvrir de cilices et ne vivre que de racines sauvages. C'était pour satisfaire à la justice de Dieu îju'ils agissaient ainsi.

J'ai vu des pécheurs convertis, dit saint Jean Climaque, qui, pour satisfaire à la justice de Dieu, s'étaient retirés dans une prison. Parmi ces heureux criminels, les uns, debout et découverts, passaient des nuits entières, combattant le sommeil ; d'autres, les main? liées

(1) D. Bern.

(2) Psal., vi, xlvii, ci.

(3) Ju.lith, vin, 6.

(4) Math.. m,4.

derrière le dos et les yeux attachés au ciel, s'offraient à Dieu comme des victimes vivantes; d'autres, prosternés contre terre, la frappaient de leur front ; d'autres se déchiraient de coups, suppliant le Seigneur de îeut faire miséricorde; d'autres ne mangeaient qu'aussi peu de pain qu'il en fallait pour ne pas mourir de faim, et ne buvaient qu'aussi peu d'eau qu'il était nécessaire pour ne pas mourir de soif. On les eût pris pour des squelettes vivants. Les prières qu'ils adressaient à Dieu, les soupirs et les cris perçants que la contrition de leurs péchés leur faisait pousser vers le Seigneur, étaient capables de toucher des cœurs de pierre ; leur lit de mort était 3a terre, sur laquelle on mettait de la cendre, et ils étaient couverts d'un cilice. — Voilà ce qu'a vu saint Jean Ciimaque, dans un monastère enfoncé dans les bois, appelé la Prison, qu'il voulut visiter en personne, il rapporte ce qu'il a vu dans son livre des Degrés de la Pénitence.

Une dame romaine, appelée Fabiola, jugeant son mariaje nul, pour avoir été trompée par de mauvais conseils qu'elle n'aurait pas dû écouter, en contracta un autre. Ce nouveau mariage causa du scandale. Elle se repentit amèrement de ce péché, pour lequel elle ste soumit à la pénitence publique. Elle se prosterna contre terre au milieu de l'église , revêtue d'un sac et ayant la tête couverte de cendres. L'entrée du temple et la participation aux saints mystères lui furent interdits, pendant un long espace de temps. Après qu'elle eut consommé sa pénitence, elle vendit tous ses biens, en distribua une partie aux pauvres, et fonda à Rome un hôpital pour les malades.

Saint Venceslas, roi de Bohême, sortait souvent de son palais pendant la nuit, et se rendait pieds nus, quelque rigoureuse que fût la saison, à différentes églises de sa capitale. Là, prosterné humblement dans le parvis, il adressait de longues et ferventes prières au Dieu qui résidait dans ces temples augustes, et aux saints qu'on y honorait particulièrement. 11 n'était accompagné, dans ces pieuses excursions que d'un officier de confiance, dont la discrétion lui était connue et qui avait lui-même beaucoup de vertu. Dans un de ces pèlerinages nocturnes, le temps étant extrêmement rude et la terre couverte de neige glacée, cet officier, quoique bien chaussé, se sentit /es pieds tellement engourdis par le froid, qu'il ne pouvait plus avancer. 11 en avertit le saint roi, et lui représenta humblement l'impuissance où il se trouvait de l'accompagner plus loin. Le prince, que sa ferveur rendait insensible à la rigueur de la saison, lui dit : c Suivez-moi pas à pas, et mettez vos pieds dans les traces que je laisse sur la neige. » L'officier obéit, et, chose admirable, aussitôt une douce chaleur se répandit dans ses pieds et dans tout son corps, en sorte qu'il continua sans peine d'accompagner son maître, partout où sa dévotion le conduisit.

Pécheurs vraiment convertis, qui désirez satisfaire à la justice di

vine, mais que les rigueurs de la Pénitence épouvantent; voulei-vous marcher avec courage et avec joie dans le chemin de la croix , suivez en esprit, pas à pas, votre divin Maître, de Jérusalem au Calvaire; mettez vos pieds dans les traces sanglantes des siens; et votre cœur, échauffé d'une ardeur toute divine, ne trouvera plus le chemin rude ni épineux. Suites des Paraboles.

2. Il faut souffrir patiemment et en esprit de pénitence toutes les peines de la vie, et dire comme Michée : « Je porterai tout le poids de la colère du Seigneur, parce que i'ai péché contre lui (1). »

Saint Ignace disait d'un excellent chrétien, qui était maçon, qu'il te fabriquait autant de couronnes dans le ciel, qu'il plaçait de pierres et donnait de coups de marteau, à cause de la pureté d'intention et du grand amour dont il animait toutes ses œuvres.

Une personne, qui d'ordinaire n'était pas retenue dans ses paroles, demandait à son directeur la permission de porter le cilice, dans le dessein d'affliger sa chair. — Mais son confesseur lui porta un doigt à la bouche, el lui dit : c Le meilleur cilice pour vous, c'est de faire beaucoup d'attention à tout ce qui sort par cette porte. >

Dans les saisons les plus rudes, M. de la Motte d'Orléans rejetait tout adoucissement. « L'aspérité des saisons, selon lui, est une espèce de pénitence publique, que Dieu impose aux hommes ; il n'y a qu'une disposition antichrétienne, qui peut seule chercher à en éviter les rigueurs. »

Saint François de Borgia étudiait quelles étaient ses inclinations naturelles el les combattait toutes. Il se réjouissait en Dieu, quand il lui procurait quelque occasion de souffrir. Il s'habillait de manière à endurer le froid pendant l'hiver et la chaleur pendant l'été. 11 avait toujours de petites pierres dans ses souliers. La couche, sur laquelle il se mettait pour prendre un peu de sommeil, pendant quelques heures de la nuit, méritait le nom de croix, plutôt que celui de lit de repos. Lorsqu'il était à un soleil brûlant, au lieu de chercher de l'ombre, il marchait avec plus de lenteur qu'à l'ordinaire. Il écrasait avec les dents des pilules médicinales, et les tenait longtemps dans la bouche.

Un grand libertin se présenta à saint Philippe de Néri, pour se confesser. Le saint le reçut avec beaucoup de bonté, et, l'ayant entendu, il lui dit d'un ton qui respirait la charité : « Mon fils, je n'exigerai pas beaucoup de vous ; je vous invite à dire sepl fois par jour le Salve, Regina, et à baiser autant de fois la terre, en disant : «11 peut se faire que je meure bientôt. » Il promit et tint parole; il mena dès lors une vie très-chrétienne, et, quatorze ans après, il mourut saintement.

(1) Iram Domini portabo quia peccavi ei. Mich., vu, 9.

Vers le milieu du xvn» siècle, on vit des hommes longtemps esclaves de l'ambition et des plaisirs, s'arracher aux séductions qui les avaient entraînés, et expier, dans les rigueurs de la retraite ou de la pénitence, les écarts d'une jeunesse oragouse. Parmi ces illustres pénitents, le premier rang est dû à l'abbé de Rancé, qui, non-seulement eut le courage de s'airacher pour toujours au monde, mais qui parvint à instituer une réforme où les hommes, dégoûtés comme lui du siècle et de ses faux biens, pussent expier leurs erreurs passées. Ayant embrassé la vie religieuse, il remit en usage à la Trappe, dont il était abbé, les pratiques les plus austères, le jeûne, le travail des mains, le silence, les veilles, s'astreignant le premier aux exercices de pénitence qu'il imposait aux antres, et retranchant de son monastère tout ce qui n'était pas conforme à la pauvreté la plus rigoureuse. Ses exhortations et ses exemples portèrent au plus haut degré, dans son abbaye, la ferveur et l'esprit de Pénitence.

Essai Historique.

3. Plusieurs accidents, auxquels le baron de Géramb, pendant sa vie mondaine, n'avait échappé que par une espèce de miracle, lui avaient fait faire souvent de sérieuses réflexions, en rallumant dans son cœur le flambeau de la foi, qui n'avait jamais été complètement éteint, malgré les vives agitations d'une vie passée dans le tourbillon du monde, et au milieu de toutes les distractions des cours. Mais ce ne fut qu'au sortir du donjon de Vincennes,en 1814, où par ordre de l'empereur il avait été renfermé pendant plusieurs années, qu'il résolut de consacrer entièrement à Dieu le reste des jours qui lui feraient accordés.

Son premier projet fut de quitter la France et d'aller visiter les saints lieux. Il voulut, soutenu par les souvenirs dont cette terre sacrée est remplie, s'associer aux travaux, aux souffrances de l'Homme-Dieu, afin d'être associé aux récompenses divines qui en sont le prix; et il lui semblait que, près de l'endroit où le mystère de la Rédemption s'était opéré, il serait plus assuré que ses fautes lui seraient remises. Tous ses préparatifs de départ étaient déjà faits, et il était sur le point de s'embarquer, lorsqu'il apprit qu'on venait de fonder un couvent de la Trappe prés de Laval. Cette nouvelle fixa ses résolutions, et il décida qu'il irait s'ensevelir dans ce monastère, dont la discipline sévère et les austérités plurent à son esprit passionné dans ia dévotion. Après quinze mois de noviciat, le baron de Géramb, chambellan de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, etc., devenu le père Marie-Joseph, échangea tous ses titres pour celui de serviteur de Dieu, toutes ses décorations pour une simple croix de bois, et ses riches habits pour une robe de bure. La couche, sur laquelle il reposait ses membres fatigués, était une planche nue ; il

avait ponr soutenir sa tête un oreiller de bois ; sa nourriture était composée de légumes cuits à l'eau et au sel. 11 y avait certes bien ']oin de son état passé à sa situation présente, et cependant on eût dit que le père Marie-Joseph était trappiste dès sa plus tendre jeunesse. Le premier à tous les exercices, demandant comme une faveur les travaux les plus humbles, les soins les plus propres à inspirer le dégoût, il avait coutume de dire que les occupations les plus viles étaient celles qui honoraient le plus un serviteur du Christ.

Le sacrifice le plus pénible à un homme, qui avait toujours vécu dans les grandeurs, qui avait fait sa volonté toute sa vie, c'était le sacrifice de cette même volonté, le sacrifice de son amour-propre et de sa délicatesse. Après de longs et pénibles combats, le père Marie- Joseph finit par triompher. Aussi, quand il fallut, pour reconstruire l'église du couvent, aller mendier de l'argent de porte en porte, dans tous les diocèses, rieu ne lui coûta, rien ne put le rebuter; les fatigues, les humiliants refus, la rigueur de la saison, tout lui semblait doux à endurer, quand il pensait que c'était pour préparer une demeure à Jésus-Christ, qu'il supportait ces peines. On le vit, pendant l'hiver le plus rigoureux, livrant sa tête nue à des torrents de pluie glacée, à des flots de neige, mais le visage toujours riant, toujours terein, tendre une main presque roidie de froid à l'aumône, qui lui était quelquefois refusée. Quel supplice affreux, et quelle incroyable patience, dans un homme qui avait reçu de la nature un cœur si plein de fierté, un esprit si irritable (t) !

Une personne pieuse, qui avait commis de grandes fautes dans sa jeunesse, faisait exactement les différentes prières, auxquelles les souverains pontifes ont attaché des indulgences. Il n'y avait point de jours, où elle ne s'imposât plusieurs privations et où elle ne pratiquât des austérités. Elie disait plusieurs fois à chaque heure : c Seigneur, c ayez pitié de moi maintenant, à tous les instants de ma vie, et, c surtout à l'heure de ma mort; je vous en conjure par les mérites de c Jésus-Christ, et par Tiniercession de Marie, des anges et des saints. « Je vous offre en esprit de pénitence tout ce que j'aurai à souffrir, et « je ne veux me satisfaire en quoi que ce soit. » Lorsqu'on lui représentait que la vie mortifiée qu'elle menait, abrégerait ses jours, elle répondait : c II faut souffrir un peu en cette vie, pour ne pas souffrir c beaucoup en l'autre. >

Où est donc la foi, s'écriait le vertueux prêtre M. Boudon, et qu'est-elle devenue? J'ai connu un prince, ajoutait-il, qui, pour se soulager de la gravelle, s'abstenait de chair de poisson, de toutes les délices de la vie, et menait une vie plus mortifiée que celle des plus

(l) Notice sur le P. de Gébamb, par l'éditeur des Lettres à Eugène sur l'Eucharistie.

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