SUITE DU SACREMENT DE PÉNITENCE. — DE LA CONFESSION
PREMIÈRE INSTRUCTION
De la Confession. — De l'Absolution. — Institution divine de la Confession. — Les prêtres n'ont pu l'inventer.
a Allez, montrez-vous aux prêtres, » disait autrefois Notre-Seigneur aux lépreux, qui se présentaient à lui pour obtenir leur guérison ; et voilà ce qu'il dit encore aux pécheurs ; s'ils veulent être guéris de cette lèpre hideuse qui souille et défigure leur âme, il faut qu'ils aillent se montrer aux prêtres, et c'est ce qu'ils font par la Confession.
D. Qu'est-ce que la Confession?
R. C'est une accusation de tous ses péchés, faite à un prêtre approuvé, pour en recevoir l'absolution.
Pesons chacun de ces mots. La confession est :
1° Une accusation, et non, par conséquent, un simple récit qu'on pourrait faire de ses fautes, par manière de conversation ou d'amusement, ou bien encore par ostentation, comme il arrive quelquefois aux impies et aux libertins. Elle n'est pas non plus un interrogatoire juridique, par lequel on s'efforce d'arracher au coupable l'aveu de ses crimes. Elle est une accusation, c'est-à-dire une déclaration de ses fautes, faite avec humilité et componction devant Dieu, et en présence du prêtre qui tient sa place.
2° Une accusation de tous ses péchés, même les plus secrets et les plus humiliants, comme nous l'expliquerons plus bas.
3° Faite à un prêtre, parce qu'il n'y a que les prêtres qui aient le pouvoir de remettre les péchés, pouvoir qu'ils tiennent de Jésus-Christ, qui l'a donné à ses apôtres et à leurs légitimes successeurs.
4° Faite à un prêtre approuvé. Car il ne suffit pas d'être prêtre pour remettre les péchés ; il faut de plus, pour que l'absolution soit valide, avoir reçu l'approbation ou autorisation de l'évêque légitime. Un prêtre sans approbation serait comme un magistrat nommé par le gouvernement, mais auquel on n'aurait pas encore assigné le lieu où il doit exercer la juridiction; ses pouvoirs seraient enchaînés, jusqu'à ce qu'il saurait parfaitement quels sont ses justiciables.
5° Pour en recevoir l'absolution. Tel est le but qu'on se propose en se confessant. On ne va pas au tribunal de la Pénitence pour raconter ses malheurs, pour chercher un soulagement à ses peines; ces motifs sont trop humains; mais pour obtenir une sentence de miséricorde et de rémission. Et voilà la grande différence qu'il y a entre la
justice divine et la justice humaine. Celle-ci condamne impitoyablement le criminel, quelque repentant, qu'il soit; celle-là lui pardonne et lui ouvre le ciel (1).
D. Qu'est-ce que l'absolution?
R. C'est la sentence du prêtre, qui délie le pénitent de ses péchés.
Le jour où l'on reçoit l'absolution est comme celui d'un nouveau baptême, où l'on est lavé de ses iniquités ; c'est un jour de résurrection, où Ton sort du tombeau de ses crimes, pour ressusciter à la vie de lr grâce. 0 l'heureux moment pour le pécheur que celui où ses chaînes sont brisées, où il redevient l'enfant de Dieu, où il recouvre tous ses droits à l'héritage céleste ! Pourrait-on acheter trop cher une pareille faveur? Et le Seigneur veut bien se contenter du simple aveu de nos fautes !
Cependant ce salutaire, ce divin exercice de la Confession est négligé, méprisé par un trop grand nombre de chrétiens. Il en coûte à i'amour-propre, ce sentiment si impérieux chez tous les hommes, d'aller s'humilier aux pieds d'un prêtre, pour lui découvrir ses pensées les plus secrètes, ses affections les plus intimes, des abîmes d'iniquité, qu'on voudrait pouvoir se cacher à soi-même. Aussi la Confession est-elle, de toutes les institutions du christianisme, celle contre laquelle les passions ont réclamé avec le plus de fureur. Les hérétiques et les incrédules se sont élevés contre elle avec un acharnement incroyable, la traitant d'invention purement humaine, la désignant sous les noms odieux de torture, de boucherie des âmes ; et, parmi ceux-là mêmes qui n'ont pas entièrement abjuré leur foi et qui tiennent encore aux pratiques de la religion, on a la douleur d'en trouver beaucoup qui, au regard de celle-ci, se demandent si elle est bien nécessaire,
(1) Dixi : confitebor adversùm me injustitiam meam Domino, et tu remisisti impietatem peccati mei. Pi. xxi, 5.
si elle n'est pas un joug au-dessus des forces de la nature. Il importe donc extrêmement de traiter ce sujet à fond; et, pour cela, nous allons démontrer que la Confession détaillée, circonstanciée de ses péchés, est d'une indispensable nécessité pour en obtenir le pardon; que c'est Jésus- Christ lui-même qui Ta établie. Nous exposerons ensuite les avantages inappréciables qu'elle nous procure.
Institution divine de la Confession.
Pour bien nous convaincre que c'est Jésus-Christ luimême. qui a établi la loi rigoureuse et universelle de la Confession, nous n'avons qu'à consulter le double dépôt de la révélation, je veux dire, l'Écriture sainte et la tradition.
Et d'abord, ouvrons le saint Évangile ; nous y lisons ces paroles admirables, que Notre-Seigneur adressa aux apôtres : g Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé. Recevez l'Esprit-Saint; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (1). » Par là, nous voyons que Jésus-Christ a donné à ses apôtres, et, en leur personne, à leurs légitimes successeurs le double pouvoir de lier et de délier, de remettre les péchés et de les retenir, de condamner et d'absoudre ; il les a établis juges des .consciences. Mais ce pouvoir judiciaire, que Jésus-Christ leur a confié, doiventils l'exercer arbitrairement et par caprice? Qui oserait le penser ? Ils doivent examiner la cause de chacun en particulier, et prononcer avec prudence et discernement. Que dirait- on, en effet, d'un juge qui, investi de la confiance de son souverain, avec plein pouvoir de punir et de pardonner, rendrait des sentences au hasard, dirait à celui-ci : Vous êtes acquitté, à celui-là : Je vous condamne, à un troisième : Je vous déclare coupable, à un quatrième : Je vous
t) Accipite Spiritum sanclum. Quorum remiserilis peccata, remittuntur eis, et quorum retinueritis retenta sunt. Joan., xx, 22.
DE LA CONFESSION. Il h
proclame innocent ? Ne serait-ce pas le comble de l'absurdité ? et un sage monarque pourrait-il ratifier de pareilles décisions ? Il est donc évident que le Sauveur, en remettant son autorité à ses ministres et en s'engageant à approuver d'avance tout ce qu'ils feraient, a voulu néanmoins que leurs jugements fussent basés sur l'équité, et que, par conséquent, ils connussent l'état des consciences, afin de ne point remettre quand il faudrait retenir, et de ne point retenir quand il faudrait remettre. Mais comment pourraient-ils se décider entre la clémence et la rigueur ; comment estimeraient- ils raisonnablement qu'ils peuvent ou ne peuvent pas remettre les péchés, si on n'était point obligé de les leur manifester ? 11 est donc de toute nécessité que le pénitent découvre au prêtre l'état de son âme, qu'il lui en dévoile toutes les faiblesses, toutes les souillures, en même temps que les dispositions actuelles, afin que celui-ci puisse décider, dans chaque cas particulier, selonle mérite de chaque individu. Voilà comment le précepte divin de la Confession se trouve implicitement renfermé dans ces paroles de Jésus-Christ : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.
Sans doute, me dira-t-on peut-être, on doit confesser ses péchés aux prêtres, lorsqu'on veut profiter du pouvoir que Jésus-Christ leur a donné de les remettre ; mais est-on obligé de recourir à leur ministère ? N'y a-t-il pas d'autres moyens d'en obtenir le pardon ? — Et qui voudrait se soumettre à la Confession, s'il y avait une voie plus commode pour se réconcilier avec Dieu ? Qui serait assez simple pour aller solliciter, d'un ton suppliant, aux pieds d'un homme, une grâce qu'on pourrait facilement obteniî sans lui et malgré lui ? Qui ne voit que ce pouvoir si magnifique, si extraordinaire, accordé aux prêtres, de remettre les péchés, ne serait plus qu'un pouvoir ridicule et illusoire ? D'où il suit que non-seulement l'Église a reçu le pouvoir de remettre les péchés, mais que ce pouvoir ex-
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dut tout autre moyen d'obtenir le pardon. Ainsi les péchés retenus sur la terre seront également retenus dans le ciel, c'est-à-dire qu'on n'en obtiendra jamais la rémission sans les confesser ; car, d'après l'ordre établi par Jésus-Christ, le pardon accordé dans le ciel est subordonné à celui qui est accordé ici-bas par ceux qui en ont reçu le pouvoir. C'est donc avec juste raison que le concile de Trente a défini : a Qu'en conséquence de l'institution du sacrement de Pénitence, l'Église universelle a toujours entendu que le Seigneur a établi aussi la Confession entière des péchés, en sorte qu'elle est nécessaire de droit divin pour tous ceux qui ont péché après le baptême (1). »
Consultons maintenant la tradition, c'est-à-ûire voyons ce qu'ont pensé de la Confession, les Pères, les docteurs de l'Église, ces hommes si éminents en sagesse, ces savants interprètes de l'Évangile. Remarquons d'abord que nous trouvons l'usage de la Confession établi dès les temps apostoliques. Il est dit aux Actes des apôtres qu'une multitude de fidèles venaient trouver saint Paul, confessaient et accusaient leurs péchés (2). « Si nous confessons nos péchés, dit saint Jean, Dieu, juste et fidèle dans ses promesses, nous les remettra (3). » En suivant le cours des âges, nous entendons au premier siècle de l'ère chrétienne, saint Clément, disciple et successeur de saint Pierre, qui s'exprime ainsi : a Que celui qui a soin de son âme ne rougisse pas de confesser ses péchés au prêtre qui préside, afin qu'il en reçoive la guérison par la parole de Dieu et par un conseil salutaire (4). » Tertullien, qui florissait environ cent ans
(1) Trid., sess. 14, c. v.
2) Mullique credentium veniebant, confitentes et annuntiantes actus suos. Act., xix, 18.
(3) Si confiteamur peccata nostra, fidelis est et justus, ut remittat nobis peccala nostra. I. Joan.t i, 9.
(4) Si forte in alicujus cor... aîiquod malum latenter irrepserit, non erubescat qui animae suae curam gerit, confUeri haec ei qui prœest ; quô possit fide intégra et operibus bonis pœnas aelerni ignis effugere. Epist. ad Jacob.
après Jésus-Christ, ne parle pas d'une manière moins formelle. « Plusieurs, dit-il, évitent de déclarer leurs péchés, parce qu'ils ont plus de soin de leur honneur que de leur salut. Ils sont en cela semblables à ceux qui, ayant une maladie secrète, cachent leur mal au médecin et se laissent ainsi mourir. Est-il donc plus avantageux de se damner en cachant ses péchés, que de se sauver en les déclarant (1)T Au troisième siècle, Origène, cette brillante lumière de l'Église orientale, recommande de ne point cacher les péchés que Ton a commis. « Car, dit-il, de même que ceux qui se sentent incommodés de réplétion d'humeurs, éprouvent du soulagement, lorsque leur estomac s'en est débarrassé, de même le pécheur, qui a confessé son iniquité, coupe racine à la cause de son mal (2). » Il serait fastidieux d'accumuler un grand nombre de textes; je me borne à ce passage de saint Augustin, qui disait aux fidèles de son temps : a Que personne ne dise : Je fais pénitence en secret aux yeux de Dieu; c'est assez que celui qui doit m'aecorder le pardon, connaisse la pénitence que je fais au fond ^e mon cœur. S'il en est ainsi, ce serait sans raison que Jésus-Christ aurait dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et qu'il aurait confié les clefs du ciel à son Église (3). » Ce n'est donc pas assez de se confesser à Dieu, il faut encore se confesser à ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier. Qu'on parcoure les annales du christianisme, qu'on examine la croyance de toutes les églises, et, en tout temps et danst ous les pays où a pénétré la lumière évangélique, à Rome, à Constantinople, à Carthage, dans l'Afrique comme dans l'Asie, on trouve établi le dogme de la Confession. Or, d'après la
(1) An meliùs est damnatum latere quàm palam absolvi ? Tertull. c. x, de Pœnit.
(2) Sicutii qui inlùs escam indigestam... si vomuerint, relevantur, ità ii qui peccaverunt. Orig., homil. 2, in psal. xxivii.
(3) Ergô sine causa claves datsesunt Ecclesiee Dei, frustramus EvangeliumDei,frustramus verbaChruti. D.&ug.t serm. 2, tn psaJ. c, n.t.
règle si connue et si juste de saint Augustin, ce qui a été connu et pratiqué en tout temps dans le christianisme, et dont on ne peut nommer comme auteur ni concile, ni pape, ni évêque, doit nécessairement être attribué aux apôtres, et, par eux, à Jésus-Christ. Donc, pour toute personne exempte de préjugés, il est démontré que la Confession, ayant été pratiquée dans tous les siècles de l'Église, a été établie par Notre-Seigneur, comme moyen indispensable de se purifier de ses péchés, quand on a perdu l'innocence baptismale l.
On trouve cependant encore certains hommes, aveuglés par l'esprit d'erreur et de mensonge, qui s'obstinent à dire que la Confession n'est pas une institution divine, mais une invention humaine. Pour achever de les confondre, nous nous contenterons de leur adresser ces simples questions. Si, comme on le prétend, les prêtres ont établi îa confession, qu'on nous dise donc :
1° Quel a été le mortel assez adroit, assez habile, pour persuader aux peuples de se soumettre au joug de la Confession ? On connaît le nom et la vie des plus célèbres législateurs, de tous ceux qui se sont signalés par quelque invention remarquable ; de tous les novateurs, qui ont prétendu ajouter à la foi catholique quelque dogme étranger, ou en retrancher quelque vérité essentielle. Par quel heureux hasard l'inventeur du dogme capital de la Confession serait-il toujours resté inconnu? D'où vient qu'on ne peut assigner ni le temps ni le lieu, où il a commencé à prêcher sa doctrine? Ah ! c'est que la Confession a existé dans tous les siècles évangéiiques. Et voulez-vous que je vous dise quel est le prêtre qui l'a établie ? C'est celui qui est prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech ; c'est le Prêtre des prêtres, le Pontife des pontifes, Jésus-Christ, ïe suprême législateur.
Mais ce novateur, qui le premier a introduit le dogme et la pratique de la Confession, nous le connaissons parfaitement, ont dit quelques hérétiques et après eux quelques
incrédules, soi-disant esprits forts; c'est le pape Innocent IIL, au quatrième concile de Latran, tenu à Rome en 1215. — Une pareille assertion dénote ou la plus grande ignorance ou une insigne mauvaise loi, car il suffit de lire le décret de ce concile, pour voir qu'il ne fait que sanctionner une discipline déjà en vigueur dans l'Église ; il n'a eu d'autre but que de condamner l'abus, qui s'était glissé, de passer plusieurs années sans s'approcher du sacrement de Pénitence; et, en exigeant qu'on se confessât au moins une fois Tan, il n'a fait que fixer le temps, auquel il fallait accomplir le précepte divin de la Confession.
Disons encore qu'il n'aurait pas suffi d'un prêtre pour établir la Confession, mais qu'il aurait fallu que tous les prêtres se fussent entendus entre eux, et qu'ils eussent formé ensemble le complot de tromper les fidèles. Or, qui ne voit qu'une semblable coalition est aussi absurde qu'impossible?
2° Quels sont les motifs qui auraient pu engager les prêtes à établir la Confession? Il leur en fallait de bien grands, de bien puissants, pour une entreprise si difficile, si hasardeuse. Or, on ne peut en supposer que trois : l'orgueil, l'avarice, ou le plaisir.
Dira-t-on que c'est par orgueil , par désir de dominer que les prêtres ont inventé la Confession ? Mais s'il y a des prêtres ambitieux, il y en a un plus grand nombre de profondément humbles, et ceux-ci n'auraient-ils pas réclamé contre l'ambition des autres? et qu'y avait-il de plus facile pour eux que de démasquer leurs ruses et leur hypocrisie? Ah ! l'ambition des prêtres, et celle-là, personne ne peut leur en faire un crime, c'est de gagner des âmes à Jésus- Christ.
Est-ce par avarice, pour amasser des tréicrs ? — Mais n'y a-t-il pas eu dans tous les temps des prêtres désintéressés? Combien n'en a-t-on pas vus et n'en voit-on pas encore tous les jours, qui ont poussé le mépris des choses de la terre et l'abnégation d'eux-mêmes, jusqu'à tout perdre, jusqu'à tout sacrifier pour l'amour de Jésus-Christ! Et ces
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bons prêtres eussent-ils pactisé avec l'iniquité des autres? De plus, on \ toujours administré gratuitement le sacrement de Pénitence; et, bien loin d'y trouver un moyen de s'enrichir, on y découvre mille occasions de faire l'aumône, mille misères à secourir ; et que de fois on voit les prêtres préférer la Confession des pauvres à celle des riches! Ahl c'est que leur but est de gagner, non des richesses périssables, mais des trésors de mérites pour le ciel.
Est-ce par plaisir que les prêtres ont inventé la Confession f — Et quel plaisir peut-il y avoir pour un prêtre à entendre le dégoûtant récit de toutes les misères humaines ? à se voir confiné, des heures et quelquefois des journées entières, dans un confessionnal comme dans un cachot? Quel plaisir peut-il y avoir pour un prêtre à se lever au milieu de la nuit, à braver la pluie, le froid, la neige, pour aller assister un pauvre malheureux à son lit d'agonie? Quel plaisir y a-t-il à se trouver au milieu de tous les vices et de toutes les douleurs de l'humanité ? Qui ne voit que la Confession est pour les prêtres le plus pénible des fardeaux? Mais oui, je vous l'accorde, les prêtres trouvent du plaisir dans cette fonction, parce qu'ils savent que c'est une tâche divine qu'ils remplissent ; ils tressaillent de joie au milieu des ennuis de leur laborieux ministère, lorsqu'ils peuvent ramener quelque brebis égarée au bercail de Jésus- Christ.
3° Supposé que les prêtres aient conçu le projet d'établir la Confession, quels moyens avaient-ils de faire adopter à tous les peuples cette institution ? Comment ont-ils pu déterminer les hommes de toute classe et de toute condition, les plus instruits comme le? plus ignorants, à aller se présenter devant leurs semblables, se prosterner à leurs pieds et leur révéler toutes leurs infidélités secrètes ? Est-il possible qu'une pratique qu'on regarde comme trop sévère, trop humiliante pour l'orgueil humain, trop cruelle, ait pu s'introduire dans l'Église, et s'y introduire à un tel degré d'extension qu'elle embrasse tous les rangs de la société?
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Non, non, il n'y a ni force ni ruse, qui aient pu faire accepter aux peuples une loi si dure; et plus on nous représente l'obligation de se confesser comme pénible, plus on nous dit qu'elle fait violence aux sentiments de la nature et qu'elle tyrannise l'esprit humain, plus on nous montre qu'il a fallu une force plus qu'humaine, une force surnaturelle, une force divine, pour l'imposer aux hommes.
4° Si les piètres sont les inventeurs de la Confession, pourquoi ne s'en sont-ils pas dispensés eux-mêmes ? Il leur était facile, pour justifier cette exception, de trouver les raisons les plus plausibles ; ils auraient pu alléguer que Notre- Seigneur,en leur donnant le pouvoir d'absoudre les fidèles, n'avait rien dit qui les obligeât à se faire absoudre euxmêmes; qu'il semble assez naturel que celui qui est juge des autres ne devienne pas accusé ; et qu'ayant le pouvoir de remettre les péchés, ils pouvaient se les remettre à euxmêmes, sans l'entremise d'aucun de leurs confrères. Mais voit-on que les prêtres aient cherché à se soustraire au joug de la Confession ? A quelque degré de la hiérarchie qu'ils soient placés, ils reconnaissent tous l'obligation de se confesser. Les pasteurs des paroisses, après avoir siégé au tribunal de la Pénitence pour absoudre les fidèles, vont à leur tour demander l'absolution à quelque autre ministre de Jésus-Christ. Les évêques aussi vont s'humilier aux pieds de quelqu'un de leurs prêtres, et lui ouvrir entièrement leur conscience. Le pape lui-même est obligé de descendre de son trône, de déposer la tiare, pour aller au tribunal de la Pénitence faire l'aveu de ses fautes et solliciter le pardon. Le pape, les évêques, tous les prêtres catholiques de l'univers agiraient-ils ainsi, s'ils n'étaient convaincus de la divinité de la Confession ?
5° Si les prêtres ont inventé la Confession, s'ils ont trompé le peuple en lui imposant ce joug, comment se fait-il qu aucun d'eux ne se soit rétracté à l'heure de la mort? A cet instant fatal qui doit décider de l'éternité, on a vu des milliers d'hérétiques et d'incrédules rétracter leurs erreurs
et leurs impiétés ; et tous les prêtres se seraient endurcis contre le remords ! Or, peut-on en nommer un seul, qui se soit repenti d'avoir enseigné le dogme de la Confession? Quoi ! ils auraient tous été des imposteurs, et pas un n'aurait demandé pardon à Dieu et aux hommes de son imposture ! Or, peut-on regarder comme fourbes, comme imposteurs, des hommes tels que les Augustin, les Chrysostome, les Ambroise, les saint Thomas, les Fénelon, les Bossuet? Ils ont prêché la nécessité de la Confession, ils se sont confessés eux-mêmes, et ils sont allés, l'âme tranquille et sereine, devant le souverain juge, sachant bien qu'ils n'avaient fait que se conformer à ses ordres.
Chose étonnante ! le protestantisme lui-même, qui se déchaîne aujourd'hui avec tant de fureur contre la Confession, le protestantisme, tel qu'il sortit des mains de Luther, était bien loin de rejeter ce dogme. Ce père de la réforme y tenait, au contraire, si fortement qu'il disait : a J'aimerais mieux supporter la tyrannie du pape que de consentir à l'abolition de la Confession. » Mais, ô contradiction de l'esprit humain, plus tard il ne voulut ni du pape ni de la Confession. Et alors le dogme de la Confession eut un défenseur non moins étrange : c'est le trop fameux Henri Vllï, l'auteur de la réforme anglicane, « Pour ce qui regarde la Confession, dit-il, quand même il n'en serait nullement question ni dans l'Écriture ni dans les Pères, cependant, en la voyant établie et pratiquée chez le peuple chrétien, depuis tant de siècles, je ne puis m'enipêcher de croire qu'elle vient de Dieu, et qu'elle n'est pas le fruit d'une pensée humaine, mais une loi divine. »
Et notre fameux Voltaire, voulez-vous savoir ce qu'il pensait de la Confession ? Dans un de ses moments lucides, c'est-à-dire quand il n'était pas dominé par cette rage qui le transportait contre le christianisme : « La Confession, a-t-il dit, est une institution divine, qui n'a eu de commencement que dans la miséricorde infinie de son au-
teur (1). » Voilà comment le protestantisme et la philosophie n'ont pu s'empêcher de rendre hommage au dogme sacré de la Confession.
Les diverses preuves que nous venons de donner, doivent dissiper les ténèbres les plus épaisses, les préjugés les plus invétérés, et porter dans tout esprit droit et raisonnable cette conviction pleine et entière, que rétablissement de la Confession n'a pas été l'ouvrage des prêtres, mais une œuvre divine. Quant à l'humble fidèle, il n'a pas besoin de tant de raisonnements, il s'en tient à la doctrine de l'Église consignée dans les décisions de ses conciles, et notamment dans celui de Trente, qui a lancé l'anaihème «contre quiconque dirait que, pour obtenir la rémission de ses péchés dans le sacrement de Pénitence, il n'est pas nécessaire de droit divin de confesser tous ses péchés mortels 2 (2). »
TRAITS HISTORIQUES
1. L'homme coupable a toujours senti le besoin de faire l'aveu de ses fautes, pour témoigner le repentir de son cœur et obtenir le pardon. Dès le berceau du monde, Dieu exigea de nos premiers parents la Confession de leur désobéissance. Il a sur Adam et sur Eve des vues de miséricorde, il veut leur pardonner leur crime; mais, avant de leur faire entendre des paroles de consolation et de paix, il veut qu'Adam reconnaisse sa faute et en fasse l'humble aveu. — « Adam, lui dit-il, où es-tu? » — « Je me suis caché, répond Adam, parce que j'ai eu peur. » — « D'où t'est venue cette crainte, reprend le Seigneur, si ce n'est de ce que tu as mangé du fruit dont je t'avais défendu de manger? » — C'est ainsi que Dieu lui met à la bouche la Confession de son crime. Et, en effet, Adam, reprenant aussitôt, répond : < La femme que vous m avez donnée m'a présenté de ce fruit, et j'en ai mangé. »— -« Et j'en ai mangé,» voilà la Confession d'Adam ; c'est tout ce que Dieu demandait, l'aveu du coupable. Il s'adresse ensuite à la femme : — « Pourquoi, lui dit-il, as-tu fait cela? » — La femme répond : « Le serpent m'a
(1) Voltaire, tom. XXXIV, p. 36.
(2) Si quis negaverit confessionem sacramentalem vel institutani tel ad salutem necessariam esse jure divinO:.., anathema sit. Trid, sess. 14, c> vi.
trompée, et j'en ai mangé. » — c Et j'en ai mangé, » voilà la Confession d'Eve.
Dans tout cet entretien du Créateur avec les deux premiers coupables, nous voyons un père offensé, mais un père qui, dans son infinie miséricorde, leur ouvre son sein paternel, afin qu'ils se déchargent, en confessant leur péché, du poids énorme dont leur conscience est accablée. Telle est la touchante origine de la Confession.
Un des principaux devoirs que le Seigneur imposa à son peuple, dans l'ancienne loi, fut la Confession des péchés. Lorsqu'un homme ou une femme, est-il dit au livre des Nombres, auront commis quelque faute, lorsqu'ils auront violé par négligence le commandement du Seigneur, ils confesseront leur péché (1). Dans certains cas extraordinaires, la Confession se faisait à des prophètes que Dieu envoyait pour la recevoir. Nous en trouvons un exemple bien frappant dans l'histoire du roi David. Ce prince, ayant fait périr Urie pour lui enlever sou épouse, le prophète Nathan se présente devant lui pour entendre la Confession de son crime; et, pour l'y amener, il eut recours à une aimable et adroite fiction.
Lorsque les enfants d'Israël avaient commis quelque faute grave, et que, la tête couverte de cendres, ils criaient vers le Seigneur, lui disant : « Nous avons péché, Dieu d'Isaac et de Jacob; ayez pitié de nous ; » n'était-ce pas une espèce de confession?
Nous pouvons assurer que l'usage de la Confession s'est maintenu chez les Juifs jusqu'à nos jours.
Dans le Nouveau Testament, l'Enfant Prodigue se confesse avec douleur, humilité et confiance, après avoir quitté les pourceaux, image des plaisirs sensuels (2). Les premiers chrétiens confessaient leurs péchés, et brûlaient leurs mauvais livres (3).
On trouve même la Confession établie parmi les païens; et, de toutes les religions idolàlriques qui ont existé, il n'en est peut-être pas une, où l'on ne trouve au moins quelque trace de Confession. On se confessait dans les expiations chez les Égyptiens et chez les Grecs, et dans la célébration des mystères d'Orphée, d'Isis, de Cérés, de Samothrace. Marc-Aurèle, en s'associant aux mystères de Cérès Éieusine , se confessa à l'hiérophante. Voilà pour ce qui regarde l'antiquité profane. Voulez-vous maintenant des exemples modernes? Les Japonais, sectateurs d'Amida, admettent la Confession, à laçuelle ils se préparent par des austérités extraordinaires. Sou& la tonduite de leurs Bonzes, qui punissent de mort le moindre relâchement de ferveur, ils entreprennent un lointain pèlerinage vers
(lj Confitebunlur peccatum suum. A'um., v, 7.
(2) Luc, xv, 17.
(3) Act., xix, 18-19.
ane montagne escarpée, dont la cime abrupte est le terme de leur voyage. Là, par le moyen d'une machine, les Bonzes font sortir du •oc une longue barre de fer, qui soutient une grande balance ; on aet chaque pèlerin l'un après l'autre dans un bassin, après avoir été dans l'autre un contre-poids ; ensuite on pousse la machine au lehors, de telle manière qu'elle plane sur un affreux précipice. Le )énitent doit se confesser à haute voix, en présence de ses compagnons. Si les Eonzes s'aperçoivent qu'il emploie des phrases ambiguës et qu'il cherche à déguiser ses fautes, ils retirent le contre-poids ;t laissent tomber le misérable, qui se brise sur les rochers.
Si la Confession des catholiques ressemblait à celle-ià, on serait xcusable d'y regarder à deux fois. Mais, lorsqu'il suffit d'avouer ses autes pour en obtenir la rémission, n'est-ce pas être ennemi de oi-même que de négliger un moyen de salut si facile?
Le repentir de ses fautes peut seul tenir lieu d'innocence. Pour taraître s'en repentir, il faut commencer par les avouer.
2. Le trait suivant peint, d'une maniera naïve et touchante, toute a bonne foi, la vive foi du moyen âge.
Le sire de Joinville, qui fut, comme on le sait, l'historien et l'ami le saint Louis, raconte qu'en Palestine il entendit une Confession, l'est là un de ces historiens que l'on ne saurait bien traduire, il aut le laisser parler ; c'était au moment où les barbares exerçaient eur rage contre les chrétiens, pendant la captivité de saint Louis.
En conste moy se agenouilla messire Guy d'Ébelin, connestable e Chippre, et se confessa à moy : et je lui donnai telle absolution omme Dieu m'en donnait le pouvoir. Mais de chose qu'il m'eust ite, quand je fus levé, oncque ne m'en recorday de mot. »
Une Confession ainsi faite à un laïque, à défaut de prêtre, et dans ne nécessité extrême, devait tirer une grande valeur, non sans oute de la vertu d'un sacrement que les prêtres ont seuls reçu le ouvoir d'administrer, mais de la foi, de la dévotion et de 1 humilité u pénitent.
Le roi Arnoul, assiégeant Rome l'an 895, fit célébrer une messe, et emanda à son armée ce qu'il était à propos de faire. Ils lui promirent tous fidélité et se confessèrent aux prêtres, dit formellement auteur qui cite ce beau trait d'histoire (l).
Guillaume de Sommerset, religieux de Malmesbury, loue la piété es soldats Normands, qui, avant de combattre contre les Anglais, assèrent toute la nuit à confesser leurs péchés (2). Ceci arriva u ixe siècle. Que les temps sont changés !...
(1) Confessionem coram sacerdotibus agentes. Annales de Fulde.
(2) Totâ nocte confessioni vacantes. De Geslis Anglorum, 1. III,
Le fameux Bayard, ayant été blessé à mort, invoqua le nom db Sauveur; et, prenant la garde de son épée pour se représenter la croix, il la baisa dévotement, en récitant quelques versets du Miserere. Il ne resta près de lui pour l'assister que son écuyer, auquel il se confessa, pour suppléer, par l'humilité, à la grâce du sacrement qu'il ne pouvait recevoir.
Buffon, qu'on regarde avec raison comme le peintre et le secrétaire de la nature, se voyant prés de mourir, fit appeler le père Ignace Bougauh, capucin, et lui fil, d'une voix élevée et sans s'inquiéter des speclateurs, la Confession de toute sa vie, et remplit tous ses devoirs de religion, en présence d'un grand nombre de personnes.
L'illustration militaire du général Bedeau n'est étrangère à personne dans notre pays ; mais il est important de faire connaître qu'il s'est distingué autant par sa piété que par sa bravoure. Au retour d'une de ses expéditions d'Afrique, ayant rencontré un ecclésiastique, qui se rendait à Constanline, il fait faire halte à sa colonne, descend de cheval, s'agenouille au pied d'un arbre, et se confesse. Puis, se tournant vers ses soldats : € Mes amis, leur dit-il, dans « quelques jours nous reparaîtrons devant l'ennemi; si quelqu'un « de vous veut mettre ordre à sa conscience, qu'il sorte des rangs et « fasse comme moi (l). »
Boursault, qui s'est fait un nom assez distingué sur la scène française, eut toujours un grand respect pour la religion et des mœurs pures. Attaqué d'une grave maladie, qui l'emporta en huit jours, il se prépara à mourir avec autant de courage que de piété. II voulut se confesser à son fils aîné, qui était de l'ordre des Théatins : situation bien étonnante que celle d'un père déroulant les replis les plus secrets de sa conscience devant son propre fils, que celle d'un fils surmontant sa faiblesse, pour absoudre son père au nom du Ciel, et le consoler, lorsque lui-même il était accablé de douleur I
DEUXIÈME INSTRUCTION
Raisons de la Confession. — Ses avantages. — Réfutation des objections.
La Confession, dit saint Bernard, est la vie du pécheur et la gloire du juste ; elle lave toutes les fautes; elle est Tor-
(1) Univers, 26 juillet 1846.
nement de Pâme (1). Comme elle est la plus sûre, disons mieux, l'unique voie pour revenir à Dieu, lorsqu'on a eu le malheur de s'en séparer, il n'est pas d'efforts que le démon n'ait tentés pour en détourner les fidèles. Ténèbres dans l'esprit, trouble, inquiétudes dans le cœur, frayeurs dans la conscience, préjugés de toute nature contre cette salutaire institution, il a tout soulevé pour la rendre odieuse. Pour nous prémunir contre ses pièges, continuons à nous instruire sur cet important sujet, et examinons aujourd'hui les raisons qui ont pu porter Jésus-Christ à établir la confession, les avantages qui résultent de cette pratique et les prétextes qu'on allègue quelquefois pour ne pas s'y soumettre.
Raisons de la Confession.
a Pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu que nous fissions l'aveu de nos fautes à un prêtre, homme comme nous ? Pourquoi ne pas se confesser tout simplement à Dieu ? » Voilà ce que l'on entend dire quelquefois.
Pourquoi ? Eh ! qui êtes-vous pour demander à Dieu raison de sa conduite 1 Comment osez-vous, cendre et poussière, interroger votre souverain maître sur ses œuvres ? Ne puis-je donc pas faire ce qu'il me plaît (2) ? vous répondil à vous tous, audacieux contrôleurs de ses secrets, qui prétendez sonder la majesté de sa volonté souveraine. A lui donc de commander, à nous de nous soumettre à ses ordres, dès qu'ils nous sont intimés. Arbitre suprême de notre sort, il nous tient continuellement sous sa dépendance, et il lui était parfaitement loisible de ne nous pardonner nos péchés que par tels moyens, et à telles conditions qu'il lui plairait de choisir. Il nous suffit de savoir que Dieu a parlé, pour adorer ses volontés et les exécuter parfaitement.
(1) D. Bern., serm. 40, de Grad. humilit.
(2) Aut non licet mihi quod volo facere? Math., xx, 15.
Mais, tout en nous humiliant sous les décrets du Très- Haut, si nous voulons examiner plus à fond pourquoi le Seigneur a établi la Confession, il ne sera pas difficile à notre esprit, tout borné qu'il est, de découvrir plusieurs raisons pour lesquelles Jésus-Christ a voulu obliger les pécheurs à s'accuser eux-mêmes devant les prêtres. Nous allons en énumérer quelques-unes.
Nous disons donc que Jésus-Christ a établi la Confession :
4° Pour détruire le péché jusque dans sa racine. Quel est, en effet, le principe de toutes nos iniquités ? C'est l'orgueil. En se livrant au mal, l'hommes'est révolté contre son Dieu ; il a voulu, comme Lucifer, se rendre semblable au Très-Haut et ne dépendre que de lui-même. Eh bien ! lui dit le Seigneur, si tu veux obtenir le pnrdon de ton orgueilleuse désobéissance, il faut te soumettre à V homme ton semblable. C'est ainsi que la Confession fait rentrer le pécheur dans l'ordre, et Tertullien Ta très-bien définie, en l'appelant l'art d'humilier l'homme (1).
2° Pour donner des remèdes plus appropriés à l'état de chaque pénitent. Il en est des maladies de l'âme comme de celles du corps. Comme elles naissent de diverses causes, elles présentent aussi des caractères divers, et on doit employer contre elles divers moyens curatifs ; et c'est aux prêtres à les varier selon les circonstances, selon l'état, les facultés et les inclinations de chaque pénitent. Car le confesseur n'est pas seulement juge, il est encore médecin des consciences, appliquant sur les blessures de l'âme l'huile et le baume, et aussi le fer et le feu, si le cas l'exige, afin que la guérison soit plus prompte, plus sûre, ou plus parfaite.
3° Pour mieux nous diriger dans la voie du sûiut. Il est beaucoup de cas embarrassants, où Ton ne sait quel parti prendre et où l'on ne peut se décider par soi-même. Or,
(1) Disciplina humilificandi hominis. Tertull.
m LA CONFESSION. 189
; prêtre, au saint tribunal, exerce l'office «5 erocreur ; la impe à la main, il scrute la nouvelle Jérusayem, c'est-à-dire âme fidèle confiée à sa direction, et lui donne des règles e conduite. Arni sage et prudent, il lui montre les obstacles u'elle doit surmonter, les pièges qu'elle doit éviter ; uide fidèle, il lui indique le chemin qu'elle doit suivre, Dutient sa faiblesse, stimule sa lenteur, l'arrête dans sa récipitation, lui tend une main secourable, si elle fait quelue faux pas, et l'empêche, autant qu'il est en lui, de déier de la droite ligne du devoir et de la vertu.
4° Pour nous préserver des rechutes. Le meilleur frein ontre la fougue des passions, c'est l'obligation de se conîsser. Y a-t-il rien de plus capable de réprimer les désirs riminels et de nous arrêter sur la pente du mal, que cette 3ule pensée : Il me faudra déclarer ce péché ? La honte ttachée à l'accusation de ses fautes, si elle n'en tarit pas ntièrement la source, à cause de la faiblesse et de la mace des hommes, est du moins bien propre à en diminuer ! nombre. Combien de personnes de tout âge, de tout sexe e doivent qu'à la Confession de s'être conservées ou affermes dans la pureté et l'innocence ! Combien d'autres surîontent encore tous les jours les plus violentes tentations, race à cette pratique salutaire ! Et, lorsqu'on l'abandonne, n ne tarde pas à se dérégler, et il n'est pas d'abîme où l'on e soit exposé à tomber.
5» Pour nous faire mieux expier nos fautes. Car il en oûte d'aller se prosterner aux pieds d'un homme, de lui écouvrir toutes ses faiblesses, toutes ses lâchetés, toutes 3s hypocrisies, tout ce qu'il y a de gâté et de corrompu ans le cœur ; or l'humiliation qu'on ressent à faire un ven si pénible, sert à expier ses péchés en partie i.
6° A cause des avantages innombrables qui en résultent oit pour la société en général, soit pour les familles et les idividus en particulier ; nous allons les parcourir rapidement.
Avantages de la Confession.
!• Pour les individus. En réconciliant le pécheur avec Dieu, elle le réconcilie en même temps avec lui-même. C'est ici une vérité d'expérience : quand on a confessé ses péchés, il semble qu'on s'est ôté de dessus le cœur un fardeau insupportable ; on respire plus à son aise ; le calme, la sérénité succèdent aux troubles, aux orages de la conscience ; une onction céleste se répand dans l'âme ; et, quand le prêtre du Seigneur a dit : Je vous absous, allez en paix, on se sent tout changé, tout renouvelé ; on éprouve un indicible contentement ; c'est ce qui a fait dire à Tertullien que la pénitence est la félicité de l'homme pécheur (1).
Sans la Confession, sans cette assurance qu'elle lui donne d'obtenir le pardon de ses crimes, que deviendrait un grand pécheur ? Oserait-il lever les yeux vers le ciel, qu'il a tant de fois indignement outragé? Et quelques marques de repentir qu'il donnât, comment saurait-il qu'il a fléchi le courroux du Seigneur, et qu'il est rentré en grâce avec lui? Ne serait-il pas toujours en proie au doute le plus cruel, et sans cesse rongé par le ver de la conscience ? et, ne pouvant imposer silence à ce bourreau intérieur qui le poursuit partout, ne semblerait-il pas livré pour toujours à ces furies vengeresses, que le paganisme laissait aux criminels pour toute ressource ? Et que de fois peut-être il terminerait sa vie dans un horrible désespoir 1 Mais, au tribunal de la Pénitence, il se trouve un ami qui le console, qui lui ouvre tous les trésors de la miséricorde divine, et qui, faisant couler sur lui le sang de Jésus-Christ, purifie son âme de toutes ses taches et lui rend sa blancheur et sa beauté premières.
La Confession, qui guérit les âmes, exerce aussi quelquefois une salutaire influence sur la santé du corps, parce
(i) Pœnitentia hominis rei félicitas. TertulL
qu'en nous obligeant à mettre plus de régularité dans la conduite, elle nous préserve de ces excès divers., qui détruisent les sources de la vie et donnent naissance aux maladies les plus graves. Combien de jeunes gens, usés par la débauche, verraient bientôt leurs forces renaître, s'ils prenaient la généreuse résolution de se confesser ! Il 3st encore beaucoup de maladies, qui tiennent à un moral iffecté ; et la Confession, qui apaise les troubles de l'es- Drit, est du plus puissant secours pour les soulager, ou nême les guérir. Aussi un célèbre docteur protestant n'a )U s'empêcher de dire que la religion et les pratiques qui m dérivent, sont importantes aux médecins eux-mêmes (1).
Enfin, la Confession adoucit le terrible passage du temps i l'éternité. Comment, en effet, un pécheur tout souillé le crimes oserait-il se présenter devant son juge? Le sourenir de ses iniquités ne lui rendrait-il pas la vue de la nort mille fois plus affreuse ? Mais il a confessé ses inijuités, et il a la douce confiance que la sentence d'absoution, que le prêtre a prononcée en sa faveur, a été raifiée dans le ciel, et les noires frayeurs, qui assiègent le iécheur impénitent, ont disparu de sa couche funèbre, et 1 se jette avec calme et résignation, avec reconnaissance >t amour, entre les bras de la miséricorde divine.
2° Pour les familles. Ici nous ne pouvons entrer dans in grand détail; qu'il nous suffise de dire qu'elle entretient 'union entre les époux, qu'elle est le meilleur moyen de enir les enfants dans la soumission et le respect, d'inspier la fidélité et la discrétion aux domestiques. Combien le maisons lui doivent la conservation de la paix, de 'honneur, de la fortune ! Et, s'il en est tant d'autres où l'on le voit que troubles, haines, querelles, désordres de tout jenre, n'est-ce pas parce que parents et enfants, maîtres et erviteurs, négligent complètement la pratique de la Confession ?
(1) M. le docteur Ami Badel, de Genève, Réflexions médico-théoogiques sur la Confession.
3° Pour la société. Elle prévient une infinité de crimes et de scandales : elle conserve l'autorité des magistrats, contribue au maintien du bon ordre, arrête îe libertinage, détourne du larcin, et fait rendre le bien mal acquis, a Que de réparations, s'écrie le fameux philosophe J. J. Rousseau, que de restitutions la Confession ne fait-elle point faire chez les catholiques! » Sans elle, les villes et les campagnes seraient mille fois plus corrompues et plus infectées de toute sorte de vices. C'est ce qu'on a remarqué spécialement dans les pays où la Confession a été abolie ; la décadence des mœurs y a été si frappante que les hérétiques eux-mêmes en ont été surpris. Et, en voyant la licence augmenter chaque jour, et les désordres se multiplier au point de faire craindre îe bouleversement total de la société, des villes entières, quoique attachées au parti de Terreur, regrettant l'ancienne discipline de la Confession, en ont demandé le rétablissement à l'autorité séculière. Vaines tentatives ! Croit-on que les peuples consentent à reprendre le joug de la Confession, quand on est parvenu à leur persuader qu'elle n'est pas d'institution divine? Les décrets des gouvernements, la force matérielle, peuvent bien obliger à courber la tête, à fléchir le genou, mais ne parviendront jamais à ouvrir les consciences a.
En un mot, les avantages de la Confession sont si évidents qu'on doit mettre le précepte que Jésus-Christ en a fait, au nombre des plus grands bienfaits, dont il a plu à ce divin Sauveur de gratifier les hommes. On peut la regarder en toute vérité comme un chef-d'œuvre de la sagesse et de la miséricorde divines. D'où vient donc qu'on met si peu d'empressement à se confesser ? Hélas ! comme si Ton ne faisait aucun cas de la paix de la vie présente et des espérances de la vie future, on se laisse arrêter par une fausse délicatesse, par une répugnance aveugle; on cherche a s'étourdir sur l'impérieuse obligation qui nous presse de nous présenter au tribunal sacré, et on ajoute aux ténèbre»
de ses péchés les ténèbres des raisonnements les plus ridicules, de l'ignorance, de la mauvaise foi. Voyons donc un à un les prétextes qu'on allègue pour se dispenser de la Confession.
1° C'est bien assez de se confesser à Dieu ? à quoi bon s'adresser aux prêtres ? — Et à quoi bon aussi se confesser à Dieu ? Pour connaître vos fautes, il n'a pas besoin ae votre aveu, lui qui lit parfaitement au fond de vos cœurs. D'après un tel raisonnement, on voit qu'il est également superflu de se confesser à Dieu, et, par le fait, ceux qui ne veulent pas soumettre leurs fautes au tribunal des ministres du Seigneur, ne songent guère à s'en humilier devant le Seigneur lui-même. Nous avons donné assez de raisons pour prouver qu'il ne suffit pas de se confesser à Dieu, mais qu'il faut encore recourir au ministère des prêtres. Nous nous contenterons ici de rappeler ce passage de saint Augustin : « Que personne ne dise : Je fais pénitence en secret devant Dieu ; Dieu connaît ce qui se passe dans mon cœur, et c'est lui qui pardonne. Ce serait donc en vain qu'il aurait été dit : Ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel? Ce serait donc en vain que les clefs auraient été données à l'Église (1)? » Ainsi, par là même qu'on est pécheur, on est exclu du royaume des cieux, et, pour y entrer, il faut nécessairement que la porte nous en soit ouverte par les prêtres, puisque c'est à eux seuls qu'en a été remise la clef» Car telle est la figure dont Notre-Seigneur se servit pour exprimer le pouvoir qu'il donnait à ses ministres d'administrer le sacrement de Pénitence, et de faire renaître les pécheurs à la vie de la grâce.
2° Mais les prêtres sont hommes comme nous ; pourquoi aller leur révêler tous les secrets de sa conscience? — Pourquoi ? parce que Dieu Ta voulu ; et c'est la réponse que nous ne cesserons jamais de donner, parce qu'elle coupe
(1) D. Aug., serm. 2 inps. c, n. 3.
court à toute difficulté. Vous dites que les prêtres sont hommes comme nous. Sans doute, et c'est fort heureux pour les pécheurs, car si Dieu avait député pour entendre l'aveu de leurs crimes un de ses anges, un de ces esprits célestes qui ne sont que lumière, pureté, sainteté,, amour, de quel front auraient-ils osé se présenter devant lui ? En se voyant à une si grande distance de ses perfections, n'auraient ils pas craint de le surprendre, de Fef-j frayer par le récit de leurs abominations ? Mais le prêtre' est homme comme nous, c'est-à-dire sujet à toutes nos misères, à toutes nos infirmités, et il sait par conséquent compatir à toutes leo faiblesses de notre nature. — Le prêtre est homme comme nous ; qui le conteste ? mais en même temps il est investi d'un pouvoir surnaturel, marqué d'un sceau divin ; il tient de plus son pouvoir de Dieu ; il est son ambassadeur, son mandataire, son délégué, le ministre de ses miséricordes ; et, quand nous allons nous présenter à son tribunal, l'homme doit s'effacer à nos yeux, et nous ne devons plus voir que Jésus-Christ sur le trône redoutable, où il viendra juger les vivants et les morts. Quand donc nous nous confessons, c'est en réalité moins à un homme qu'à Disu, notre souverain, notre juge, notre père.
3° îl s'est glissé bien des abus dans la Confession. —-Mais quels sont ces abus dont on se plaint ? Qu'on les signale. Consultez les personnes qui fréquentent les sacrements; certes, le nombre en est encore grand ; toutes se louent des grands avantages qu'elles retirent de la Confession pour l'amendement de leur vie et la sanctification de leur âme : comment se fait-il qu'il n'y ait que ceux qui s'en éloignent, et qui, par conséquent, ne la connaissent pas, qui crient aux abus? Soyons bien persuadés que ces abus dont on parie, s'ils sont réels, ont été fort rares et souvent fort exagérés. Mais de quoi ne peut-on pas abuser dans le christianisme, comme dans toute institution civile ou politique ? Faut-il condamner un exercice, bon, salutaire,
excellent en lui-même, parce que les hommes en abusent? L'abus qu'on en fait lui ôte-t-il quelque chose de ses avantages ? Respectons les choses saintes, tout en flétrissant les malheureux qui en abusent. La Confession étant par ellemême le moyen le plus efficace de conversion et de sanctification, qu'on en corrige et réprime les abus, si toutefois on en remarque; mais il n'en est pas moins vrai qu'il faut en retenir l'usage, selon les prescriptions de Dieu et de l'Église, et qu'on ne saurait trop la fréquenter, quand on veut faire des progrès dans la vertu.
in Elle trouble la paix des familles. — En quoi? et comment ? Le prêtre, au tribunal de la Pénitence, n'est-ii pas le ministre d'un Dieu de bonté et de charité ? Ne recommande-t-il pas sans cesse l'union, la concorde, et j toutes les vertus qui font les bons pères, les bons époux, Iles enfants soumis et respectueux? C'est une pure calomnie de dire que la Confession trouble la paix des familles. Non, ijamais, on ne verra mieux régner le calme, la bonne intelligence dans une maison, que lorsque les divers mem- 3res qui la composent seront tous exacts à remplir leurs devoirs religieux.
5° Mais la Confession n'est-elle pas dangereuse pour le confesseur et pour la plupart des pénitents ? — N'est-ce pas une tentation terrible pour ie premier d'entendre le récit de certains désordres? Et quel danger pour les jeunes per sonnes, à l'imagination vive, d'entrer dans certains détails?
Nous ne répondrons pas à ceux dont la pensée se vautre sans cesse dans la boue, qui ne rêvent que le vice, qui ne rougissent pas de jeter sur la blanche étole du prêtre toute la fange de leurs passions. Qu'il nous suffise de dire que, pour tout homme qui a la crainte de Dieu, le meilleur préservatif contre les désordres est de voir à quels excès ils conduisent, et que, pour une personne qui veut sincèrement revenir à Dieu, le récit de ses fautes ne doit servir qu'à l'humilier et à lui causer du repentir. Celles qui veulent persévérer dans le vice, n'ont guère envie de se confesser.
60 Se confesser ! c'est bon pour les petits enfants, pour se préparer à la première communion ; mais quand on est homme, qu'a- 1- ou besoin de Confession? — Quand on est homme, ne commet-on point de fautes ? N'a-t-on pas besoin de s'en purifier? On a besoin de se confesser tant qu'on est pécheur, et on Test à tout âge. Dans l'enfance, le confesseur jette dans un cœur encore tendre les premières semences de vertu, qui portent du fruit en leur temps. Plus tard, quand les passions commencent à fermenter, il apprend à ne jamais transiger avec elles; et, lorsqu'on est lancé au milieu des scandales du monde, en butte à ses pièges, poussé par tous les vents des tentations, n'a-t-on pas besoin d'un sage directeur, qui nous rappelle de temps à autre les grands intérêts de notre âme, et nous encourage à tout sacrifier hors l'honneur, hors la conscience, tfansles phases critiques de la vie? Dire qu'on n'a besoin de se confesser que lorsqu'on est enfant, c'est comme si on disait qu'on a besoin d'un pilote pour naviguer sur une mer calme et tranquille, mais qu'on peut s'en passer, quand la mer est houleuse et que la tempête emporte le navire vers des côtes sombres et inconnues.
7° On peut être honnête homme sa?is se confesser. — D'accord, mais assurément on n'est pas bon chrétien. L'honnête homme suivant le monde n'est pas toujours l'homme selon le cœur de Dieu. Qu'on ménage sa réputation, qu'on ne commette point de faute, ni de crime qui soit justiciable des lois humaines, c'est assez pour passer aux yeux du monde pour honnête homme. Un honnête homme de ce genre peut être orgueilleux, lâche, mou, sensuel, envieux, colère, dur pour les pauvres ; il peut mettre dix fois par jour sa femme et ses enfants au désespoir, laisser mourir de faim ses serviteurs par avarice, ruiner ses concurrents en tout bien et tout honneur, se venger sans merci de ses adversaires ; sa réputation n'en souffrira pas. Le mauvais riche, qui laissait périr d'inanition à sa porte le pauvre Lazare, pouvait être un fort honnête homme aux
yeux de tout Jérusalem; mais cela ne l'empêcha pas d'être damné. Qu'est-ce, le plus souvent, qu'une probité purement humaine? C'est l'art de sauver les apparences. // n'y a qu'un frein pour les crimes secrets, a dit un philosophe que personne ne suspectera d'attachement au catholicisme, c'est la Confession (i). Ah ! que l'homme est faible, quand sa vertu ne s'appuie pas sur les grands principes de la foi chrétienne ! Honnête homme aujourd'hui, qui m'assurera que demain une tentation plus séduisante, une occasion plus favorable, un motif plus impérieux ne renversera pas à toujours la faible digue qu'il oppose à ses passions ? Non, je ne crois pas qu'on puisse mettre une confiance entière dans un homme sans religion.
8° Mais que dira-t-on de moi en me voyant entrer dans un confessionnal ? — Voilà donc le grand mot lâché ; la conscience vous crie que vous devez vous confesser; mais le respect humain vous arrête. Or, le respect humain est une lâcheté. Quand il s'agit du salut de son âme, faut-il s'embarrasser de ce que pensera le monde? Les hommes sensés, religieux, vous approuveront ; et qu'importe que vous soyez blâmé par les libertins et les impies, qui ne valent pas la peine qu'on s'enquière de leurs idées et de leurs jugements?
9° Cest trop pénible que de se confesser ; je ne saurais m'y résoudre. — Quelque pénible qu'on suppose la Confession, il faut s'y soumettre, la loi de Dieu est formelle ; on aurait beau adresser à Dieu de longues prières, s'imposer des jeûnes rigoureux, donner tout son bien aux pauvres, souffrir même le martyre ; sans Confession, point de rémission. Mais cette loi de la Confession, que le Seigneur nous intime et qui semble une loi de justice, n'est en réalité qu'une loi de miséricorde. N'est-ce pas, en effet, un excès de bonté de la part de notre Dieu que, pour nous absoudre de nos péchés qui nous exposent à la damnation
(1) Voltaire.
éternelle, il veunle bien se contenter du simple aveu que nous en faisons dans le secret du sanctuaire à quelqu'un de ses ministres ? Quel est le criminel qui refuserait sa grâce si, pour l'obtenir, il lui suffisait de confesser son crime? Trouverait-on un seul malade qui ne pût se résoudre à déclarer sa maladie à un médecin, s'il ne fallait que la faire connaître pour la guérir? Pourquoi donc aurions-nous tant ce répugnance à découvrir à un confesseur les plaies de notre âme, puisque nous sommes assurés que c'est un moyen certain d'en obtenir une entière et parfaite guérison? Ah! si quelqu'un de ces malheureux réprouvés, qui se lamentent et se désespèrent dans les sombres cachots de l'enfer, pouvait obtenir sa délivrance, à condition qu'il ferait un aveu détaillé et circonstancié de tous ses crimes, hésiterait-il un seul instant? Trouverait-il cette condition trop dure? N'accepterait-il pas avec les plus vifs transports de joie une offre si consolante? Et vous, qui êtes en état de péché mortel, songez donc que l'enfer est votre partage; et, pour échapper à ce gouffre de flammes, vous trouveriez la Confession trop difficile !
10° La contrition parfaite m'obtiendra le pardon de mes fautes. — Mais êtes-vous sûr de l'avoir, cette contrition parfaite? Et ne savez-vous pas d'ailleurs, comme nous l'avons déjà expliqué, que la contrition suppose toujours un désir sincère d'accomplir ce que Dieu ordonne, et que, par conséquent, il ne peut y avoir de contrition sans le désir de se confesser? La contrition parfaite ne fait rentrer en giàce avec Dieu que lorsqu'il y a impossibilité de se confesser, ou par défaut de confesseur, ou parce qu'on a perdu l'usage de la parole, ou pour toute autre cause majeure.
Au lieu donc de traîner continuellement le poids acca blant de vos fautes, allez vous en décharger promptement au tribunal de la Pénitence. Allez épancher votre cœur dans le sein d'un ami fidèle, d'un père tendre. Dites-vous à vous-même, comme autrefois le Roi-Prophète : a Oui,
j'en ai pris la résolution, je confesserai mes péchés, je m'en accuserai, je m'en humilierai devant Dieu (1) ; et l'aveu seul de vos crimes versera un baume salutaire sur les souffrances intérieures de votre âme, et vous recouvrerez tous vos droits à l'héritage céleste.
TRAITS HISTORIQUES
1. Gibbon, tout protestant qu'il est, n'a pu s'empêcher de rendre hommage à la vérité, et s'exprime ainsi, dans son Histoire de la décadence de l'Empire Romain: « L'homme instruit ne peut résister au poids del'évidence historique, qui établit que la Confession a été un des principaux points de la doctrine papiste, dans toute lapériûde des quatre premiers siècles. »
Dominique Soto rapporte que, lorsqu'il était à la cour de Charîes- Quint, une ville d'Allemagne, c'est celle de Nuremberg, envoya une députation à l'empereur, pour le prier d'ordonner, par un édit, à tous les citoyens de se confesser de nouveau comme ils le faisaient avant d'avoir adopté la prétendue réforme; et laraison queces magistrats en apportaient, étaitque, depuis qu'on avait aboli la Confession, ils voyaient les crimes se multiplier au milieu d'eux, de manière à faire craindre le bouleversement total de l'état et de la société. Cette députation, continue le même auteur, excita la pitié de toute la cour, et on s'étonna qu'on voulût recourir à un remède simulé, après avoir rejeté le véritable, c'est-à-dire celui que Jésus-Christlui-même avait établi. En effet, si ce divin Sauveur n'eût pas fait un précepte de la Confession, de quel droit un prince pourrait-il la commander? Quoi qu'il en soit, cette démarche étaitunaveu public et non suspect de l'utilité de la Confession, pour réprimer le vice.
Soto, in IV, dis. 18, q. 1, art. I.
Leibnitz appelle la Confession : « Une institution digne de la sagesse divine, la plus digne d'élogeset la plus belledelareligion chrétienne, une institution admirée des peuples delà Chine, du Japon, et propre à guérir tous les maux de l'âme ou à les adou:ir. »
Syst. Théolog.
2. Il n'y a point ds repos et de liberté pour l'homme, a dit un écrivain, qu'il n'ait avoué ses fautes, et qu'il n'ait fait sortir de son sein les serpents qui le déchirent. Les magistrats un peu exercéssavent
(t) Dixi: Confitebcradversùmmeinjusiitiam meam Domino. Ps., xxxi, 5.
tous qu'il n'y a pas de coupable qui ne finît par faire l'aveu de son crime, s'il n'était retenu parla crainte du châtiment; et l'histoire de tous les peuples atteste même qu'un grand nombre de criminels sont venus se dénoncer volontairement à la justice, préférant encore la peine de ieur crime au tourment insupportable du remords et au poids accablant du funeste secret renfermé en eux.
La vertu, ta Justice, la morale, doivent servir de base à tous les gouvernement,". Il est impossible d'établir la vertu, la justice: la morale sur des '^ses tant soit peu solides, sans le tribunal de la Pénitence, parce que ce tribunal, le plus redoutable de tous les tribunaux, s'empare de la conscience des hommes, et la dirige d'une manière plus efficace qu'aucun autre tribunal. Or, ce tribunal appartient exclusivement aux catholiques romains.
Fitz- William, Lettre à Atticm.
On sait jusqu'à quel point Raynal a porté la haine contre le christianisme ; eh bien! Raynal lui-même n'a pu s'empêcher de dire, dans son Histoire Philosophique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes : « A l'exemple des Incas (seigneurs du Pérou), les Jésuites avaient établi au Paraguay le gouvernement théocratique, mais avec un avantage particulier à la religion chrétienne, c'était la Confession. Dans le Paraguay, elle conduisait le coupable aux pied3 du magistrat. C'est là que loin de pallier son crime, le repentir le lui faisait aggraver. Au lieu déluder sa peine, il venait la demander à genoux. Plus elle était sévère et publique, plus elle rendait le calme à sa conscience. Ainsi le châtiment, qui partout ailleurs effraie les coupables, faisait ici leur consolation, en étouffant les remords par l'expiation.»
« Le meilleur des gouvernements, dit le même philosophe, serait une théocratie où l'on établirait le tribunal de la Confession, s'il était toujours dirigé par des hommes vertueux. »
Hist. Philos., t. II.
Non-seulement nos philosophes et nos prétendus incrédules se sont vus forcés de rendre le plus éclatant hommage à cette sublime, à cette divine institution, mais, de plus, ils y ont eu recours au déclin delà vie ou à l'heure de la mort. Méierai, Toussaint, Maupertuis,de Bou» lainvilliers, Lamétne, Dumarsais, d'Argens, Boulanger, de Tressan, de Langle, Fontenelle, Buffon, Montesquieu, La Harpe etc., sont morts, après s'être confessés, dans les beaux sentiments du christianisme, ce qui faisait dire à un malheureux philosophe de ce temps: « Ils ne nous font point d'honneur, quand ils se voient au lit de la mort; ils se déshonorent, ils se démentent, ils meurent tout comme les autres. »
Tous les grands porte-étendard de l'irréligion du dernier siècle se seraient confessés, au moment du trépas, s'ils n'en eussent été em-
péchés par leurs confrères d'impiété. D'Alembert lui-même avait manifesté le désir de se réconcilier avec Dieu. Condorcet, son ami, qui avait fermé au curé de Saint-Germain tout accès auprès du malade, se félicitait sataniquement d'un pareil triomphe, en disant à ce propos : « Si je ne m'étais pas trouvé là, il faisait le plongeon.» Dià> rolmontrait les meilleures dispositions ; il s'était même déjà entretenu plusieurs fois avec lecuré de Saint-Sulpice ; mais ses amis se hâtèrent de l'entraîner à la campagne, dans le but d'éviter au parti philosophique le scandale de sa conversion. Voltaire s'est confessé dans plusieurs de ses maladies ; s'il ne le fit point à sa mort, c'est qu'on ferma la porte de sa chambre au curé de Saint-Suïpice, qui ne put aborder jusqu'à lui ; il mourut dans un état de fureur et de rage. De telles fins font penser à ce terrible mot de saint Augustin (1) : « On les loue sur celte terre où ils ne sont plus, et ils souffrent dJhorribles tortures là où ils sont. »
Avantages de la Confession.
Pendant îa quinzaine de Pâques, un prêtre remit à un ministre protestant, habitué à tourner en dérision les sacrements de l'Église, une somme considérable, à laquelle il ne s'attendait pas. Cet argument, très-sensible, détrompa si bien le ministre prévenu contre la religion catholique que, lorsque l'occasion s'en présentait, il ne pouvait s'empêcher de dire: « Il faut avouer que la Confession est une bonne chose. »
Un catholique de Suisse, des environs de Fribourg, ayant trouvé une forte somme sur le chemin de Berne à Fribourg, la retint; mais, étant allé à confesse quelque temps après, son directeur l'engagea à aller déposer dans les mains des magistrats de Berne, la somme qu'il avait trouvée sur les terres de ce canton; ce qu'il fît. Cette action fit une sensation prodigieuse parmi les protestants; et les magistrats, ayant renouvelé, en 1758, les ordonnances pour le clergé du pays de Vaud, recommandèrent la Confession avec plus de soin qu'ils ne l'avaient fait dans leurs anciens règlements. Après avoir lu ce trait, on pourrait dire : Fiez-vous à celui qui se confesse, comme on disait autrefois : Ne vous fiez point à celui qui ne se confesse pas.
Ogier, Conférences sur la Morale.
Il y a environ six mois, dit Mme de Genlis dans un de ses ouvrages, que l'on vola ici (au Palais-Royal) la valeur de dix mille francs d'argenterie. Il m'a été impossible de découvrir l'auteur de ce vol, ni même de pouvoir former un soupçon à cet égard. Hier, M. le curé de Sainl-Eustache me fit demander à me parler en particulier. C'étaiî pour m'annoncer qu'il m'apportait la restitution du vol. iSouï sommes
(1) Laudantur ubi non sunt, cruciantur ubi sunt. D. Aug.
à la fin du carême, et le voleur a voulu faire ses Pâques. Si, au lieu d'avoir été élevé dans la religion catholique, il n'eût connu que la religion des philosophes, il aurait pensé, comme Figaro, que ce qui est bon à prendre est bon à garder. Deux hommes ont apporté dans ma chambre la caisse qui contenait l'argenterie. M. le curé de Saint- Eustache a demandé que la restitution fût vérifiée en sa présence. On avait effacé toutes les armes, rompu quelques cuillers, et ployé en deux trois plats, mais tout s'y trouvait; il n'y manquait pas une seule pièce. Suite des Souvenirs de Félicie, par Mme de Genlis
Il y a quelques mois, on lisait dans un journal : « M. le curé de Nontron a remis, ces jours derniers, à Mmeveuve Forien, 1005 francs, reste d'une somme qui fut volée il y a environ un an; cet argent avait été donné à M. le curé dans son confessionnal. >
Gazette de France du 21 mars 1836.
Les faits précédents nous rappellent le suivant, qui trouve ici naturellement sa place.
Le marquis d'Argens, auteur de pernicieux ouvrages, s'entretenait un jour avec un de ses frères, le président d'Éguilles, magistrat rempli de zèle pour la religion, mais qui alors était incrédule comme lui. Ils venaient ensemble, dans le cours d'une assez longue conversation, de se rire à qui mieux mieux des religieux sentiments qu'avait le bonheur de posséder leur troisième frère, lorsque le marquis d'Argens couronna toutes ces dérisions par cette subite exclamation : « Eh bien, mon frère, dit-il au président d'Éguilles, nous nous moquons de sa simplicité, et cependant, si j'avais un dépôt à confier, ce ne serait pas à toi, cù serait à lui. »
Il n'y a que la Confession qui puisse rétablir le calme dans une âme agitée.
Un homme riche des Pays-Bas commit une faute grave ; mais, revenu de l'étourdissement qu'avait causé en lui, pour le moment, la passion qui le tyrannisait, il en conçut une telle confusion, qu'il était déterminé à préférer la mort et la damnation à ia honte de s'en confesser. Cependant sa conscience le tourmentait sans cesse. Un jour, passant à Anvers, il entendit un prédicateur assurer qu'il n'y avait pas d'obligation de confesser les péchés oubliés. Il essaya alors '.ous les moyens d'ensevelir lo sien dans l'oubli. Dans cette vue, il se livre à tous les plaisirs, croyant par là perdre de vue ce malheureux péché; mais en vain. Il fait des voyages, parcourt différentes provinces, pensant pouvoir faire diversion à l'agitation de ses pensées: mais la variété des objets nouveaux, qui sans cesse frappaient ses regards, ne pouvait arracher son âme aux tourments qui la déchiraient; il lui était impossible de se fuir lui-même. Il s'applique ensuite à l'étude des mathématiques et de la perspective, supposant
pouvoir apporter un remède à son mal, par la force de l'attention requise pour ces sortes de sciences; tout est inutile. Que va-t-il faire? 11 espère pouvoir effacer son crime, par les pratiques les plus austères de ia pénitence sans Confession. Il prend, en conséquence, un cilice, se donne de rudes disciplines, se livre aux jeûnes, verse d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres ; la plaie de son âme s'aigrit, en proportion des efforts qu'il fait pour la guérir. Dam son désespoir, il se détermine à mettre fin à ses tristes jours, et monte en voiture pour se rendre chez lui, afin d'exécuter dans sa propre maison l'affreuse résolution qu'il vient de prendre. Dieu, qui veillait encore sur cet infortuné, permet que, chemin faisant, il rencontre un bon religieux de sa connaissance. Après s'être salués réciproquement, il offre au Père une place auprès de lui. La conversation s'engage, et, entre autres choses, elle tombe par hasard sur la Confession. C'était mettre le doigt sur la plaie. Aussi, s'appliquant à lui-même les réflexions du religieux, il lui demande, avec le trouble peint sur son visage, pourquoi il lui tient ce discours. Celui-ci répond que c'est la coutume dans leur ordre de traiter indistinctement, avec toutes sortes de personnes, de l'affaire du salut dans l'occasion, et qu'il lui offrait même ses services, en cas qu'il voulût en user. — Qu'avez-vous besoin, répliqua-t-i!, de tenir ce langage à un homme qui n'a nulle envie de se confesser? Si vous pouviez mo secouiir sans Confession, à la bonne heure, j'accepterais volontiers vos offres.
L'homme de Dieu soupçonne alors le mauvais état de eeîte âme, et se propose d'agir avec toute la circonspection possible. Il parie donc au cœur de cet infortuné, qui, après plusieurs moyens de soulagement que lui propose le Père, lui avoue qu'il avait résolu de s( pendre, ne pouvant plus supporter le* remords de sa conscience, que cependant il était prêt maintenant à tout souiTnr, s'il pouvait le délivrer de ce tourment, sans l'astreindre à se confesser Ls religieux lui promit un secours efficace, moyennant sa docilité à suivre ses conseils, pendant quelques jour3 seulement. Aleurarrivéo dans la maison, il l'engage à inviter ses amis à souper et à sa divertir avec eux, et l'exhale ensuite à passer tranquillement la nuit. Le lendemain matin, il lui présente certains pointi de méditation, pour exciter fortement sa confiance en l'infinie miséricorde de Dieu. Le jour suivant, il lui donne un examen de conscience, 81 lui recommandant de noter les péchés qu'il reconnaîtrait avoir commis, non pour s'en confesser, mais pour faire un acte de contrition sur chacun d'eux. Cela étant fait, le père lui propose uns partie de promenade dans une forêt voisine; et là, il lui demanda s'il a bien examiné chaque article. Pour vous mettre en étal d'avoir nne connaissante plus parfaite de vous-même, je vai3 tous ciîe?
quelques fautes dont l'examen est contenu dans ce livret. En lui rappelant ainsi les forfaits les plus énormes, il tombe enfin sur celui qui causait ses longs et cuisants remords de conscience, c La voilà! la voilà ! s'écria-t-il, cetto faute maudite, dont le souvenir me déchire. > Le religieux, dissimulant, lui dit : c Mon petit livre en contient de bien plus graves, et je puis vous absoudre de mille autres plus considérables encore ; venant déjà de confesser celle-là, vous pouvez dire les autres, qui vous reviennent à l'esprit. » Le pécheur, à ces mots, se jeta à genoux; il ouvrit librement son cœur, et, après avoir été suffisamment excité à la contrition par de touchantes réflexions, il reçut l'absolution et en ressentit tant de joie, qu'il répéta souvent, par la suite, à son confesseur : « 0 mon père, de combien d'angoisses la Confession m'a délivré ! 0 Confession, quelle sérénité, et quelle joie tu causes à l'âme! »
Le célèbre médecin Tissot donnait, à Lausanne, les secours de son art à une jeune dame étrangère, dont la maladie arriva à un point fort alarmant. Instruite de son dangereux état et tourmentée par le regret de quitter sitôt la vie, elle s'abandonna à de violentes agitations m aux transports du désespoir. Le médecin jugea que celte nouvelle secousse abrégerait encore le terme de sa vie, et, selon son usage, il avertit qu'il n'y avait pas à différer pour lui faire administrer les secours de la religion. Un prêtre est appelé ; la malade l'écoute et reçoit, comme le seul bien qui lui reste, les paroles de consolation qui sortent de sa bouche. Elle se calme, s'occupe de Dieu et de ses interdis éternels, reçoit les sacrements avec une grande édification, et, le lendemain matin, le médecin la voit dans un état de paix et de calme qui l'étonné ; il trouve la fièvre baissée , voit les symptômes changés en mieux, et bientôt la maladie cède. M. Tissot aimait à répéter ce trait, et il s'écriait avec admiration : c Quelle est donc la puissance de la Confession chez les catholiques ! »
TROISIÈME INSTRUCTION
Des qualités de la Confession. — De son intégrité. — Encouragements à surmonter la honte. — Du secret de la Confessi'T.
D. Quelles qualités la Confession doit-elle avoir pour être bonne?
R. Quatre: elle doit être entière, humble, simple et prudente.
Nous allons les parcourir en détail, car elles méritent de notre part l'examen le plus attentif. Nous insisterons spécialement sur la première, qui est la plus importante de toutes.
D. Pourquoi dites-vous que la confession doit être entière?
R. C'est que si Ton omettait volontairement l'accusation d'un seul péché mortel, la Confession serait nulle et on commettrait un sacrilège.
Il ne suffit pas de confesser certains péchés mortels, il faut les déclarer absolument tous, sans aucune exception, même les plus secrets et les plus honteux. Le prêtre, au tribunal de la pénitence, exerce, ainsi que nous l'avons dit, les fonctions déjuge et de médecin. Or, si on ne lui fait un aveu exact et détaillé de toutes les fautes qu'on a commises, comment pourra-t-ii juger de la gravité du mal, et garder l'équité dans les peines qu'il impose? Comment pourra-t-il ordonner les remèdes convenables? La médecine ne peut guérir les maux qu'elle ne connaît pas (1). Aussi voyez avec quel soin les malades découvrent leur mal à leur médecin. Pareillement, nous devons dévoiler à notre confesseur toutes les blessures de notre âme *.
Manquer de sincérité en Confession, c'est mentir à l'Esprit-Saint; c'est se rendre digne du châtiment que subirent autrefois Ananie et Saphire. Et que nous servira-t-il d'avoir trompé le ministre du Seigneur ? Pourrons-nous tromper le Seigneur lui-même, qui sonde les cœurs et les reins, qui lit jusqu'au fond de notre conscience, qui y voit parfaitement ce maudit péché qu'on voudrait y tenir caché, et qui en demandera un jour un compte terrible?
Ceux qui cachent volontairement un péché en Confes* sion, que vont-ils chercher au tribunal de la Pénitence ? La vie? mais ils y trouvent la mort. La grâce de Dieu? mais ils outragent le Seigneur par leur hypocrisie ; ils profanent un
<1) Quod ignorât medicina non carat. D. Hier., in Ecch., c. x.
sacrement de miséricorde, qui devient pour eux une cause d'anathème. Les malheureux! ils sortent de la piscine sainte plus coupables que lorsqu'ils y sont entrés. En recevant indignement l'absolution, ils ont ajouté à toutes les fautes, qu'ils avaient précédemment commises et dont aucune ne leur est pardonnée, une faute plus grave encore, un sacrilège qui ne sera lui-même que le prélude du plus horrible de tous les sacrilèges, c'est-à-dire de l'indigne communion, s'ils ont l'audace de s'approcher en cet état de la Table sainte. Et ensuite que de sacrilèges ne vont-ils pas entasser les uns sur les autres, tant qu'ils s'obstineront dans ce silence criminel ! Ah ! ne valait-il pas mieux pour eux ne s'être jamais confessés? Détestons ici du fond de notre cœur cette coupable dissimulation, qui attirerait sur nous les malédictions les plus terribles, et qui serait le principe de notre réprobation.
Le saint concile de Trente a expressément lancé l'anathème contre quiconque dirait qu'il n'est pas nécessaire de droit divin de confesser tous et chacun des péchés mortels, dont on a le souvenir, après un soigneux examen.
Remarquons toutefois que la Confession n'est nulle et sacrilège qu'autant qu'on cache un péché mortel volontairement, c'est-à-dire par malice, par crainte ou par honte, ou faute d'un examen suffisant. Quant à un péché qu'on omettrait d'accuser par un oubli tout à fait involontaire, il serait remis indirectement avec les autres. Car oubli n'est pas faute, dit un ancien proverbe ; et on a tout dit, quand on a voulu tout dire ; la Confession est alors entière formellement, quoiqu'elle ne ie soit pas matériellement. Mais bien que les péchés, qui échappent à la mémoire, n'empêchent pas l'effet de l'absolution, il reste toujours l'obligation de s'en confesser, dès qu'on s'en souvient ; et, tout pardonnes qu'ils sont, on les ferait revivre, si on négligeait de s'en accuser, lorsque plus tard ils se représentent à l'esprit. Car tout péché mortel, dont on a la conscience, est soumis au pouvoir des clefs, c'est-à-dire au jugement de
TÉglise ; et on ne peut s'en décharger, qu'en accomplissant ]e précepte de la Confession.
Mais, dit-on quelquefois pour se dispenser de l'intégrité de la Confession, c'est un péché si hideux! Je rougis seulement d'y penser; jamais je n'aurai le courage de le confesser. — Maudite honte, qui perd les âmes et qui peuple l'enfer ! Pour surmonter cette honte qui, en vous faisant garder un silence criminel, vous expose aux plus effroyables malheurs., considérez :
1° Qu'on n'est pas retenu par la honte, quand la vie du corps est en danger. On ne rougit pas de découvrir tous ses maux au médecin, dans l'espérance d'être guéri. Aimer le coips plus que l'âme, quel aveuglement !
2° Que cette honte même est un remède au péché, une partie de la pénitence, un supplément aux ménagements qu'un confesseur est obligé d'avoir pour s'accommoder à notre faiblesse, et que nous ne saurions trop rabattre notre orgueil, qui est le principe de notre honte ainsi que de nos péchés. Plus l'aveu est humiliant, plus on a du mérite, et moins on aura à expier en purgatoire.
3° Que cette honte est de bien courte durée ; il n'y a qu'un mot à dire ! et à qui? au ministre du Seigneur, obligé au secret le plus inviolable, qui oubliera aussitôt ce qu'on lui aura confié, qui n'y pensera plus.
4° Que cette petite honte est une tentation comme une autre, à laquelle on doit résister, et que, s'il faut un peu d'effort pour la vaincre, cette victoire qu'on remporte sur le démon et sur soi-même procure une joie si douce, une paix si délicieuse à l'âme, qu'on doit regarder cet effort comme rien.
5° Que cette honte n'est qu'imaginaire; qu'à la vérité il y a de la honte à commettre le péché, mais qu'il n'y en a pas à s'en confesser; qu'au contraire c'est une action honorable et glorieuse de reconnaître ses torts et d'en faire l'aveu. Il y a une honte qu'il faut fuir, c'est celle du péché ; et il y a une honte qu'il faut affronter courageusement.
c'est celle de confesser ses péchés, puisqu'elle nous fait recouvrer la grâce et la gloire (1). Mais voyez quelle est la malice et la ruse de l'ennemi de notre salut : s'agit-il de nous porter au mal, il nous représente le péché sous les plus belles couleurs ; il en diminue la laideur, s'efforce même de nous le faire trouver honnête et honorable. Mais après l'avoir commis, quanti il faut le confesser, il nous rend la honte qu'il nous avait ôtée auparavant, de sorte que, nous ayant donné de l'effronterie pour commettre le péché, il nous couvre de confusion pour nous empêcher de le déclare^ comme s'il n'était pas mille fois plus honteux de faire le mal que de se repentir de l'avoir fait,, de faire une action infâme aux yeux de Dieu que de la dire aux oreilles d'un homme. Insensé, vous dît saint Augustin, pourquoi rougissez-vous de dire à un homme ce que vous n'avez pas rougi de faire devant Dieu? Rougissez de la blessure; mais ne rougissez pas du remède 2 (2).
6° Quêtant qu'on ne confesse pas son péché, il est impossible d'avoir la paix de l'âme. La langue se tait, mais la conscience jette des cris affreux (3). On sent toujours au dedans de soi-même comme une cruelle épine qui déchire l'âme, comme un venin mortel qui l'empoisonne, comme une vipère qu'onrecèledans le cœur et qui ne cesse de le piquer. 0 Dieu! quel enfer porte avec lui un pauvre pénitent qui sort du confessionnal sans avoir avoué son péché! 0 situation déplorable ! c'est un enfer qu'on souffre dans cette vie, et un enfer qu'on se prépare dans l'autre.
7° Que si vous cachez votre péché par honte, vous aurez à subir la honte infiniment plus grande de le voir un jour dévoilé, non pas devant un seul homme, comme au tribunal
(1) Est confusio addacens peccatura, et est confusio adducens gloriam et gratiam. Eccli., iv, 25.
(2) Cur erubescis homini dicere, quod non erubuisti in conspectu Dei facere? De vulnere erubescis. de ligatura non erubescis? V.Aug., serra, de Pœnit.
(3) Lingua lacet, cor clamât.
de la pénitence, mais aux yeux de tous vos parents, de vos amis, de tous vos concitoyens réunis au pied du tribunal du Juge suprême. Le Seigneur vous annonce qu'il vous livrera à l'opprobre, à l'ignominie, aux railleries, aux sifflements, aux dérisions de tous les hommes rassemblés (1). Ainsi, vous avez beau cacher votre péché, il paraîtra tôt ou tard au grand jour. Toutes ces personnes respectables, dont vous craindriez maintenant d'être connu, ce confesseur que vous aurez trompé, cesamisqui vous prenaient pour un homme vertueux, liront écrit sur votre front que vous n'étiez qu'un hypocrite ; ils verront dans le plus grand détail la longue liste de vos iniquités, qu'il vous serait si facile aujourd'hui d'ensevelir dans le secret de la Confession.
8° Que cette honte passagère, que l'on éprouve à confesser son péché, n'est rien en comparaison du feu de l'enfer ; il faut donc absolument s'en confesser ou être damné. Y a-t-il à balancer ?
Malgré toutes ces considérations, vous ne pouvez peutêtre encore vous décider à confesser vos péchés. Hélas ! prenez-y bien garde ; vous êtes sous l'iniluence du malin esprit. Quand le loup emporte des brebis pour les dévorer, il les prend par la gorge, afin de les empêcher de crier. Ainsi fait le démon : quand il veut entraîner quelqu'un en enfer, il le prend par la gorge, afin de l'empêcher de parler, de confesser ses péchés. Vous ne sauriez donc trop vous prémunir contre les illusions, qu'il vous met dans l'esprit et dont vous n'êtes que trop facilement la dupe. Car évidemment vous cédez à ses suggestions, quand vous dites :
1° Mon pêche est trop grand, trop abominable, pour que je puisse le confesser. — Ce péché est trop grand ! qu'en savezvous ? Peut-être ce n'est qu'une bagatelle. C'est souvent une ruse du démon de grossir comme des montagnes les
(1) Revelabo pudenJa loa in facietuâ, et ostendara regnis ignomi- Diam tuam. iïah., m, 6.
plus petites choses; il représente quelquefois comme des monstres des fautes qui ne sont presque rien, afin de fermer la bouche aux pénitents et de les jeter dans le sacrilège. 0 malice infernale ! quand le démon veut porter quelqu'un au mal, il s'efforce toujours de lui persuader que ce n'est rien, qu'on s'en confessera facilement, qu'on en obtiendra aisément le pardon ; et, une fois le péché commis, il le montre comme une abomination impardonnable, comme un excès tel qu'on ne peut se résoudre à le confesser. Mais, supposé que votre péché soit aussi grand que vous vous le figurez, il n'en est que plus nécessaire d'en faire l'aveu. Plus il est énorme, plusilfaut vous hâter de vous en débarrasser ; et quand vous l'aurez déposé au sacré tribunal, vous serez vous-même tout étonné de vous être laissé un instant arrêter par une difficulté, qui n'existait que dans votre imagination.
2° Quelle idée aura de moi le confesseur ? Il sera tout étonné de ce que je lui dirai. — Non, non, votre péché ne le surprendra pas. Croyez-vous qu'il ne sache pas quelle est la fragilité humaine, et jusqu'où peut aller la corruption de notre cœur! Mille et mille fois peut-être, on lui a confessé le même péché qui cause votre honte, et d'autres encore plus affreux. La déclaration que vous lui en ferez, ne sera donc pas aussi nouvelle pour lui que vous vous l'imaginez. Ce qu'il pensera de vous ! Eh ! que vous importe l'estime d'un homme, pourvu que vous recouvriez l'amitié de votre Dieu ? Mais c'est une crainte chimérique de croire que votre confesseur aura mauvaise opinion de vous. Il sera touché de voir que vous lui ouvrez votre cœur, que vous avez en lui une entière confiance ; et, tout en plaignant votre malheur, il louera votre sincérité, et, par cette déclaration qui vous aura tant coûté à faire, il verra que vous avez un vrai désir de vous sauver, et vous ne ferez que croître dans son estime et dans son affection. Il dira: Voilà un enfant, voilà une jeune personne, voilà un homme qui s'accuse bien de ses fautes, qui veut revenir sincèrement à Dieu.
DE LA CONFESSION. lit
Quelle idée, au contraire, voulez-vous qu'il ait de ceux qui ne se confessent qu'à demi ; auxquels il faut, pour ains? dire, arracher les aveux ; et qui semblent s'étadier à se cacher, au lieu de chercher à se faire connaître? A des personnes d'un tel caractère pourra-t-il accorder son estime ? N'aura-t-il pas lieu de craindre qu'elles ne viennent se confesser que pour surprendre sa bonne foi, et faire un criminel abus des sacrements 8?
3° Mon confesseur se fâchera.., : il me grondera... ; il me regardera de travers — Votre confesseur se fâchera ! Il vous grondera ! Et pourquoi ? Parce que vous abandonnerez Satan, pour vous attacher à Jésus- Christ? Parce qu'humilié, repentant et confus, vous viendrez lui mettre à nu la lèpre de votre âme? Mais c'est impossible; c'est une odieuse pensée, qu'il faut chasser bien vite loin de vous. Les prêtres n'entrent pas au confessionnal pour y entendre parler de hauts faits de vertu , pour y prendre connaissance d'extases ou de révélations, mais pour y entendre les péchés qu'on vient leur avouer ; et ils ne peuvent avoir de plus grande consolation que de voir un pénitent, qui leur découvre sincèrement ses misères. Loin donc de vous adresser le moindre reproche ou de vous regarder de mauvais œil, votre confesseur bénira le Dieu des miséricordes, qui a touché votre cœur et qui vous a inspiré un saint courage, pour manifester votre péché. Oh! si vous saviez ce que c'est qu'un cœur de prêtre ! quelle tendre affection il a pour les pécheurs ! Songez donc que ce confesseur, que vous redoutez tant, le plus souvent ne vous connaît pas, qu'il est obligé à un secret inviolable, et qu'il entend vos péchés, non pour vous blâmer, non pour vous condamner, mais pour vous absoudre. Homme et pécheur comme vous, l'expérience de ses faiblesses l'oblige de compatir aux vôtres ; chrétien et membre du même corps que vous, il vous encouragera, il vous aidera à briser vos liens; étant votre ami, votre père, il sera consolé de l'humble aveu que vous lui ferez de vos désordres ; prêtre du Sei-
gneur, ministre de son Évangile, il a l'esprit de Jésus-Christ; et Fesprit de Jésus- Christ n'est-il pas un esprit de douceur et de miséricorde ? Que s'il jugeàpropos de vous adresser quelques observations pour le bien de votre âme, que peuvent donc être ces remontrances paternelles, pleines de charité, faites à l'oreille, que personne ne peut entendre, en comparaison des reproches accablants de votre conscience, et de ces accusations foudroyantes, que le souverain juge vous lancerait un jour, du haut de son tribunal, à la face de tout l'univers ?
4° Plus tard je confesserai ce péché. — Mais, puisque vous devez le confesser un jour, pour en obtenir la rémission, pourquoi différer ? Ne vaut-il pas mieux vous en débarrasser au plus tôt? Plus vous retarderez, plus vous deviendrez coupable, plus votre honte augmentera, et plus il vous sera difficile de déclarer votre péché. Et, si vous aviez le malheur de recevoir les sacrements indignement, oh ! c'est alors qu'il vous en coûterait de faire l'aveu de votre crime ; et plus vous multiplieriez vos sacrilèges, plus vous éprouveriez de répugnance à vous confesser. Combien de réprouvés qui, par une fausse honte, remettaient l'aveu de leur crime de jour en jour, se proposant de s'en confesser avant de mourir ! La mort est venue, et, au milieu des embarras de la maladie et du trouble des derniers moments, l'aveu de leur faute a expiré avec eux sur leurs lèvres, et ils ont emporté dans la tombe leur détestable secret, qui a été aussitôt dévoilé, au milieu des huées affreuses des démons et des damnés * !
5° Si je confesse ce péché, mon confesseur me refusera l'absolution. — C'est là l'illusion que l'on se fait quelquefois, à l'époque des grandes solennités et surtout des premières communions. On craint d'être remarqué, si on ne paraît pas à la Table sainte. Quelle confusion pour moi, dit un enfant en lui-même, lorsque je verrai mes compagnons moins âgés, moins instruits que moi, s'approcher du banquet eucharistique, tandis que j'en serai moi-même exclu 1
Que vont penser de moi mes parents, qui avaient tout préparé pour la fête, et qui s'attendaient à me voir faire la communion ! Je serai donc déshonoré devant eux, et devant tous ceux qui me connaissent. — Aimez-vous donc mieux être déshonoré devant Dieu ? Supposé que le confesseur dut vous renvoyer à un autre temps, ne vaut-il pas mieux subir cette petite humilirtion, que de faire une communion indigne et sacrilège ; ce qui serait le plus horrible de tous les crimes et le plus épouvantable de tous les malheurs ? Vos parents, vos amis, au lieu de vous blâmer, ne pourront qu'être édifiés de votre franchise ; et ils espéreront que, bien corrigé de vos défauts, vous ferez plus tard votre communion avec plus de fruit.
Mais bannissez vos alarmes ; pourquoi croyez-vous que votre confesseur vous refusera l'absolution ? Lorsque vous aurez accusé ce péché, que vous lui cachez peut-être depuis longtemps, il sentira sa compassion et sa tendresse se ranimer pour vous dans son cœur. Il admirera votre courage, votre générosité, la vivacité de votre foi, la franchise de votre caractère ; et l'aveu si pénible et si humiliant que vous lui aurez fait, ne fera que le confirmer dans l'idée que vous êtes digne d'absolution. Un confesseur qui voit qu'on s'accuse bien, augure de là qu'on a la contrition, et admet avec plus de confiance à la Table sainte. Au contraire, s'il s'aperçoit qu'on a le cœur fermé, qu'on ne veut pas s'expliquer, il se défie, il conçoit des inquiétudes, et c'est une raison pour lui de différer l'absolution et la communion. Il est rare qu'un confesseur tant soit peu expérimenté ne comprenne pas si on est sincère ou non; il le connaît à la contenance, au ton de voix, à mille petits indices qui ne peuvent lui échapper. Soyez donc francs et véridiques; c'est le moyen le plus assuré d'intéresser en votre faveur le prêtre, que votre confiance flatte et honore ; c'est le moyen le plus assuré d'obtenir la sentence de réconciliation.
69 Mais les péchés que je n'ose accuser, regardent le con-
fesseur lui-même ; j'ai eu contre lui de la haine, des sentiments de vengeance; j'ai fait des jugements téméraires sur son compte : comment le lui dire ? — Remarquez d'abord que vous pouvez vous contenter de dire que vous avez médit d'un prêtre, que vous avez eu de la haine contre un prêtre, sans exprimer la qualité de confesseur, qui n'ajoute pas une notable gravité à la faute. Et ensuite, quand même vous lui diriez que c'est de lui-même que vous avez mal parlé, qu'avez-vous à craindre? Qu'il vous brusque ? qu'il se venge ? Mais n'est-il pas toujours le ministre d'un Dieu de charité ? Lui qui prêche le pardon aux autres, ne doit-il pas être le premier à pardonner? Soyez convaincu que, s'il vous reprend de ces fautes, ce sera encore avec plus de bonté que des autres, de peur que, si vous veniez à récidiver, vous n'eussiez plus la force de vous en confesser.
7° Mais ce confesseur, je l'ai trompé tant de fois l Je ne lui ai fait aucune confession franche et sincère ; comment oser le lui dire ? — Parce que vous avez jusqu'ici trompé votre confesseur, faut-il le tromper toute votre vie et vous exposer ainsi à la damnation éternelle ? Que si vous ne pouvez vous résoudre à ouvrir entièrement votre coeur à celui-là, qui vous empêche de vous adresser à un autre ? L'essentiel est que vous confessiez vos péchés, qui ne peuvent être remis, sans être déclarés. Toutefois, si vous n'avez pas trop de répugnance à vous adresser au même confesseur, il vous est plus avantageux de vous adresser précisément à celui que vous avez trompé. Un autre vous obligera à refaire toutes vos confessions, car il ne peut vous absoudre des péchés, dont il n'a aucune connaissance; au lieu qu'en continuant de vous adresser au même confesseur, il vous suffira d'accuser les péchés que vous avez cachés.
8° Mais cette faute, je ne sais comment m 'exprimer pour la déclarer. — Si c'est là votre unique embarras, priez le confesseur de vous aider. Dites-lui : a Mon père, j'ai
DE La CONFESSION. 215
une chose qui me gêne; j'ai une grande peine de conscience, etc. ; » et le confesseur ne négligera rien, pour arracher Tépine qui vous tue; par de charitables et prudentes interrogations, il amènera votre faute sur vos lèvres, et remettra la tranquillité dans votre cœur.
Que rien donc ne vous arrête, confessez simplement, ingénument tous vos péchés, sans quoi vous profanerez le corps et le sang de Jésus-Christ, vous accumulerez sacrilèges sur sacrilèges, et vous finirez par tomber dans l'impénitence finale.
Pour que la honte ait moins de prise sur vous, savezrousce qu'il faut faire? Voici trois moyens que je vous suggère :
1° Ce sont précisément les fautes les plus graves, celles qui vous font le plus de peine, qu'il faut confesser les premières. Une fois que vous en serez débarrassé, le reste de la Confession ne vous présentera rien de difficile.
2° Oubliez un instant que c'est à un homme que vous parlez; figurez-vous que c'est à Dieu lui-même que vous vous confessez ; à Dieu qui a tout vu, qui sait d'avance tout ce que vous avez à lui dire. Moyennant cette diversion que vous ferez à votre imagination, l'aveu de vos péchés vous semblera moins pénible.
3° Demandez instamment à Dieu la grâce de surmonter toute honte, et il ranimera votre confiance; et, chassant loin de vous ce démon muet qui vous ferme la bouche, ii vous fera parler, avec le langage du repentir, celui de la franchise et de la sincérité.
Mais, pour vous engager encore mieux à triompher de vous-même et de toutes les ruses du démon, parlons maintenant un peu plus au long du secret de la Confession, que nous n'avons pu qu'effleurer jusqu'ici, et dont il importe de bien vous pénétrer.
216 HEUYIEME LKÇOK.
Du secret de ia Confession.
Le confesseur est obligé de garder inviolablement le secret de la Confession et de tout ce qu'il ne sait que par l'accusation du pénitent. Il y est tenu par toute sorte de lois :
1° Par la loi naturelle, qui défend de violer les secrets.
2° Par la loi divine, car Jésus-Christ n'a pas voulu imposer aux pécheurs le joug de la Confession, avec le danger de se diffamer eux-mêmes.
3° Par la loi ecclésiastique, qui condamne à une pénitence dure et perpétuelle dans un monastère celui qui aurait le malheur de violer le sceau de la Confession.
Le secret de la Confession s'étend, non-seulement à tous les péchés mortels ou véniels, de quelque nature qu'ils soient, sur lesquels le confesseur doit garder un silence absolu, mais encore à tous les vices, à tous les penchants ou défauts du pénitent, que le prêtre ne connaît que par la Confession et dont il ne peut parler en aucune manière. En un mot, ce secret comprend tout ce qui peut faire d la peine à un fidèle et lui rendre la Confession odieuse.
Jamais un prêtre, hors du saint Tribunal, ne peut rappeler à son pénitent rien de ce qui a rapport à sa Confession, ni y faire la moindre allusion. Il faut qu'il se comporte toujours extérieurement, comme s'il ne savait rien de ce qu'on lui a dit. Ainsi, un curé ne peut renvoyer une servante qu'il sait, par sa Confession ou par la Confession d'un autre, être indigne de toute confiance. Si quelqu'un s'accuse de l'avoir volé, il ne pourra pas se mieux précautionner pour l'empêcher de le voler à l'avenir ; et il sera toujours pour lui le même qu'auparavant, sans lui témoigner le moindre refroidissement. Quand même il saurait par la Confession d'un autre que tel pénitent, qui est là devant lui, est manifestement indigne d'absolution, parce | qu'il a caché quelque mauvaise habitude, à laquelle il
sujet, il ne pourrait ni lui faire connaître ou soupçonner en aucune manière qu'il est instruit de sa faute, ni lui refuser l'absolution. Tant pis pour le malheureux pécheur qui n'est pas sincère ; il commet un sacrilège, auquel le confesseur ne coopère nullement, puisqu'il ne peut ni ne doit l'empêcher.
Cette loi du secret de la Confession est générale, n'admet aucune exception, ne souffre aucune dispense. Pour quelque raison, en quelque cas, sous quelque prétexte que ce soit, un confesseur ne peut dévoiler ce qu'il a appris au saint tribunal. Ni la mort dont un innocent est menacé, ni la nécessité de prévenir un malheur public, ne peuvent l'autoriser à parler. S'agirait-il même pour lui de sauver sa réputation ou sa vie, jamais il ne lui serait permis de révéler la faute, même la plus légère, qui ne lui serait connue que par la Confession. Il devrait se laisser brûler vif et souffrir toute sorte de morts plutôt que de trahir le secret i sacramentel.
!Si un prêtre est cité en justice, il peut répondre, même avec serment, au juge qui l'interroge, qu'il n'a aucune connaissance du crime d'un homme accusé, lorsqu'il ne le sait que par la Confession. Un homme, dit saint Thomas, ne peut être appelé en témoignage que comme homme; c'est pourquoi il peut déclarer, sans blesser sa conscience, qu'il ignore une chose, lorsqu'il ne la sait que comme ministre de Dieu. Car, à proprement parler, ce n'est pas à lui qu'on s'est confessé, mais à Dieu (1). Si un magistrat s'avisait de demander à un prêtre si on ne lui a pas confié tel crime en Confession, le prêtre ne devrait pas répondre à cette question sacrilège et impie. Le confesseur tient la place de Dieu, et, comme tel, il n'est soumis à aucun tribunal. Qui ne voit que, s'il était permis en quelques cas de violer le secret de la Confession, les tribunaux de la Péni-
(1) IUud aatem quod sub Confessione scitu*, est quasi nescitum, «dm illud non sciai aliquis uî homo, sed ut Deus, Sum., q. 11. VI. 10
tence seraient bientôt déserts? les grands coupables, c'est à -dire ceux qui ont le plus de besoin de se réconcilier avec Dieu, les fuiraient avec horreur; ils n'inspireraient même plus de confiance aux âmes timorées, qui craindraient de venir confier leurs secrets à un délateur, plutôt qu'à un père, disposé à leur pardonner au nom du Ciel.
Nous concluons donc que le secret de la Confession est absolument inviolable. Mais n'a-t-il jamais été violé? Grâce à Dieu, il a eu ses martyrs, mais il n'a jamais eu ses révélateurs; et c'est en ce point-ci que la divine Providence s'est manifestée de la manière la plus admirable. Il y a dix-huit siècles qu'on se confesse ; et on n'a pu encore citer un seul fait de Confession révélée.
On a vu des confesseurs, qu'on a voulu forcer à rompre le silence; vainement on a eu recours aux menaces les plus terribles, comme aux promesses les plus séduisantes, leur langue ne s'est pas déliée.
On a vu des confesseurs, comme saint Jean Népomucène, qu'on a mis dans l'alternative de choisir entre la révélation du secret de la Confession et la mort; un mot eût suffi pour les sauver; et ils ont préféré la mort. Mais voici quelque chose de plus extraordinaire :
On a vu des confesseurs, tombés en démence, déraisonner complètement sur toute espèce d'objets; mais sitôt qu'on leur pariait de Confession, ils semblaient recouvrer leur bon sens, et réprimaient l'audace de ceux qui les
interrogeaient.
Enfin, à l'époque désastreuse de la Révolution française, on a vu des prêtres fouler aux pieds les serments les plus sacrés, souiller leur caractère, contracter des mariages sacrilèges; mais, au milieu des saturnales du vice, on n'a jamais ouï dire qu'aucun de ces infortunés ait violé le secret de la Confession. Et certes, si le cas était arrivé, les ennemis de la religion, si acharnés à sa ruine, n'auraient pas manqué de le proclamer. C'eût été pour eux une si belle occasion de porter la plus rude atteinte au cathoii-
cisme ! Mais non, il y a une Providence qui veille sur le sceau de la Confession, et qui n'a jamais permis et qui ne permettra jamais qu'il soit brisé.
Les pécheurs peuvent donc en toute sécurité s'approcher du tribunal de la Pénitence ; et ce serait de leur part la plus pitoyable excuse que de dire qu'ils craignent que le confesseur ne dévoile leurs péchés5.
Sont aussi tenus au secret tous ceux qui ont eu connaissance, de quelque manière que ce soit, de la Confession d'un autre, soit qu'ils aient entendu par hasard ce qu'il disait au confessionnal, soit qu'ils aient compris par des gestes ou autrement ce dont il était question, soit enfin qu'ils aient lu le papier sur lequel le pénitent avait écrit ses péchés. C'est aussi un péché grief que de prêter l'oreille pour écouter ce qui se dit au confessionnal ; il faut se tenir à une certaine distance, pour n'être pas exposé à entendre ce qui se dit en Confession.
Mais le pénitent est-il obligé, lui aussi, au secret ? Peutil raconter à d'autres ce que le confesseur lui a dit au saint tribunal? — Bien que le sceau de la Confession ait été établi en faveur du pénitent et non en faveur du confesseur, le pénitent doit cependant garder le silence sur ce que lui a dit son père spirituel ; et cela pour plusieurs raisons :
1° A cause du respect qu'il doit au sacrement; les choses saintes ne doivent pas être le sujet de conversations futiles.
2° Parce qu'on s'expose par là à faire connaître ses pé» chés, à se décrier soi-même et à devenir un sujet de scandale pour les autres.
3° Parce que les gens malintentionnés peuvent prendre de là occasion de déverser du ridicule sur la religion et ses ministres.
On ne saurait trop condamner la manie de certaines personnes qui, tourmentées par une folle démangeaison, parient toujours de leur confesseur, des avis qu'il leur donne,
àes défenses qu'il leur fait, des pénitences qu'il leur impose, et semblent ainsi se faire un jeu de la Confession. Disons toutefois que la révélation de la part du pénitent n'est une faute grave, qu'autant qu'il peut prévoir que son indiscrétion aura de mauvaises suites, et que le confesseur peut en éprouver un grave détriment. C'est aussi une curiosité extrêmement blâmable, une indiscrétion qui n'a pas de nom, d'interroger quelqu'un sur ce qui lui a été dit au confessionnal. Que de fois, même de la bouche des personnes pieuses, on entend ces mots : a Que t'a dit ton confesseur? Quelle pénitence t'a-t-il imposée? » 0 questionneurs imprudents, occupez-vous de vous-mêmes, sachant bien que c'est de vos fautes, et non de celles des autres, que vous aurez à rendre compte au jugement de Dieu.
Entrez sans crainte au tribunal de la Pénitence; rougissez d'avoir péché, dit saint Bernard, mais que votre confusion ne vous empêche pas de îévéler tout (1). Confessezvous, parce que sans la Confession point de salut possible ; confessez-vous en plein jour, à la face du monde, pour montrer que vous ne rougissez pas de votre religion, et pour édifier vos frères, et spécialement ceux que votre conduite peut avoir scandalisés. Si quelqu'un avait eu le f malheur de cacher ou de déguiser un péché par honte, ah ! qu'il fasse un effort sur lui-même, qu'il se confesse au plus tôt, pour ne pas garder toujours cette vipère sur le cœur. Il n'y a qu'à l'avouer une seule fois à un seul confesseur, pour en être à tout jamais délivré.
TRA.ITS HISTORIQUES
1. Les pécheurs, toujours superbes, ne peuvent endurer qu'on les reprenne. Quelque véritables que soient les reproches, ils ne manquent point d'artifices pour les éluder, et après ils se tournent contre
(I) Ërubesce, sed tamen révéla totum. D. Bern., De vit. ni., 9.
DE LA CONFESSION. Mf
vous. C'esl pourquoi le grand saint Grégoire les compare à des hérissons. Étant éloigné de cet animal, vous voyez sa tête, ses piedi et son corps ; quand vous approchez pour le prendre, vous ne trouvez plus qu'une boule, et celui que vous découvrez de loin tout entier vous le perdez tout à coup, aussitôt que vous le tenez dan» les mains. Il en est ainsi de l'homme pécheur: vous avez découvert toutes ses menées et démêlé toute son intrigue ; enfin vous avez reconnu tout l'ordre du crime ; vous voyez ses pieds, son corps et sa tête: aussitôt que vous pensez le convaincre en lui racontant ce détail, par mille adresses, il vous retire ses pieds, il couvre soigneusement tous les vestiges de son crime, il vous cache sa tête, il recèle profondément ses desseins ; il enveloppe son corps, c'est-à-dire, toute la suite
de son intrigue dans un tissu artificieux Ainsi, étant retranché
et enveloppé en lui-même, il ne vous présente plus que des piquants; il s'arme àson tour contre vous, et vous ne pouvez le toucher, sans que votre main soit ensanglantée, je veux dire, votre honneur blessé par quelque outrage. Bossuet, Serm.
On peut appliquer ces belles paroles aux pécheurs dissimulés, qui, en fermant leur conscience, au lieu de l'ouvrir, sont de véritables hérissons.
2. On a dit : Le crime fait la honte et non pas l'échafaud ; nou& pouvons dire pareillement que c'est le crime, et non l'aveu du crime, qui fait la honte, et que, lorsqu'on se sent coupable, iJ y a de la grandeur d'âme à l'avouer.
Un disciple de Socrate allait sortir d'une maison, qui était habitée par une personne de mauvaise vie, lorsqu'il aperçut son maître qui passait. Il se retira aussitôt derrière la porte, afin que Socrate ne le vit point ; mais il l'avait vu, et, allant à lui, il lui dit : < Mon enfant, il fallait avoir honte d'entrer ici, il ne faut pas avoir honte d'en sortir. » Ondoit rougir d'offenserun Dieu qui est infiniment digne d'êtreservi, et l'on ne doit pas rougir de confesser qu'on s'est rendu coupable, quand on a eu le malheur de l'offenser.
David, avant sa conversion, avait caché son crime à ses plus fidèles sujets. Converti, il compose ses Psaumes, pour le publier à la face d'Israël et en éterniser le souvenir. Magdeleine, pénitente, sans craindre les dérisions de Simon le Pharisien, met son bonheur et sa gloire à se prosterner aux pieds de Jésus-Christ; et, pénétrée d'une douleur d'amour, elle confesse hautement qu'elle est une pécheresse. Saint Paul met une sorte de complaisance à déclare' qu'il avait été persécuteur de l'Église naissante, altéré du sang des chrétiens, ennemi de la vérité. Saint Augustin oppose à la gloire de son épiscopat le détail des désordres de ses premières années. 11 n'a pas craint d'écrire et de publier toutes les fautes de sa vie, afin qu'on connût de
toutes parts dans l'univers les excès dans lesquels il avait donné, et la grande miséricorde dont le Seigneur avait usé à son égard. Le courage qu'il eut de dévoiler ses iniquités, attira sur lui ces bénédictions abondantes, qui l'ont rendu un si grand saint. Ainsi les aveux, même publics, que l'Eglise n'exige point de nous n'ont pas coûté àcesbommes véritablement touchés de la grâce; mais ils ont été pour eux un repos, une consolation.
3. Un grand pécheur s'était fait une extrême violence pour faire à saint François de Sales une confession générale, dans laquelle i'. lui détailla les nombreux égarements de sa jeunesse. Le saint, ayant été trés-satisfait de l'humilité avec laquelle le pénitent avait fait le pénible aveu de ses fautes, lui en témoigna son contentement et sa •oie « Vous voulez me consoler, lui répondit le pénitent; car vous ne pouvez estimer un aussi grand coupable que moi . » — « Vous vous trompez, répond le saint évêque ; je serais un vrai pharisien si, après l'absolution, je vous regardais encore comme un pécheur. Vous me paraissez maintenant plus blanc que la neige ; je dois vous aimer doublement, et pour la confiance que vous m'avez témoignée en m'ouvrant votre cœur avec ingénuité, et parce que, venant de vou6 faire naître en Jésus-Christ, vous êtes mon fils. Quant à l'estime, elle égale l'amour que je vous porte : de vase d'ignominie, je vous vois, par un miracle de la droite du Très-Haut, changé en un vase d'honneur et de sanctification. Au surplus, je serais bien insensible, si je ne prenais point part à la joie qu'éprouvent les Anges, à cause du changement de votre cœur, qui aime maintenant ce Dieu tout bon ! > Ce pénitent s'en alla si satisfait, qu'il n'éprouvait point dans la suite déplus grandes délices que de pouvoir se confesser.
Esprit de saint François de Sales, 10, 1. V.
On raconte du duc d'Ossoneque, visitant une galère, il demandait à chaque condamné ce qu'il avait fait. Tous disaient qu'ils étaient innocents; un seul répondit qu'il eût mérité pis. «Alors, dit le viceroi, vous n'êtes pas ici à votre place, vous qui êtes un vaurien, au milieu de tous ces honnêtes gens, » et il lui donna la liberté. Dieu pardonne d'autant plus que le coupable avoue mieux ses fautes, au tribunal de la pénitence, et ne cherche pas des excuses.
Une personne, qui avait la réputation d'être dévote, ne se défiait pas assez d'elle-même et n'avait pas assez souvent recours à Dieu; elle eut la faiblesse do tomber dans un de ces péchés, dont l'aveu coûte tant aux personnes que le seul nom du vice contraire à la pureté fait rougir. Elle se repentit de sa faute, dès qu'elle l'eut commise. «Quoi qu'il puisse m'en coûter, dit-elle, j'irai m'en confesser, et j'ouvrirai parfaitement mon cœur.» Elle partit aussitôt ; et, comme elle y allait, il lui sembla entendre le démon qui lui disait: « Où vas-
tu? » Elle lui répondit courageusement: c Je vais me couvrir de ! confusion el te confondre.» — Lorsqu'on a eu le courage d'accuser en confession un péché qu'on avait beaucoup de peine à dire, on se sent, aussitôt après 1 aveu qu'on en a fait, dans l'état de celui qui s'est enfin déchargé d'un lourd fardeau dont il était accablé. Lasausse.
4. Saint Antonin rapporte un fait qui fait frémir. Une jeune personne d'un haut rang avait été élevée dans les principes de la modestie la plus exacte. Violemment tentée dans une occasion séd uisante, elle eut le malheur de se livrer à un péché très -honteux. Elle fut, peu de moments après, dans la plus grande confusion et déchirée par de cuisants remords. «Comment aurai-je le courage de dévoiler ma turpitude à mon confesseur?» disait-elle. Lamalheureuse ! elle se rendit coupable d'un autre pécbé très-affreux. La honte lui ferma la bouche, quand elle fut dans le saint tribunal. Elle cacha son péché en Confession. Après avoir commis cet horrible sacrilège, son trouble fut tel, qu'elle était dans une espèce d'enfer, parce qu'elle connaissait l'énormité des deux crimes dont elle avait souillé son âme. Celte demoiselle avait eu un grand fonds de religion, et n'avait pas ce qu'on appelle l'amour du monde. Pour calmer son trouble, elle prit un parti violent ; ce fut d'entrer dans un monastère, et de se consacrer à Dieu par lesvœux solennels de la religion. Elle espérait que, dans la Confession générale que /eut ordinairement les personnes qui embrassent ce saint état, elle aurait la force d'accuser lesxleux péchés qui la tyrannisaient. Lorsqu'elle fut revêtue du saint habit, elle fit quelque effort pour ouvrir son cœur; mais elle déguisa et enveloppa tellement son péché, pour lequel elle avait une si grande horreur, que le confesseur ne put pas connaîire qu'elle en fût coupable, et elle s'aperçut bien qu'il ne la croyait pas si criminelle. Cependant ta supérieure du monastère où elle était, mourut; et, quoiqu'elle ne fût professe que depuis peu d'années, les religieuses la choisirent pour lui succéder, à cause de ses lumières, de ses talent* st de sa noblesse ; mais elle ne les gouverna pas longtemps. Ce fut peut-être à cause des sacrilèges multipliés, qui suivirent la Confesgion dans laquelle elle avait caché son crime, qu'elle fut frappée, peu de temps après, d'nne maladie mortelle: pendant celte maladie, on lui administrâtes derniers sacrements qu'elle reçut en apparence avec piété, mais qu'elle profana. Elle pensa alors à s'expliquer; mais elle fut bientôt hors d'état de le. faire, parce qu'un délire survint: îe délire ne la quitta plus, etelle mourut dans l'inimitié rie son Dieu. Elle avait si fort édifié les religieuses par sa régularité, qu'elles ne doutaient point qu'elle ne fût au ciel; et, tandis qu'une d'entre elles ge recommandait, au chœur, à la ferveur de ses prières, Dieu permit que l'infortunée religieuse, qui était damnée, lui apparût dans l'état
de la p'us terrible consternation, et lui dît: « Cessez de m'invoquer, el qu'on ne prie point pour moi, j'ai été condamnée aux flammes éternelles ; je suis damnée, pour avoir caché dans ma jeunesse un péché en Confession. » Div. Ant., c. De Confess.
Secret de la Confession.
6. Il n'y a rien de si caché, disait saint Ambroise, que ce que l'on découvre en ^nfession (1).
L'impératrice Jeanne, fille d'Albert de Bavière, touchée de l'onction qui accompagnait les discours de Jean Népomucéne, l'avait choisi pour le directeur de sa conscience. Sous un guide aussi habile, elle fit de très-rapides progrès dans la vertu. Mais, comme tout se change en poison pour une âme corrompue, la piété de Jeanne ne fit qu'aigrir le caractère naturellement féroce de Wenceslas, son époux. Il s'offensait même des marques de tendresse et de complaisance qu'elle ne cessait de lui donner ; et, interprétant mal les actions les plus saintes de son épouse, sa jalousie ne connut bientôt plus de bornes. Aveuglé par sa passion, il forme le projet, aussi nouveau qu'extravagant, de se faire révéler par Jean Népomucéne tout ce que l'impératrice lui avait dit dans le tribunal de la pénitence.
Dans cette pensée, il envoie chercher l'homme de Dieu ; il lui fait d'abord des questions indirectes : puis, levant le masque, il s'explique plus ouvertement. Jean, saisi d'horreur, lui représente, de lamanière la plus respectueuse, combien le projet qu'il avait formé choquai: la raison et blessait ia religion : c Je ne puis parler, lui dil-il, je ne sais rien. » L'empereur, dissimulant son dépit, garde un morne silence. Quelques jours après, il fait revenir le saint devant lui, il emploie les caresses, les promesses, les menaces, pour l'engager à révéler la confession de l'impératrice : tout est inutile; il lefaittraiter avec la dernière inhumanité, sans pouvoir rien obtenir. Enfin, il le menace de la mort, s'il r.e satisfait à ses désirs: « Vous pouvez me faire mourir, répond Jean Népomucéne; mais vous ne me ferez pas parler. » Wenceslas, furieux, ordonne qu'on le précipite dans la Moldau, pieds et mains liés. Le martyr fut bientôt étouffé sous les eaux.
Des personnes pieuses recueillirent son corps et le mirent dans un tombeau, où il s'opéra un grand nombre de miracles. Ceci arriva le 16 mars 1382. Lorsqu'on ouvrit son tombeau, le 14 avril 1719, on trouva son corps dégarni de ses chairs ; mais sa langue était si fraîche
(1) Nunquàm magis tecla quàm in Confessione détecta. D. Ambr.
et si bien conservée qu'on eût dit que le saint ne venait que d'expirer. On la garde avec beaucoup de respect dans la cathédrale de> Prague, où un voyageur qui observe bien, l'a vue encore tout entière en 1769.
Feller, Dict. Hist.
En 1620, Jean Sarcander, curé d'Holleschow, diocèse d'Olmutz, marcha sur les traces de saint Jean Népomucène ; c'était le premier curé de cotte église, après qu'on en eut chassé les Picards, qui l'avaientoccupée quatre-vingts ans. De là, la haine que conçurent contre lui les ennemis de la religion catholique, haine qui s'accrut encore par le zèle du vénérable curé pour le bien de la religion, pour la conversion des hérétiques et pour les droits de l'Église! Dans le temps de la guerre de Bohême, étant tombé au pouvoir des persécuteurs des catholiques, il se distingua par sa constance à ne point rompre le sceau de la Confession sacramentelle. 11 fut en butte à d'horribles traitements qui lui causèrent la mort. On s'occupe en C4 moment, à Rome, de sa béatification.
Ami de la Rel.t t. lxxxviii, p. 329.
Aces deux martyrs du secret de la Confession, ne pouvons-noui pas joindre le père Garnel, jésuite anglais, appelé communément par les protestants le grand jésuite? Lors de la fameuse conspiration des poudres, il fut arrêté et condamné à être pendu (en 1606), pour n'avoir pas révélé ce crime d'État ; il ne le connaissait que pai l'aveu que lui en avait fait, scus le sceau de la Confession, un des conjurés ; rien ne put le déterminer à rompre le silence ; il marcha au supplice avec courage et intrépidité.
Le malheureux Bénardière, ancien curé d'Evron pendant la révolution, non-seulement renonça à son état, mais encore il se plongea dans les excès les plus honteux. Il devint ce qu'on appelle un piliei de cabaret, et il n'était pas rare de le rencontrer dans un état comple' d'ivresss ! Lié avec ce qu'il y avait de plus crapuleux dans le pays, il se permettait habituellemen les propos les plus impies et les plus ob scènes: d'horribles blasphèmes sortaient incessamment desabouche.. Mais venait-on à lui parler de Confession, il gardait un morne si lence !... Un jour qu'il était ivre, ses compagnons de débauche lu firent mille instances pour qu'il leur racontât quelque chose de? Confessions qu'il avait entendues, lorsqu'il était prêtre. Ils n'en purent tirer une seule parole ; quoique pouvant à peine se soutenir, il sortit du lieu où il se trouvait, enflammé de colère et en balbutiant ces mots : c Ce sont là des choses, dont on ne parle pas. » Ce fait est à la connaissance de toute la ville d'Evron. N'y a-t-il pas en cels quelque chose qui tient du prodige?— On cite aussi lt trait d'un prêtre marié*, on s'accordait généralement à dire qu'il était d'un caractère doux, et que la paix régnait dans son ménage. Une fois •eulement cette paix a été troublée, mais d'une manière grave,
puisque des cris d'indignation se sont fait entendre L'épouse
avait eu l'imprudence de faire à son époux des questions relatives à la Confession! ! !
L'abbé Houlbert exerçait, avant la révolution, le saint ministère à Sablé. Irréprochable dans ses mœurs et fortement attaché à ses devoirs, il fut incarcéré pour refus de serment à la constitution civile du clergé ; mais la crainte de la mort, dont il se voyait à chaque instant menacé, fit sur lui une telle impression qu'il devint fou. On le conduisit à l'hôpital général du Mans, où il vit encore. Il y a quelques années, des jeunes gens allèrent le voir ; après s'être entretenus avec lui sur différents sujets, ils en vinrent à la Confession : « Vous avez confessé autrefois, dites-nous donc quelque chose. » A l'instant même, l'abbé Houlbert devint furieux : «Vous êtes des impies, s'écria-t-il, vous êtes des infâmes; vous m'interrogez sur la Confession. ..Jamais on ne parle de cela ; retirez-vous !» Et il les fit sortir de sa cellule. Il reçut un jour la visite d'une de ses anciennes pénitentes. « Vous ne me reconnaissez pas, lui dit-elle? Autrefois je
me suis confessée à vous » — < Malheureuse, s'écria-t-il aussitôt,
sortez d'ici; vous me parlez de Confession !... Jamais il n'est permis de parler de cela... » Un ecclésiastique, témoin de cette scène, a assuré qu'un homme, jouissant de toutes ses facultés morales, ne se serait exprimé ni avec plus de sens ni avec plus d'énergie.
L'abbé Guillois, Rech. sur la Confess.
QUATRIÈME INSTRUCTION
Suite de l'intégrité de la Confession. — De l'Examen de Conscience. — Cas où la Confession peut ne pas être entière.
D. Est- on obligé de confesser les péchés véniels?
R. Il est bon et utile de les confesser ; mais cela n'est pas absolument nécessaire, parce qu'il y a d'autres moyens d'en obtenir le pardon.
Les péchés véniels n'étant pas incompatibles avec l'état de grâce et ne fermant pas entièrement la porte du ciel, on n'est pas strictement obligé de s'en confesser; c'est cependant la pratique des âmes timorées, et on ne saurait trop la conseiller5, parce qu'elle est très-sage et très-avantageuse. En effets
DE LA CONFESSION. 2îî
i° Le sacrement de Pénitence a été institué pour remettre tous nos péchés, grands ou petits, et ii est, par conséquent, le meilleur moyen de purifier la conscience.
2° Lorsqu'on se confesse de ses péchés véniels, on apprend à les mieux connaître, on devient plus vigilant pour les éviter à l'avenir, et, en se rendant ainsi plus digne des grâces du Seigneur, on arrive plus aisément à la perfection.
3° Souvent il est difficile de distinguer si un péché est mortel ou véniel; les plus savants docteurs eux-mêmes sont quelquefois embarrassés à ce sujet; et il ne faudrait pas s'exposer, en omettant un péché grave qu'on prendrait à tort pour léger, à faire une Confession nulle et sacrilège. La prudence, dans une matière si importante, nous conseille d'éclaircir nos doutes, et d'accuser au moins ceux de nos péchés véniels qui nous paraissent les plus volontaires et les plus considérables.
Il faut avoir soin, quand on se confesse des péchés véniels, d'en avoir une sincère douleur, avec un véritable désir de s'en corriger. Ce serait une véritable dérision de s'en confesser avec la volonté de les commettre toujours.
Nous remarquerons ici pour les personnes pieuses, qui n'ont habituellement que des péchés véniels à se reprocher, que, si elles s'en confessaient sans aucune contrition, l'absolution qu'elles en recevraient serait nulle, faute de matière suffisante ; et ce serait une grave irrévérence envers le sacrement de le priver, de propos délibéré, d'une chose qui lui est essentielle. Alors, ou il vaut mieux ne pas recevoir l'absolution de ces fautes vénielles dont on n'a aucun repentir, ou joindre à sa Confession quelques péchés mortels de la vie passée dont on a une véritable contrition, parce que, quoique déjà remis, ils sont toujours matière de Confession et doivent exciter en nous un regret éternel. Nous observerons toutefois que, les péchés véniels n'étant pas matière nécessaire de la Confession, il n'est pas requis pour la validité du sacrement qu'on ait la contrition de tous ; il suffit qu'on l'ait d'un seul, parce
qu'un péché véniel peut être remis sans que les autres le soient.
Les moyens par lesquels on peut, à part la Confession, obtenir le pardon des péchés véniels, sont les actes de contrition ou d'amour de Dieu, les jeûnes, les mortifications et autres bonnes œuvres.
D. Suffit-il de confesser tous les péchés mortels ? R. Il faut encore confesser leur nombre, leurs différentes espèces et les circonstances notablement aggravantes.
Le prêtre, exerçant au tribunal de la Pénitence la double fonction de juge et de médecin, doit comme juge être parfaitement instruit de la gravité des fautes et des dispositions du pénitent, afin qu'il puisse lui imposer une pénitence convenable; comme médecin, il doit sonder les plaies de l'âme et connaître toute la profondeur du mal, afin d'y appliquer le remède nécessaire. Or, pour cela, il faut que le pécheur lui ouvre entièrement sa conscience, et lui fasse une Confession détaillée. Il ne suffirait donc pas de dire en général : J'ai fait de grands péchés ; je suis un grand scélérat, un abominable pécheur ; j'ai violé tous les commandements de Dieu et de l'Église, etc. ; c'est beaucoup trop vague; il faut prendre les péchés un à un, et en faire une déclaration circonstanciée. Et d'abord, on doit en accuser :
4° Le nombre. Il est clair que celui qui a juré, blasphémé, médit vingt ou trente fois, est bien plus coupable que celui qui ne l'a fait qu'une fois. Il faut donc dire combien de fois on est tombé dans telle ou telle faute. Mais n'est-ce pas une chose impossible? Quoi! me dira un vieux pécheur, qui ne s'est pas confessé depuis une trentaine, peut-être même une quarantaine d'années, comment voulez-vous que je me souvienne de tant de péchés que j'ai commis, et que j'en dise au juste le nombre? — Je conviens que, dans les Confessions de longue date, on ne peut savoir le nombre précis de ses péchés, et alors il suffit d'en dire le
nombre approximatif, de déclarer, par exemple, combien de temps on a croupi dans telle ou telle mauvaise habitude, combien de fois on en produisait des actes par jour, par semaine, par mois ou par année. Ainsi, je suppose qu'on ait été sujet à l'ivrognerie, au blasphème, à l'impureté, on pourra dire si cette mauvaise habitude a duré cinq, dix ou douze années, si pendant cet espace de temps on est tombé chaque jour, ou même plusieurs fois le jour, ou seulement deux ou trois fois par semaine, ou cinq ou six fois le mois, selon qu'on aura été plus ou moins coupable. De cette manière, le confesseur peut apprécier l'état de la conscience du pénitent. Il faut s'abstenir de ces expressions générales : J'ai fait cela souvent, plusieurs fois, parce qu'elles n'expliquent pas assez le nombre des péchés ; ainsi que de celle-ci : J'ai commis cette faute plus de cent fois, plus de mille fois, qui souvent signifient trop et quelquefois pas assez, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit d'une habitude invétérée. Il faut donc s'en tenir à la méthode que nous avons indiquée, laquelle consiste à dire combien de temps a duré la mauvaise habitude, et combien de fois on y est tombé par jour, par semaine ou par mois. Cette méthode, qui est la plus courte, est aussi la meilleure.
11 faut encore accuser :
2° Les différentes espèces de péché,
D. Qu'entendez-vous par les différentes espèces de péché?
R. J'entends ce qui fait que les péchés changent de nature: par exemple, voler dans l'église est un sacrilège et un péché d'une autre espèce qu'un simple vol.
Tous les péchés ne sont pas de la même espèce. Ainsi, par exemple, le vol n'est pas de la même espèce que l'homicide. Et même il est des circonstances qui font qu'une même action change de nature, et renferme à elle seule plusieurs péchés, parce qu'elle est opposée ou à plusieurs «îommandements, ou à plusieurs vertus, ou à plusieurs de-
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voirs d'une même vertu. Ceci s'expliquera mieux par des exemples. Voici une personne qui a volé, mais c'était dans l'église : voilà un double péché, l'un contre le septième commandement, qui défend de prendre le bien d'autrui, et l'autre contre le premier, qui défend de profaner le lieu saint ; ce péché est donc à la fois un vol et un sacrilège. Je suppose encore que cette personne ait volé à l'église, un dimanche, pendant le saint sacrifice de la messe. Elle a commis trois péchés ou un péché équivalent à trois autres : 1° en volant, 2J en profanant le lieu saint, 3° en manquant au précepte de l'Église, qui ordonne de bien entendre la sainte messe, les jours de dimanche.
Autre exemple. Voici un enfant qui a tué un homme; c'est un péché affreux, c'est un homicide. Mais cet homme était son père ; c'est un péché plus affreux encore, c'est un parricide. N'aurait-il fait que le battre ou le maudire. sa faute serait toujours plus grande que s'il avait frappé ou maudit un étranger, parce que, dans ce dernier cas, il n'aurait péché que contre le cinquième commandement, au lieu qu'il a péché à la fois et contre le cinquième et contre le quatrième.
Autre exemple encore. Quelqu'un s'est enivré; il a manqué à la vertu de tempérance. Mais c'est un père de famille qui a scandalisé tous ses enfants ; il a péché à la fois contre la vertu de tempérance, contre le quatrième et contre le cinquième commandement. Il en est de même des fautes contre la sainte vertu; il ne suffirait pas de dire généralement : J'ai péché grièvement contre la chasteté ; il faut encore faire connaître l'espèce de la faute qu'on a commise.
Enfin il faut accuser :
3° Les circonstances notablement aggravantes.
D. Qu'entendez-vous par les circonstances notablement aggravai! te*?
R. J'entends ce qui rend le péché beaucoup plus grand dans
Ja même espèce : par exemple, voler dix écus à une personne pauvre est un plus grand péché que si on les avait dérobés à une personne riche.
On entend par circonstances tout ce qui accompagne l'action et en forme comme l'accessoire, comme, par exemple, les motifs, les moyens, l'intention, les suites, etc. On peut distinguer sept sortes de circonstances, qu'on a réunies dans ce vers :
Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodô, quandô.
Quis : circonstance de la personne, 11 arrive quelquefois que le péché est plus ou moins grief, selon la qualité de la personne qui en a été l'auteur, le complice, l'objet, ou la victime. Les péchés d'un père, d'une mère, d'un supérieur, d'un homme en place, d'un prêtre, d'un religieux, peuvent être plus graves, soit en eux-mêmes, soit à cause du scandale qui peut en résulter. Le pénitent est donc souvent obligé de faire connaître son état, sa charge, sa condition, à moins qu'il n'ait rien à se reprocher à raison de ces circonstances ; ce qui arrive très-rarement. Ainsi, en fait d'outrages, de médisances, de mauvais traitements, il faut déclarer la qualité des personnes à qui on les a adressés, si c'est à un père, à une mère, à un prêtre, à des supérieurs, etc. —En fait de vol ou d'injustices, il faut spécifier si on a volé à une personne pauvre, qu'on aurait réduite par là à de fâcheuses extrémités. — En fait de paroles libres, il faut dire devant qui on les a proférées, et en présence de combien de personnes. Était-ce devant de petits enfants, que Jésus-Christ nous défend si expressément de scandaliser ? Était-ce dans une grande réunion ? Plus il y avait de personnes, plus le péché est grave. — En fait d'impureté, il faut déclarer l'état des personnes avec qui on a péché ou désiré de pécher. Étaient-ce des personnes libres, ou mariées, ou consacrées à Dieu ? Étaîent-ce des parents ou parentes? Ces diverses circonstances peu-
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vent, non-seulement donner un degré plus notable de malice au péché, mais encore en changer l'espèce.
Quid : qualités accidentelles de l'action, c'est-à-dire qui ne lui sont pas absolument inhérentes, mais qui peuvent quelquefois l'accompagner, comme la quantité, l'importance, la matière, l'intention, les résultats, etc., etc. Exemples : Vous avez volé : est-ce seulement un écu, ou bien un louis ? Vous n'avez volé qu'un écu ; mais n'aviezvous pas l'intention de voler un louis ? Dans ce cas, votreattente a été trompée ; mais vous n'en êtes pas moins coupable aux yeux de Dieu, et vous devez dire : Je m'accuse d'avoir eu l'intention de voler un louis, quoique par le fait je n'aie volé qu'un écu. — Vous avez juré : est-ce seulement par des paroles grossières, ou par des serments affreux, par des imprécations abominables? — Vous avez dit des injures: étaient-elles bien choquantes ? étaient-elles diffamatoires ? — Vous avez proféré des médisances, des calomnies : quelles en ont été les suites ? N'ont-elles pas porté préjudice ? empêché la personne, qui a été en butte à votre mauvaise langue, de se louer, de trouver un emploi convenable, de contracter un mariage qui lui était avantageux ? — Vous vous êtes adonné à l'ivrognerie : n'avez-vous pas été par là la cause de la ruine de votre famille, de la mauvaise éducation de vos enfants ? Et, dans vos excès, ne vous êtes-vous pas laissé aller à des jurements, à des brutalités? — Dans des cas pareils, il est évident qu'il ne faut pas se contenter de dire la faute principale, mais encore toutes les autres qui en découlent, et qui peuvent être encore plus graves que la première.
Ubi : circonstance du lieu. Avez-vous péché en un lieu saint ou profane? public ou particulier ? Les fautes commises dans les endroits bénits ou consacrés à Dieu, comme, par exemple, les mauvais regards, les indécences, les désirs criminels, les querelles, les emportements auxqueli on se livrerait dans des églises, cimetières, chapelles, oratoires, joignent à leur malice particulière celle du sacrilège,
DE LA CONFESSION. 2 3ë
Quitus auxiliis : circonstance des moyens employés* Vous vous accusez de vous être vengé ? Mais par quête moyens ? Est-ce par la médisance ? Est-ce par la calomnie ? Est-ce en donnant des coups, en causant du dommage ? Vous vous accusez d'avoir suborné une personne t Mais par quels artifices ? N'avez-vous pas employé le secours d'autres personnes, de confidents, de serviteurs, d'amis, faisant ainsi pécher les autres, pour parvenir à vos abominables fins ?
Cur: circonstance des motifs. Vous avez médit : était-ce par vengeance, ou par démangeaison de parler ?
Quomodo : circonstance de la manière. Vous avez battu quelqu'un : est-ce seulement un petit coup que vous lui avez donné ? ou bien lui avez-vous fait une blessure grave t Est-ce par malice, de propos délibéré, ou par inadvertance, ou dans un petit mouvement de colère ?
Quando : circonstance du temps. Vous avez eu de la haine contre quelqu'un : combien de temps l'avez-vous gardée ? Vous vous êtes enivré ? est-ce pendant les offices ? est-ce un jour de jeûne ? Vous avez eu des distractions volontaires, le dimanche, pendant le saint sacrifice : combien de temps ont-elles duré ? La moitié, le tiers, ou le quart de la messe1?
Toutes les circonstances du péché ne sont pas également importantes; il suffit de s'accuser de celles qui augmentent notablement la faute. Mais il arrive quelquefois que ce sont précisément celles-là qu'on néglige, tandis qu'on s'étend sur d'autres, qui sont tout à fait indifférentes. A insi, une mère de famille fera toute l'histoire de son ménage , pour s'accuser qu'elle a eu de la coière contre ses enfants. Ed confession, on ne doit rien dire d'inutile, ni rien déguiser de ce qui peut aggraver le péché. Que si on oublie involontairement une circonstance notable, il ne faut pas pour cela se tourmenter, car Dieu, infiniment miséricordieux, nous tient compte de notre bonne volonté, et, eu égard k
la sincérité de nos dispositions, il nous pardonne tous nos péchés (1).
D. Que faut-il faire pour que la Confession soit entière ? R. 11 faut examiner soigneusement sa conscience avant que de se confesser.
Il est impossible de se souvenir tout à coup des péchés que Ton a commis, surtout si on ne s'est pas confessé depuis un certain temps. Il faut donc rentrer en soi-même et fouiller dans tous les replis de sa conscience. Le soin qu'on doit apporter à cet examen doit être proportionné à la capacité du pénitent, et à la longueur du temps qui s'est écoulé depuis la dernière Confession. Si, faute d'une attention suffisante, on oublie des fautes graves, on est aussi coupable que si on les cachait par dissimulation. Mais, quand on a apporté à son examen une diligence raisonnable, telle que celle qu'un homme prudent a coutume de mettre à une affaire importante, on peut se tenir tranquille a.
D. Sur quoi faut- il s'examiner ?
R. Sur les commandements de Dieu et de l'Église, sur les péche's capitaux et sur les devoirs de son état.
(1) Nous croyons devoir remarquer ici que l'opinion la plus commune, comme la plus probable, est qu'on n'est pas obligé de confesser les circonstances simplement aggravantes. Saint Thomas, saint Antonin, saint Alphonse Liguori sont de cet avis. 11 y a peu de péchés, même parmi ceux de même espèce, qui ne soient beaucoup plus ou beaucoup moins graves les uns que les autres, à raison rie. leurs circonstances, ei ce serait trop charger les pénitents, et les tenir dans un état de perplexité continuelle, que de les obliger à confesser les circonstances qui aggravent notablement la faute, vu surtout qu'ils ont déjà assex de peine à discerner celles qui changent l'espèce du péché. 11 faut donc se contenter d'exhorter les fidèles à déclarer les principales circonstances du péché, sans toutefois leur en faire une obligation rigoureuse. On doit bien se garder de décider une question que le concile de Trente n'a point décidée, et de donner comme certaine une opinion qui est certainement douteuse.
Les commandements de Dieu et de l'Église étant la règle de nos devoirs, nous devons examiner si nous avons eu soin de nous y conformer. C'est une méthode facile pour bien reconnaître ses fautes que de parcourir chaque précepte, et de voir en quoi on l'a transgressé. Cependant, dans une Confession ordinaire, il n'y a pas grande utilité a s'astreindre à suivre Tordre des commandements ; on peut se contenter de remarquer ses devoirs principaux envers Dieu, envers le prochain, envers soi-même, et de voir si on y a été fidèle.
Les péchés capitaux, qui sont les passions que nous portons en naissant, qui croissent avec nous et qui soulèvent si souvent dans nos cœurs les plus violentes tempêtes, nous remettent facilement sous les yeux les divers manquements auxquels nous sommes exposés. Il faut donc que chacun voie quel est en lui le vice dominant. Est-ce l'orgueil ? est-ce l'avarice? est-ce l'abominable impureté? Que chacun considère les ravages que ces penchants désordonnés de la nature corrompue ont faits dans son âme. Hélas ! combien trouveront que ce n'est pas seulement trois ou quatre de ces péchés, mais peut-être tous les sept à la fois, qui ont souillé leur vie et les ont rendus un objet hideux aux yeux du Seigneur !
ïl faut encore examiner si on a été exact à remplir les devoirs de son état. Car autres sont les obligations des pères de famille, des maîtres, des supérieurs en général, et autres celles des enfants, des écoliers, des serviteurs; autres celles des juges, des médecins, des avocats, et autres celles des artisans, des laboureurs; autres celles des gens mariés, et autres celles des célibataires; autres celles des prêtres et autres celles des laïques. Chacun doit voir s'il a été fidèle à ce que sa charge ou sa condition lui impose
D. Que faut-il faire pour se souvenir plus aisément de ses péchés?
R. Après avoir invoqué le Saint-Esprit, il faut penser aux lieux
où Ton a été, aux personnes que l'on a fréquentées, aux affaires auxquelles on a été employé, et aux péchés auxquels on est le plus porté.
L'Esprit-Saint lui-même nous avertit que le cœur de Phomme est méchant et impénétrable; qui donc en sondera les abîmes? qui en pénétrera les détours? qui en sondera les ténèbres (1) ? Il faut donc implorer vivement les lumières d'en haut ; il faut dire à Dieu, comme autrefois le patriarche de Pldumée : « Seigneur, faites-moi connaître la grandeur de mes iniquités et de mes fautes ; Seigneur, montrez-moi tous mes crimes et jusqu'à mes moindres délits (2). »
Qu'on se représente aussi les lieux où l'on a été, spécialement ceux où Ton a l'habitude de commettre quelque faute, comme, par exemple, les cabarets, les cafés, les foires, certaines maisons ou sociétés dangereuses; qu'on se rappelle encore les personnes que l'on a fréquentées, celles avec qui on est obligé de vivre, d'autres dont la rencontre a pu être un sujet de tentation ou de chute ; qu'on remarque enfin les mauvaises habitudes auxquelles on est sujet, les diverses prévarications qui naissent de la passion dominante qu'on nourrit au fond de son cœur; et alors les péchés que l'on a commis, reviendront en foule dans la mémoire.
Moùfs qui exemptent de l'intégrité de la Confession.
Nous pouvons en assigner plusieurs :
4° L'oubli involontaire de quelque péché ou de quelque circonstance qui en change l'espèce. Dieu ne commande pas l'impossible, et l'homme ne peut pas toujours se souvenir de tout ce qu'il a fait. Quand on a discuté s?
(1) Pravum est cor hominis et inscrutabile, et qnis cognoscet illnd? Jerem., xvii, 9.
(2i Quantas habeo iniquitates et peccata, scelera mea et delicts; mea ostende mihi. Job, xni, 23.
conscience avec le soin convenable, on peut compter sur la validité de sa confession. Le concile de Trente n'a reconnu que l'obligation de confesser les péchés dont on a la conscience, c'est-à-dire ceux dont on se souvient.
2° L'impuissance physique ou morale. Se trouvent dans ce cas les moribonds qui ont perdu l'usage de leurs sens; les malades qui ne s'expriment que très-difficilement, ou qui, à raison delà violence de leurs douleurs ou de l'épuisement de leurs forces, ne peuvent achever leur confession sans danger d'aggraver leur maladie ; ceux qui sont privés de l'usage de la parole, comme les sourds-muets, à moins qu'ils ne puissent s'expliquer par signes ou mettre leur confession par écrit; ceux qui, ignorant la langue du pays, ne peuvent trouver un confesseur qui les comprenne ; ceux qui, se trouvant dans un danger imminent, ne peuvent, faute de temps, confesser tous leurs péchés, comme il arrive dans un naufrage, à la chute d'un bâtiment, à l'explosion d'une machine, le jour ou la veille d'une bataille. Dans ces circonstances et autres semblables, les pécheurs doivent, s'ils le peuvent, confesser quelqu'une de leurs fautes, et manifester le regret d'avoir offensé Dieu par quelques signes extérieurs; et alors le confesseur peut leur donner l'absolution.
3° La crainte fondée d'un grave dommage. Ainsi, en temps de peste ou de toute autre épidémie mortelle, un confesseur est dispensé d'entendre toute la confession d'un pestiféré ou d'un malade atteint de la contagion, s'il ne peut, sans danger pour lui-même, lui faire achever sa confession; il suffit alors que le malade déclare un ou deux péchés ; mais il serait obligé de les déclarer tous, si le confesseur consentait à l'entendre.
Quoique les péchés qu'on a omis en confession, soit par un oubli involontaire, soit pour toute autre cause légitime, aient été remis indirectement par l'absolution, on ne doit pas manquer de les accuser quand le motif qui empêchait de les confesser, aura cessé. Ce n'est pas, toutefois, qu'il
faille retourner aussitôt à confesse, surtout pour les péchés involontairement oubliés; il suffit de les déclarer la première fois qu'on s'approchera du tribunal de la pénitence, soit par dévotion, soit pour satisfaire au précepte de la confession (1). Si cependant on se rappelait le péché omis assez à temps pour aller retrouver son confesseur sans aucun inconvénient, il serait mieux de se réconcilier avant de se présenter à la sainte table (2). Alors même que l'oubli serait condamnable faute d'examen suffisant, si l'on ne se rappelait le péché omis qu'au moment où l'on est à la table sainte avec d'autres, tout prêt à communier, et qu'on ne pût se retirer sans scandaliser gravement ceux qui sont présents ou sans se diffamer, on pourrait communier en cet état, après avoir fait un acte de contrition, le plus parfait dont on serait capable, et avoir formé la résolution de se confesser de ce péché.
Terminons cette instruction, en disant un mot des péchés douteux.
Le sentiment le plus commun est qu'on est obligé de les confesser, non toutefois comme certains, mais comme douteux. C'est d'ailleurs le moyen de se tranquilliser la conscience et de vivre dans la crainte de Dieu. Si, après avoir déclaré une faute comme douteuse, on vient à découvrir qu'on l'a réellement commise, on doit s'en accuser de nou veau comme d'une faute certaine ; car, en matière de con fession, il y a une différence essentielle entre une faute certaine et une faute douteuse.
Confessez franchement tous vos péchés ; ne faites pas comme ces malades, qui se feraient panser d'une égrati gnure au bout du doigt, et ne diraient mot d'une plaie mortelle, qui les conduirait insensiblement au tombeau
Rien n'égale la consolation intérieure qu'on éprouve
(1) Sic Liguori contra multos.
(2) Cùm illud peccatum clavibus Ecclesiae subjicietur, non erit neeessarium, etsi utile, ut pro ioso absolutio iteretur. Sis rectè Collet
lorsqu'on s'est confessé sincèrement. Voyez ces nues, qui recèlent dans leurs flancs la tempête : elles sont sombres et noires ; mais elles deviennent resplendissantes, quand elles se sont déchargées de l'abondance de leurs eaux; ainsi un cœur s'éclairait et se réjouit, lorsqu'il s'est débarrassé de ses iniquités; mais, s'il lui reste un seul péché qu'il aura eu le malheur de dissimuler, c'est comme un ver rongeur, qui le tourmente incessamment et qui ne lui laisse pas un instant de repos.
TRAITS HISTORIQUES
1. Le bienheureux abbé Moïse rapporte l'histoire suivante de Serapion, dans les conférences de Cassien.
Lorsque j'étais encore enfant, disait le vénérable abbé Sérapion, et que je demeurais avec l'abbé Théonas, le démon m'avait engagé par ses artifices dans cette mortelle accoutumance, qu'ayant pris mon repas avec ce saint abbé, après l'office de nones, je dérobais tous les jours un petit pain, que je mangeais le soir en cachette. Quoique je fisse ce larcin volontairement et que je satisfisse ainsi ma sensualité, cela n'empêchait pas néanmoins qu'après celle satisfaction passagère, revenant à moi, je ne fusse sans comparaison plus tourmenté par les remords de ma conscience, que je n'avais eu de plaisir en mangeant ce pain. Je gémissais ainsi sous la tyrannie du démon ; et, ne pouvant me délivrer de cette malheureuse nécessité, je rougissais de découvrir mon larcin à ce saint vieillard. Mais il arriva un jour, par une conduite toute particulière de Dieu, qui me voulait tirer de cette longue servitude, que, quelques solitaires étant venus visiter mon abbé, après être sorti de table, on commença à s'entretenir de quelques sujets de piété, et que le saint vieillard tomba insensiblement sur la gourmandise, et parla ensuite de l'empire et de la violence qu'exercent sur nous les mauvaises pensées, quand nous les tenons secrètes.
Ce discours si animé fut pour moi comme une flèche de feu, qui me pénétra. Je me laissai d'abord aller aux soupirs, que j'étouffais en moi-même le mieux que je pouvais ; mais, la douleur et la componction, s'augmentant, finirent par se répandre au dehors par des sanglots et des larmes excessives. Je tirai de mon sein le petit pain que j'avais dérobé, selon ma coutume, pour le manger le soir; je ie fis voir à ces solitaires ; je leur déclarai comment j'en mangeais tous les jours en cachette ; je me jetai par terre ; je demandai pardon ; tQ
'épandis une grande abondance de larmes, et je conjurai les témoins pe ma faute de prier Dieu pour moi. Mon vénérable abbé, me voyant en cet état, me dit : « Courage, mon fils, ayez confiance en Dieu ; vous n'avez pas besoin de mes paroles ; la Confession que fous venez de faire de votre faute, vous a délivré de celle longue servitude dont vous gémissez : vous avez triomphé aujourd'hui de cet ennemi, qui vous retenait captif depuis tant de temps. Votre Confession le tient aujourd'hui plus abattu sous vos pieds, que votre silence ne vous avait abattu sous lui ; vous étonnez-vous qu'il vous ait dominé si longtemps, puisque ni vous ni personne ne s'opposait à lui. » A peine ce sage vieillard eut-il achevé de parler, qu'un globe de feu sortit de mon sein et remplit tellement la cellule où nous étions d'une odeur de soufre, que sa puanteur insupportable ne nous permit presque pas d'y demeurer davantage. Ce saint vieillard, reprenant la parole : « Mon fils, me dit-il, vous voyez de vos yeux la vérité de ce que je viens de vous dire, et que votre humble confession a chassé visiblement de votre cœur cet ennemi qui excite et nourrit en nous toutes nos passions; et sa fuite, si manifeste, vous doit être un gage que ce tyran, que vous venez de découvrir, n'aura plus à l'avenir aucune puissance sur vous. > Ce que le saint vieillard me prédit m'arriva, nous dit Sérapion, car la Confession que je fis alors de ma faute, arrêta tellement cette domination que le démon exerçait sur moi, qu'il n'a pas même tenté depuis de m'en rappeler la mémoire. Et je n'ai jamais dans la suite senti le moindre désir d'un semblable larcin.
Confér. 2«, c. n.
Pierre Damien, écrivant à Didier, abbé du mont Cassin, rapporte que saint Hugues, abbé de Cluny, l'ayant mené à son monastère, il y vit un vieux religieux, à l'infirmerie, qui languissait d'une maladie dont il mourut. Ce vieillard, ayant appris l'arrivée de son abbé, en fut tout joyeux, et commença à implorer la miséricorde de Dieu en ces termes : « Seigneur, à qui rien n'est caché, je vous prie que, «s'il y a en moi quelque péché que je n'aie point confessé jusqu'à présent, vous me fassiez la grâce de m'en souvenir, afin que je m'en confesse purement et librement à mon abbé, tandis qu'il est ici présent, et, qu'après qu'il m'aura jugé selon le droit qu'il a sur moi par-dessus tous les autres, je reçoive de lui l'absolution. » Aussitôt qu'il eut prononcé ces paroles, il entendit une voix qui lui dit : « Il y a certainement en vous quelque chose que vous n'avez pas encore corxfessé. > Et, comme il entendait seulement la voix sans savoir de quoi elle parlait, il continua de prier, en disant : * Exprimez-moi, Seigneur, manifestement ce que c'est que cette chose, aûn qu'en m'en confessant, je me corrige de mon péché. » En effet, cette voix exprima nettement, comme il le demandait, un
eeruin péché qu'il reconnut aussitôt avoir commis ; et, ayant sur-leehamn fait venir le saint abbé, il purifia sa conscience par la Confession qu'il fit, et, peu de jours après, il mourut dans une sainte paix. Epist. 15.
Nous lisons dans la v.'e de saint Philibert, fondateur et abbé de Jumiéges, au vn« siècle, sous le règne de Clovis II, qu'un de ses moines, étant à l'extrémité, perdit l'usage de la parole. Le saint prêtre, étant venu le visiter, lui dit avec beaucoup de douceur et de tendresse que, s'il avait sur la conscience quelque crime caché dont il n'eût point fait pénitence, il le lui marquât en lui serrant la main. Le malade l'ayant fait, saint Philibert entra dans l'église, et se mit à genoux pour demander à Dieu de rendre l'usage de la parole au moribond, de peur que le démon n'eût le pouvoir de le plonger dans l'enfer, à cause du péché caché.
Le saint s'étant levé f près son oraison, un des frères vint lui dire que le malade avait la liberté de parler, et qu'il souhaitait de lui faire sa confession. Il la lui fit en effet, et il rendit son âme au Seigneur, après s'être confessé, de sorte que ni le saint ne se défia de la miséricorde de Dieu, ni le malade ne tomba dans le désespoir.
On voit par ce trait que saint Philibert n'aurait pas osé compter sur le salut de son religieux, si Dieu ne lui eût fait la grâce de confesser un péché caché, qu'il avait peut-être dissimulé dans ses con fessions précédentes. — Est-il possible de reconnaître plus formellement la nécessité de l'accusation entière de ses fautes ?
Sec. 2. Benedic, p. 821.
Une personne, qui voulait commencer une vie régulière, fit une retraite pendant laquelle elle écrivit sa confession générale, et, dans on moment où elle venait de méditer sur l'enfer et qu'elle était encore pénétrée de la pensée salutaire des supplices éternels, elle jeta les yeux sur le papier où elle avait écrit sa confession générale. A la vue de tant de fautes de touto sa vie, sa crainte redoubla. Elle prit ce papier en disant : « Oh I que de bois pour le feu éternel! N'y aurait-il pas quelque moyen de l'éteindre ? » Cette réflexion la détermina à renoncer pour toujours aux frivolités du siècle, et à mener une vie retirée et édifiante.
2. Les philosophes païens continrent combien l'examen de conscience était efficace. Saint Jérôme rapporte de Pythagore qu'entre les leçons que ce philosophe donnait à ses disciples, une des principales était qu'ils eussent deux temps déterminés dans le jour, l'un le matin, l'autre le soir, pour se faire trois questions : « ^u'ai-je fait? Comment l'ai-je fait? Ai-je fait tout ce que j'ai dû faire ? »
Tous les maîtres de la vie spirituelle se sont étendus sur les VI. 11
grands avantages de cet examen ; et saint Ignace de Loyola le préférait même à la prière, par la raison que, par l'examen, on s'assure le fruit qu'on retire de la prière. 11 disait que, s'il avanfait quelque progrès dans la vertu, il le devait à la fidélité qu'il avaii tue à cet exercice.
Je ne me rappelle pas, disait un saint religieux, que le démon m'ait porté deux fois efficacement à commettre la même faute. C'est que, dans l'examen qu'il faisait, il concevait une si grande horreur de ses péchés, qu'aucune tentation, si forte qu'elle fût, n'était plus capable de le faire retomber.
Marthe Chaboisier de l'Incarnation, religieuse Ursuline, vécut dans la plus grande pureté de eceur. Elle faisait un sérieux examen de sa conscience à toutes les heures du jour, afin de découvrir ses moindres imperfections et de s'en corriger. Cependant, à la mort, elle fut vivement troublée par le démon, qui lui représentait ses moindres péchés comme des monstres. Elle s'écria: « Oh! qu'il est nécessaire pendant la vie d'être bien fidèle à tout, de s'humilier, de pleuityr, de se mortifier, de se sanctifier, puisqu'on doit mourir et comparaître au tribunal du Dieu vivant, entre les mains de qui il est horrible de tomber, quand on n'a pas vécu dans la sainteté et la justice. » L'Heureuse Année.
CINQUIÈME INSTRUCTION
Des trois autres qualités de la Confession. — Cas réservés. — Circonspection dans le choix du Confesseur. — Qualités d'un bon
Confesseur.
D. Quand est-ce que la Confession est humble? R. Quand elle est accompagnée d'un extérieur modeste, d'une confusion salutaire, et qu'on ne cherche point d'excuse.
Le pécheur qui s'approche du tribunal de la pénitence est comme un criminel devant son juge; il est lié d'autant de chaînes qu'il porte de péchés mortels sur sa conscience, et il a mérité la mort autant de fois qu'il a offensé le Seigneur gravement. Or, que penserait- on d'un coupable qui, au moment d'entendre son arrêt, affecterait à Pégard de ses juges un air fier et hautain? Mériterait-il qu'on usât d'indulgence à son égard ? et n'indisposerait-il pas au con-
traire tous les esprits ? En se présentant au saint tribunal, le pécheur paraît devant le juge suprême, qui tient suspendue sur sa tête ia vengeance ou la miséricorde; et son orgueil, son insolence s'attaquerait à Jésus-Christ lui-même, doiit le confesseur tient la place ! L'humilité, voilà la vertu des pénitents. La confession, a dit Tertullien, est l'art d'abaisser et d'humilier l'homme fi). Il est bien juste que celui qui est tombé dans le gouffre du vice, descende dans l'abîme de l'humilité. Les pécheurs, en se présentant aux prêtres pour confesser leurs fautes, doivent donc être humbles de cœur, humbles de corps, humbles dans leur maintien, humbles dans leur langage.
1° Humbles de cœur, se regardant comme des sujets rebelles, en présence de leur roi justement courroucé, comme un vil néant devant le Dieu du ciel et de la terre. C'est un cœur contrit et humilié, que le Seigneur demande et qu'il ne méprise jamais (2).
2° Humbles de corps. Il faut qu'il n'y ait rien dans l'extérieur qui tienne de l'air du monde, qui sente le faste et la vanité. Les rois et les princes de la terre eux-mêmes doivent s'humilier aux pieds du prêtre, qui est le représentant du Roi des rois. Plus ils sont élevés, plus ils sont tentés de s'enorgueillir, et plus aussi ils doivent s'humilier pour trouver grâce devant Dieu. Il faut donc qu'ils déposent à la porte du tribunal sacré tout le pompeux appareil de leur puissance; il laut que les guerriers quittent leur épée,et les pontifes les insignes de leur dignité. Ainsi David, faisant pénitence, se dépouilla des ornements de la majesté royale, pour ne paraître que comme un pécheur, qui s'efforce de fléchir la justice divine.
Ne serait-ce pas la chose du monde la plus inconvenante que les femmes se présentassent à ce redoutable tribunal
(1) Exomoîogesis prosternendi ethumilificandi hominis disciplina est. Tertall , de Pœnit., c. x.
(2) Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies P«. L, 19.
avec cet attirail de vanité qu'elles étalent dans le monde? Elles feraient bien voir par là qu'elles ont peu de foi ou peu de regret de leurs fautes. Qu'elles se dépouillent donc de tout luxe, pour se revêtir d'habits simples et modestes.
3° Humbles dans le maintien. On doit se tenir à genoux, les mains jointes et les yeux tristement baissés, ayant le visage et tout le maintien empreints d'une confusion salutaire, qui fasse juger qu'on a ses fautes en horreur. C'est ainsi que le publicain se tenait à la porte du temple, se frappant la poitrine et n'osant lever les yeux. Les enfants doivent se bien tenir sur leurs gardes pour ne pas se laisser aller à la légèreté. On ne les voit que trop souvent l'air évaporé, la gaieté sur le front, parler, rire, s'amuser, au moment même de paraître devant leur juge. Cet extérieur dissipé et volage est un manque de respect au sacrement, qui les rend plus coupables, alors qu'ils devraient s'exciter à la contrition et s'écrier, encore plus de cœur que de bouche : « Je gémis comme un criminel; mon front rougit à la vue de mes péchés; ô mon Dieu, ayez égard à mes supplications et pardonnez-moi (1). »
4° Humbles dans le langage. Il en est qui font la confession du pharisien, lequel se vantait devant le Seigneur de ses bonnes œuvres. Mon père, disent-ils, je ne jure pas, je ne blasphème pas, je n'ai fait tort à personne ; je dis souvent le rosaire, j'assiste à la messe tous les jours. — Fort bien; mais allez-vous donc à confesse pour faire votre éloge? Sont-ce vos bonnes qualités ou vos péchés, qui doivent être la matière de l'absolution? Prenez garde que l'orgueil ne vous suive jusqu'au saint tribunal, et ne vous fasse perdre le fruit de votre confession. Le publicain qui disait avec componction : a Seigneur, soyez-moi propice, car je suis un grand pécheur, » s'en retourna justifié, tandis que
\l) lngemisco tanquàm reus, culpâ rubet vullus meus, supplicanti parce, Deus.
DE LA CONFESSION. 24 fi-
le pharisien sortit du temple plus coupable qu'il n'y était entré.
Il en est qui excusent leurs fautes et les rejettent sur le compte d'autrui, à l'exemple d'Adam et d'Eve qui faisaient retomber leur péché, l'un sur sa femme et l'autre sur le serpent ; ce qui ne les empêcha pas d'être condamnés tous deux. — Je me suis mise en colère, dira cette femme; mais c'est à cause du caractère insupportable de mon mari. J'ai blasphémé; mais c'est parce que j'ai des enfants ou des domestiques, qui font le tourment de ma vie. — Et le mari dira à son tour : Je serais fort à mon devoir, si ce n'étaient ma femme ou mes enfants, qui sont cause de ma perdition. On trouve ainsi mille prétextes pour alléger ses fautes. On ne va pas à la messe, parce qu'on a une santé délicate, et qu'on craint la fraîcheur, ou l'humidité, ou la chaleur de l'église. Celui-ci a volé; mais c'était pour se compenser d'un tort qu'on lui a fait. Celuilà s'est enivré ; mais c'est la compagnie qui l'a forcé à boire ; ou bien ce n'est pas la quantité de vin qu'il a prise, mais c'est son estomac qui n'était pas bien disposé. Ecoutez cette jeune personne : elle est entièrement innocente des libertés qu'elle a permises, car elle n'a pu, dit-elle, les empêcher. Écoutez ce domestique : ce n'est pas lui qui a tort ; c'est son maître, qui se fâche toujours sans raison. Écoutez ce voisin : il a eu de la haine contre sa voisine; mais aussi c'est qu'elle est d'une humeur détestable. Ainsi des autres. Et, après une Confession ainsi faite, on termine en disant : C'est par ma faute, ma faute, ma très-grande faute. Mais faites-y donc bien attention : vous vous trompez; ce n'est pas par votre faute, mais par la faute de votre mari, de vos enfants, de vos domestiques, de vos voisins. Que ces personnes, qui sont ainsi portées à rejeter leurs péchés sur les autres, mériteraient bien la leçon, que donna un jour un Confesseur à une femme, qui, pour s'excuser, racontait tout le mal qu'elle savait de son mari. Eh bien! lui dit le confesseur, pour vos péchés, vous direz un Salve,
Regina', et, pour les péchés de votre mari, vous jeûnerez pendant un mois. — Mais faut-il que j'acquitte la pénitence due aux péchés de mon mari? — Pourquoi donc les accusez-vous? — Au tribunal de la Pénitence, le coupable doit être à lui-même son propre accusateur, et non son avocat pour se défendre. Si vous vous excusez, dit saint Grégoire, Dieu vous condamnera; et, si vous vous accusez. Dieu vous excusera (1).
Il en est enfin qui ne se contentent pas d'excuser leurs fautes, mais qui osent même les défendre. C'est une chose diabolique, dit saint Pierre Damien (2). C'est une iniquité, dit saint Augustin, qui ne peut être jamais pardonnée (3). Comment, en effet, Dieu pardonnerait-il à celui qui ne veut point se reconnaître coupable ? Que penser donc de ceux qui veulent toujours contester avec leur confesseur, qui refusent de se soumettre à ses avis, à ses décisions raisonnables, qui murmurent sur la pénitence, sur les sacrifie\ s, sur les renoncements, sur les réparations qu'il leur enjoint, qui veulent emporter de force la sentence d'absolution? A leur- ton fier, ne dirait-on pas quelquefois que c'est le confesseur qui est soumis au pénitent ? L'humilité est surtout la vertu des pécheurs ; elle fait, dit Tertullien, l'office d'arbitre en leur faveur dans l'affaire du salut (4). Un pénitent doit donc écouter son confesseur avec le plus grand respect, lui obéir quand il le reprend, et accepter les remèdes qu'il lui propose. Ajoutons toutefois qu'il est rare que le défaut d'humilité aille jusqu'au péché mortel et jusqu'à rendre la Confession nulle; il est seulement, pour
(1) Si te excusas, Deus te accusabit; si te accusas, Deus te exensabit. D. Greg.
(2) Peccare humanum est; peccatum verô defendere, diaboîicum. Pet. Dam. , serm. 18.
(3, Est quaedam iniquitas, quam qui operatur fieri non polest ut Deus ei parcat. Quaeris forte quaenam sit illa? Ips», est defensio peccatorum. D . Aug.. in ps. 58.
(4) Humilitas salutis arbitra. Tertull.
l'ordinaire, un signe d'une faible contrition,et quelquefois mssi une marque que Ton n'en a point 4.
D. Quand est-ce que la Confession est simple? R. Quand on accuse ses péchés comme on les connaît, sans les lugmenter ni les diminuer.
La Confession doit être simple en deux manières :
1° En ce qu'elle ne doit pas être surchargée de détails inutiles, qui ne font qu'exercer la patience du confesseur, lui faire perdre du temps, et retarder la Confession des autres, qui attendent leur tour. Laissez donc de côté ces longues circonlocutions, ces histoires sans fin, que vous seriez portés à faire, de vos souffrances, de vos embarras, le vos occupations, depuis la matinée jusqu'au soir. Arrivez promptement au fait, et dites simplement : Je m'accuse d'avoir menti cinq ou six fois, d'avoir volé telle ou ;elle somme, d'avoir commis telle ou telle mauvaise action. Cette manière de se confesser est la plus claire, la plus îxpéditive, et la meilleure. Quand un pénitent demande les conseils sur des choses qui n'ont pas de rapport à la Confession, le confesseur fait bien de ne lui en donner ju'après l'absolution, ou lorsque la Confession est terminée.
2° En ce qu'elle doit faire connaître les péchés tels ni'on les a commis, sans aucun déguisement, donnant [>our certain ce qui est certain, et pour douteux ce qui est louteux, et faisant connaître l'état de la conscience tel ju'il est, sans rien augmenter, sans rien diminuer.
Sans rien augmenter. Il en est qui disent : a II vaut mieux en accuser plus que moins. » Songez donc que le mensonge, quel qu'il soit, n'est jamais permis. La bonne foi a bien pu excuser certaines personnes; mais il faut qu'elles se détrompent, et qu'elles comprennent biet ju'en exagérant leurs fautes, elles mettent leur confecseur îaiis l'impossibilité de juger sainement de l'état de leur urne. Accuser sciemment et volontairement un péché
mortel qu'on n'a pas commis, c'est tromper son confesseur en une matière grave, et, par conséquent, se rendre coupable d'une faute mortelle, qui rend la Confession nulle.
Sans rien diminuer. On est bien plus tenté de déguiser, de pallier, de voiler ses péchés, que de les exagérer. Il faut bien se prémunir contre la fausse honte, qui serait si préjudiciable, et s'accuser de tout ce que la conscience reproche, sans vaines excuses, sans subterfuges, avec la éandeur et la simplicité d'un enfant 2.
Quand le confesseur, pour mieux connaître la gravité des fautes, adresse quelques questions, on doit lui répondre en toute sincérité. Mentir en Confession, c'est mentir à PEsprit-Saint comme Ananie et Saphire, et s'exposer à subir comme eux, sinon en cette vie, du moins dans l'autre, un terrible arrêt de mort.
Il est assez rare qu'on mente effrontément au ministre du Seigneur ; mais trop souvent on fait tout ce qu'on peut pour se déguiser. On trouve des personnes, pour qui la grande préparation, et, pour mieux dire, l'unique préparation au sacrement de Pénitence, c'est de trouver des expressions qui adoucissent leurs péchés; elles passent rapidement sur les actions les plus criminelles, tout en insistant sur des minuties; elles exposent toujours à leur avantage les choses douteuses ; elles exagèrent les difficultés où elles se trouvent pour réparer leurs torts, pour se séparer d'une occasion dangereuse ; en un mot, elles s'étudient à paraître innocentes, tout en s'avouant coupables. 0 âmes dissimulées, quittez ces dehors spécieux, démasquez ce cœur, dont le Seigneur voit toute la misère. Prétendez-vous vous soustraire aux yeux de celui qui perce de ses regards les plus profonds abîmes ?
Nous devons toutefois dire, pour être exact, que le mensonge en Confession, quoique plus condamnable que s'il était fait hors du tribunal sacré, n'est péché mortel, que lorsqu'on trompe le confesseur en matière grave.
Quand le mensonge est en matière légère et pour des choses qui ne sont point nécessaires au sacrement, il n'y a qu'une faute vénielle, parce qu'il n'y a qu'une légère irrévérence envers le sacrement.
Ce serait manquer de franchise et de simplicité que de diviser sa confession en deux parties, en déclarant une à son confesseur ordinaire, et l'autre à un confesseur dont on ne serait point connu. La Confession serait même nulle et sacrilège, si on ne confessait pas tous les péchés mortels au même confesseur. Cependant on ne peut pas trop condamner un pénitent qui, tombant quelquefois dans une faute grave, irait d'abord s'en accuser à un confesseur digne et capable, et retournerait ensuite, après en avoir reçu l'absolution, à son confesseur ordinaire, auquel il ne déclarerait que des fautes vénielles. Dans cette conduite, qui n'a pour motif qu'une petite vanité, il n'y a qu'un péché véniel. Le cas serait différent et la Confession serait nulle et sacrilège, si l'on s'adressait de temps en temps à divers confesseurs, afin d'obtenir plus facilement l'absolution, tout en restant dans ses mauvaises habitudes. Ce changement de confesseurs est ordinairement nuisible aux pénitents, et ils doivent, autant qu'ils peuvent, l'éviter.
D. Quand est-ce que la Confession est prudente? R. Quand on se confesse en termes honnêtes, et qu'on ne découvre pas les péchés d'autrui sans nécessité.
On doit éviter en Confession toute parole grossière, inconvenante. Cependant la réserve dans les mots ne doit pas empêcher de faire connaître parfaitement au confesseur le péché dont il s'agit. Pour s'accuser entièrement, sans toutefois manquer aux convenances, il suffit de dire, pour les jurements, blasphèmes, imprécations, ou autres paroles grossières qu'on a prononcées, la première lettre ou la première syllabe du mot. Et, pour ce qui est du vice contraire à la pureté, il faut choisir les termes les plus mesurés, sans cependant rien déguiser.
Pour que la Confession soit prudente, il faut encore ne pas découvrir les péchés d'autrui sans nécessité. Vous n'entrez pas au tribunal de la Pénitence pour faire la Confession des autres, mais pour faire la vôtre. Dire les péchég d'autrui, c'est une médisance, qui n'est pas plus permise en confession qu'ailleurs. Voilà cependant le défaut où tombent bien des personnes, qui ont toujours à dire mille choses sur le compte des autres, qui commencent toujours par accuser les fautes de leurs parents, de leurs amis, de leurs voisins, sans rien dire de ce qui les concerne, ne faisant, pour ainsi dire, aucun cas de leurs iniquités, pour se charger de celles de leur prochain. De telles Confessions sont certainement imprudentes; et plaise à Dieu qu'elles ne soient pas dictées par la haine, par un désir criminel de diffamer les autres dans l'esprit du confesseur! C'est ce qui arrive à certaines gens peu instruits, qui s'imaginent que le confesseur, ainsi prévenu, se montrera plus sévère contre les pécheurs, dont il connaîtra les péchés d'avance, et qu'il les traitera plus durement. Il y a dans ces personnes-là ignorance et malice : malice hideuse , que le confesseur doit réprimer ; ignorance grossière, car elles devraient savoir que le confesseur, obligé au secret le plus inviolable, ne peut user de la Confession des uns pour reprendre les autres, et que ce qu'on lui dit par rapport à autrui, est pour lui absolument comme non avenu.
Il peut cependant y avoir des cas, où l'on se trouve forcé de déclarer les péchés de quelqu'un, comme, par exemple, lorsque c'est nécessaire pour faire connaître l'espèce de péché dans lequel on est tombé, ou bien encore, le danger où l'on se trouve. Alors même il faut avoir soin de ne désigner nommément personne, de cacher autant que possible son complice, et se contenter de dire si c'est une personne ou libre, ou mariée, ou engagée par vœu de chasteté, ou parente, ou étrangère. Le mieux serait de s'adresser à un confesseur à qui cette personne fut incon-
nue ; mais ce moyen est pénible à certains pénitents, et quelquefois impraticable.
D. A qui faut-il se confesser ?
R. A son propre pasteur, ou à un autre prêtre approuvé par l'évêque pour entendre les Confessions.
On doit se confesser de préférence à son propre msteur, 1° parce qu'étant obligé par état de veiller avec la plus grande sollicitude sur toutes les brebis qui sont confiées à sa garde, il a aussi des lumières et des grâces particulières, pour les diriger dans la voie du salut;
2° Parce qu'il doit être animé d'un plus grand zèle pour les préserver de tout danger ;
3° Parce qu'il connaît mieux que tout autre leurs besoins, et que, par conséquent, il peut leur donner les avertissements les plus salutaires, et les remèdes les plus convenables.
Toutefois, comme la confiance ne se commande point, chacun est libre de se confesser, s'il le désire, à un prêtre étranger, et, à cet égard, la plus grande latitude est donnée aux fidèles; mais il faut toujours s'adresser à un prêtre approuvé par Vévêque po*r entendre les Confessions, car le caractère sacerdotal seul ne donne pas le pouvoir d'absoudre. Outre le pouvoir d'ordre, que tous les prêtres ont reçu, il leur faut de plus, pour absoudre validement, le pouvoir de juridiction, c'est-à-dire qu'indépendamment de la puissance radicale de remettre ou de retenir les péchés, qui leur a été donnée dans leur ordination, il faut encore qu'il leur soit assigné des sujets sur lesquels ils puissent l'exercer. Ils ont donc besoin de l'approbation ou autorisation de l'évêque diocésain, sans laquelle toute absolution est nulle de plein droit. L'Église l'a ainsi décidé en phisieurs circonstances. Voici ce que dit le saint concile «le Trente : a La nature et l'ordre d'un jugement exige qu'une sentence ne soit portée que sur des sujets soumis à une juridiction; on a donc toujours été persuadé que l'absolution n'est d'au-
cune valeur, quand elle est donnée par un prêtre à une personne sur laquelle il n'a ni juridiction ordinaire, ni juridiction déléguée (1). » Ainsi les pasteurs, canoniquement institués, et les prêtres approuvés par les supérieurs légitimes, peuvent seuls validement absoudre. Ceux qui s'ingéreraient dans cette sublime fonction, sans l'autorisation de leur évêque, ne seraient que des intrus. Ce n'est que dans le cas de nécessité et lorsqu'il n'y a pas de prêtre approuvé, que tout ministre de Jésus-Christ peut donner validement l'absolution. L'Église l'a ainsi voulu, par un effet de sa grande tendresse pour ses enfants. A l'heure de la mort, afin que tous arrivent au salut, elle leur ouvre tous ses trésors. Mais hors de là il faut une juridiction spéciale, pour administrer le sacrement de Pénitence.
Par les paroles déjà citées du concile de Trente, nous voyons qu'il y a deux sortes de juridiction : la juridiction ordinaire et la juridiction déléguée. La première est celle que l'on possède en vertu d'un titre à charge d'âmes ; la seconde est celle qui s'exerce en vertu d'une commission particulière, émanée de celui qui a le droit de la donner. Ceux qui ont la juridiction ordinaire pour confesser, sont : 1° le pape dans toute l'Église; 2° chaque évêque dans son diocèse; 3° chaque curé dans sa paroisse. Les vicaires et autres prêtres simplement approuvés n'ont qu'une juridiction déléguée. La juridiction ordinaire est attachée au territoire et aux personnes, en sorte que les curés peuvent validement confesser leurs paroissiens partout où ils se trouvent. Mais les vicaires et autres prêtres délégués ne peuvent confesser validement que dans le territoire même pour lequel ils sont approuvés. — D'après l'usage établi et le consentement tacite des évêques, tout prêtre régulièrement auto-
Ci) Persuasum semper in Ecclesiâ Dei fuit, et verissimum esse Synodus haec confirmât nullius momenti absolutionem eam esse debere quam sacerdos in eum profert, in quem ordinariam aut subdelegatam non habet jurisdictionem. Trid., sess. 14, c. vu.
pisé peut confesser les étrangers qui se présentent à lui, dans le lieu où il exerce une juridiction soit ordinaire, soit déléguée.
La juridiction, même ordinaire, ne donne pas le droit d'absoudre des cas réservés. On appelle ainsi certains péchés plus griefs, dont le pape et les évêques se réservent l'absolution, afin d'en inspirer plus d'horreur, a Nos anciens c Pères, dit le concile de Trente, ont toujours estimé a d'une très-grande importance, pour la bonne discipline « du peuple chrétien , que certains crimes atroces ne fusc sent pas absous indifféremment par tout prêtre, mais a seulement par ceux du premier ordre. C'est pour cela « qu'avec grande raison les souverains pontifes, suivant la a suprême puissance qui leur a été donnée sur l'Eglise a universelle, ont pu réserver à leur jugement particulier a la connaissance de certains crimes des plus graves. On o ne doit pas non plus révoquer en doute que les évêques, « dans leurs diocèses, n'aient la même faculté (1). »
On met ordinairement au nombre des cas réservés l'homicide volontaire, le duel, le meurtre d'un prêtre, d'un religieux, d'une religieuse, ou même simplement les blessures ou coups qu on porterait à une personne consacrée à Dieu, l'usurpation ou l'injuste détention des biens de l'Église, la profession publique de l'hérésie, l'avortement, et certains péchés abominables contre le sixième commandement, etc. Une personne coupable de quelqu'un de ces crimes ne peut en recevoir l'absolution, que d'un prêtre qui a les pouvoirs nécessaires pour ces sortes de cas.
Toute réserve cesse à l'article de la mort. L'Eglise l'a ainsi statué, afin que le salut de personne ne soit exposé. Bien plus, dans un péril probable de mort, à défaut d'un confesseur approuvé, tout prêtre, fût-il suspect, interdit, excommunié, hérétique, schismatique, peut yalidement absoudre de toute censure et de tout péché. LÉglise,
(1) Cocc. Trid., sess. 14, c. vu.
pour empêcher les âmes de périr, supplée alors la juridiction qui lui manque, et un moribond peut s'adresser à lui, pourvu qu'il n'y ait ni scandale ni péril de séduction.
D. Est-il à propos de se confesser in différemment à toute sorte de prêtres?
R. Non, il faut choisir son confesseur avec une grande circonspection.
Quand on est bien pénétré de cette vue de la foi, qui nous fait voir Jésus-Christ lui-même dans le ministre de ses miséricordes, on n'est guère tenté de quitter sa paroisse, pour aller chercher ailleurs un confesseur.
Cependant il peut y avoir des raisons, et même trèssolides, d'aller trouver un confesseur étranger. Dans ce cas, choisissez le plus pieux, le plus zélé, celui que vous croirez le plus propre à vous retirer du vice et à vous faire avancer dans la vertu. Beaucoup se laissent guider par des considérations tout à fait humaines. Ce confesseur est en vogue, on le dit fort indulgent, il a de belles manières, telle autre personne s'adresse à lui, donc c'est celui-là qu'il faut choisir. Mais, si vous ne considérez en lui que des qualités purement humaines, craignez que son ministère ne soit pour vous frappé de stérilité. Ce que vous devez surtout désirer dans votre confesseur, c'est la science, la prudence, le zèle, la charité. Si l'on a une affaire importante, on ne va pas la confier au hasard au premier avocat venu. Dans une grave maladie, on ne s'adresse pas à un médecin peu habile. Et, dans l'affaire du salut, on choisirait précisément le confesseur le moins clairvoyant ! et on craindrait d'avoir un médecin qui sût trop bien sonder les plaies de l'âme ! Ne serait-ce pas alors vouloir se perdre soi-même 3 ?
Votre confesseur une fois choisi, abandonnez-vous entièrement à sa direction, le regardant comme l'ange de Dieu, envoyé pour votre conduite, ou plutôt, comme Jésus- Christ lui-même, ainsi que le faisaient les Galates à l'égard
de saint Paul (1). Suivez donc ses avis, quelque contrariété d'humeur, de jugement, ou de volonté que vous y trouviez; faites exactement tout ce qu'il vous prescrit, ni plus ni moins, et sans vous départir en aucune manière de ht ligne qu'il vous aura tracée (2).
D. Quelles qualités doit avoir un confesseur? R. Il doit être savant, prudent et charitable.
La science, la prudence, la charité, qualités indispensables pour bien diriger les âmes. Qu'un prêtre ait donc la science, pour bien connaître les règles de la morale chrétienne ; la prudence, pour les bien appliquer ; la charité, pour les faire aimer. Qu'il ait d'abord :
La science. Ses lèvres, selon la parole de nos livres saints, doivent en être les dépositaires, et c'est de sa bouche que les peuples attendent l'explication de la loi (3). Si un aveugle conduit un autre aveugle, dit Notre- Seigneur dans l'Évangile, ils tomberont tous les deux dans la fosse (4).
2° La prudence, pour juger avec droiture de l'état des consciences, suivant leurs dispositions et leurs besoins, pour verser à propos l'huile et le vin sur les blessures de l'âme, pour s'accommoder aux caractères des personnes, usant d'indulgence et de douceur envers les timides, et s'armant d'une juste sévérité contre les opiniâtres et les récalcitrants.
3° La charité. Voilà la plus essentielle vertu du confesseur, qui ne doit jamais perdre de vue qu'il est le représentant d'un Dieu de bonté et de patience. Qu'il se sente
(1) Sicut angelum Dei excepisîis me, sicut Christum Jesum. Gui, iv, 14.
(2) Nec plus, nec minus, nec aliter. D. Bern., de Circum. serm.Jl
(3) Labia enirn sacerdotis custodient scientiam, et legem requit rent ex ore ejus. Math., n, 7.
('0 Si caecus caeco ducatum prœstet, ambo in foveam cadunt Math., xv, 14.
donc animé de la plus vive compassion pour les pécheurs, qui viennent se jeter à ses pieds ; qu'il les écoute tous avec une égale bonté, petits et grands, riches et pauvres, sans aucune acception de personnes. Qu'il se garde bien cependant de jamais aller, par une fausse compassion, contre les vrais et sains principes de la morale; car ce ne serait pas charité, mais cruauté.
Cherchez un confesseur qui vous connaisse à fond, et qui ne vous flatte pas. Quand vous l'aurez trouvé, ne 1< quittez pas sans raison, pour le seul plaisir de changer; mais aussi ne vous attachez point à lui, et ne vous troublez pas, si Dieu vous Fôte pour en disposer ailleurs, selon les desseins de sa providence.
Approchez-vous du tribunal sacré, avec les sentiments du roi des pénitents, qui priait le Seigneur de le traiter, non pas selon la rigueur de sa justice, mais selon l'étendue de ses miséricordes; avec les sentiments de l'humble Publicain qui, plein de confusion à la vue de ses péchés, n'osait lever les yeux vers le ciel et se frappait la poitrine, en disant : a 0 Dieu, soyez-moi propice, car je suis ui malheureux pécheur (1) ; » avec les sentiments de la Madeleine, qui se jeta aux pieds de Jésus avec une douleur tout amoureuse d'avoir déplu à la bonté infinie de son Dieu; avec les sentiments de l'enfant prodigue qui, rentré en lui-même, alla retrouver son père et lui dit : « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous ; je ne mérite plus d'être appelé votre fils; faites-moi seulement la faveur de me traiter comme l'un de vos serviteurs (2).» Mettez-vous bien dans l'esprit que le prêtre auquel vous vous adressez, n'est pas un juge sévère, ni un ange du ciel, étincelant comme la foudre et brillant comme le soleil, mais un homme comme vous, qui sait compatir à vos
(l) Deus, propitius eslo mihi peccatori. Luc, xvm, 13.
(2, Pater, peccavi in cœlum et coram te. Jam non sum dignus voeari films tuus ; fac me sicut unum de mercenariis tuis. Luc, xv, 19-20.
infirmités, parce qu'il en est plein lui-même. Ne voyez en mi que le représentant des miséricordes divines; ou plutôt, c'est Jésus-Christ lui-même, que vous devez considérer en sa personne.
TRAITS HISTORIQUES
1. Tout le monde connaît la confession du Pharisien. Il monta an Temple, nous dit Noire-Seigneur, pour y faire sa prière, ou plutôt, comme l'a remarqué saint Augustin, pour se louer lui-même (1). Se tenant debout, il disait ainsi en lui-même: c Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine; je donne la dîme de tout ce que je possède. > Il pouvait bien se faire que le Pharisien n'eût pas commis ces grands péchés qu'il condamnait dans les autres; mais le seul élévement de son cœur était un grand crime devant Dieu ; l'orgueil détruisait en lui ce que la justice pouvait y avoir édifié. La posture même où il était, se tenant debout, marquait l'enflure de son cœur.
On voit dans le Publicain un caractère tout opposé à celui du Pharisien. Il se tenait loin, c'est-à-dire à l'entrée du Temple, par le sentiment qu'il avait de sa propre indignité. Il craignait de lever les yeux vers le ciel, par une sainte confusion qu'il ressentait d'avoir offensé celui qui y a établi le trône de sa puissance. Il frappait 3a poitrine, pour marquer le brisement de son cœur et le repentir qu'il avait de ses péchés, et pour commencer à s'en punir. Et, se «entant tout plongé dans la misère, il se contentait de dire à Dieu qu'il eût pitié d'un pécheur tel qu'il était. Il ne faut pas s'étonner si Dieu pardonne à ce pénitent, qui se reconnaît pécheur et qui ne se pardonne point à lui-même. Prenons bien garde de ne pas imiter la superbe confession du Pharisien qui fut rejeté de Dieu, tandis que le Publicain, anéanti dans la vue de ses péchés, obtint la grâce de la justification. Luc, xvm, 10.
2. Comme dans tous les sacrements, la matière la plus convenable est la plus pure, celle qui est moins mêlée de choses étrangères; comme l'eau naturelle, sans le mélange d'aucune autre liqueur, est la plus convenable matière du sacrement de baptême, et le pain, sans levain et sans aucune ordure est la plus convenable matière de l'Eucharistie; ainsi, dans la Pénitence, la simple accusation de ce
(1) Noluit Deum rog? ;e, sed se laudare. D. Aug., de verbis Dom., serm. xxxvi, 6.
qui est péché mortel ou véniel est la plus pure et la plus convenable matière du sacrement. Il ne faut donc pas y apporter de longs dis* cours, des récits superflus de choses indifférentes, qui ne sont point nécessaires pour faire connaître le péché ; il ne faut pas non plus j mêler l'accusation de ce qui n'est qu'imperfection; et beaucoup moins encore faut-il faire accusation de ce qui est saint et vertueux. Accuser ses péchés, rien que ses péchés, voilà la véritable Confession.
3. Saint Cyprien, évêque de Carthage, se plaignant de la trop grande facilité de quelques ministres du Seigneur, qui, contre la rigueur de la discipline, contre la loi de Dieu et de Jésus-Christ, étaient assez téméraires pour accorder la paix et la communion à quelques personnes qui étaient tombées pendant la persécution, appelle ce relâchement une peste agréable et trompeuse, qui s'est glissée parmi les fidèles, sous le nom spécieux de compassion et de miséricorde: inutile et fausse paix, pernicieuse à ceux qui la donnent etinfructueuse à ceux qui lareçoivent. On ne donne pas, dit-il, le temps aux malades de guérir par une satisfaction véritable et légitime. La Pénitence est bannie du cœur des chrétiens; et on leur fait perdre le souvenir des crimes les plus énormes. Il nefautpas.ajoute-t-il, qu'un prêtre de Dieu trompe les fidèles par une complaisance pernicieuse, mais qu'il les guérisse par des remèdes salutaires. P. Cypr. , de Lapsis.
Quoique sainte Thérèse se confessât souvent, elle ne rencontrait pas de confesseur qui comprît bien ses dispositions. Elle chercha pendant vingt années, sans en trouver aucun qui sût bien la conduire. Il arriva qu'ayant changé de séjour à cause de sa maladie, elle alla à confesse à un prêtre plus habile à la vérité que ceux auxquels elle s'était adressée auparavant, mais qui lui fit bientôt juger qu'elle n'était pas heureuse en confesseurs, et que les demi-savants, tel qu'était cet homme, sont toujours plus dangereux, parce que, outre qu'ils ne sont pas assez éclairés, ils ne sont pas non plus assez humbles pour consulter les autres, comme font ceux qui se reconnaissent ignorants. Elle demeura encore dix-sept ans dans cette fâcheuse privatiop de bons confesseurs, jusqu'à ce qu'elle tomba entre les mains d'un habile directeur, qui commença à la détromper âur divers points, déplorant avec elle les mauvais principes, sur lesquels elle s'était fondée jusqu'alors.
Elle se vit obligée néanmoins de changer encore souvent de directeurs, parce qu'elle n'en trouvait pas qui la connussent à fond, c# qui lui était un sujet d'affliction bien sensible. Tous lui laissaient entendre que tout ce qui était véniel, était permis ; et que ce qui pouvait être mortel, n'était que véniel. Elle trouvait peu de secours de leur part. Car, comme elle avait une conscience fort tendre, qui lui faisait paraître les fautes bien plus grandes qu'elles n'étaient, elle
accusait des moindres, comme .'si c'eussent étédespéchésénormes qui ussent mérité l'enfer. Elle combattit sanscesse jusqu'à l'ombredupélé ; et, tous les confesseurs n'ayant pas les mêmes lumières, il y en irait à qui les voies extraordinaires, par lesquellesDieu laconduisait, taient suspectes . Quelques-uns la traitaient avec la dernière rigueur, li interdisant même lacommunion et la solitude; d'autres tremblaient, uand il fallait la confesser; et elle se vil plus d'une fois en danger de e pouvoir plus trouver personne qui voulût l'entendre. Onfutmême, ar deux ou trois fois, sur le point de la conjurer, comme si elle eût ;é possédée. Mais, à force de chercher toujours les hommes les lus savants, pour ses directeurs, elle en trouva enfin un, à qui Dieu irait donné des lumières suffisantes pour percer dans ses obscurités ; I elle eut la satisfaction de voir que c'était tout à la fois un des plus tints et des plus éclairés de l'Espagne. Une grande maxime qu'elle était faite était d'obéir à ses directeurs, et de leur soumettre ses lulières, plutôt que de s'arrêter aux inspirations secrètes et aux isions incertaines, dans lesquelles, tout en croyant voir ou entendre Ssus-Christ, on tombe dans l'illusion. Elle avait coutume de dire ue, quand un confesseur ne commande pas ce qui est évidemment n péché, ou doit lui obéir, sans examiner les raisons qu'il peut roir d'exiger ce qu'il commande. Baillet, ;6 oct.
On ne voit guère d'exemple plus instructif pour les pénitents et sur les confesseurs, que l'exemple suivant, rapporté par un célèbre Heur de Théologie (1).
Un homme de qualité, ne pouvant obtenir l'absolution de son asteur ni de plusieurs pères jésuites à qui il s'adressa, parce qu'il b voulait point quitter ses usures ni mettre fin à ses crimes, trouva îfin un confesseur qui lui dit que ceux qui lui avaient refusé l'ablution, étaient des scrupuleux et qu'il la lui donnerait. Il se conssa quelques années à ce confesseur, et le faisait même manger >uv^nt à sa table. Cet homme étant tombé dangereusement malade, a courut aussitôt avertir son confesseur ; mais, pendant ce temps, ! malade mourut. Le confesseur étant on chemin, cet homme lui pparut et lui dit: « Où allez-vous, mon père ? — J'allais vous confesser, répondit le confesseur, parce qu'on m'a dit que vous étiei en danger. — N'allez pas plus loin, reprit l'autre; je viens de mourir, et je suis condamné à l'enfer, pour les péchés que vous m'avez laissé comm.ttre pendant tant d'années. Vous êtes en partie la cause de ma perte. Vous êtes indigne du sacré ministère, que vous exercez et que vous profanez ; si vous aviez eu plus de zèle pour mon âme, si vous ne m'aviez pas donné l'absolution avec tant
(i) Eortus pastor., Cand. myst. tract, v, de Impedim. integr. mfess.
« de facilité, si vous m'aviez donné des avis et des moyens pour me c retirer du vice, j'en eusse profité et je serais sauvé. Puisque vous c avez eu tant de part à mes péchés, par votre criminelle facilité à me • laisser vivre dans le désordre, il est juste que vous en partagiez c aussi la peine. » En môme temps, la terre s'ouvrit sous leurs pieds, et tous les deux furent engloutis. Le compagnon du confesseur, tout consterné et hors de lui-même, annonça dans ce lieu cette tragique aventure. Cette histoire fut racontée, dans un sermon devant l'archiduc d'Autriche Albert, par un religieux de la compagnie de Jésus. Ce prédicateur assura qu'il l'avait apprise d'un savant homme, qui lui dit qu'il connaissait parfaitement la personne et le lieu où elle était arrivée.
Un officier de guerre, se voyant près de la mort, fit venir le pasteur de la paroisse où il était en quartier d'hiver: c Monsieur, lui dit-il, il y a plus de trente ans que je vis dans le crime ; je ne me suis jamais confessé qua des confesseurs lâches et complaisants, qui m'ont laissé vivre à ma fantaisie; je crois mes confessions nulles, faute de bon propos et d'amendement ; mes confesseurs en répondront au jugement de Dieu. Je vous prie de me faire faire une confession de toute ma vie ; je vois ma conscience dans le désordre, et je crains de mourir en cet état. >
Apprenez, par ces exemples, qu'on ne doit pas chercher à dessein des confesseurs faciles, pour vivre avec plus de liberté ; et qu'il faut profiter des avis salutaires des confesseurs, qui lâchent de nous retirer du désordre.
SIXIÈME INSTRUCTION
De quelques questions particulières relatives à la Confession. — Défauts qui la rendent nulle. — De la Confession générale, ordinaire, fréquente. — Du délai ou refus de l'absolution. — Cas où elle doit être refusée. — Signes ordinaires et extraordinaires de contrition.
Des défauts qui rendent la Confession nulle.
La Confession peut être nulle ou invalide, soit du côté du confesseur, soit du côté du pénitent. Elle est inv. :
Du côté du confesseur, 1° s'il est privé de juridiction; 2° s'il a omis de proférer l'absolution; 3° s'il n'a entendu aucun péché du pénitent. Lorsqu'un pénitent s'aperçoit
que son confesseur dort ou qu'il n'entend pas, il doit suspendre sa confession, car un péché, dont l'accusation n'est pas entendue du confesseur, est comme s'il n'était pas accusé. Quelqu'un qui accuserait un péché grave à voix basse ou en termes couverts, de manière que le confesseur n'entendît pas ou ne comprît pas la malice ou la grièveté de la faute, se rendrait grandement coupable, et sa confession serait évidemment nulle et sacrilège.
Du côté du pénitent; 1° si, par hypocrisie, par honte ou par malice, il a caché quelque péché mortel ou un péché qu'il croyait être mortel; 2° si, par suite d'une négligence notable dans l'examen de sa conscience, il a omis de s'accuser de quelque faute grave ; 3° s'il a reçu l'absolution, sans avoir la douleur de ses péchés ou le ferme propos de s'en corriger. Dans ces différents cas, la Confession est nulle et sacrilège.
Remarquons ici qu'une Confession sacrilège est nulle ; mais il peut se faire que la Confession soit nulle, sans être cependant sacrilège. Elle est simplement nulle pour ce qui regarde le pénitent, lorsqu'il reçoit de bonne foi l'absolution d'un prêtre qui n'a pas le pouvoir de l'absoudre. Elle est encore nulle sans être sacrilège, lorsque le pénitent, se croyant bien disposé, se laisse donner l'absolution, sans avoir cependant la douleur de ses péchés à un degré suffisant pour recevoir le sacrement.
On doit regarder une confession comme invalide, lorsque le pénitent retombe, peu de temps après avoir reçu l'absolution, dans un péché d'habitude, sans avoir rien fait ni pour s'éloigner de l'occasion prochaine, ni pour résister à la tentation; une rechute aussi prompte indique qu'il n'avait ni une véritable contrition ni le ferme propos.
Une Confession nulle est regardée comme non avenue, et on est obligé de la renouveler. Cependant, si on s'adresse au même confesseur, il est facile de revalider une confession nulle, car alors il suffit de déclarer les péchés omis, les sacrilèges dont on s'est rendu coupable ; et de
s'accuser ensuite d'une manière générale de tous les péchés qu'on a déjà confessés. Mais si la Confession se fait à un autre confesseur, il faut de toute nécessité répéter toutes les confessions précédentes que l'on croit nulles, en accusant de nouveau tous les péchés mortels qu'on peut moralement se rappeler, parce qu'ils n'ont pas été remis. Tout en s'adressant au même confesseur, s'il n'avait conservé aucune idée de l'état de son pénitent, il faudrait lui en donner une certaine connaissance, soit en disant la pénitence qui avait été imposée, soit en réitérant l'accusation des fautes les plus notables â.
Diverses sortes de Confessions.
Nous distinguerons cinq sortes de Confessions : la Confession générale, la Confession extraordinaire, la Confes sion annuelle, la Confession ordinaire, la Confession fréquente.
La Confession générale embrasse toute la vie, et elle est, par conséquent, l'accusation de tous les péchés qu'on commis, depuis qu'on a l'âge de raison.
La Confession extraordinaire est celle qui ne remonte qu'à une certaine époque, à la première communion, par exemple, à une mission, à une retraite dont on a suivi régulièrement les exercices, ou à la dernière Confessioi sur laquelle on peut prudemment compter.
La Confession, soit générale, soit extraordinaire, est nécessaire aux uns, utile à plusieurs et nuisible à d'autres.
Elle est absolument nécessaire à ceux dont les confessions précédentes sont nulles., de quelque manière qu'en soit venue la nullité. Quelqu'un donc qui aurait eu le malheur de cacher quelque péché grave, ou de recevoir l'absolution sans une sincère douleur, serait obligé de réitérer ses confessions. Car, bien loin d'avoir obtenu le pardon de ses péchés il y a joint le sacrilège. Toutes les confessions subséquentes qu'il a faites, ont été viciées par la première qui a ete nulle; il y a donc pour lui obligation évidente
D*l LA CONFESSION. 2 65
de les refaire et de remonter jusqu'à une confession, °>ur la validité de laquelle il puisse compter; et, si c'est dès l'en» fance qu'on a fait une première Confession sacrilège, il faut, pour mettre à son salut une base solide et certaine, faire une confession de toute la vie. Toutefois, ainsi que nous l'avons déjà dit, lorsque le pénitent retourne au même confesseur, qui déjà connaît l'état de son âme, il suffit qu'il lui déclare les péchés omis, et qu'il s'accuse, d'une manière générale, des péchés qu'il lui a confessés précédemment.
Elle est utile, sans être d'une stricte obligation, à ceux dont les confessions précédentes inspirent des doutes, des inquiétudes ; à ceux qui, ayant vécu plusieurs années dans la dissipation ou au milieu des embarras du siècle, ne se confessant que rarement et presque toujours d'une manière plus ou moins imparfaite, veulent se préparer à une vie plus chrétienne et s'établir dans une paix de conscience plus ferme. On peut encore la conseiller en certaines circonstances particulières, comme, par exemple, à l'époque de la première communion, lorsqu'on veut embrasser un état de vie, lorsqu'on se sent pressé, par une inspiration plus vive de la grâce, de se donner à Dieu, de se consacrer à lui sans réserve, ainsi qu'il arrive quelquefois à l'époque d'un jubilé, d'une mission. Elle est encore utile, lorsqu'on s'aperçoit, au bout d'un temps considérable, qu'on ne fait pas de progrès dans la piété. Alors il est bon de rassembler, pour ainsi dire, en un seul tableau, toutes ses fautes passées, afin de s'en humilier et d'en concevoir une plus vive et plus sensible douleur. C'est ce que faisait autrefois le prophète Isaïe. « Je repasserai, disait-il, toutes mes années dans l'amertume de mon âme (1) : » La Confession générale est donc quelquefois un excellent moyen de perfection; mais, lorsqu'elle n'est pas absolument nécessaire, il n'est pas besoin qu'elle soit aussi exacte que celle qui sert à réoarer les mauvaises Confessions.
(l) Recogitabo tibi omnes annos meosin amaritudine animse meao. I«., xxx vi n, 15.
EUe est nuisible aux personnes scrupuleuses, parce qu'elle ne fait qu'augmenter leurs peines et leurs inquiétudes, au lieu de les calmer. Souvent elles la demandent avec instance, et murmurent si on la leur refuse ; et, si on la leur nccorde, elles n'en sont pas pour cela plus tranquilles, et elles veulent toujours recommencer. Qu'elles s'en rapportent entièrement à la décision de leur confesseur. Leur soumission à celui qui tient à leur égard la place de Dieu, vaut plus pour elles qu'une recherche trop exacte de leurs fautes. On peut leur faire sentir que, dans leurs scrupules, il y a beaucoup trop de crainte, pas assez de confiance, et peu d'amour de Dieu.
Quand on fait une Confession générale d'obligation, il est important d'en séparer les péchés commis depuis la dernière Confession, afin que le confesseur connaisse mieux l'état actuel du pénitent.
Si vous sentez qu'une Confession générale* vous est nécessaire, n'hésitez pas à l'entreprendre? Quoi qu'il en coûte, peut-on acheter trop cher la paix du Seigneur ? Mais gardezvous de vous laisser arrêter par de vaines appréhensions. Cette confession sera faite plus tôt que vous ne pensez; le confesseur vous aidera, il fera lui-même votre examen; par des interrogations convenables, il vous mettra à même de déclarer vos fautes mieux que vous ne pourriez le faire de vous-même, dans un long intervalle de temps. Courage donc et confiance en Dieu. Il s'agit de vous réconcilier avec le Seigneur, de recouvrer tous vos droits à l'héritage céleste ; et, pour acquérir un si grand bonheur, craindriezvous de vous donner un peu de peine 2?
La Confession annuelle est nécessaire de précepte ecclésiastique. Nous en avons parlé assez longuement, en expli quant les commandements de l'Église. C'est dans le temps pascal qu'on la fait ordinairement, afin de se mettre en état de recevoir le sacrement de l'Eucharistie. Le concile de Latran a prescrit de faire cette Confession annuelle a propre prêtre, c'est-à-dire au curé, ou à tout autre prêt
délégué par l'évêque ou par le souverain pontife. D'après Benoît XIV et saint Alphonse de Liguori, on satisfait au précepte de l'Église, en se confessant à un prêtre approuvé d'une manière générale, sans restriction. Les statuts de plusieurs diocèses de France portent également que les curés, en publiant le canon du quatrième concile de Latran, doivent annoncer aux fidèles qu'il leur est permis de s'adresser, pour la Confession annuelle, à tout prêtre approuvé.
On ne peut que louer la pratique des personnes pieuses qui, pour avancer dans la perfection, font chaque année une revue entière de leurs fautes. En remarquant tant d'infidélités à la grâce, tant de péchés accumulés les uns sur les autres, elles s'excitent à une plus grande vigilance sur elles-mêmes et à un plus grand amour de Dieu.
Nous appelons Confession ordinaire celle que les bons chrétiens ont coutume de faire tous les mois, ou, au moins, aux principales fêtes de l'année. Quand on a quelque soin de son salut, on ne passe pas trop longtemps sans se confesser. On sent qu'on a besoin de la force d'en haut, pour éviter le mal et se maintenir dans la pratique du bien; et cette force, on va la puiser aux sources de la grâce. Mais est-on obligé de se confesser aussitôt après avoir commis un pécbé mortel? Rigoureusement, rien n'y oblige ; mais il est bon de le faire, dès qu'on le peut commodément, afin de ne pas demeurer dans ce funeste état, afin de rentrer en grâce avec Dieu et de ne pas perdre le fruit de ses bonnes œuvres ; car on ne peut mériter pour le ciel, tant qu'on est en état de péché mortel. A quoi bon d'ailleurs différer sa Confession? Plus on retarde, plus on veut retarder; et plus on multiplie ses péchés, plus aussi on a de peine à s'en souvenir. Est-ce se disposer à la guérison que de différer le remède? que de ne l'appliquer que lorsque le mal est invétéré? Déchargez-vous donc au plus tôt du poids de vos iniquités. En demeurant dans le péché, on s'apprivoise avec lui; à force de le voir de près, on s'accoutume à le
regarder sans horreur et à le souffrir sans peine. Et, si on a un peu de foi, peut-on demeurer un seul instant tranquille dans le péché, quand on sait qu'on est l'objet de la colère d'un Dieu, d'une colère toute-puissante ? On ne doit pas manquer de faire un acte de contrition, aussitôt qu'on s'aperçoit qu'on a offensé Dieu d'une manière grave 3.
La Confession fréquente est celle qu'on fait tous les quinze jours, ou tous les huit jours, ou plus souvent. Plus on est faible, plus on est tiède, plus on a besoin de se confesser fréquemment. Il est même des cas où la Confession fréquente est le seul moyen d'éviter certaines fautes notables, de résister à quelque grave tentation ; on serait alors bien coupable de négliger ce paissant préservatif. L'expérience fait voir que, pour vivre dans une grande pureté de conscience, il faut s'approcher souvent du saint tribunal. De plus; est-ce une bonne disposition pour se confesser, que de le faire rarement? Ce n'est que par la pratique qu'on apprend à bien faire une action. Peut-on acquérir l'habitude de la pénitence, s* on n'exerce cette vertu que de loin en loin? Or, quand on se confesse fréquemment, une Confession dispose à une autre Confession, en inspirant une plus vive horreur du péché et un plus ardent désir de se corriger ; et on a une plus grande certitude de s'accuser intégralement de ses péchés, parce qu'on en a la mémoire plus fraîche. Enfin, la Confession fréquente sert à nous purifier de plus en plus de nos souillures. Que celui qui est ^uste, a dit l'Esprit-Saint, se justifie encore davantage (1). Elle nous fait aussi expier nos fautes; elle nous acquit' e, en tout ou en partie, de la peine que nous avons méritée, et elle nous fait gagner un nouveau degré de gloire dans le ciel. De si grands avantages ne doiventils pas nous décider à adopter cette sainte pratique4?
\ï) Qui justus est, justificetur adhuc. Âpoc, xxn, 11.
Du délai et du refus de l'absolution.
Les prêtres n'ont pas seulement reçu de Dieu le pouvoir de délier, mais encore celui de lier; ils ne doivent pas seulement remettre les péchés, mais encore les retenir, et, par conséquent, ils accordent, refusent, ou diffèrent l'absolution, selon qu'ils jugent que le bien du pénitent le demande. Ils ne sont pas les maîtres, encore moins les dissipateurs des mystères de Dieu; mais ils en sont les dispensateurs, et ils doivent se conformer dans l'exercice de leur ministère aux règles qui leur sont prescrites. En leur triple qualité de juges, de médecins, de guides spirituels, ils doivent examiner les dispositions des pénitents, voir s'ils sont dignes ou non de pardon, leur donner les avis convenables, et verser à la fois l'huile et le vin sur les plaies des âmes. Il ne leur est donc pas permis de donner l'absolution à ceux qu'ils en jugent prudemment incapables ou indignes, ni de la refuser à ceux qui la méritent, ni même de la différer, à moins que ce ne soit pour le plus grand avantage du pénitent. L'âme d'un confesseur, selon la pensée de Pierre de Biois (1), est comme une arche d'alliance, qui renferme la manne et la verge, la manne, symbole de douceur, la verge, symbole d'une juste sévérité. Il se rendrait coupable d'une véritable injustice, en refusant d'absoudre une personne animée des sentiments d'une sincère contrition ; et, d'un autre côté, ce serait de sa part une criminelle indulgence, s'il donnait indistinctement l'absolution à toute sorte de pénitents ; il profanerait le sang de Jésus-Christ, par l'application qu'il en ferait à un sujet indigne ; et il courrait grand risque d'entendre, au grand jour des vengeances, la voix de ce sang, portant contre lui une plainte bien plus terrible que ne le fut autrefois celle du sang d'Abel contre Caïn.
(1) Tract, de Satisfact.
Une trop grande facilité à absoudre flatte les pécheurs, au lieu de ies guérir, et nourrit leurs crimes, au lieu de les arrêter. C'est, à ces prêtres prévaricateurs, qui trahissent la sainteté de leur ministère, que s'adressent ces terribles paroles de l'Écriture : « Malheur à vols, ministres trop iudulgents, qui placez des coussinets sous les coudes, et des oreillers sous la tête des pécheurs, et qui perdes ainsi leurs âmes (1). » C'est donc avec la plus grande circonspection que tout confesseur doit tenir sur la tête de ses pénitents la balance divine 5.
Outre mille circonstances particulières, qui peuvent influer sur le jugement du confesseur et qu'il est impossible d'énumérer, il est cinq cas principaux, dans lesquels il est nécessaire de refuser ou de différer l'absolution. Ces cas sont clairement spécifiés dans les instructions de saint Charles Borromée, et dans le Rituel Romain. Nous allons les parcourir.
1° L'ignorance des principaux mystères de la Foi et des devoirs essentiels de la religion. Tout fidèle est obligé de connaître les mystères de la Trinité, de lTncarnatiom de la Rédemption, les principales obligations de la morale chrétienne, ce qui a rapport aux sacrements qu'il se propose de recevoir, et les devoirs de son état. Tout homme, qui n'est pas suffisamment instruit, ne peut être absous, jusqu'à ce qu'il soit sorti de son ignorance.
2° L'injuste détention du bien d} autrui. Quand on s'est rendu coupable de quelque injustice, on ne peut être admis à la participation des sacrements, qu'autant qu'on est fermement résolu à la réparer, a Le péché n'est point remis, si on ne restitue ce qu'on a pris, » a dit saint Augustin (2). Et en un autre endroit, il ajoute : « Ne pas rendre, lorsqu'on le peut, une chose dont on n'a pas la légitime
(r Vae qui consuunt pulvillos sub omni cubito manus, etfaciunt flervicalia sub capite universae aetatis, ad capiendas animas. Exwh.,
nu, 18.
(2) Non remittltur peccptum nisi restituatur abiatum.
propriété, ce n'est pas faire vraiment pénitence; c'est n'avoir qu'un simulacre de pénitence (i). » Ainsi tous ceux qui se sont rendus coupables de fraudes, d'usures de larcins; tous ceux qui, par des calomnies ou des médisances, ont nui à la réputation de leur prochain, doivent, autant qu'ils le peuvent, réparer le tort qu'ils ont causé, et même ordinairement avant de recevoir le bienfait de l'absolution. Le confesseur doit les engager à imiter Zachée, qui ne dit pas : a Je rendrai; » mais : « Je rends (2). » En effet, différer de restituer, quand on peut le faire, c'est désobéir à la loi de Dieu, qui défend de retenir le bien d'autrui ; c'est causer un nouveau dommage au prochain, en le privant d'une chose qui lui appartient; c'est montrer enfin qu'on n'a pus un vrai désir de restituer, car un désir sincère se produit au dehors par des œuvres.
3° Les haines et les inimitiés. Comment pourrions-nous obtenir le pardon de Dieu, si nous refusions de pardonner à nos frères? Jésus- Christ nous avertit expressément qu'il usera envers nous de la même mesure, dont nous aurons usé envers les autres. Ce divin Sauveur nous ordonne d'aimer même nos ennemis; et si, au moment de présenter notre offrande à l'autel, nous venons à nous souvenir que quelqu'un nous veut du mal, il nous commande de laisser là notre offrande, pour aller nous réconcilier avec notre prochain. A plus forte raison, si nous voulons recevoir le sacrement de la réconciliation, devons-nous commencer par nous réconcilier avec ceux à qui nous avons donné quelque sujet de plainte, et faire, à cet effet, toutes les démarches nécessaires, selon les règles de la prudence chrétienne. Une absolution, reçue avec un sentiment de haine ou de vengeance dans le cœur, ne serait pas une absolution, mais un sacrilège.
4* L'occasion prochaine. Y demeurer volontairement,
(1) Sires aliéna propter quam peccatum est, reddi potest el non redditur, nonagitur pœnitentia, sedfingitur.D. j4ugr., epist.54,a<JJ/uced.
(2) Reddo quadruplum. Luc, xix, 8.
c'est n'avoir aucun regret du péché. En effet, selon la remarque de saint Thomas, celui qui veut la cause qui le fait pécher, veut aussi le péché qui en est l'effet. Ainsi, vous savez par une funeste expérience qu'en allant avec telle personne, en tel lieu, en vous livrant à tel exercice, vous exposez votre fragilité; et cependant vous ne voulez pas fuir cette occasion, qui vous a été si funeste ; il est clair que vous ne détestez pas suffisamment votre péché, puisque vous vous exposez au danger d'y retomber, et par conséquent vous êtes indigne d'absolution. D'après ce principe, on ne doit pas absoudre ceux qui fréquentent les mauvaises compagnies, qui vont à des assemblées suspectes, qui hantent les cabarets où ils ont coutume de s'enivrer, de jurer, de blasphémer, qui gardent chez eux des personnes dangereuses, des portraits lascifs, de mauvais livres. Toutes ces personnes-là, si elles veulent rentrer en grâce avec Dieu, doivent de toute nécessité s'éloigner de ces occasions, si douces, si agréables qu'elles leur paraissent, car le salut doit passer avant tout.
5Q La mauvaise habitude. Quand on a le malheur d'être sujet à une habitude criminelle, comme, par exemple, à l'ivrognerie, à l'impureté, au parjure, au blasphème, etc., il faut s'appliquer à rompre le cours de ses iniquités ; et l'on n'est digne d'absolution, qu'autant qu'on déteste sin cèrement ses péchés et qu'on travaille efficacement à s'en corriger. Cependant, d'après le sentiment commun des théologiens, on peut absoudre un simple habitudinaîre pour une première fois, lorsqu'il donne de vrais signes de repentir et de ferme propos, car ce n'est point l'amendement futur, mais la douleur actuelle, avec le propos d'é viter le péché, qui est la disposition nécessaire pour la réconciliation. Toutefois, il est plus prudent de différer l'absolution à ceux qui se sont rendus coupables de quelques grandes fautes, ou qui ont passé plusieurs années sans s'approcher du tribunal de la Pénitence ; il est bon de les éprouver pendant quelque temps, à moins qu'on n'ait lieu
de craindre de les jeter dans le découragement, ou qu'ils ne puissent que difficilement retourner au même confesseur. Dans ces deux cas, au lieu de rebuter ces âmes qui reviennent à Dieu, il vaut mieux user à leur égard de la plus grande condescendance.
Quant aux rècidifs, c'est-à-dire aux habitudinaires, qui, après avoir été avertis par le confesseur, sont retombés dans les mômes péchés, on doit leur différer l'absolution, jusqu'à ce qu'on trouve en eux des marques d'un véritable repentir. La facilité avec laquelle ils retombent est une présomption qu'ils ne sont pas sincèrement pénitents. Ce n'est point faire pénitence, dit saint Isidore de Séville, mais se moquer de Dieu, que de faire encore ce dont on se repent (i). On doit donc attendre, pour les admettre au bienfait de la réconciliation, qu'ils donnent des signes extraordinaires de contrition.
Les signes ordinaires de contrition sont :
1° La Confession libre, spontanée, que le pénitent fait de ses péchés.
2° La déclaration, que ce pénitent fait à son confesseur, qu'il se repent de ses fautes et qu'il se propose de les éviter à l'avenir.
3° L'acceptation pleine et entière de la pénitence qui lui est imposée, et des moyens qu'on lui prescrit contre la rechute.
Voici maintenant les principaux signes extraordinaires
de contrition :
1° Une douleur plus vive, que le pénitent manifeste par ses larmes, ses soupirs, ou des paroles qui partent du cœur.
2° La diminution du nombre des chutes, car on ne peut se débarrasser tout d'un coup d'une habitude invétérée; et les efforts qu'a faits le pénitent, prouvent qu'il y a espoir d'un amendement plus parfait.
(1) Irrisor est, non pœnitens, qui adhuc agit quod pœnitet. D. Jsidor De summo bono, c. xvi.
272 NELWÈME LEÇON.
3o Une plus forte résistance aux tentations.
4° Les bonnes œuvres que le pénitent a faites pour se disposer à l'absolution, comme s'il s'est imposé de luimême des jeûnes, des prières, des aumônes, qui n'étaient point d'obligation.
5° Les obstacles qu'il a surmontés pour se confesser, comme s'il a été obligé de faire un long voyage, de s'exposer à la perte d'un profit considérable, de vaincre le respect humain, qui a une si grande puissance sur tant de cœurs faibles et pusillanimes.
6e Une impression particulière de la grâce, comme il arrive à l'époque d'une mission, d'une retraite, ou à la suite d'une prédication, qui a profondément touché le cœur.
7° L'accusation des péchés, que la honte avait fait cacher dans les confessions précédentes.
8° Une crainte plus forte des jugements de Dieu, comme il arrive à l'occasion de la mort d'un pécheur, ou à l'approche de quelque fléau, de la peste, du choléra, d'une épidémie, dont on est menacé.
C'est au confesseur à apprécier, dans chaque cas particulier, la valeur de ces signes.
Que les pénitents qui veulent sincèrement revenir à Dieu, ne se fâchent pas de ces sages délais, auxquels les assujettit quelquefois la prudence d'un confesseur. Il vaut mieux pour eux guérir lentement, mais d'une manière solide, que de n'avoir qu'une apparence de guérison, qui serait bientôt suivie d'une cruelle rechute. Une lâche complaisance de la part d'un confesseur, pour des pénitents indignes d'absolution, serait une véritable cruauté, 3t on devrait regarder cet inique dispensateur des mystères divins comme un médecin mercenaire, qui, pour flatter le malade, pallie le mal, sans oser administrer un remède énergique, seul capable de guérir radicalement. C'est à ces faux prophètes que le Seigneur adresse ces reproches accablants : a Ils veulent guérir les meurtrissures de la
fille de mon peuple, en la couvrant d'igr>ominie ; ils disent : Paix, paix, et il n'y a point de paix (1). d
Du reste, un confesseur ne doit jamais décourager son pénitent; mais, tempérant la sévérité de la discipline par des paroles pleines de tendresse et un amour vraiment paternel, i) lui témoignera le regret qu'il éprouve de ne pouvoir l'absoudre présentement ; il lui fera comprendre que c'est le bien de son âme, qui ne lui permet pas d'agir autrement, et il l'engagera, avec l'onction de la bonté la plus touchante, à revenir au plus tôt, afin qu'après avoir accompli fidèlement les pratiques salutaires qui lui auront été prescrites, il puisse recevoir le sacrement de ia réconciliation.
TRAITS HISTORIQUES
I. Un célèbre abbé des déserts, nommé Pémen, disait que rien ne réjouit tant le démon que de voir que nous ne voulons pas déclarer à un sage directeur le secret de nos pensées. L'historien Daniel, qui a écrit la vie de saint Jean Climaque, rapporte qu'un solitaire, nommé Isaac, qui se trouvait accablé par le démon sous le poids insupportable des tentations de la chair, jusqu'au point d'être dans une entière consternation et quelquefois au désespoir, vint un jour voir ce saint abbé, qui était un illustre directeur des âmes; il lui fît entendre, par des paroles mêlées de larmes et de sanglots, cette guerre domestique, qui se passait en lui-même. Ce saint père, cet excellent médecin des plaies les plus cachées de l'âme, après avoir admiré sa foi et son humilité, lui dit : « Mon frère, mettons-nous ious deux en prière ; car Dieu, qui est tout bon et tout miséricordieux, ne nous rejettera pas. » lis avaient encore le visage prosterné contre terre et leur prière n'était pas achevée, que le Seigneur l'exauça entièrement. Le serpent infernal fut vaincu par celte supplication si puissante et si efficace. Le solitaire, se voyant sans trouble et dans un grand calme d'esprit, ne pouvait assez admirer cette merveille : il en rendit grâces au souverain maître, qui avait ainsi glorifié son serviteur, et au serviteur qui avait reçu cette gloire de son maître. Ainsi, quand vous serez en butte aux tenta-
(1) Curabant contritionem fîli* populi mei cum ignominiâ dicen« tes: Pax, pax, et non erat pax. Jerem., vi, 14.
J74 KEOVIÈME LEÇON.
tions honteuses de la chair, ne rougissez pas de les déclarer à votre guide spirituel; il vous aidera à les surmonter.
Vie de saint Climaque, c. x.
2. Saint Jean Climaque, qui vivait dans le sixième siècle, rapporte qu'étant allé un jour dans le monastère d'un excellent supérieur, il lui entendit prononcer une sentence terrible. Un homme, qui jusqu'alors avait fait profession de voler, y vint, dit-il, dans le même temps que j'y étais, pour embrasser la vie religieuse. Ce sage conducteur des âmes lui commanda de demeurer en repos pendant gept jours, après lesquels il lui fit déclarer tous les péchés qu'il avait commis dans le monde. Celui-ci les lui confessa fort sincèrement. Le supérieur lui dit ensuite, pour l'épruuver : c Je désire que vous les déclariez en présence de tous les frères du monastère. > Cet homme, qui était touché d'un véritable repentir de ses fautes et qui en avait tant de douleur qu'il ne craignait point d'en recevoir toute sorte de confusion et de honte, répondit qu'il était prêt à les confesser, non-seulement devant les frères, mais même, s'il le voulait, au milieu de la ville d'Àlexand-ie. Alon le supérieur assembla tous les frèrrs, qui étaient au nombre de trois cent trente; et, comme c'était un dimanche, après l'évangile, il fit venir ce coupable déjà justifié. Il fut amené par des frères, qui le frappaient assez doucement ; il avait les mains attachées derrière le dos ; il était revêtu d'un cilice, et avait la tête couverte de cendres. Un tel spectacle, dont on ignorait la cause, toucha si fort les assistants, qu'ils se mirent à fondre en larmes. Le saint abbé, si zélé pour le salut de ceux qui étaient sous sa conduite, cria à haute voix à ce pénitent : « Demeurez là; vous n'êtes pas digne d'entrer ici. » Ces paroles le frappèrent d'une si grande crainte, qu'il tomba le visage par terre, lui ayant semblé, comme il l'assura depuis, entendre la voix non d'un homme, mais une voix de tonnerre. Cet admirable médecin des âmes, le voyant en cet état et tout trempé de ses larmes, lui dit de déclarer tous les péchés qu'il avait commis. Ce qu'il fit à la grande édification de tous ceux qui l'entendirent, mais disant en même temps des choses si effroyables, qu'il y avait de quoi frémir d'horreur. Après cette Confession, l'abbé lui fit couper les cheveux et le reçut au nombre des frères. Où trouver maintenant une pareille foi? Où trouver une pareille pénitence? Clim., grad. 4.
Saint Éloi, étant parvenu à un âge mûr, et voulant mettre sa conscience en repos, confessa tout ce qu'il avait fait depuis sa jeunesse, et s'imposa une sévère pénitence, se mortifiant par des travaux, des jeûnes et des veilles; et il se conservait dans la charité par la crainte continuelle des jugements de Dieu et par l'horreur du feu de l'enfer, qu'il se représentait souvent d'une manière si vive
DE LA C0NFESS50N. 2ÎS
que cette pensée servait à éteindre en lui les ardeurs de la concupiscence. Il passait la plus grande partie de la nuit en prières, gé missant et pleurant au pied d'un crucifix.
S. Oden, en sa vie, c. vu.
3. Dans nos pays civilisés, on se fait souvent un tourment de la Confession; et, dans les confrées nouvellement soumises au joug de la foi, on s'en fait, et avec raison, une joie et un bonheur.
Le l«r septembre 1817, Don Garcias V, roi de Congo, écrivit de sa propre main, au supérieur des missionnaires de Saint- Paul de Loanda. Dans sa lettre, où se trouve l'empreinte d'une vertu naïve, d'une piété sincère et tendre, il manifeste sa douleur causée par la privation des secours religieux. Les nobles, les princes, et lui spécialement, gémissent de ne pouvoir se confesser et recevoir les sacrements ; en conséquence, il conjure le supérieur des missions de venir ou de lui envoyer sans délai des pères spirituels, car il veut se confesser, et procurer à son peuple les avantages du ministère pastoral. Hist. des Confess. des rois, p. 253.
Au mois de novembre 1835, M. Guillois eut plusieurs entretiens avec feu Mgr Brute, de vénérable mémoire, évêque de Vincennes aux Étals-Unis; il y a dans son diocèse environ vingt-cinq mille sauvages, parmi lesquels les conversions ne sont pas rares, Il lui demandait quelle impression faisait sur ces sauvages le dogme de la Confession. — Ils en sont enchantés, répondit le prélat missionnaire ; ils s'y soumettent de bon cœur et avec joie ; il arrive assez souvent de voir des hommes se servir sans difficulté de femmes pour interprètes. Recherch. sur la Confess.
4. M. l'abbé Allemant, fondateur de l'œuvre de la Jeunesse à Marseille, mort en opinion de sainteté, le 10 avril 1836, pensait qu'il n'y a pas de moyen plus efficace que la Confession, pour former les enfants à la vie chrétienne. « Un jeune homme, qui veut mettre sa persévérance en sûreté, disait-il, doit se confesser, sans y manquer, tous les quinze jours. Trente-cinq années d'expérience m'ont appris que beaucoup de jeunes gens que j'ai dirigés, n'auraient pas persévéré, s'ils ne s'étaient confessés tous les huit jours. > Qu'on veuille bien considérer que celui qui pensait ainsi, a été sans contredit l'un des plus habiles et des plus expérimentés direcieurs de jeunes gens que ce siècle ait vus ! Combien, hélas ! de vertu? tendres et faibles périssent, dans les années si périlleuses de l'adolescence et de la jeunesse, et que le remède de la fréquente Confession eût sauvées l
Aussi, quoique le règlement de l'œuvre n'exigeât en rigueur que la Confession mensuelle, M. Allemant s'était tellement appliqué à inspirer l'amour de ce sacrement à ces jeunes gens, qu'il les enlen*
dait presque tous, tous les huit ou quinze jours. Il y en avait même beaucoup qu'il confessait deux fois par semaine. Mais, ce qui est plus fort encore, c'est que, lorsqu'un jeune homme se trouvait exposé à quelque tentation violente ou à quelque occasion délicate, qui mettait sa vertu en grand péril, M. Alternant l'engageait, s'il le trouvait docilfc, à se confesser tous les jours, jusqu'à ce que le danger fût passé. C'est ce qui s'appelle mener les âmes par la main aux saintes batailbs de la vertu. Homme admirable ! que de jeunes gens il a rendus invincibles contre tous les assauts de l'enfer, par ce seul bouclier de la fréquente Confession! Aussi, combien d'enfants qui, après s'être conservés chastes pendant plusieurs années, font ensuite de si tristes chutes, échapperaient à ce malheur, s'ils trouvaient toujours des confesseurs comme M. Allemant, qui sussent les maintenir fortement dans la pratique de la Confession très-fréquente.
Un autre moyen, que M. Allemant estimait à peu près indispensable pour assurer la persévérance des jeunes gens, c'était une certaine mesure d'exercices de piété chaque jour. Il ne croyait pas qu'une courte prière du matin et du soir pût suffire pour soutenir cet âge fragile, au milieu des dangers du monde et des passions. Aussi conseillait-il à tous ceux qu'il dirigeait, de faire chaque matin un peu de méditation et de lire quelques pages d'un bon livre dans la soirée. Il désirait ausd qu'on visitât le saint sacrement, et qu'on récitât au moins quelques dizaines du chapelet en son particulier, quand on ne pouvait assister à celui de l'œuvre. Ces exercices, il n'attendait pas qu'on fût bien avancé en âge, pour les proposer. Il y engageait les enfant3 aussitôt après leur première Communion, en leur donnant pour cela des livres, avec on petit règlement de vie imprimé : « Mon enfant, maintenant que vous êtes grand, vous ferez un quart d'heure de méditation, tous les matins, en bonnet de nuit. Voilà un livie qui en contient trente, une pour chaque jour du mois ; quand vous aurez fini, vous recommencerai. » Le saint nomme insistait beaucoup sur la circonstance du bonnet de nuit, disant qu'une grâce toute particulière y était attachée. Il avait raison : Oraison différée, oraison manquée.
S. Les peuples schismatiques, n'ayant pas en eux cette sève de vie, qui ne se puise qu'au tronc de la véritable Église, tombent souvent dans ie plos honteux avilissement, et ne rougissent pas de faire un indigne abus des choses les plus saintes. Toute la Grèce est remplie de moines, dont presque aucun ne sait lire, mais qui tous connaissent jusqu'où peut aller l'empire de la religion sur des âmes superstitieuses. Ils ont assujetti la foule crédule de leurs compatriotes, qu'ils gouvernent à leur gré; et, souvent complices de leurs crimes, ils en partagent, ils en absorbent le profit. Il n'y a point de
pirates qui n'aient avec eux un caloyer ou un papas, pour les an soudre du crime, à l'instant même où ils le commettent. Toujours cruels, parce qu'ils sont lâches, ces misérables ne manquent jamais de massacrer l'équipage des bâtiments qu'ils surprennent, et, après les avoir pillés, ils les coulent à fond, pour soustraire tout indice de leurs attentats; mais aussitôt, prosternés aux pieds du ministre, quelques mots les réconcilient avec la Divinité, calment leur conscience, et les encouragent à de nouveaux crimes, en leur offrant une ressource assurée contre de nouveaux remords. Ces absolutions sont taxées ; chaque prêtre a un tarif des péchés qu'il doit remettre. Us font plus : ils vont au-devant des alarmes que le crime pourrait inspirer à d'autres scélérats, qui, mêlant la faiblesse à la férocité, craindraient de périr immédiatement après leurs forfaits, et avant que de s'en être fait absoudre ; ils les rassurent, ils les excitent, en leur vendant d'avance le pardon des atrocités qu'ils méditent. On voit ces monstres revenus au port, chargés du fruit de leurs brigandages, mettre à part, prélever la portion du prêtre, qui, en échange, leur donne au nom de Dieu, le droit de courir à de nouvelles rapines ; et, ainsi munis de passe-ports pour le ciel, approvisionnés d'absolutions anticipées pour les vols, les adultères, les assassinats, qu'ils espèrent multiplier pendant leur course, ils se remettent en mer, avec la sécurité d'une conscience tranquille, et peut-être invoquent-ils le Ciel même, pour le succès de. leur expédition. Voyage Pittoresque, par le comte de Choiseul-Gouffier. Quo d'efforts ne fait-on pas pour régénérer la Grèce! Ah ! qu'elle revienne aux saintes traditions de la foi, qu'elle revienne à la purt croyance de ses Basile et de ses Chrysostome, et de beaux jours pourront encore luire pour eli*.