PIÉTÉ ADMIRABLE DE TROIS ENFANS ENVERS LEUR MËRE
On ne saurait assez louer la piété admirable de trois firères Japonais à l'égard de leur mère. Ces trois frères, qui étaient dans l'indigence, travaillaient jour et nuit pour nourrir et soulager leur pauvre mère; mais comme, malgré leur travail assidu , ils ne ga-
gnaient pas assez pour subvenir h tout , ils prirent entr'eux une résolution bien étrange : On avait publié dans le .'apon , de la part de l'Empereur, que celui qui pourrait saisir un voleur et le rneltre entre les mains de la justice toucherait une grosse- somme d'argent pour récompense. Ils convinrent entr'eux qu'un d'eux passerait pour le voleur, et que les autres le mèneraient lié au magistrat , pour recevoir la somme pi omise. Ils tirèrent au sort qui serait la victime de la charité maternelle; le sort t( mba sur le plus jeune qui se laissa lier et mener au juge, devant lequel il avoua qu'il était voleur. Aussitôt il fut mis en prison, et les d^ux frères touchèrent la somme promise.
Avant de partir, ils voulurent encore voir le voleur, c était pour pren Ire en secret congé de leur fière : ils s'embrassèrent tendrement par trois fois, et versèrent beaucoup de larmes in se séparant. Le juge qui, par hasard, était eu un lieu d'oii il pouvait voir ce qui se passait, ne pouvant comprendre comment un criminel témoignait tant d amitié à ceux qui 1 avaient mis entre les mains de la justice , fil surseoir à l'exécution, et ordonna à un de ses sergens de suivre ces jeunes hommes, et de remarquer le lieu oii se retireraient. Lorsqu'ils furent arrivés à la maison , ils racontèrent à leur mère ce qii s'était passé. La pauvre mère, entendant dire que son filb était prisonnier, se mit à pleurer et à jeter dei cris lamentables, disant qu'elle était résolue demouiirde faim plutôt que de vivre aux dépens de la vie de son fils. « Allez , leur dit-elle, enfans trop cliaritabies, mais frères dénaturés, remportez l'argent que vou> avez reçu, et ramenez-moi mon fils, i^'ii est encore en \ie; s'il est mort, ne songe/ plus ù me nourrir , mais à me préparer un cercueil , car je ne veux plus \ivre après lui. a
L'homme qui les avait suivis par l'ordre du juge, entendant ce discours, courut aussitôt à son maître et
.^— . 204 - — lui raconta tout. Le juge fait venir lo prisonnier; il l'interroge, le menace et l'oblige de lui dire ce qui s'était passé. L'enfant ayant tout déclaré, le juge étonné va en faire le rapport à l'Empereur, qui fut si touché de cette action héroïque, qu'il voulut voir les trois frères. Lorsqu'ils furent en sa présence, il les loua de leur piété , et assigna au plus jeune , qui s'était dévoué \ la mort , quinze cents écus de rente , et cinq cents à chacun de ses frères.
C'est ainsi que la Providence divine veille toujours sur la conduite des hommes ^ et que la piété des enfans envers leurs parens est souvent comblée , dès cette vie, de grâces et de bénédictions temporelles.
• BUtoirë du Japon , livre XIII.