HISTOIRE RAPPORTÉE PAR SAINT-A.UGUST4II
Dix enfans, assez distingués par leur naissance, dont sept étaient garçons et trois filles, vivaient à Ce-
tarée de Cappadoce, leur patrie, avec leur mère qui était veuve , lorsqu'il arriva que l'aîné des frères accabla d'injures atroces celle qui lui avait donné le jour, et alla menje jusqu'à porter la main sur elle et la frappa. Tous les autres enfans, qui e'taient alors présens, souffrirent que leur frère traitât ainsi leur mère, au lieu de le reprendre et de l'arrêter. Cette femme , outre'e des mauvais traitemens qu'on lui faisait éprouver, alla, dès le grand matin , aux fonts baptismaux , où, prosternée contre terre , elle pria Dieu que ces enians fussent un exemple de terreur à toute la terre, et qu'ils la parcourussent errans et vagabonds , éloignés de h'ur patrie.
Ausssitôt cette mère fut exaurée, et tous ces enfans furent punis de Dieu par un tremblement horrible de tous leurs membres ; en sorte qu'ayant honte de paraître en cet état effroyable , en présence de leurs compatriotes , ils parcoururent, chacun différent pays dans presque tout l'empire Romain. Deux de ces enfans, dit saint Augustin, sont venus à Hyppone où nous étions; l'un s'appelait Paul, et l'autre, qui était sa sœur, se nommait Pallade. Ils vinrent en cette ville environ quinze jours avant Pâques, et ils allaient tous les jours à l'église où ils priaient devant la chapelle de saint Etienne, afin qu'il plût à Dieu de leur faire miséricorde et de les rétablir en leur premier état.
Le jour de Pâques, le peuple étant assemblé en foule dans l'église, comme le jeune homme faisait sa prière , il tomba tout-à-coup à terre comme s'il eût été t'ndormi , sans trembler néanmoins de la manière qu'il le faisait ordinairement pendant le tems même de son sommeil. Tous ceux qui étaient présens en furent surpris. Ils le furent bien davantage lorsque le jeune homm**, venant à se relever, son tremblement le quitta tout à-fait, el il se trouva parfaitement guéri. A la vue de ce miracle, tout le peuple fit retentir j'é-
glise de louanges et d'actions de grâces qu'il rendait à Dieu. Ce jeune homme dîna avec nous , dit saint Augustin, et nous raconta exactement toute son histoire , et comment Dieu l'avait puni avec ses frères et ses sœurs pour avoir manqué à ce qu'ils devaient à leur mère. Le mardi de Pâques, continue le saint docleur, je fis monter le frère et la sœur à la tribune, afin que tout le peuple vît l'un et l'autre pendant qu'on lisait le mémoire de leur aventure. Tout le monde fut témoin que le frère était debout sans éprouver aucun tremblement , et que la sœur tremblait de tous ses membres. Mais elle ne fut pas plutôt desrendue, qu'elle alla prier devant la chapelle de saint Etienne, premier Martyr. Elle tomba subitement, comme son frère, dans une espèce de sommeil, et se releva comme lui parfaitement guérie. Toute l'église retentit sur-le champ des cris de joie et d'admiration ; on fit remonter cette fille à la tribune, et tous ne cessèrent de louer Dieu de ce qu'il l'avait rétablie dans le miême état que son frère.
Saint Augustin fit, h l'occasion de ce fait mémorable, une instruction pastorale à son peuple. Que les enfans, dit il, apprennent par cet exemple à rendre à leurs pères et mères 1 honneur et le respect qui leur est dû, et que les pères et mèresappréhendent de se mettre en colère, parce qu'il est écrit « que la bénédiction du père affermit la maison des enfans, et que la malédiction de la mère la détruit jusqu'aux fondemens. »