‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 123 sur 252 · EFFETS DES BONNES LECTURES · texte numérisé non relu

EFFETS DES BONNES LECTURES

En quelque position qu'on se trouve, on ne lit jamais sans fruit l'Imitation de Jésus-Christ. M. de la Harpe en est un exemple frappant; écoutons-le parler lui-même :

« J'étais dans ma prison, seul, dans une petite chambre , et profondément triste. Depuis quelques jours j'avais lu les Psaumes, l'Evangile et quelques bons livres. Leur effet avait été rapide, quoique gradué. Déjà j'étais rendu à la foi : je voyais une lumière nouvelle ; mais elle m'épouvantait et me consternait , en me montrant un abîme, celui de quarante année d'égarement. Je voyais tout le mal, et aucun remède. Rien autour de moi qui m'offrît le secours de la religion. D'un autre côté, ma vie était devant mes yeux, telle que je la voyais au flambeau de la vérité céleste : et de l'autre, la mort , la mort que j'attendais tous les jours , telle qu'on la recevait alors. Le prêtre ne paraissait plus sur l'échafaud pour consoler celui

qui allait mourir; il n'y montait plus que pour mourir lui-même. Plein de ces ide'es de'îolantes, mon cœur était abattu, et s'adressait tout bas à Dieu que je venais de retrouver, et qu'à peine connaissais- je encore. Je lui disais: Que dois- je faire, que vais-je devenir? J'avais sur une table V Imitation , et l'on m'avait dit que dans cet excellent livre je trouverais souvent la re'ponse à mes pensées. Je l'ouvre au hasard, et je tombe en l'ouvrant sur ces paroles : Me ooicl , mon fils ; je (>icns à vous , parce (jue vous m avez invoqué. Je n'en lus pas davantage : l'impression subite que j'éprouvai est au-dessus de toute expression , et il ne m'est pas plus possible de la rendre que de l'oublier. Je tombai , la face contre teire, baigne' de larmes, étouffé de sanglots, jetant des cris et des paroles entrecoupées. Je sentais mon cœur soulagé et dilaté, mais en même tems, comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule d'idées et desentimens, je pleurai assez long-tems, sans qu'il me reste, d'ailleurs, d'autre souvenir de cette situation, si ce n'est que c'est sans aucune comparaison ce que mon cœur a jamais senti de plus violent et de plus délicieux ; et que ces mots : me voici , mon fils , ne cessaient de retentir dans mon âme, et d'en ébranler puissamment toutes les facultés. »»

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