LE MARÉCHAL BE CATINAT
La conduite que tint le maréchal de Catinat, lorsqu'il combattait en Italie contre le prince Eugène, est bien capable de faire rougir et de confondre un grand nombre de chrétiens. On vii ce grand capitaine, à la tête de ses officiers, aller demander à l'Évêque de Casai la permission d'être dispensés des abstinences légales, dont l'observation est si difficile pour des hommes qui n'ont pas le choix des alimens. Cet acte de soumission à l'église excita l'admiration générale.
Suilt de' la Utralt *n Jciitn.
l'enfant fidèle AUX DEVOIRS DE LA RELIGION.
Dans une grande ville de France , un enfant appartenant à un père et à une mère étrangers à toute pratique de religion , se disposait à s'approcher pour la première fois de la table sainte; c'était l'usage dans cette maison de manger gras tous les jours, sans aucune distinction. L'enfant, étant allé à confesse, s'accusa de cette faute , et son directenr lui donna làdessus les règles qu'il avait à suivre pour l'avenir. Le jeune enfant promit de les mettre en pratique. L'occasion ne tarda pas à se présenter; le vendredi suivant, la table, comme de coutume, était servie en gras; on lui en présente, il refuse modestement ; et , sur la demande que lui fait son père du motif de son
refus, il lui allègue la défense de l'e'glise , et manifeste en même tems le désir de s'en tenir, pour son repas, à un simple morceau de pain. Mais ce père impie, irrité de la résistance de son fils le condamne brutalement à se retirer jusqu'au lendemain , dans une chambre indiquée , sans lui permettre de prendre môme le morceau de pain dont il se serait contenté. L'obéissance suit de près celte brusque sentence, sans qu'on entendît le moindre murmure , ni qu'on vît aucune apparence d'humeur. Néanmoins la mère , quoique aussi impie que son mari, se sentit émue de compassion, et voulut en secret porter à son fils, dans l'après-midi, quelq'ie chose à manger, tout en lui reprochant son opposition aux vues de son père et aux siennes. Quelle fut sa surprise d'entendre ce cher enfant lui répondre avec un calme parfait : " Si mon papa m'avait commandé quelque chose que ie pusse faire , je l'eusse fait aussitôt ; ce n'est point par obstination que j'ai opposé un refus à ses volontés; il m'a ordonné de venir ici, et d'y rester jusqu'à demain, sans prendre aucune nourriture; je puis en cela lui obéir, sans blesser ma conscience; trouvez bon, par conséquent , que je n'accepte poir>l ce que vous voulez bien m'apporter. » La mère interdite, en lui entendant exprimer des sentimens si au-dessus des siens, sortit aussitôt pourdonner un libre cours à ses larmes , qu'elle ne pouvait plus retenir, et alla rapporter à son mari cette réponse qui l'avait vivement frappée. Le père en fut lui- même dans l'admiration, et, versant tous deux des larmes d'attendrissement ils convinrent que leur fils était plus raisonnable et valait mieux qu'eux. Ils allèrent en conséquence le trouver. Le père l'embrasse tendrement, et, se condamnant lui-même pour l'injuste dureté avec laquelle il lavait traité, lui demanda qui avait pu lui donner ces sages conseils. Apprenant que c'était son confesseur, il cou-
rut lui témoigner sa reconnaissance des soins qu'il avait prodigués à son fils, le pria d'entendre sa confession , et se convertit, ainsi que son épouse. Heureux enfant, d'avoir pu faire ouvrir les yeux à ses parens, et les ramener ainsi de leurs égaremens!
MAB6DET , Euai lur Ut toit it fAiitinaim,
AUTRE EXEMPLE , EXTRAIT d'uNE LETTRE DE M. LE CURÉ DE***
Au commencement du carême dernier ( 1824), une femme vint toute éplorée demander à me parler. Elle est introduite: d'abord, elle reste immobile et ne prolère aucune parole. Je l'invite à s'asseoir; elle paraît ne pas m'entendre ; j insiste : elle ne me répond que par ses larmes. Qu'aNez-vous donc, lui dis-je? y a-t-il quelques maladfs chez vousir elle hésite; enfin elle laisse échapper ces mots entrecoupés de sanglots : « Monsieur, vous avez au nombre de » vos pénitentes une jenne personne de quatorze » ans, nommée Adèle N. c'est ma fille : que je suis » malheureuse ! depuis six eu sept mois, son père et
» moi, nous sommes ses bourreaux >• Ici cette
femme s'arrête , ne pouvant achever. Elle s'a'Jsied paraissant oppressée par la douleur et le repentir. S'éiant un peu remise, elle continue ainsi : « Depuis « ce tems , il ne s'est passé presque aucun vendredi et » samedi que nous n'ayons laissé cette pauvre enfant » couverte de meurtrissures ; parce qu'elle ne voulait » pas manger (le la viande ces jours-là. Souvent •> même son père l'a attachée au pied de notre lit, » lui donnant de l'ouvrage, et ne laissant à côté » d'elle , pour toute nourriture , que du pain et de la » viande; c'est ce qu'il a fait ce malin même, et nous » sommes sortis de la maison. Je viens d'y rentrer ; M je l'ai trouvée triste et abattue; j'ai eu un peu pitié
r> d'elle, je ne sais ce que je lui ai dit : elle ma dit » qu'^elle souffrait, qu'elle était malade; et aussitôt » elle s'est mise à genoux tn me disant : je sais qu'on w doit obe'ir à Dieu plutôt qu'aux hommes ; jamais » je ne pourrai me résoudre à faire ce que vous exi- » gez de moi ; cependant je crains de faire mal en •• vous résistant si long tems ; ma chère mère, je » vous demande donc pardon: je ne puis rien vous » promettre, ni rien faire de plus , sinon que je de- * mande à Dieu qu'il vous fasse connaître le péché » que vous commettez en mangeant ainsi de la » viande vous-même , et que vous en fassiez péni- » tence. Ma mère, je vous en prie, allez \ous con- » fesser et vous verrez.... Elle allait continuer, mais » je me suis jetée à son cou , et, la serrant dans mes » bras, je lui ai prorais de suivre ses conseils. Je viens » donc vous demander à quelle heure je vous trouve- » rai à l'église. Mon enfant est encore attachée, je » voulais la délier, mais elle m'a dit que c'était à son *> père qui l'avait attachée de la délier s'il le voulait, »> Ainsi me parla cette femme. T'admirai le courage de l'enfant, et je regardai le changement de sa mère comme la récompense que Dieu accordait à sa persévérance vraiment héroïque. .J'ai appris depuis qu'il s'était pasié une scène a peu près semblable le soir, lorsque le père rentra. Il vint aussi se confesser, à l'exemple de sa femme. Peu de tems après je demandai à leur fille pourquoi elle ne m'avait jamais parlé des mauvais traitemens qu'on lui avait fait essuyer. Elle me répondit qu'elle ne voulait dire aucun mal de ses parens. f^ette réponse augmenta mon admiration, et je reconnus visiblement l'ouvrage de la grâce dans cette âme innocente et fidèle.
Baptkalion da CaUtk. 4* Vljtm^
AUTRE EXEMPLE
Dans la même ville ou aux environs, une mère de famille fut invite'e à dîner. Elle emmena avec elle sa fille âge'e de dix ans. C'e'lait un jour maigre, et la table fut servie en gras ; toutes les personnes présentes acceptèrent sans façon, mais la petite fille refusa , alléguant avec ingénuité la circonstance du jour. On insista pindanl tout le repas, nniais inutilement. Sa mère, assez lâche pour suivre l'exemple des autres, joignit ses instances à celles de tous les convives, et ne gagna rien sur son esprit. Cette résistance fit son effet sur la mère; qui commença à sentir les reproches de sa conscience, et en sortant de là : << Je suis bien affligée, ma bonne enfant, lui dit-elle en l'embrassant, de l'avoir excitée à celto transgression; tu as eu raison de ne pas céder aux soUicitaiions qu'on t'a adressées, et moi, j'ai eu tort de te donner ce scandale ; mais sois assurée que je ne t'engagerai plus à une pareille faute, et que moi-même , avec la grâce de Dieu, je ne m'en rendrai plus coupable de toute ma vie. »
PUîié^mméâge.
BEAUX 8ENTIMENS DE M. VÉKON DE FORBGNNAIS.
M. Véron de Forbonnais , inspecteur général des manufactures , etc. ( né au Mans en 1712 , et mort à Paris : le 20 septembre 1800) , étant venu passer quelque tems au sein de sa famille; un de ses parens, après l'avoir invité à dîner un vendredi^ lui dit en plaisantant .• Sans doute quune poularde ne vous fera pas peur ? — Monsieur^ répondit M. de Forbonnais, ye ne suts pas au dessus de la loi , et personne ne doit s^y mettre. On profita de la leçon, et le dîner fut servi en maigre.
W de B.