‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 166 sur 252 · TERRIBLES EFFETS DE L 'INTEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

TERRIBLES EFFETS DE L 'INTEMPÉRANCE

En faff de crimes , de désordres et d'excès , peutêtre n'tst-ilrien de si horrible et de si tragique que ce (jui arriva à un jeune homme en Afrique , du tems de saint Augustin. Ce jeune homme se nommait Cyrille; il était extrêmement adonné à la boisson , et passait une partie de sa vie dans les cabarets , avec des compagnons débauchés comme lui. Un jour qu'il s*était livré à tous les excès de lïntempérance et de sa passion , il retourna chez lui , et commença ses attentats par p{.ignarder une de ses sœurs. Aux cris qu'elle fit entendre , le père alarmé accourut , et ce nls, plus furieux encore , trempa ses mains dans le sang de celui qui lui avait donné la vie, et l'égorgea ; il poignarda encore une de ses autres sœurs, qui voulut prendre la défense de son père, et l'arracher des mains do ce fils indigne, ou plutôt de ce monstre exécrable.

Que de crimes, qued'horreurs dans un seul homme et dans un seul jour! Saint- Augustin fut bientôt informé de cet événement funeste , et quoiqu'il eût déjà prêché deux fois ce jour-là, il assembla sur-le-champ une troisième fois le peuple , et monta en chaire, les larmes aux youx et les soupirs dans le cœur , pour faire part à ses auditeurs des horreurs que venait de commettre ce fils indigne de jamais avoir vu la lumière. Au récit de ce qui venait d'arriver , toute l'assemblée poussa des cris et des gémissemens lamen« tables ; on ne pouvait comprendre qu'un homme eût

pu se porter à tant et à de tels attentats. On craignit que la vengeance et les foudres du ciel ne tombassent sur une ville qui avait produit un tel monstre. Saint- Augustin profita de l'pccasion pour montrer à quels excès peut conduire ^ne passion malheureuse. Ses larmes et ses sanglots en dirent plus que ses paroles et ses discours.

Rapporté parS.-AuguiUa.

l'ivrogne converti.

Dans un village situé pi es de Nîmes, il y avait un paysan nommé Jean, qui, dès sa jeunesse , s était tellement donné à l'ivrognerie, qu'il était presque continuellement ivre , et qu'il passait généralement pour le plus grand ivrogne qu'il y eût dans le pays. Le curé de la paroisse y ayant fait venir des missionnaires pour instruire ses ouailles, crut devoir leur faire connaître ce pécheur scandaleux , afin qu'on ne pût pas fes tromper. Cette sage précaution du pasteur parut d'abord inutile, car, non seulement le paysan ne se présenta à aucun des missionnaires , mais encore, pendant les trois premières semaines, il n'assista à aucun des exercices de la mission. Ce ne fut que deux jours avant qu'elle finît qu'il s'a^^isa d'aller entendre un sermon sur l'enfant prodigue qui fut prêché par M. Castel, l'un des missionnaires qui avait le plus de talent et de zèle. Ce discours écrit avec une noble simplicité , mais prononcé avec beaucoup de force et d'onction , fit la plus vive impression sur le nouvel auditeur. Il reconnut son portrait dans la peinture qu'on fit des désordres de l'enfant prodigue ; il vit, dans la bonté de son père, une image touchante de celle de Dieu, et animé tout à la fois par le repentir et par la confiance, il dit, à l'exemple du jeune prodigue de l'Évangile : « Je sortirai enfin de « la malheureuse habitude où je croupis depuis si

» long-tems, et j'irai me jeter au pieds de ce Dieu

• de miséricorde qu'on vient de me représenter

• comme le plus tendre des pères. » Sa résolution ne fut pas moins efficace qu'elle fut prompte: dès le lendernain,il alla trouver le même M, Castel dont il avait entendu le sermon, et, les yeux mouillés de larmes : t Vous voyez ici, lui dit-il en l'abordant, le ■ plus grand pécheur quil y ait sur la ferre. Vous » dîtes hier que la miséricorde de Dieu est encore » plus grande que tous nos péchés, et c'est pour en 1» attirer sur moi les salutaires effets que je viens vous » prier de vouloir bien entendre ma confession. Ah ! » ne me refusez pas, mon père, je vous en conjure : » vous me feriez tomber dans le désespoir ; je ne puis » plus soutenir le poids des remords , et je ne serai » tranquille que lorsque vous m'aurez réconcilié avec » le Dieu miséricordieux que j'ai tant offensé. » Le missionnaire fut d'autant plus surpris et toucha de ce discours, qu'il reconnut que celui qui le lui adressait était le fameux ivrogne dont on lui avait parlé. Il s'attendrit avec lui . il le serra affeclueusement dans ses bras, il lui montra les mêmes seniimens que le père de l'enfant prodigue avait témoignés à son fils , mais il lui représenta en même tems avec douceur qu'il s'était pre'senié trop tard, qu'il était presque à la veille de son départ , et qu'il craignait bien de n'ayoir pas le tems de lui accorder ce bienfait , qu'il désirerait avec tant d'ardeur. « Ah ' si cela est, répondit le paysan en sanglottant, c'en est fait de moi , je suis perdu ; mais peut-être quand vous me connaîtrez mieux, vous aurez pitié de moi. Faites-moi donc la grâce de m'entendre, ô mon père ! et que j'aie au moins la consolation de me confesser. » M. Castel se rendit à ses désirs, et le paysan fit la confession la plus détaillée et la plus exacte; mais il l'accompagna de tant de soupirs , de tant de marques sensibles d'un

vif repentir; il re'sista avec tant d'opiniâtreté au conseil prudent qu'on lui donnait de ne pas renoncer enentièrement au vin à cause de sa santé, mais d'en user plus rarement et plus sobrement ; il protesta si souvent et si fermement que jamais rien ne pourrait le réconcilier avec ce cruel ennemi qui avait donné la mort à son âme , et qu'il le haïrait toujours autant qu'il l'avait aimé, que le confesseur crut devoir passer, en cotte occasion , par-dessus les règles ordinaires , et accorder tout de suite l'absolution à un pénitent qui se montrait mieux disposé dès le premier abord, que ne l'étaient bien d'autres après de longues épreuves.

11 la lui accorda en effet , en lui recommandant » avec tout le zèle dont il était capable , de persévérer dans les bons sentimens que Dieu lui avait inspirés. Le paysan le lui promit , et l'on va voir qu'il fut fidèle à remplir sa promesse. Cinq ou six mois après la mission, une des sœurs de Jean fit un voyage à Nîmes, et ayant rencontré M. Castel , celui-ci fut curieux de savoir des nouvelles de son pénitent : > Vous venez sans doute, lui dit-il , de votre village , » et vous pouvez m'apprendrece qui s'y passe. Com- » ment se porte le brave Jean ! — Ah ! mon bon M. t Castel , lui répondit cette femme, nous vous avons » une bien grande obligation, vous en avez fait un » saint. Depuis que vous ave?, quitté notre pays, non

• seulement ses anciens amis n'ont pu l'entraîner au » cabaret, mais il ne nous a pas été possible à nous » même de lui faire avaler une seule goutte de vin.

• Il a été mon plus grand ennemi, dit-il, quand on lui » en paile; je lui ai juré une haine éternelle , je lui tietl- » drai parole , ne rnen parlez plus, » Le zélé mission* naire ne put entendre ces paroles sans verser des larmes de joiej et toutes les fois qu'il racontait ce trait

il avait coutume de dire qu'après une telle conversion on ne devait désespérer de celle d'aucun pécheur.

Exp. du Catick. iê Dijon»

LES HOMMES INTEMPÉRANTS ET L'eNFANT SOBRE.

Tandis que le jeune Cyrus était à la cour du roi Astyage, son grand-père, il fit un jour la fonction d'échanson , mais avant de verser à boire, il ne goûta point la liqueur qu'il servait , comme c'était l'usage. Astyagé s'en aperçut, et lui en demanda la raison. « Je craignais, dit Cyrus , que cette liqueur ne fût empoisonnée ; et voici ce qui me le faisait craindre ; J'ai remarqué l'autre jour , pendant le repas que vous donnâtes aux seigneurs de votre cour , que dès que vous en eûtes un peu bu , vous devîntes , tant vous que tous ces seigneurs, entièrement différens de ce que vous étiez. Vous ne faisiez pas difficulté de vous permettre ce que vous nous défendez , à nous qui ne sommes que des enfans. Vous criiez tous à la fois, et vous ne vous entendiez pasj vous chantiez de la manière la plus ridicule , et vous croyiez pKxirtant chanter le mieux du monde. Bien plus , lorsque vous vous êtes levés pour danser , non-seulement vous ne dansiez pas en mesure, mais vous ne pouviez pas même vous soutenir. En un mot, vous sembliez avoir oublié, vous, que vous étiez roi, et les convives qu'ils étaient vos sujets. — Dites-moi donc , mon fils , reprit alors Astyage, n'arrive-t-il pas la même chose à votre père i" — Jamais , répondit Cyrus ; mais quand il a bu , il cesse seulement d'avoir soif.. »

toun*. But. ^M.

LE JEtJNE THËODOSE.

Le jeune Thf?odose , qui était d'une illustre maison, soupirait toutes les fois qu'il voyait la table du son père charge'o de tant de mets si exquis et si délicats. A quoi bon, disait-il, cette abondance et reite superfluiié, puisqu'il faut si pou de chose pour la nourriture de l'homme ? 11 mangeait avec tant de circonspection , que son plus grand scrupule éiait d'avoir trop donné à la nature pendant le repas. Il disait ordinairement : que l'intempérance est la source d'un« infinité de péchés, au contraire, la tempérance est un moyen très-efficace pour se conserver dans la giâce de Dieu et pour s'exercer dans la pratique de toutes les vertus. En effet, il mourut comblé de mérites après avoir mené une vie plus angéliqur qu'humaine, dans le désert , sous la conduite de saint Pacôme.

Saint Jérêmt , vie de laint Pieime,

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