CONVERSION DE M. HENBI JOUVE
M. Henri Jouve, éiudiant endroit à Grenoble, marchait à grand pas, comme la plupart de ses condisciples, dans une route toute opposée à celle que lui avait tracée une éducation chrétienne ; lancé dans un monde corrompu , il en suivait ouvertement les principes et les exemples, lorsque le Seigm-ur, dont la sévérité se lasse plutôt que la miséricorde, se ressouvint de celui qui l'avait oublié ; et résolut de le ramener à lui. Voici comment s'accomplit ce miracle de la grAce.
M. Jouve avait une sœur, nommée Aloysia, religieu.«o au Sacré-Cœur de Grenoble. Que de pleurs il a coûté à cette tendre Aloysia .' que de fois il a résisté à ses conseils? que de fois il s'est moqué d'elle , de ses principes et a déchiré son cœur ?
Il apprend la mort de sa sœur, et n'y fait presque aucune attention ; cependant il se rend au Sacré- Cœur sans trop savoir pourquoi : ( la grâce le poussait déjà ) mais bien résolu de ne pas faire de scènes indignes de lui. 11 ne savait pas, en prenant ces résolutions,avec qui il voulait lutter; car à peine a-t-il mis
le pied sur le seuil de la maison , qu'il se sent frappa au cœur d'un coup qu'il ne peut définir ; il passe dans l'appartement où cette sœur, étendue sur un lit de mort, ressemblait à une personne endormie, ou priant avec piété'. A cette vue, il est frappe de nouveau, tombe à genoux près da ce lit et fond en larmes; il e'iait déchirant.
La supérieure attendrie lui donna l'anneau de sa sœur, qu il reçoit avec une vive reconnaissance. 11 va à l'église , étonné de ce qu'il vient d'éprouver, se proposant d'assister tranquillement et piirement par bienséance au service qu'on y va célébrer pour Aloysia. Mais à peine voit-il paraître dans le chœur son cercueil à découvert, qu'une nouvelle émoiion s'empare de lui et ses larmes ne tarissent plus. Il nasse la journée ainsi boulversé. Il retourne le lendemain au Sacré-^œur demander des cheveux de sa sœur , et parle d'elle. Enfin il y retourne un autre jour et témoigne le désir d'aller au tombeau de sa sœur. La supérieure lui accorde ce qu'il demande, à rondiiion qu'il fera une promesse qu'elle sait, dit elle , devoir satisfaire cette chère Aloysia: il est étonné. Il rerulf..., mais qu'elle promesse ..... On l'engage à y penser sérieusement.... Il se trouble... Il s'agite.... On lui conseille de se calmer, de se mettre à genoux Il résiste. On lui dit de céder à la grâce qui le presse, de mettre sous ses pieds le respect humain, de considérer qu'il n'est qu'en présence d'une religi<'use: elle se met elle-même à genoux dans un coin du salon. On laisse à penser la ferveur avec laquelle elle prie. . Il se promène.... Il va... Il vient.... Il se frappe le front... Enfin il s'écrie: O Aloysia, que me veux-tu .''... Tu me poursuis... Et après plus deux heures et demie de combat , il se précipite devant une image de Marie, et promet, promet beaucoup plus qu'on ne lui demandait. Il se relève et répète plus de dix fois :
Allons, allons; j'ai promis beaucoup, mais je ne m'en repends pas... Allons 1... 11 est tems d'aller ratifier ces promesses sur la tombe d'Aloysia.... On l'y conduit.... Il fond en larmes sur celle fosse , et au milieu do ses sanglots, il renouvelle ses promesses,
en s'écriant : Tu le veux Mais qu'a-t-il promis î
non-seulemPMt de s'approcher des sacremens de pénitence el d'eucharistie, mais de se consacrer à Dieu sans réserve... de se faire religieux.
O merveille de la grâce et des prières de sa sœur à laquelle la snpj^rieure conseilla, quelque jours avant sa mort , d'offrir ses souffrances pour la conversion d'un de ses pirens) Qui douterait qu'Aloysia n'ait eu en vue cet heureux frère!* Cette scène si touchante arriva le a5 janvier 1821 , jour de la conversion de saint Paul ; et depuis ce moment- la, le jeune homme est tout à Dieu. Il est entré au noviciat des Jésuites, oia il se distingue par sa piété et ses talens.
BêlatioH maniueriU dt la emcrrtiom ée U. /fut*. CONVERSION ET MORT DE M. MONET.
M. Monet , fougueux révolutionnaire et impie déclaré, fut fait prisonnier par les Vendéens, à la bataille à*' Chanlonnay. M"^ de Sapinaud, touchée du triste sort de cet infortuné jeune homme, essaya, mais en vain, d'obtenir son pardon : On lui répondit que la mort la plus affreuse serait encore trop douce pour un pareil monstre. N'ayant pu réussir à sauver son corps, elle souhaita vivement de pouvoir au moins sauver son âme, et elle le pressa vivement de revenir ï Dieu, et de penser sérieusement à l'éternité qui allait bientôt commencer pour lui. « J'oserai vous rappeler , lui écrivit-elle , votre conduite passée , non pour ajouter à votre douleur , mais pour faire naître votre repentir. Représentez-rous les mères malheu-
reuses que vous avez privées de leurs maris, sortgez au sort de ces veuves éplorees, ne sachant où trouver un abri, et plus inconsolables encore par la vue de leurs pauvres petits orphelins. Il y en a ici un grand nombre qui demandent votre tête pour apaiser les cendres de leurs époux et de leurs enfans.... jetezvous, Monsieur, entre les bras de Dieu qui sful nous reçoit et nous acceuille en père, quand tout nous abon-* donne sur la terre. Remerciez -le de ne pas vous avoir privé de la vie dans les combats. Il a versé son sang pour vous, versez le vôtre pour lui; et pourquoi ne lui feriez-vous pas ce sacrifice ? il lui sera cher et précieux, et vous ne tarderez pas à en recevoir la récompense. Encore quelques momens, et vous serez en sa présence ; je le prie instamment de vous pardonner; je vous quitte les larmes aux yeux et le cœur percé de douleur. »
M. Monet, en lisant cette lettre, versa un torrent de larmes. « Il faut mourir, dit il à la geôlière, faitesmoi venir un prêtre. » Dès le soir même il se confessa, et le lendemain matin il s'examina de nouveau, et se confessa encore. Le prêtre lui apprit ainsi qu'à ses camarades, qu'ils ne verraient pas la fin du jour. M. Monet , loin de s'abandonner à l'effroi, sembla reprendre courage. Son espoir en Dieu remplaça la crainte ; il marcha quelque lems après au supplice avec le plus grand calme. Le royaliste chargé de commander cette expédition , en revint navré de tristesse. » J'ai toujours peinte devant les yeux répétait* il souvent dans la suite, j'ai toujours peinte devant les yeux la mort du colonel Monet. Son supplice m'a fait une impression que je ne puis effacer. Voici les dernières paroles qu'il a adressées h ses compagnons d'infortune : « Mais amis, il n'est pas de crimes que nous n'ayons commis ; la mort que nous allons souffrir est trop douce pour les expier ; elle nous serait
înutile , si elle nVtait accompagrK^e d'un sincère repentir. Demandons-le avec instance au Seigneur , par l'intercession de sa mère , et élevons nos cœurs vers lui ; disons ensemble un Pater et un Ave. — 11 fit ces prières avec une émotion touchante , et les ayant achevées il se mita genoux, baisa la terre; et nous dit après s'être relevé : « Mes amis, faites voire devoir. » Il est tombé mort.
Qui pourrait ne pas admirer ici la force et la puissance de la grâce .''
liimoiTti (U Mme dt SAPISACII.