LA COMÉDIENNE CONVERTIE
Une jeune personne, nommée Gaultier, perdit son père à 1 âge de 17 ans. Se trouvant sans fortune , et les personnes qui auraient dû pourvoir à sa subsistance ayant refusé de le faire, elle entra au ihéâlre, non sans quelque répugnance, maiselle s'y accoutuma d'autantplusfacilemenl qu'elle y acquit en peu de tems la plus grande célébrité. En vain alors une parente vertueuse s'efforça-t-elle de la rappeler a un genre de vie plus analogue à Téducation qu'elle avait reçue : elle se rit de ses remontrances. Fêlée des grands, pensionnée par les princes, ivre de l'encens de la multitude, elle nage dans les plaisirs et l'opulence ; elle plaît au monde et le monde lui plaît : cela lui suffit. « Avant de songer au paradis futur , dont sa cousine lui parle , elle veut , dit-elle , jouir du paradis actuel où elle se trouve bien; et si jamais elle se convertit, ce ne sera pas du moins avant l'âge de 45 ans. «Cependant elle n'en a pas encore trente, lorsque la grâce parle à son cœur et lui fait éprouver des inquiétudes. Elle va entendre une messe ; elle est encore plus tourmentée. Elle prend la résolution d'entendre tous les jours la messe : le remords alors la suit partout. Fidèle néanmoins à une pratique si peu connue dans son état, elle se rend exactement tous les matins à l'église, et le soir on la voit au théâtrC' Les gens de sa profession la
ralllcnt sur sa dévolion : elle sent qu'ils ont raison et qu'on ne peut servir deux maîtres. Sur le point de se de'cider, elle éprouve les plus rudes combats... Enfin, le grâce triomphe... Sa résolution est prise... Elle rompt brusqui-ment toutes ses liaisons, et laisse Paris dans l'e'tonnement de sa retraite. Un grand Seigneur, sur ces entrefaites , vient lui offrir , si elle veut passer sa vie dans une de ses terres, de la lui donner en bonnes formes. Elle e'chappe encore à ce nouveau piège , et enfin la providence la conduit chez les Carmélites de Lyon où elle édifia par toutes les vertus d'une fervente religieuse.
L«< TrétoTi (U la Griee , totna i.