‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 182 sur 252 · SAS · texte numérisé non relu

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convertir et à ne pas priver ses enfans d'un sacrement de nécessité si absolue : vain espoir !

En i8i3, sa fille Lucrèce tomba dangereusement malade d'une maladie de langueur; et touchait à sa dernière heure. Celle fille , dont tout l'ensemble annonçait un composé doux et aimable, avait été élevée dans les principes irréligieux de son père, et n'avait pu sans doute s'instruire de ses devoirs; maisl'innocence de son maintien lui avait concilié l'amitié de ses voisins. Quelques-uns des plus pieux crurent devoir parler au père de l'état de sa fille et l'engager à la faire baptiser ; mais ce monstre impie renouvela le serment qu*il avait fait à l'époque de la naissance de sa fille, réitérant la menace de tuer le premier ecclésiastique qui se présenterait chez lui, et terminant son discours par des injures contre ceux qui lui avaient parlé de religion , de sa fille et de Dieu, contre qui il vomit des imprécations et des blasphèmes. Dès lors, il parut impossible à tout le monde de faire changer l'endurcissement dans le crime d'un tel homme; chacun se retira consterné, ayant en horreur le père et s'attendrissant sur le sort de l'infortunée Lucrèce.

Cependant une personne charitable crut devoir faire part à un respectable ecclésiastique de ce fait et lui en raconter tous les détails. Indigné de la conduite du père , sa charité s'enflamma pour sauver au-delà du terme de la vie l'âme de cette fille infortunée, qui se présentait à lui sur son lit d'agonie , luttant contre la maladie , mais après sa mort condamnée à être privée de la vue de Dieu , peut-être , hélas ! à des souffrances éternelles et plus graves, lorsqu'un instant suffirait pour la régénérer par les eaux du baptême et la faire jouir d'un bonheur parfait. Plein de cette pensée, il se décide à s'exposer à tous les dangers pour sauver une âme à Dieu. On lui représente

vaînement la certitude du danger , l'impossibilité d'approcher de la malade. Rien ne peut l'arrêier ; il se sent animé par un Dieu de charité' ; c'est lui qui lui donne le courage dont il a besoin , et qui lui inspire le moyen de parvenir à exécuter son généreux dessein. Si je succombe , dit-il , je rejoindrai sous le même fer ces glorieux martyrs dont j'ai été le rollègue et l'ami; le mênae couteau qui répandit leur sang, sanctifiera le mien, et ma dernière prière , expirant sous le fer du père , sera d'implorer Dieu , pour sa conversion et le salut de sa fille, pour laquelle un autre se dévouera si je ne puis réussir. Quelle différence de conduite I L'impiété, l'irréligion et I assemblage de tous les crimes rend un père barbare et sacrilège envers son enfant, lorsque cette douce religion, qui porte ses vues au-delà du trépas , consolante dans le malheur, tendre et charitable envers l'infortuné, s'expose à la mort pour sauver une fille en Jésus-Christ et que son ministre adopte comme son enfant. Marchant sur les traces de ce Dieu de miséricorde, il lui prodiguera ses soins comme le plus tendre des pères. C'est ainsi que , lorsque la nature même est sourde, muette ou ingrate, la religion parle au cœur du ministre , triomphe de l'impiété et des menaces d'un philophisme barbare.

Pour parvenir à s'introduire auprès de cette jeune personnne, M. l'abbé D.... se couvrit d'habits tout-àfait étrangers à son état, et, dans un costume qui ne pouvait nullement faire suspecter ce qu'il était , il se rend à la boutique de cet homme : il lui expose qu'ayant appris que sa fille se mourait d'une maladie de langueur, qu'elle était abandonnée des médecins , il venait , sans le connaître , et sur sa réputation , lui offrir un remède qui pouvait sauver sa fille. Le sentiment delà nature, ou plutôt Dieu , par des vues de bonté qu'il avait pour le salut de cette fille infortunée.

permit que ce père fut ému. Il verse quelques larirtes, remercie et accepte les secours offerts , quoique , ditil , il les] croie tardifs et qu'il pense que tout est fini pour sa fille , qui va rentrer dans le ne'ant : il promet une récompense, si on lui rend son enfant. Le ministre n'en veut aucune , et demande h la voir. On le conduit dans une chambre où il trouve une jeune personne d'environ i4 à j5 ans , toute d Va! orée , affaissée par la maladie, et paraiss;'.ut avoir fort peu d'heures à vivre. Son père, en entrant , lui dit qu'il lui amenait un brave voisin qui avait un excellent remède qui pouvait la guérir ; que puisque les médecins ne pouvaient plus rien pour sa santé , il valait mieux essayer la remède de ce brave homme. J'espère, en effet, dit l'ecclési «stique , moyennant la grâce de Dieu, la sauver. — Qu'est-ce que vous voulez me dire , mon camarade r nous ne parlons pas de tout cela ici , et je vous prie de ne nous rien dire de vos sornettes ni de vos contes. L'eccle'siastique sentit que l'habitude de parler de celui qui tient dans ses mains la destinée des hommes , devait être bannie de la conversation avec cet impie : il se hâta de tâier le pouls de la malade , lui donna de l'espoir, lui parla avec affection , dit au père qui allait préparer son remède, qu'il reviendrait sous peu pour le lui faire prendre. Rendu chez lui, le brave ministre prit une petite fiole dans laquelle il mit un peu d'eau de fleurs d'orange , du sucre et de l'eau qu'il colora légèremcRt avec quelques gouttes de vin rouge. Il en prit une seconde qu'il remplit d'eau pure , et se rendit chez la malade une heure après en être sorti.

Arrivé chez elle, il monta accompagné du père, et , ayant versé dans un verre la moitié de ce que renfermaitMa fiole dans laquelle était le remède ,ii le fit prendre à la malade , disant que dans une heure il donnerait le reste ; qu'il fallait seulement qu'on fit uo

peu de thé léger , pour donner dans l'intervalle d'un quart- d'heure ; il pria le père de vouloir bien en faire préparer. Dieu , sans doute, dont la bonté infinie s'intéressait au salut d'une de ses créatures , permit que ce remède innocent parût soulager la malade, aussitôt après l'avoir pris; ce qui devait contribuer à éloigner toute idée étrangère au motif apparent de grnérosité et de compassion qui semblait diriger l'inconnu. Le père le pria donc de s'asseoir près du lit de la malade, lui disant qu'il allait préparer ce qui était nécessaire, qu'il allait revenir tout de suite.

Dès qu'il f(it sorti, ce ministre de charité prend la petite bouteille d'eau qu'il a dans sa poche , et dit à la jeune personne : Mon enfant , vous allez peut-être mourir; votre corps va périr, mais sauvons votre âme. Je suis un ministre de ce Dieu que vous avez peut-être méconnu. Je m'expos»^ à périr pour sauver votre âme ; mais ce Dieu , mon modèle , s'est bien plus exposé pour nous. Mort sur une croix pour sauver tous les hommes , il m'a tracé ma route par son exemple. Comme son ministre y-^je viens pour vous faire part de ses grâces, eifacer tout vos péchés par les eaux du baptême , vous consoler dans les souffrances qui vous restent à endurer, et vous assurer votre salut éternel. Les instans sont chers : n'en perdons aucun. Voulez-vous être baptisée ? Cette figure pâle se colore , ses yeux brillent d'un éclat presque impossible à soutenir ; elle tend la main, et avec l'accent d'une douceur aimable : Ah / Monsieur, dit-elle, oui , je serai heureuse de recevoir le baptême ; je le désire , et puisse Dieu vous récompenser de votre bonté ! Aussitôt, retirant en arrière un mouchoir qui était sur sa tète , ce digne ecclésiastique se hâte de verser de l'eau dessus, et de lui conférer le sacrement de baptême , avec l'espoir et le désir de suppléer aux cérémonies de l'église si elle peut recouvrer la santé.

Se mettant ensuite à genoux auprès de la malade , il l'engage à élever son âme à Dieu , lui fait répe'ter le peu de prières que soft état de faiblesse lui permet d'articuler. A peine cette pieuse et sainte cérémonie était finie , que le père remontait avec du thé , on en fit prendre à la malade , en y mettant le reste de ce qui était dans la fiole. Mon père , dit cette néophite, d'une voix entrecoupée, je sens que je vais mourir, je ne désire plus de vivre, je serai heureuse après ma mort. Souvenez-vous de moi.... Pensez à votre vie passée.... Adieu.. . Je vous remercie, Monsieur Le remède m'a consolée.... En finissant

ces mots , elle expire. Ce spectacle ne touche point le cœur endurci du père, qui se livre, au contraire, aux imprécations et aux blasphèmes, tant est grand l'endurcisssemeni de cette âme corrompue. A ces vociférations, plusieurs personnes accoururent, et le digne ecclésiastique se hâta de s'esquiver et de se rendre chez lui , où il remercia Dieu de la grâce qu'il venait de faire à cette créature , en la purifiant de ses souillures par les eaux du baptême. Il implora la miséricorde divine pour la conversion du père. Ah! puisse-t-ilun jour reconnaîtreses erreurs, puisse le détail que nous venons de tracer lui parvenir ! S'il est revenu à Dieu , la pieuse et sainte mort de sa fille le sauvera du poids déchirant du remords d'avoir été la cause de sa perle , qu'il s'attribuerait. S'il persiste dans son aveuglement, il pourra, ainsi que ses pareils, être convaincu que, si la méchanceté des hommes veille pour éloigner les grâces de ceux que la miséricorde divine veut sauver, sapuissance, ses moyens sont indépendans des volonJés et des crimes, et que les ministres de Dieu, inaccessibles aux frayeurs vulgaires, savent vivre et mourir pour le salut de leurs frères et braver les menaces. ÉuenM itUgUmtti t» i»>7.

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