‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 181 sur 252 · BI8T0IBE DU PÈRE ORTÉGA, MISSIONNAIRE DU PARAGUAY · texte numérisé non relu

BI8T0IBE DU PÈRE ORTÉGA, MISSIONNAIRE DU PARAGUAY

Le père Orfëgajtraversail, avec une troupe de Néophytes , une plaine qui séparait deux rivières. Elles s'enflèrent tout-àcoup l'une et l'autre d'une manière si excessive , que toute la plaine parut subitement comme une vaste mer; et rien, dit-on, n'est plus ordinaire dans ce pays-là que ces grandes et subites inondations , qui n'ont rion de re'glé et qu'on ne saurait prévoir. Le missionnaire ne fut pas fort étonné de celle-ci , et il crut qu'il en serait quitte pour marcher dans l'eau jusqu'à la ceinture , comme il lui était arrivé plus d'une fois , mais il perdit bientôt terre ; et fut contraint, pour sauver sa vie, de monter sur un arbres. Les Néophytes qui raccompagnaient en firent de même ; mais n'ayant pas eu la précaution de choisir les plus grands arbres, l'eau les gagna en très-peu de temps. Le père, plus prévoyant ou plus heureux , était en sûreté avec son catéchiste sur le sien ; mais les cris des autres qui cherchaient à s'attacher aux plus hautes branches , qui étaient épuisés de fatigue, lui perçaient le cœur.

L'inondation croissait toujours; et comme les voyageurs n'avaient aucune provision; ils se voyaient dans un danger manifeste^ ou de mourir de faim, ou de tomber dans l'eau de faiblesse , et d'y être submergés. Tandis que le missionnaire faisait ces tristes réflexions, il survint une pluie accompagnée de tonnerre et d'un vent impétueux, qui augmenta encore l'horreur d'une pareille situation, outre que les tigres, les lions, et quantité d'autres bêtes féroces, que le débordement avait aussi surprises, les serpens même et les vipères entraînées par les eaux, on couvraient la surface. Enfin un de ces reptiles . d'une grandeur énorme , s'attacha à une brache de Tarbre sur lequel était le père Ortéga, qui s'attendait d'en

êlre bientôt dévoré, lorsque le poids de cet animal ayant cassé la branche , il retomba dans l'eau , et tourna ensuite d'un autre côté.

Il y avait déjà plus de deux jours que les voyageurs se trouvaient ainsi entre la vie et la mort : la tempêle ne se calmait point ; l'eau croissait même toujours, lorsque vers le milieu de la nuit , le nriissionnaire aperçut, à la lueur des éclairsj un de ces Indiens qui venait à lui à la nage. Cet homme , qui n'avaii pas non plus d'autre clarté pour se guider, dès qu'il se crut assez proche du père pour se faire entendre, lui cria que trois catéchumènes étaient près d'expirer et demandaient le baptême. L homme apostolique ne délibéra point ; il commença par lier le mieux qu'il put son catéchiste , qui n'avait pas la force de se soutenir ; puis il le confessa , ensuite il se jeta dans l'eau pour suivre l'Indien qui l'appelait; et, malgré les va* gués et les branches d'arbres, la plupart hérissées d'épines, il aniva auprès des catéchumènes qui ne se soutenaient plus que par les bras a des branches.. Il les baptisa ; et , un moment après, il les vil tomber dans l'eau , il ne put empêcher qu'ils ne se nujàs-» sent.

Il retourna ensuite à son arbre , et y arriva fort à propos pour son cathéchiste, qui avait déjà de l'eau jusqu'au cou. Il le délia et l'aida à monter sur une branche plus haute. L'eau commença à bais«;er le soir du même jour. Dès que le père put mettre le pied sur la terre; il voulut visiter les Indiens qu'il avait laissés en vie : presque tous avaient péri.

Hùl. du Paraguay.

DIGNITÉ DU CHBÉTieM.

J'ai connu une vertueuse femme, dit le pieux Boudon, toute pauvre des biens de la vie présente , mais très-riche des biens du ciel , pleine de l'esprit de Jé^

— ^ 346 .^fcus-Christ, et d'un amour tendre pour la Saînte- Vierge. Comme on élevait dans la ville qu'elle habitait une magnifique e'glise, elle se sentit pressée d'offrir un écu, fruit de ses e'pargncs» pour contribuer en quelque sorte à la construction du pieux édifice. Mais le prêtre, à qui elle présenta son offrande, la refusa et lui témoigna même qu'il serait bien aise de lui faire accepter quelque secours , au lieu d'en recevoir d'elle, parce qu'il voyait bien à ses habits qu'elle était pauvre. Alors cette femme, avec une foi admirable lui répondit : moi , pauvre f mon père ! Eb , ne suisje pas chrétienne, fille d un grand roi, et héritière d'un grand royaume ^

ilalt dt Marie par le P. db bcsbi , pat, i3,.

t'iMPIÉTÉ REND INJUSTE ET FÉROCE , l'hOMME RELIGIEUX BRAVE LES DA^GERS POUR LE SALUT DES AMES.

Le '-' septembre 1792, le massacre des prisons eut lieu à Paris. Un de ces monstres atroces, que leurs Crimes même n'ont pu priver du nom d'homme après avoir massacré un grand nombre de victimes de tout rang, de tout âge et de tout état, dans les prisons des Carmes, de l'Abbaye et autres lieux; apiès s'être enrichi de leurs dépouilles , avoir touché le salaire de l'homicide , se décida à tirer parti de l'argent du crime, à prendre une profession et à se marier. Le sentiment de férocité qui l'avait dirigé influa sans doute sur le choix de l'état qu'il adopta. Le sang des animaux qu'il avait à verser dans son métior, à dû lui rappeler quelquefois celui de ses semblables, qu'il massacra avec tant de barbarie en 1792.

Ce monstre à figure humaine s'établit dans un quartier populeux de Paris: connu dans son arrondissement par sa férocité, par les massacres dont il se vantait, il réunit sur lui, dans des temps de proscription et de massacre, pendant cet odieux règne de la

terreur y un sentiment d effroi qu'excitait sa présence parmi les gens honnêtes, et le titre pompeux de bon patiiuie et de bon citoyen parmi cette classe fe'roce et démoralisée qui fréquentait sa boutique. Nous ne nous arrêterons point à faire connaître les principes d'un un tel homme, on sait déjà les apprécier.

D'un mariage qu'il contracta naquirent deux infortunées créatures dans l'espace de quelques années, Sempronia et Lucrèce lurent les noms qu il donna à ses deux filles. Pour célébrer la naissance de ses deux ■enfans , il réunit dans son repas une société analogue aux mœurs et aux principes du tems, et qu'il professait. Au milieu d'une joie assaisonnée de blasphèmes et d'imprécations contre la divinité, la religion et ses ministres , ce pèn* se lève à la fin du dîné , et jure que , quelque nombre d'enfans qu il ait , aucun ne recevra le baptême, et que si jamais un ministre de la religion s'approchait do sa maison pour les baptiser ou leur parler de religion , il l'éventrer. it. En même teros , tirant un couteau , il ajouta , en le présentant nu à l'honorable assemblée : Av>ec celui-ci j\ii tué quatorze pi êtres aux Carmes ^ et cinq à Suint-Firmin , sans compter les autres à VAbhuye ; et je promets d'expédier encore celui qui viendrait me parler de baptiser maille Lucrèce; fen jure comme ce Romain.... Sun défaut de mémoire et d'instruction ne lui permit pas d'en citer le nom , il n'en avait retenu que le serment , sans doute prononcé sur une pareille arme.

Le calme renaissant en France, des idées plus morales ayant préparé !e rétablissement apparent de la religion et du culte, on devait espérer que ce père , barbare envers ses enfans , reviendrait de ses erreurs , de ses crimes; que l'âge , l'abandon même de ses complices qui en eurent horreur, la mort de plusieurs dont il avait connu le changement de conduite et d'opinion, avant cet instant fatal , le détermineraient à se

Page 1