CALME DANS UNE AME AGITÉE
Un homme riche des Pays-Bas commit une faute grave ; mais revêtu de l'étourdisseraent qu'avait causé en lui , pour le moment , la passion qui le tyrannisait, il en conçut une telle confusion , qu'il était déterminé à préférer la mort et la damnation à la honte de s'en confesser. Cependant sa conscience le tour-
— . 398 .^menlait sans cesse. Un jour, passant à Anvers, il entcnriit un prédicateur assurer qu'il n'y avait pas d'obligation de confesser les péchés oubliés. Il essaya alors tOMS les mo'. ens d'ensevelir le sien dans l'oubli. Dans Cette vue, il se livre à tous les plaisirs, croyant par là perdn- do vue ce malheureux péché; mais en vain. Il fjjt des voyages, parcourt différentes provinces, pensant pouvoir faire diversion à l'agitation de ses pensées; mais la variété des objets nouveaux, qui sans cesse frappaient ses regards . ne pouvait arracher son âme aux lourmens qui la déchiraient ; il lui était impossible de se fuir lui-même. Il s'applique ensuite à l'étude des mathémaliques et de la perspective, supposant pouvoir apporter du remède à son mol , par la force de l'r. tîerition requise pour ces sortes de sciences ; tout est inutile. Que vr>-t il faire : il espère pouvoir effacer son crime par les pratiques les plus austères de la pénitence, sans confession. Il prend en conséquence un cilicp , se donne de rudes disciplines, se livre au jcijne, verse d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres, la ploie de son âme s'aigrit en proportion des efforts qu'il fait pour la guérir. Dans son désespoir, il se détermine à mettre fin à ses tristes jours, et monte en voiture pour se rendre chez lui, afin d'exécuter dans sa propre maison l'affr(^use ré.-olufion qu'il vient de prendre. Dieu qui veillait encore sur cet infortuné permet que. chemin faisant , il rencontre un bon religieux de sa connaissance. Après s'être salués reViproquement , il offre au père une place auprès de lui. La conversation s'engage, et enir'autreschoseselle tombe p;ir liasard sur ia confession. C étoit mettre le doigt sur la plaie. Aussi, s'appliquant à lui même les réflexions du r{ ligieux , il lui demande, avec le trouble peint sur le visage, pourquoi il lui tient ce discours. Celui ci répond que c'est la coutume dans leur ordre de traiter insdistinctement, avec toutes sortes de per-
sonnes, de l'affaire du saluf, dans l'occasion, rt qu'il lui offrait même ses services, en cas qu'il voulût en user. Qu'ave /-vous besoin de tenir ce langage, re'pliqua-t-il, à ui! homme qui n'a nulle envie de se confesser? si \ ous pou\ i( z me si-courir sans confession , à !a bonne heure , j'acce[);erais volontiers vos olfres.
L'homme de Dieu soupçonne alors le mau\ais e'tat de Celle àrae , et se propose d'agir avec toute la circonspection possible. Il parle donc au cœur de cet infortuné, qui, après plusieurs moyensde soulagement que lui propose le père, lui avoue qu'il avait résolu de se pendre , ne pouvant plus supporter les remords de sa conscience ; que cependant il était prêt maintenant à tout soufrir, s'il pouvait le délivrer de ce tourment, sans l'astreindre à se couft-sser. Le religieux lui proniit un secours efficace, moyennant la docilité à suivre ses conseils pendant quelques jours seuk-rnent. A leur arrivée dans la maison, il l'engage à inviter ses amis à souper , à se divertir avec eux, et l'exhorte ensuite à passer tranquillement la nuit. Le lendemain matin, il lui ;Tésente ceilains points de méditation, pour exciter fortement sa confiance en l'infinie miséricorde de Dieu. Le jour suivant, il lui donne un examen de conscience, en lui recommandant de noter les péchés qu'il recorinaîtrait avoir commis, iion pour s'en confesser, mais pour fiire un acte de contrition sur chacun d'eux. Cela étant tait, le père lui propose une partie de promenade dans une foret voisine, et là , il lui demande s il a bien examiné chaque article. Pour vous mettre en état d'avoir une connaissance plus parfaite de vous même, je vais vous ciler quelques fautes dont l'examen est contenu dans ce livret. En lui rappelant ainsi les forfaits les plus énonces, il tombe enfin sur celui qui causait ses longs et cuisans remords de conscience La voilà ! la voilà ! s écria-t-il, celle faute maudite, dont le souvenir me déchire. Le
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jësuite, dissimulant, lui dil : Mon petit livre en con^ tient de bien plus graves , et je puis vous absoudre de mille autres plus considérables encore ; venant déjà de confesser celle-là, vous pou vtz dire les autres qui vous reviennent à Tesprit. Le pécheur, à ces mots, se jeta à genoux ; il ouvrit librement son cœur, et, après avoir été suffisamment excité à la contrition par de touchantes réflexions, il reçut l'absolution et en ressentit tant de joie , qu'il répéta souvent, par la suite, à ce père : O mon'père, de combien d'angoisses la confession m'a délivré! O confession, quelle sérénité et quelle joie tu causes à l'âme!
GOHBÉciIiS , du Zèle ie la Verfeelion^ CE SONT LES PASSIONS QUI ÉLOIGNENT DE LA CONFESSION.
Deux militaires entrent un jour dans une église de Paris pour voir ce qu'elle avait de remarquable. En la parcourant , ils aperçoivent dans l'enfoncement d'une chapelle un Prêtre qui confessait. Les voilà de rire et de s'égayer aux dépens du pénitent et du cobfesseur; la rencontre est plaisante , dit l'un des deux à son camarade , il faut que je m'amuse. Laisse-moi seul quelques momens, nous nous retrouverons ce soir à la comédie. Que prétends-tu faire, lui dit l'autre ? Ne t'en mets pas en peine , réplique le premier, je veux t'apprêtcr à rire. Là-dessus , il le quitte brusquement , et va examiner quelques tableaux de l'église, en attendant que le prêtre sorte du confessionnal ; il le suit à la sacristie. Monsieur, lui dit-il en l'aboidant, je pense à me confesser; mais allons-y doucement, s'il vous plaît. Vous savez , je le présume , que tous les militaires ne sont pas dévots ; el moi en particulier, je réclame de votre part d'autant plus d'indulgence, que je n'ai pas une foi bien robuste. Je désirerais même que vous commençassiez par me résoudre certaines difficultés que la prévea-
— ► AOl — tion peut-être m'exagère , mais qui enfin ont suffi
Jîour me faire ne'gliger, haïr même et mépriser la conéssion. Vous êtes donc catholique, lui demande alors le prêtre. Mais, sans doute , répondit-ihmon éducation même a été soignée, et avant que j'entrasse au service, je me confessais fréquemment. Mais ce que j'ai lu, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu dire de la confession , m'a bien prévenu contre elle ; le reste se devine. Parfaitement, réplique le prêtre; mais vous n'avez pas aussi bien deviné le moyen de dissiper vos préventions. Confessez-vous, monsieur, et vous changerez bientôt d'idée — Mais que je me confesse sans éclaircissemens préliminaires, j'ai peine à m'y résoudre. Je voudrais que la nécessité de cette œuvre me fût démontrée. — Confessez-vous, Monsieur, avec la résolution sincère de changer de conduite, et vous n'en douterez pas plus que moi. — Mais comment cela? — C'est que vous n'êtes devenu incrédule que par libertinage , vous n'avez pensé mal de la confession qu'après vous être abandonné au vice. Le militaire rougit, et après un moment d'hésitation: Rien de plus vrai , dit-il en se jetant au cou du prêtre, rien de plus vrai ; comment n'ai-je pas fait moi-même cette réflexion? Je ne puis vous confesser aujourd'hui que l'intention oii j'étais de vous tourmenter et d'insulter à votre ministère. Vengez-vous de ma folie en devenant mon guide , je m'engage d'honneur à venir vous trouver au jour que vous fixerez, et il tint parole. Cette première démarche faite , toutes ses préventions s'évanouirent, et il continua le reste de sa vie de penser en chrétien , parce qu'il vécut chrétiennement, if. BOBUVOT, Sermons.