LE MÉPRIS DES PASTEURS DEMEURE RAREMENT IMPUNI
Environ l'an 1690, dans une paroisse du diocèse de Resariçon , à quelques lieues de cette ville, il arriva un événement surprenant, qui fut regardé comme un coup du ciel, pour inspirer le respect dû aux pasteurs. Deux libertins scandalisaient la paroisse par leurs désordres ; le curé en étant informé, en avertit leurs pères, qui reçurent mal l'avis de leur pasteur. L'un d'eux eut l'insolence de luirépondre : I\J. le curé, mêlez-vous de dire votre lrè\>iaiTe^ et ne vous mêlez point de ce qui se passe chez moi ; ii faut bien que la jeunesse se passe. — Si je vous avertis des désordres de votre jamille, lui dit le curé, c'est que mon devoir m'y oblige. Je suis chargé de Vâmc de votre Jils , aussi Lien que de la votre ^ et par conséquent je dois veiller sur sa conduite et vous avertir. Je vous parle en pasteur , et vous ne me parlez pas en chrétien, prenez garde que Dieu ne vous punisse, ainsi que vos enfans dont vous autorisez les désordres.
Cet homme, loin de profiter de l'avis de son pasteur, publia dans la paroisse qu'il avait si bien dit le fait à son curé, qu'il ne s'aviserait plus de lui faire des réprimandes. C'était un samedi; et comme la chose devenait publique , le curé crut qu'il était de la prudence de donner , le lendemain au prône , un avis à ce sujet. II le fit avec beaucoup de modération^ et dit dans son instruction qu'il estimait tous sps paroissiens ; que lorsqu'il était obligé de leur donner quelques avis en public ou en particulier, il les priait de croire que ce n'était point pour leur faire de la peine, mais par charité et pour leur salut ; qu'au reste, quand on méprisait les avis d'un pasteur, Dieu en était trèsoffensé et pimissait de tels mépris.
Après la grand'messe , celui qui , la veille , avait si mal reçu les avis de son pasteur recommença ses invectives , disant que les prêtres n'avaient que des re-
proches à faire , mais qu'il s'en moquait. Les deux libertins passèrent le reste du jour au cabaret, du consentement de leurs pères, et, pour braver le curé, ils firent plus de scandale que les autres fois ; mais Dieu mit fin à leur vie scandaleuse par un châtiment bien exemplaire.
Le lendemain, le ciel menaçait d'un orage. Ces deux libertins, avec deux autres garçons qui étaient trèssages, coururent à ia tour de l'église, pour sonner les cloches; il fit dans le moment un si grand coup de tonnerre, que ces quatre jeunes gens, saisis de frayeur, descendirent promplemenl pour se sauver. Dans le tems qu'ils descenddent, le tonnerre tua les deux libertins , mais d'une manière qui fit comprendre que c'était un châtiment de Dieu ;,et voici comment :
Le tonnerre, en tombant, après avoir fait plusieurs circuits dans la tour, suivit les quatre jeunes hommes le long de l'escalier ; il épargna le premier qui était sage, et écrasa le second qui était un des libertins; il ne fit aucun mal au troisième, et vint enfin frapper le quatrième, qui était l'autre libertin, et le tua. Ensuite le tonnerre entra dans l'église, où était la mère d'un de ces libertins; il enleva cette femme, la jeta contre les murs, et ne fit aucun mal aux autres personnes qui se trouvaient dans le lieu saint. A la vue dun accident si exlraordin ire, on reconnut la justice de Dieu , et les pères de ces libertins vinrent , fondant en larmes , demander pardon à leur pasteur.
in<(r. de» Jeunes Gem.