CATHERINE DE HARLAY
Catherine de Harlay, issue d'une famille recommandable par son ancienneté et ses vertus , reçut une éducation solidement chrétienne dont elle fut redevable aux soins d'une mère vraiment digne de ce nom. Elle porta dans le mariage et y conserva toutes les vertus qu'on avait admirées en elle dès l'enfance. A peine deux ans s'étaient écoulés depuis son mariage , avec M. de la Mcilleraye, qu'elle fut attaquée tout-àcoup d'une fièvre violente; ses douleurs étaientexcessives' elles ne lui arrachèrent aucune plainte. « Continuez, s'écriait-elle, continuez, ô Dieu de miséricorde, d'augmenter mes maux, si telle est votre volonté je ne dois demander que la force et le courage de les soutenir , et celte grâce , je la sollicite au nom
— . ziia . —
de celte vierge pure qui , durant neuf mois , porta mon Sauveur dans son sein. » Elle demanda le saint viatique, et, par respect pour l'auguste et adorable bienfaiteur qu'elle allait recevoir , elle voulut que sa chambre fût ornée de ce qu'elle avait de plus précieux , et qu'on répandît des parfums exquis dans les appartemens où son divin maître devait passer. Sa faiblesse était extrême, néanmoins elle ordonna qu'on la lavât, afin de recevoir à genoux son Sauveur. « Eh! quoi, disait-elle aux personnes qui s'opposaient à ses désirs, serait-il juste que mon Seigneur et mon Dieu vîrit chez moi, et que je le reçusse sans daigner mettre le pied à terre , pour aller à sa rencontre .'' On se rendit à ses vœux, et, soutenue par deux de ses femmes, elle se mit à genoux tout Je tems que dura la cérémonie. Au moment oii elle aperçut son Sauveur , elle s'écria : « Je vous adore, ô pain de vie, froment des élus, délices des anges et des hommes; je vous offre et vous consacre mon corps, mon cœur, mon Hmft , avec toutes ses puissances, disposez de moi selon voire sainte volonté. » Le danger étant de^ enu plus pressant , elle demande avecinstance le sacrement des mourans. Alors pour purifier cette âme déjà si parfaite. Dieu permit à l'ange des ténèbres de l'éprouver. « Je sens, dit-elle aux ministres sacrés qui entouraient sa couche funèbre, que l'ennemi de mon salut essaie de jeter le trouble dans mon âme, en mettant sous mes yeux la justice sévère de mon Dieu et ses redoutables jugemens; mais à cette vue désespérante j'opposerai son infinie miséricorde ; il a promis de pardonner mes offenses, et si je suis dans sa grâce, que puis-je craindre en ce monde et en l'autre? qu on ne me parle plus que le langage de la confiance; qu'on ne me montre plusque les plaies de mon Sauveur, ouvertes pour me donner un asile. »
Sentant sa fin s'approcher , elle désira rendre le dernier soupir étendue à terre. Son confesseur , dans la crainte de s'opposer à l'inspiration de l'Esprit saint, n'osa lui refuser ce quelle sollicitait avec tant d'instance. On la mit sur la terre, et ce ne fut qu'avec peine qu'elle cotîsentit à avoir la tête appuyée sur un matelas. Dans cette position elle demanda un crucifix, et on fit placer un autre devant elle ; ensuite elle prononça d'une voix forte et animée ces paroles: « O. mon Sauveur, quelle différence entre votre mort et la mienne, entre vos tourmens et les miens! On vous accablait d'outrages, et moi je n'entends que des paroles de paix et de consolation ; vous fûtes abandonné de vos amis, les miens sont autour de moi. Quelques faibles que soient mes souffrances, recevez-les, Seigneur, en expiation de mes péchés. » En prononçant ces mots elle serra sur ses lèvres l'image de son Sauveur, et expira dans la vingtième année de son âge.
CABBOR,
LA MËRE COINVERTIE PAR SA FILLE.
Dans le courant de l'hiver dernier (1824) je fus appelé pour une jeune personne attaquée des écrouelles. Elle demeurait chez sa mère, femme d'environ 5o ans, et veuve depuis plusieurs années. Ayant appris que celle-ci ne fréquentait pas les sacremens, je lui parlai plusieurs fois à ce sujet, et toujours inutilement : bientôt elle évita ma rencontre, en se retirant dans un cabinet aussitôt que j'entrais dans la maison. Cependant la jeune malade voyait sa fin s'approcher, et n'en paraissait nullement émue. On eût dit que la mort dont elle parlait souvent n'a\ait pour elle aucune amertume. Un jour, après l'avoir confessée, et au moment où j'allais me retirer, elle me pria de dire à sa mère de venir auprès d'elle, et de ne pas m.'éloigner moi-même ; cette femme étant rentrée, fut
bien ëlonnée de voir sa fille en pleurs, contre son habitude, car elle e'tait ordinairement fort gaie , malgré ses souffrances : « Pourquoi donc ces pleurs, ma fille, lui dit-elle, perds-tu courage après avoir eu tant de patience jusqu'ici? — Non, ma mère, non.... mais c'est que je dois aujourd'hui vous faire mes derniers adieux. Ah! qu'ils sont douloureux! — Mais pourquoi n'es-tu donc plus re'signefe? — Hélasl dit-elle, pourquoi?., parce qu'ils sont éternels! — Mais non, ma fille. — Pardon, ma mère, les adieux que je vous fais sont éternels. Vous et moi nous ne suivons pas la même route. En m'approchant des sacremcns, je suis la voie que nous a tracée notre sainte religion, et j'espère le bonheur qu'elle promet: mais pour vous, en vous en éloignant, vous ne pouvez y prétendre. Nous n'aboutirons donc pas au même terme! « Elle prononça ces paroles d'une voix forte , et qui marquait son agitation. Cependant témoin de cette scène à laquelle je ne m'attendais pas, et qu'il m'eût été impossible de prévoir, je ne pouvais revenir de ma surprise. Le visage de la mère était changé de couleur , elle paraissait émue. Alors la jeune fille expirante paraît rassembler ses forces , et se soulevant sur ses coudes : « O Dieu, s'écria-t-elle , ma mère, ma chère mère' je ne vous verrai donc plus... c'en est fait ! adieu, ma mère, adieu ! à jamais , oui à jamais !... » A ces mois la mère tomba évanouie. Quelque tems après, s'étanl un peu remise , elle se relève : « Non , » ma fille, dit-elle, non, nous ne serons pas sépa- » rées : (?onsole-toi , mon enfant , j'ai été ta mère, » tu es aujourd'hui la mienne; j'irai me confesser; je » serai désormais catholique dans mesactions comme » dans mes sentimens. Monsieur, ajouta-t-elle, vou- » lez-vous m'entendre dès aujourd'hui? que je donne « cette consolation à mon enfant avant sa mort , et » que je puisse l'assurer au moins que j'ai com-
» mcncé. » Je lui assignai une heure dans la soirffc ; elle fut fidèle à sa promesse , et il ne paraît pas qu'elle veuille se de'mcntir. Cet heureux changement combla de joie la jeune personne qui mourut quelques jours après, en s'occupant de la félicite' des Saints.
Extrait dune lettre de if. le curé"' .
l'extrème-onction donive la forcé de mourir sa\s trouble , et même avec joie.
Saint- François de Sales rencontra dans ses visites pastorales un vieillard qui de'sirait avoir , avant de mourir , la consolation de voir son évèque. Le saint prélat mit le même empressement à se rendre à ses désirs. Ce bon vieillard, après s'être confessé, se trouvant seul avec saint François de Sales, lui dit : Monseigneur, ne mourrai-je pas bientôt.' Le prélat crut qu'il était saisi de frayeur, et qu'il devait le rassurer ; il lui répondit : j'en ai vu revenir de plus loin.
— Mais , mourrai-je à votre avis r — Un médecin répondrait à cela mieux que moi. Abandonnez-vous à Dieu , afin qu'il fasse de vous selon son bon plaisir , et Sun bon plaisir sera toujours votre mieux. — Ce n'est pas de crainte do mourir que je vous fais cette de mande , car j'ai de la peine à me résoudre à revenir de cette maladie. — M.iis,mon fils, d'oia vous vient ce dégont de la vie, dont Tamour est si naturel? — Si Dieu ne m'avait commandédedemeurer encemonde jusqu'à ce qu'il m'en relire, il y a bien long-temsque je n'y serais plus. — Vous avez donc eu quelque grand déplaisir qui vous ai fait abhorrer la vie et souhaiter la mort avec tant d'instance. Auricz-vous quelqu'incommodité secrète en votre corps ou en vos biens ?
— J'ai joui d'une vie fort saine jusqu'à l'âge avancé où je suis parvenu. Du bien, je n'en ai que trop; je ne sais, par la grâce de Dieu , ce que c'est que la pauvreté.— Vous avez donc quelque mécontentement au
sein de votre famille ? — J'ai tout le bonheur qui se peut souhaiter ; jamais les miens ne m'ont causé le moindre déplaisir, et si j'avais peine à quitter ce monde , ce serait parce qu il faut me séparer de ma famille. — D'où vient donc, mon fils, ce désir delà mort. — Le voici : Dans les prédications, fui toujours entendu faire tant de récits de l'autre vie et des joies du paradis ^ qu^ il me semble que ce monde est un cachot et une véritable prison. Alors ; parlant de l'abondance de son coeur sur un si beau suj<!(, il en dit tant de choses merveilleuses, que saint François de Sales en fut ravi, et tout baigné de larmes de tendre.sse , il vit d'ailleurs qui' ci4tc homme simple et sans lettres avait été enseigné de Dieu même ; et que la chair el le sang ne lui avaient point révélé de si grandes choses, mais l'esprit de Dieu. 11 lui administra de ses propres mains le sacrement de l'Extrême Onction , et peu d'heures après, il le vit expirer sans se plaindre d'aucune douleur.
L'Esprit de saint Frant^oit de Saies.
DERNIERS MOMENS DE m"* SOPHIE PERRINELLE , DÉCÉDËE AU MANS , LE 19 NOVEMBRE 1829.
Mademoiselle Sophie Perrinelle peut être citée comme un modèle accompli d'une dévotion tendre, solide et éclairée. Elle possédait , dans un degré éminent, l'esprit d'oraison : son plus grand plaisir était de s'entretenir avec Jésus-Christ, au pied des autels, et il lui arrivait souvent de passer dans le lieu saint trois à quatre heures de suite, dans un tel éiat de recueillement el d'immobilité que tous ceux qui la voyaient en étaient singulièrement édifiés et ne pouvaients'empêcher de 1 admirer. Mais c'est surtout pendant le cours de la maladie qui l'a conduite au tombeau que sa foi et sa piété ont brillé au plus vif éclat. Elle parlait volontiers de la mort; on l'engage à éloigner cette idée triste : Comment^ s'écriait-elle,
AÏS . —
est-ce qxi'il est triste d'aller voir Dieu , et pour aller voir Dieu, nejaiit-il pas mourir F La veille d'une communion , elle dit à une de ses amies : Je ne demande point à Dieu de soujfrir moins, je lui demande seulement de m accorder assez de force pour faire demain la sainte communion. Elle avait adopté la devise de sainte Thérèse : Ou souffrir ou mourir : aussi ne laissa-t-elle jamais échapper la moindre plainte au milieu des douleurs les plus aiguës et les plus prolongées. La veille de la Toussaint, ( 182g) elle répéta plusieurs fois: Je ne puis aller célébrer celte fête a l église ; oh ! si javais le bonheur d^ aller la célébrer dans le ciel ! Le six novembre, se trouvant plus faible , elle exprima la désir de recevoir r Extrême-Onction , elle reçut ce sacrement avoc les scntimens -de la foi la plus vive et de la résignation la plus parfaite, répondant elle-même aux prières que récitait le prêtre , et produisant avec ferveur des actes multipliés de confiance , d'amour,de soumission et de sacrifice. Elle était persuadée qu'elle mourrait dans la nuit : Dieu en disposa autrement. Le lendemain , dès qu'elle aperçut son confesseur : Le Seigneur, lui dit elle , n a pas encore jugé à propos de rn' appeler à lui ; f ignore coTubien de jours j'aurai encore à souffrir ; que la volonté de Dieu s'accomplisse. Quelques jours après le mal fit de nou- Teaux progrès, et tout semblait annoncer que la fin de mademoiselle Sophie était proche, on ne crut pas devoir le lui dissimuler; loin de s'en affliger elle s'en réjouit , en disant : Je vais donc enfin avoir le bonheur de voir mon Dieu et de le contempler face à face ! Elle languit encore pendant plusieurs jours, montrant toujours la même patience et la même résignation : ô mon Dieu ! s'écriait- elle souvent ^faites que je vous aime de plus en plus '. 6 mon Dieu, je ne pius aime point assfzl Cœur de Jésus, foyer brûlant d'amour , embrâsez-mon cœur des plus vwes flammes de la charité; faites que mon
— - A19 — dernier soupir soit un acte (Tamour. On l'entendit un jour dire à une personne qu'elle aimait : Mon désir de voir Dieu est si ardent ^ si véhément , que je ne regrette absolument rien sur la terre , j'y laisse des personnes qui me sont bien chères , mais nous nous reverrons. Enfin, le ig novembre, à quatre heures du matin, après avoir prononcé les doux noms de Jésus et de Marie, elle s'endormit dans le Seigneur Son dernier soupir fut sans effort. Elle passa tranquillement des hommes à Dieu. Elle tomba comme un fruit mûr pour l'étcrnile*. Le grand nombre de personnes qui atcompagnèrent au tombeau ses dépouilles mortelles, fit bien voir jusqu'à quel point elle était aimée et vénérée. Nous eki avons entendu plusieurs s'écrier , en apprenant sa mort : Je la regrette comme si elle eût été m'a fille, je n aurais pas plus de chagrin si j^ avais p'idu ma sœur. Mlle Sophie Perrinelle était âgée de -jS ans.
Jf. t'ttbH A G. Relation des dernlert moment de mu Perrinedt. BEAUX SENTIMENS d'tJN MOURANT.
Dans un hospice temporaire, un jeune médecin, poussé sans doute par le désir de donner des secours plus prompts à un malade, écartait et le prêtre et la table préparée pour ladministration de l'Extrême- Onction ; le malade rappela le prêtre et se plaignit au médecin : Les remèdes de l'âme , lui dit-il , me sont bien plus urgens que ceux du corps; vous ne me guérirez sans doute pas; il faut que je pense à l'autre vie.
Gazetle du Clergé du ti avril [S3i.
DE l'ordre.
• Le minisire chrétien , dit saint Jérônie, est le truchement entre Dieu et l'honime a II faut donc qu'un prêtre soit un personnage divin : il faut qu'autour de lui rèpient la vertu et le mystère .. que ses apparitions soient courtes parmi les hommes. .
CHATEACBBIASD.
L'ordre est un sacrement institué par N.-S. T.-C pour consacrer les prêtres , et leur donner la grâce d'exercer saintement leurs fonctions.
q'est-ce qu'c?j prêtre.
Savez-vous ce que c'est qu'un prêtre, vous que ce nom st^'ui irrite on fait souririi de mépris ? Un prêtre est par devoir l'ami , la providence vivante de tous les malheureux, le consolateur des affligés, le défenseur de quiconque est privé de défense, l'appui de la veuve, le père de l'orphelin, le réparateur de tous les désordres et de tous les maux qu'engendrent vos passions et vos funestes doctrines. Sa vie entière n'est qu'un long et héroïque dévouement au bonheur de ses semblables. Qui de vojs consentirait comme lui à échanger les joies domestiques , toutes les jouissances, tous les biens que les hommes recherchent si avidement, contre des travaux obscurs , des devoirs pénibles, des fonctions dont l'exercice brise le cœur et çbute les sens, pour ne recueillir d'autre fruit de tant »e sacrifices, que le dédain , l'ingratitude et l'insulte. Vous êtes encore plongé dans un profond sommeil, et déjà l homme de charité, devançant l'aurore, a recommencé le cours de ses bienfaisantes œuvres. Il a soulagé le pauvre, visité le malade , essuyé les pleurs
de l'infortiine, ou fait couler ceux du repentir , instruit l'ignorant , fortifié le faible , affermi dans la vertu des âmes troublées par les orages des passions. Après une journée toute remplie de pareils bienfaits, le soir arrive, mais non le repos... A l'heure où le plaisir vous appelle aux spectacles, aux fêtes, on accourt en grande hàie , auprès du ministre sacré : un chrétien touche à Ses derniers momens, il va mourir, et peutêtre d'une maladie contagieuse; n'importe, le bon pasteur ne laissera point expirer sa brebis sans adoucir ces angoisses, sans l'environner des consolations de I espérance et de la foi, sans prier à ses côtés le Dieu qui mourut pour elle , et qui lui donne à cet instant-mème, dans le sacrement d'amour, un gage certain de l'immortalité-
Voilà le prêtre , non tel que votre aversion se plaît à se le figurer, mais tel que réellement il existe au milieu de vous.
L'abbé de LA ITEXIiAIS.
RÉPONSE d'lX prêtre A C\ GRAND COtTARLE.
Un vénérable Ecclésiastique est appelé pour administrer les derniers sacremens à un vieillard. A la vue du ministre de Dieu, le mourant se trouble et frémit : « O mon père, s'écrie-t-il, pouvez-vous soutenir ma vue et m'entendre ^ cette main, que la mort saisit déjà , a massacré trente de vos confrères!... — Rassurez-vous, lui dit le vertueux prêtre, il en reste encore un pour vous consoler. >> Quelle religion que celle qui inspire de pareils sentimens !
Gazette des Cultes du S aaût l8a6.
CONDUITE ADMIRABLE DE PLUSIEURS E?iFA.NS.
A l'une des époques les plus désastreuses de la révolution française, tous les prêtres du département de Seine-et-Oise sont arrêtés, entassés sur des cha-
riots et conduits à Versailles. L'innocence est condamne'e à habiter le séjour du crime , et ces infortunés, sans argent, ne verront devant eux que la mort. Mais celui dont ils prêchent la doctrine sainte, et dont la providence nourrit les oiseaux du ciel , celui qui descendit avt'C Daniel dans la fosse, pour y calmer la fureur des lions, entrera avec les confesseurs de la foi dans leurs prisons, inspirera à toutes les âmes fidèles de Versailles la charité qui crée les ressources. Eh! quels seront les plus touchans ministres de cette providence, nourrice du juste dans les fers ' Ce sera vous, pieux cnfans' Ils se distinguent parleurs soins empressés, par leur tendre sollicitude ; ils redemandent à grands cris ceux qui les instruisaient, ceux qui, depuis quelque tems, les préparaient à leur première communion, on les voit partager leur pain avec leurs pères spirituels ; leur distribuer les assignats qui sont à leur disposition. Une jeune fille de dix à onze ans, n'ayant rien à offrir, imagine une ressource qui doit lui fournir le moyen de ne se laisser vaincre en charité par aucune de ses compagnes. Elle a de trèsbeaux cheveux ; suivant le premier mouvement de son cœur, elle entre chez un perruquier, et lui propose de les lui vendre ; celui-ci est moins frappé de la beauté de ces cheveux et de l'avantage d'un pareil marché, que du sacrifice que veut en faire cette jeune personne : « Votre mère, lui dit-il , approuvera-telle un si généreux dessein.''' — Ces cheveux sont ma propriété, n'ayez aucun scrupule; ma mère est si bonne!.... l'oeuvre à laquelle j'en destine le prix m'obtiendra mon pardon.... > A ces mots, le perruquier n'insiste plus , les cheveux sont coupés; la jeune personne court aussitôt à la prison, toute glorieuse d'employer à cette œuvre de charité ce que tant d'autres jeunes personnes consacrent lousles jours au luxe
et à la vanité. Ve l'ÉducaUm , par l'abbé CAEB03I