‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 229 sur 252 · MADAME DE LA SORINIËRE ET SES TROIS FILLES · texte numérisé non relu

MADAME DE LA SORINIËRE ET SES TROIS FILLES

Sous le règne de la terreur , M""' de la Sorinière et ses trois demoiselles furent arrêle'es par des brigands, qui Commencèrent par piller le peu qui leur restait, et finirent par les maltraiter. Arrivées à IVlorlagne , on les amena devant le commandant, avec lequel se trouvait une troupe de gens qui n'étaient pas plus humains que lui. Ces pauvres dames étaient à demimortes des mauvais traitemens qu elles avaient essuyés. L'aînée des demoiselles voulut parler à ces tigres, et les prier de donner un siège à sa mère qui était très fatiguée. « Elle se reposera sur la paille, lui répondit un de ces patriotes. » Cette cruelle réponse fit ouvrir les yeux à ces infortunées. » Mes filles, leur dit la mère, on nous mène au martyre. » En effet , le lendemain on les conduisit à Angers oii elles périrent sur l'échafaud. Au moment où elles montaient sur la fatale charetle, un citoyen proposa à la plus jeune, qui était très-jolie, de l'épouser. Mais elle reçut cette proposition avec la plus vive indignation, et lui répondit fièrement : « Tu veux que j'épouse un des complices de la mort de ma mère ; je préfère l'échafaud à une pareille infamie ; et je remercie le ciel de m'ôter d'une terre qui n'est habitée que par des monstres. » En disant ces mots, elle se jeta dans les bras de sa mère, et après l'avoir étroitement embrassée sans verser une seule larme , elles

— .. 430 i — sVlanrcrent toutes les deux vers l'éternité. Ses sœurs périrent avec le même courage.

Mémoire» de Madame d4 tiVlKàZD , p. 34. MARIAGE ÉDIFIANT.

Un jeune médecin, habitant la capitale, vient d'y recevoir (au mois d'octobre 1829) le sacrement de mariage , avec des circonstances bien édifiantes.

Un de ses amis l'introduit dans une maison recoramandable par ses vertus, en lui faisant es[)érer la main d'une fille unique, aussi pieuse que le reste de la famille. La jeune personne est bientôt promise au docteur, dont l'aimable modestie égale la science.

Bientôt la cérémonie nuptiale allait avoir lieu, lorsque celui-ci vient seul trouver la mère de sa future épouse, et lui demande à parler en particulier à M"' Emilie. — Ce n'est pas possible. Monsieur, répond-elle d'une manière obligeante*; ma fille n'est pas bien depuis deux jours, et elle a besoin de tranquillité. — Mais, Madame, il m'est bien pénible de ne pouvoir m'entretenir un instant avec votre Demoiselle; à peine ai-je eu la satisfaction de la voir trois à quatre fois dans la société; jusqu'ici je n'ai point trouvé l'occasion de lui exprimer à mon aise mes sfntimens et connaître les siens. — Vos instances me font peine , Monsieur ; mais ma fille n'est pas visible— J'aurais cependant quelque chose de très-im- Î)ortant à lui communiquer. — Je l'appellerai, si vous e désirez; et vous lui parlerez en ma présence , jamais ma fille ne s'est trouvée en tête-à-têie avec aucun homme. — Mais bientôt je dois être son époux ! — Alors, Monsieur, ma fille ne m'appartiendra plus; jusqu'à ce lems je dois remplir à son égard tous les devoirs d'une mère chrétienne et prudente. — Ah ! Madame, s'écrie le médecin , il faut donc que je vous confie mes intentions. Elevé moi-même par des pa-

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rens religieux, je suis toujours demeuré fidèle à celle religion sainte qui vous dicte une si belle conduite-. L'indifférence qui existe malheureusement parmi les hommes de mon art, a pu vous inspirer quelque défiance ; mais loin de la partager , je me fais une gloire et un bonheur de suivre en tout point les pratiques de la foi : plus je les étudie, plus elles me semblent grandes et respectables. Si j'ai tant insisté pour avoir avec votre demoiselle un entretien particulier, c'est que je voulais sonder ses dispositions à cet égard, et la prier do se disposer par une confession générale et la réception de l'adorable Eucharistie, à recevoir, avec la bénédiction nuptiale, toutes les grâces qui y sont attachées.

A ces mots , la mère ne peut retenir ses larmes, elle se jette dans les bras du vertueux médecin, et lui dit, en le tenant serré contre son cœur : c Eh bien , mon fils, nous communierons fous ensemble; allez voir votre épouse , et dites-lui bien que je vous ai appela mon fils. Allez, pieux jeune homme, vos sentimens me répondent de votre bonheur et de celui de ma fille. »

Le pieux docteur ne se borna pas là. Pendant huit jours le saint sacrifice de la messe fut célébré pour attirer toute l'abondance des bénédictions célestes. Le père Guyon ne fut point étranger à des dispositions si consolantes. Mais ce qu'il y eut de plus beau, de plus attendrissant; ce fut de voir, le jour même du mariage, les deux époux s'asseoir à la table sainte, environnés l'un de son respectable père et de sa mère en pleurs, l'autre de sa mère et de sa grand'mère, qui reçurent tous ensemble, la communion avec leurs dignes enfans.

Quel bel exemple pour les jeunes gens! quelle leçon pour tant de parens indifférens ou impies! Ah I si toutes les unions ressemblaient à celle-ci, que la société serait heureuse et tranquille!

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