PATER DE LA JARDIMÉRE
M. deFlammenville, Evêque de Perpignan , rencontra un jour une bonne jardinière qu'il interrogea sur la manière dont elle servait et priait le Seigneur. Quel fut son étonnement et son admiration lorsqu'il l'entendit réciter cette belle paraphrase , cette paraphrase également pieuse et naturelle do l'oraison dominicale! il avoua qu'il n'avait jamais entendu personne prier si bien Dieu.
Notre Père , qui êtes aux deux. Que je suis heureuse , ô mon Dieu , de vous avoir pour père , et que j'ai de joie de songer que le ciel doit être un jour ma demeure ; faites-moi la grâce , ô mon Dieu , de ne point dégénérer de la qualité de votre enfant ; ne permettez pas que je fasse rien qui me prive d'un si grand bonheur.
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Que voire nom soit sanclijiè. Mon Dieu , je ne suis qu'une pauvre femme, et par conséquent hors d'état par moi-même, de pouvoir sanctifier votre saint nom; mais je désire de tout mon cœur qu'il soit sanctifié par toute la terre.
Que votre règne nous arrioe. Je désire, ô mon Dieu, que vous régniez dès à présent dans mon cœur par votre grâce , afin que je puisse régner éternellement avec vous dans la gloire.
Que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. Mon Dieu, vous m'avez condamnée à gagner ma vie par le travail de mes mains, j'accepte, Seigneur, cette heureuse condition, et je ne voudrais pas la changer en une autre contre votre adorable volonté. Donnez-nous aujourd'hui ijotre pain quotidien. Mon Dieu , je demande trois sortes de pain : celui de votre divine parole, pour m'apprendre ce que je dois faire ; celui de la sainte Eucharistie, qui fortifie mon âoie; et celui qui m'est nécessaire pour nourrir et substanter mon corps; et je vous promets, mon Dieu, après avoir pris ce qui me sera nécessaire , d'assister du reste ceux qui pourront en avoir besoin.
Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Seigneur , je sais que j'ai offensé plusieurs personnes , je leur en demande pardon de tout mon cœur ; mais, pour ceux qui m'ont offensée, je leur pardonne. Je vous prie, mon Dieu, de leur faire tout le bien que je souhaite à moi-même. Ne nous induisez point en tentation. Seigneur , vous voyez de combien d'ennemis je suis entourée , et qu'il m'est difficile , sans votre grâce , de ne pas succomber à leurs suggestion ; je vous la demande de tout mon cœur.
Mais délivrez- nous du mal. Je vous demande, ômoii Dieu, la grâce de me délivrer du plus grand de tous
— . ZiA3 . — les maux , qui est le péché , qui seul peut, mefair^ perdre votre grâce.
Ainsi soit-il. Je vous demande, ô mon Dieu , par ce mot,l 'accomplissement de toutes les demandes que je viens de vous faire.
Même ouvrage,
RÉCOXCILIATIOX OPÉRÉE PAR CES PAROLES DU PATER : PARD0X>EZ-N0US \0S OFFESSES , ETC.
Le'once , É%êque de Cypre, qui vivait dans le même siècle que saint Jean l'Aumonicr, dont il a écrit la vie, rapporte que ce saint Patriarche d Alexandrie se servit d'un excellent moyen pour obliger un des plus grands seigneurs de cette ville .à se réconcilier avec son ennemi. Il lavait exhorté plusieurs fois, mais inutilement, à se mettre bien avec lui. Le voyant toujours inflexible, il le pria de le venir touver, sous prétexte de qnelques affaires publiques, et le mena dans sa chapelle , où il célébra le saint sacrifice de la messe, n'y laissant entrer qu'une seule personne pour la lui servir. Après la consécration, quand il eut commencé l'oraison dominicale, qu'il prononçaient tons trois ensemble , suivant la coutume de ce tems-là, le saint Patriarche fit signe au servant de se taire à ces mots : « Pardonnez- nous nos offrandes, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensé : >■ Et il se tut lui-même, ensorte que le seigneur fut le seul qui les prononça. Le saint se tournant alors de son côté, lui dit avec beaucoup de douceur : » Pensez, je vous prie , à ce que vous venez de demander h Dieu, et à ce que vous venez de lui déclarer en ce moment si terrible des saints mystères , lorsque, pour l'engagera vous pardonner vos offenses, vous protestez que vous pardonnez à ceux qui vous ont offi-nsé. » Le seigneur frappé de ces paroles comme d'un coup
de foudre, se jeta aussitôt aux pieds du saint, et lai répondit : « Votre serviteur est prêt à faire tout ce que vous lui commandes^. » Et sans différer davantage, il alla se réconcilier très-sincèrement avec son ennemi.
Fi» d» S. Jtan t'AumonUr.