CÉLÈBRE VICTOIRE DUE A LA PROTECTION DE MARIE
La journée de Lépante sera un monument éternel du pouvoir de la mère de Dieu , puisque c'est à elle que le chrétienté est redevable de cette fameuse victoire que les chrétiens remportèrent sur les Turcs, l'an iS-ji. Sélim,fils de Soliman, s'étant rendu maître de l'île de Chipre, venait avec une puissante armée fondre sur les Vénitiens, et ne se promettait pas moins que l'Empire de l'univers. Le saint pape Pie V, Philippe II, roi d'Espagne, et les Vénitiens , s'étieant joints ensemble pour repousser les efforts de cet ennemi commun. Quoique la partie ne fût pas égale , les chrétiens , qui s'appuyaient sur la protection de la sainte Vierge , ne doutèrent pas du
succès de leur entreprise. Toute l'Europe était en prières Les fidèles couraient en foule à Notre-Damede-Lorctte, pour y implorer l'assistance du ciel , par l'intercession de la mère de Dieu. Don Juan d'Autriche, ge'ne'ral de l'armée, fit vœu d'aller en personne \ isiter re sanctuaire. Les chrétiens obtinrent ce qu'ils demandaient ; car hs deux floUes en étant venues aux m^ics. le 7 octobre, les ennemis perdirent, dans ce combat, qui dura depuis six heures du matin jusqu'au soir, quarante mille hommes , cent seize pièces de gros canon, cent cinquante couleuvrines , cent quatre-vingt galères , et soixante-dix furent coulées à fond, four ce qui est de Don Juan d'Autriche, des que les affaires dont il était chargé le lui permirent, il se mit en chemin , au plus fort de l'hiver pour accomplir son vœu, sans que la rigueur de la saison pût l'en empêcher.
C'est à l'occasion de cette journée que fut établie, parle Pape Pie V, la fête solennelle du Rosaire, transportée par Grégoire XIII au premier dimanche (l'octobre.
BMoire Ecel.
AUTRE EXEMPLE
L'an 168S, les Turcs, fiers des succès qu'ils venaient de remporter sur les impériaux , résolurent de pousser leurs conquêtes au-delà du Danube et même au-delà du Rhin. Déjà leurs innombrables bataillons se flirigaient sur Vienne , pour en former le siège. Tout fuyait à leur approche , et l'empereur luimême, Léopold I , ne se sentant pas en état d'artt'ter ce torrent impétueux , avait quitté sa capitale .ivec précipitation. Il sortait par une des portes, quand les barbares approchaient do la porte opposée. Cienlôl leur plan est formé, leur camp est assis, leurs batte-
— . Ulxl .^ries sont dressées, et la tranche'e ouverte la veille même de l'Assomplion est pousée avec une effrayante rapidité. Pour comble d'infortune, le feu prend à une église et menace de gagner l'arsenal ; c'en est fait de toutes les munitions, et une explosion terrible allait annoncer des maux affreux , et préluder à d'autres plus grands encore. Mais Marie, invoquée sans cesse et avec la plus grande confiance, n'abandonnera point ceux qui se jettent dans ses bras : le jour de l'Assomption le feu s'arrête tout-à coup, et le courage renaît avec l'espérance dans les coeurs abattus. Les Turcs cependant poursuivaient leur entreprise avec une incroyable activité; leur formidable artillerie faisait pleuvoir jour et nuit sur la ville une grêle de bombes et de boulets; leurs travaux, dès le 3i d'août, Se trouvaient si avancés , que les soldats des deux partis se battaient dans le fossé, avec les pieux des palissades. Vienne, ce boulevart de la chrétienté, déjà presque réduit en cendres, allait tomber sous le joug de I impiété ottomane. Mais que n'obtient pas une confiance véritable en la mère de Dieu? Le jour de la Nativité, les habitans et les soldats redoublèrent leurs prières, et le même jour un avis extraordinaire d'un secours prompt et certain leur est donné. En effet, bientôt on voit sur les montagnes voisines flotter des étendards : c'était le grand Sobicikiavoc ses Polonais; leur troupe est petite, il ett vrai, mais la faveur du ciel , attirée par la piété des soldats et du chef, va les rendre le fléau des barbares, les sauveurs de Vienne et de la chrétienté. Le 12 au matin, Sobieski assiste à la messe, et la sert lui-même à genoux, les bras étendus en forme de croix ; il communie , il se met lui et ses soldats sous la protection de la sainte Vierge , reçoit avec eux , au nom du souverain Pontife, une bénédiction solennelle, et plein d'une ardeur et d'une confiance nouvelle , il s'écrie : MarJwns
maintenant sous la protection toute-puissante de la mère de Dieu.
Bientôt la petite armée voit se déployer à ses yeux le vaste camp des infidèles, leurs nombreux escadrons , leur artillerie foudroyante; saisis des premiers mouvemcns d'une crainte involontaire , les Polonais comprennent et avouent que Dieu siul peut leur donner la victoire ; mais ils l'ont prié avec foi par l'intercession de Marie, déjà ils sont exaucés. Le Kan àis Tartares , eftraye de la vigueur du premier choc , recule et s'enfuit avec précipitation; il entraîne après lui le Grand- Visir , qui est forcé de le sui» re et frémit de rage '.bientôt la déroute est complette, la pleine est jonchée de cadavres, le Danube engloutit dans ses flots des milliers de fuyards. Toutes les munitions, l'artillerie, l'étendard même de Mahomet sont la proie du vaiqueur.
Sobieski cependant fait son entrée dans Vienne , avec l'empereur, et, plein de reconnaissance pour la, grâce qu'il vient de recevoir, il entonne lui-même le Te Deum. Depuis ce tems ce religieux monarque fit toujours porter avec lui une image de Notre-Dame de Lorette, trouvée miraculeusement; on y voyait deux anges soutenant une couronne au-dessus de la mère de Dieu, ils portaient un rouleau où étaient écrits, en latin ces mots : par cette image de Marie, Jean sera vainqueur.
Et nous aussi, n'en doutons pas, malgré la fureur des ennemis de notre salut, nous serons toujours vainqueurs, si nous avons recours à la reine des cieux.
But. Eccl.
LE MABQCIS DE NOVIAN.
M. de Beauveau, marquis de Novian, et depuis religieux de la compagnie de Je'sus, dut sa conversion à une victoire qu'il remporta sur lui-même pour honorer la Sainte-Vierge.
L'an 164.9, loi'sque les troupes allemandes étaient en Lorraine, quelques soldats qui étaient logés à Novian, après avoir bu avec excès, se mirent à jouer. L'un d'eux ayant beaucoup perdu , se lève tout-àcoup en furie , et apercevant une image de Notre- Dame attachée à la muraille , il s'en prend à elle comme si elle eût été cause de sa perte, et lui donne plusieurs coups, en proférant mille blasphèmes. Au même instant il fut renversé contre terre , avec un tremblement de tout le corps, et des douleurs si violentes et si continuelles , qu'il fut impossible de lui faire prendre aucune nourriture pendant quatre ou cinq jours qu'il demeura à Novian. Toutes les troupes ayant reçu ordre de déloger, on le lia sur un cheval pour qu'il suivît les autres. On a su depuis que s'étant jeté par terre à force de se tourmenter , il était mort sur le chemin, mordant la poussière et écumant de rage à la vue de ses camarades, frappés eux-mêmes de stupeur et d'effroi.
A Novian on parla longtems avec étonnement et avec crainte de la punition exemplaire de cet impie. Deux ans après, à la persuasion d'un missionnaire, on résolut de réparer le sacrilège. Pour cet effet, le curé de la paroisse, le chapelain du château, les missionnaires qui y étaient , et quelques prêtres du voisinage , allèrent de l'Eglise à la maison où la profanation avait eu lieu. Mais quand la procession y fut arrivée, personne ne se présenta pour porter l'image, quoique le curé fit signe à plusieurs de la prendre.
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Alors M. de Beauveau, indigné de celte froideur pour le service de la Reine du ciel, se sentit inte'rieurement poussé de prendre lui-même cette image, et quoique l'esprit de vanité et la crainte de paraître simple aux yeux du monde, le détournassent fortement de le faire , il se surmonta toute fois généreusement ; au lieu de commander à quelqu'un de la porter, il la prit lui-même et la porta avec grand respect , jurqu à la chapelle du château, où elle fut placée honorablement par l'autorité de l'Evêque, et toujours depuis honorée d'une manière particulière. La Sainte -Vierge , ajoute l'historien, témoin oculaire, ne tarda pas à récompenser cette actioH de piété , et ce triomphe remporté en son honneur sur le respect humain. Comme le marquis l'avoua lui-même, il sentit une abondance de grâces si extraordinaire , et une si forte inspiration de vivre plus conformément à l'esprit du christianisme, qu'il en était étonné, et même quelquefois affligé, dans la crainte, disait-il, que cela ne le menât trop loin.
Bist. d'une sainte et illutlrt famille de ce sléct*, MIRACLE OPÉRÉ PAR l'iNTERCESSION DE MARIE.
Un spectacle bien digne de laitention publique , dit le pieux et avant P. JJerthier, fut un xr.iracle qui s'opéra en iSgS, à Paris, par la puissante intercession de la mère de Dieu , et ce prodige est revêtu de tous les caractères qui peuvent en garantir la vérité. Une malheureuse femme ayant oublié les lois de la religion et de l'honneur, d'un crime se précipita dans un autre ; elle en vint même jusqu'à étouffer les cris de la nature. Pour sauver sa réputation et se délivrer d'une petite fille qu'elle avait mise au monde; par une horrible barbarie , elle ôta la vie à cet enfant , en lui faisant entrer dans la gorge un morceau de linge
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qui arrêta la respiration ; ensuite elle la fit porter hors de la ville, et enferrer dans un tas d'ordures, près la porte Saint-Martin-des-Champs, La providence permit qu'un chasseur passant quelque tems apiès, un de ses chiens s'arrêtât dans cet endroit, ëcariât les ordures et mît l'enfant à de'couvert. On accourut de toutes parts; et comme il n'y avait point de preuves que le baptême eût e'té administré, on jugeait que ce cadavre ne devaitêtre mis qu'en terre profane. Surcela, une femme touchée de compassion , s'écria que c'était un grand malheur qu'une innocente crôaturefût privée de la vue de Dieu par la faute de ses parens ; et dans l'instant même, prenant ce petit corps entre ses bras^ elle proposa de le porter à l'Église , et d'implorer sur lui l'assistance de la Sainte-Vierge. Ce tut une seconde merveille, remarque l'historien anonyme de Charles YI, que plus de quatre cents personnes qui l'entendirent , aucune ne la contredit, et que toutes se mirent à la suivre jusqu'à Saint-Martin-des-Champs. Nous ajoutons que ce nombre et ce concert de quatrecents personnes n'est pas- la moindre preuve de l'authenticité de ce miracle. Quand on fut rendu à l'église, on posa l'enfant sur l'autel de la Sainte Vierge , on invita les religieux à venir prier pour elle , et toute l'assemblée se joignit à eux. Au bout de quelques momens, la protection de la mère de Dieu se manifesta : l'enfant donna quelques signes de vie, on la vit pousser avec effort le morceau de linge qui l'avait suffoquée ; on l'entendit jeter de grands cris. Ce fut le signe d'une acclamation générale. On chanta le Te Dcum, on sonna les cloches , et comme la foule était si grande qu'on ne pouvait aller jusqu'au fonds baptismaux , la petite fille fut baptisée sur l'autel même de la Sainte Vierge, où elle recul le nom de Marie. Pour confirmer le miracle de plus en plus , on fit venir une nourrice qui l'alaita à plusieurs reprises. Cet
enfant de grâce v^cut en présence de tout le monde pendant trois heures, et mourut ensuite pour aller jouir de la bienheureuse éternifë. On l'enterra le lendemain avec grande ce're'monie , devant le même autel dédié à la Sainte Vierge.
IJi$t. de l'EglUe gallieane, 1. li.
TRAIT AU SUJET Dr MËMORARE.
Un criminel, condamné à être rompu vif, ne voulait point entendre parler de confession. On porta cette nouvelle au père Bernard, dit le Pauvre Prêtre^ qui, sur-le-champ, accourut aux prisons. Il se fait conduire au cachot, il salue le prisonnier , il l'embrasse, il l'exhorte, il lui suggère des sentimens de confiance, il le menace de la colère de Dieu ; mais rien ne fait impression. Le criminel ne daignait pas seulement le regarder, et paraissait sourd à ce qu'on lui disait. Le confesseur le prie de vouloir au moins réciter avec lui une prière fort courte à la sainte Vierge, qu'il protestait n'avoir jam^ais récitée sans obtenir ce qu'il demandait. Le prisonnier, par un geste de mépris , refuse de la dire ; le P. Bernard ne laisse pas de la réciter d'un bout à l'autre ; mais voyant que le pécheur obstiné n'avait pas seulement voulu desserrer les dents, sa charité l'emporte , son zèle l'inspire , et portant à la bouche de l'endurci un exemplaire de cette oraison qu'il avait toujours avec lui, il s'efforce de l'y faire entrer, en disant : puisque tu ne oeux pas la dire ^ tu la mangeras. Le criminel gêné par ses fers, et ne pouvant guère se défendre de cette importunité, promit, du moins pour s'en délivrer , de réciter la prière. Bernard se met à genoux avec lui, recommence l'oraison ( Memorare), et le prisonnier eut à peine prononcé les premières paro-
les, qu'il se senlit entièrement changé. tJn torrent de larmes coulait de ses yeux; il pria le saint prêtre de lui donner le tpms de se disposer à la confession ; et , comme il se rappelait les égarcmens de sa vie dans l'amertume de son cœur, il fut si touché de la vue de ses crimes, et de la grandeur des miséricordes divines, qu'à l'heure même il expira de douleur, apprenant, par son exemple, combien la protection de celle que l'Église appelle le refuge des pécheurs peut être utile à ceux qui la réclament avec confiance.