MORT DES JUSTES
DERNIÈRES PAROLES d'uNE JEU.\E DEMOISELLE.
Que pourrait regretter le juste à la mort ? les biens de la terre? son cœur en a toujours été détache'. Ses parens, ses amis ? mais il sait qu'il ne les quitte point pour toujours. Nous nous reoerrons , disait h ses parens désole's une jeune demoiselle de Lyon , depuis longtems en proie au plus cruelles douleurs, nous nous recerrons. Elle mourut en prononçant ces paroles. On lui a élevé un superbe mausolée où elle est représentée assise et écrivant sur une colonne ces mots ; nous nous reverruns.
Rapporté par leP. GLORIOT.
DERNIÈRES PAROLES d'un ENFANT A SA MÈRE.
Un enfant ayant peu d'instans à vivre, et voyant couler les larmes de sa mère, lui dit : « Ne m'aviezvous pas appris que pour voir Dieu, il fallait mourir?.... » Et il avait à peine sept ans!....
MÉBAOLT, Enseignemtnt de la Religion^ MORT DE M. LANDAU , CURÉ DE SAINT-LYPHAR.
M. Landau , Curé de Saint-Lyphar , languissait depuis quelques tems dans les prisons de Nantes, lorsqu'au milieu de la nuit, il entend prononcer son nom ; on lui annonce qu'il faut partir ; c'était pour aller à la mort. Quelques heures après , il est précipité dans la Loire, attaché corps à corps à un vieux Religieux. Mais son heure n'était pas encore venue. La corde qui le liait au Rnligieux s'élant dénouée , il se met à nager de toutes ses forces vers le rivage. Bien-" tôt le bruit d'un bateau qui lend les ondes parvient jusqu'à lui. 11 regarde, et, à peu de distance , il aperçoit une barque dont le vent gonflait la voile, et qui cinglait rapidement. Ayez pitié de moi , s'écrie le Curé, je suis au moment de succomber à la fatigue. Le marinier entend cette voix , baisse la tête, voit le malheureux et s'empresse de l'arracher à la mort.
M. Landau resta caché dans un hameau pendant tout le tems de la perse'cution. Lorsque les jours mauvais furent passe's, les habitans de St.-Lyphar, qui savaient que leur Cure' avait e'té sauvé par un pêcheur de la Loire, vinrent le trouver en grand nombre, pour le supplier de revenir à son ancienne Eglise.
Le vieux Pasteur se devait à son troupeau, le père ne pouvait refuser ses enfans. Le jour du retour fut fixé. Dès le matin, on vit arriver au hameau des jeunes gens dans leurs beaux habits de fête. Plus tard vinrent lesanciens de la paroisse, amenant un cheval que personne ne montait, et qui était destinéà Monsieur le Curé.
On se met eu marche. Tous ceux qui a aient connu le prêtre dans son exil avaient été in\ités à venir à Saint- Lyphar pour assister à la fête du retour. Ils marchaient pêle-mêle, en s'entrelenant des vertus du Pasteur et des voies merveilleuses que la Providence avait employées pour le rendre à leur amour.
Le cœur du Prêtre était oppressé de joie ; ceux qu'il aimait comme ses enfans l'entouraient, et leur bonheur augmentait son bonheur. Chaque pas qu'il faisait le rapprochait des lieux qu'il avait tant regretîés. 11 allait revoir son modeste presbytère, sa vieille Eglise, et ce village où il s'était fait airaeren secourant la misère et en parlant de Dieu.
Déjà le cortège étoit parvenu aux vastes landes et
au marais qui entourent Saint-Lyphar Ce pays,
tout triste qu'il est, semblait plein de charmes au vieux Pasteur qui y revenait après un si long exil!.... bientôt il aperçut le clocher de son église.... A cette vue, il arrête son cheval, et faisant le signe de la croix, il s'écrie ; «• ô mon Dieu! ne m'éloignez plus de ce village ! accordez-moi d'y mourir en paix! d'y mourir au milieu de ces braves gens. »
Vivez! vivez long -tems! dirent les paysans qui étaient près de lui , et qui avaient entendu sa prière.
Vivez, Monsieur le Cure, pour élever ceux qui sont ne's pendant votre absence. Tenez, voyez nos femmes, elles viennent au-devant de rous avec leurs petits enfans; comme notre Seigneur, vous les laisserez approcher jusqu'à vous, et vous les bénirez.
• Oh oui ! oh oui, répondit le vieillard, je vous bénis, je vous bénirai tous chaque jour de ma vie... »
Il voulait ajouter d'autres paroles, mais son cœur était trop plein, il ne pouvait que pleurer; il ne pouvait que louer dans son âme le Seigneur qui l'avait sauvé de l'abime des eaux pour lui donner de si ineffables délices
Bientôt les transports de joie redoublent ; les femmes et les enfans s'étaient joint^au cortège. On était parvenu à l'entrée du village : là, étaient rassemblés ceux qui n'avaient pu aller au-devant du Pasteur, les malades et les infirmes. Deux prêtres revenus de l'étranger étaient aussi accourus pour fêter le confesseur de la foi: auprès d'eux brillaient la croix argentée et l'antique bannière, que la piété des habitans de Sainl- Lyphar avait cachées long-tems, pour les soustraire aux profanateurs des Eglises.
Arrivé à la première maison du bourg, le Cure descendit de cheval ; les Chantres entonnèrent alors le Psaume : Béni soit celui qui nous oient au nom du Seigneur, et la foule répéta le saint Cantique. Bientôt la soutane, le surplis et la chappe de lampas rouge à galons et à franges d'or, eurent remplacé les vétemens du prêtr» voyageur. Quand les bons habitans de Saint- Lyphar virent leur Pasteur revêtu de ses habits sacrés, leur bo'iheur s'accrut encore. Ils ne pouvaient se lasser de contempler son air vénérable Son front
était serein, son regard, voilé par des larmes de joie, semblait le regard d'un bienheureux qui goûte lesdélices du ciel. N'appartenant presque plus à la terre, il
marchait vers son Église. Son émotion était si grande, qu'il e'tait souvent obligé de s'appuyer sur le bras du prêtre qui était à ses côtés
Enfin , il voit la Croix et la Bannière s'incliner pour entrer dans son Église, où la foule se précipite; luimême est arrivé sous le porche Les portes sont
ouvertes.. .. Encore quelques pas, et le vieux Prêtre vaembrasseri'Auteldu Dieu desa jeunesse. Les cierges sont allumés .... L'encens fume — . Un grand silence règne Arrivé sur le seuil du Temple , c'est le Pasteur rendu à son troupeau qui doit entonner le cantique d'actions de grâces. Tous écoutent.... LTne voix forte retentit; c'est celle du Curéde Saint-Lyphar. Elle rifpète les paroles : Te Deum , Te Deum , laudamusL... et se tait tout-à coup.
On attend..... La voix ne continue point l'hymne de triomphe et de joie. Le Prêtre l'avait commencé çur la terre et l'achevait dans le Ciel. Car Dieu venait de l'appeler à lui.
ttttm Fndétnntt.
SIOBT DE M. LE DUC DE MONTMORKNCTf , LB 24 MARS ISS©*
Ce fut le 12 mars i8-'6 que M. le Duc Matthieu de Montmorency, pair de France , ressentit la première atteinte de la maladie qui l'a conduit au tombeau ; sa (amille et ses nombreux amis n'avaient pourtant pas perdu toute espérance ; les plus grands ménagemens étaient observés , et sa piété si éclairée avait su concilier les soins que son état demandait avec ses devoirs de chrétien.
On avait remarqué un mieux sensible pendant les premiers jours de la semaine sainte ; il en profita pour se préparer à communier, ce qui eu lieu dans sa chambre, le jeudi saint, à huit heures du matin. Vers midi , une promenade en voiture lui ayant été conseillée , il se rendit dans une Eglise et y passa quelque tenis en prières. Le lendemain ( vendredi saint ) , se
trouvant encore plus fortifie', M. de Montmorency demanda à aller à St. -Thomas d'Aquin ; accompagné de sa noble e'pouse et de M""^ la Vicomtesse de la Roche- Foucault, sa fille, il se rend à cette paroisse, et s'avance d'un pas assez ferme vers la chapelle du Saint- Sépulcre
11 était trois heures : le pieux malade avait choisi cette heure si sacrée, si solennelle pour un chrétien, l'heure où Jésus-Christ mourut en pardonnant à ses ennemis. A peine M. de Montmorency avait entr'ouvert ses lèvres pour prier, qu'un cri lui échappe: Je me meurs ! tout s empresse autour de lui, son épouse, sa fille en larmes , et tous les assistans. Le Prêtre en
hâte apporte l'huile sainte Vain secours! inutile
effort I tout était consommé.
Quotidienne du 26 mars l8ï6.