‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 58 sur 252 · TOUSSAINT AU LIT DE LA MORT · texte numérisé non relu

TOUSSAINT AU LIT DE LA MORT

Toussaint, auteur de p'usieurs ouvrages impies , fut attaqué d'une maladie de langueur dont il mourut après un an de souffrances. Pendant sa maladie, il manifesta le plus grand repentir, et reçu les derniers sacremens avec toutes les marques d'une grande piélé. Le jour même de sa mort il fit venir ses amis, demanda pardon des scandales qu'il avait donnés, et dit à son fils, alors âgé de quinze à seize ans, d'approcher et de se mettre sous ses yeux : « Mon fils, lui dit-il, écoutez et retenez ce que je vais vous dire. Je vais paraître devant Dieu, et lui rendre compte de tonte ma vie : je l'ai beaucoup offensé, et j'ai grand besoin d'en obtenir miséricorde Je vous z\ scandalisé par une conduite trop peu religieuse, et par des maximes beaucoup trop mondaines : me le pardonnez-vous? Ferez-vous ce qu'il faut pour que Dieu me le pardonne, arriverez-vous de vous-même à d'autres principes que ceux que je vous ai donnés ?,^..

— 118 I — Ecoutez bien , mon fils, les leçons tardives que je vous donne en ce moment. J'atteste Is Dieu que je vais recevoir et devant qui je vais paraître , que si j'ai paru peu chre'tien dans mes actions, dans mes discours, dans mes écrits, ce n'a jamais été par conviction ; ce n'a été que par respect-humain , par vanité, et pour plaire à telles et telles personnes.... Mettezvous à genoux, mon fils, joignez vos prières à celles des personnes qui m'entendent et qui vous voient; promettez à Dieu que vous profiterez de mes dernières leçons , et conjurez-le de me pardonner. »

Philosophes, c'est sur son lit de mort qu'un philosophe tient un pareil langage 1 .

M. TBlBArLT , ]tt$ $oafnlr$ i» tlngt'tmi VU ANCIEN MILITAIRE A SON FILS.

•Je veux que vous sachiez , mon cher Auguste , comment je fus amené à m'occuper de l'étude de la Religion, dont il semble que tout tende dans ce siècle à nous éloigner. Le voici : Vous vous rappelez le voyage que je fis, il y a quelques années, dans ma famille que j'affligeais vivement par mes principes irréligieux. À mon retour au régiment je reçus de mon père cette lettre qui fit sur moi la plus profonde impression, et qui changea tout-à-fait mes sentimens :

« Je vous ai dissimulé, mon cher fils, le chagrin profond que les sentimens d'irréligion, que vous affichez maintenant , m'ont fait pendant votre court séjour près de moi; mais la tendresse paternelle qui m'a fait redouter de troubler le bonheur que vous paraissiez goûter au sein de votre famille, m'oblige de vous adresser quelques réflexions sur un changement d'opinions dont les conséquences sont si graves. Il y a peu d'années, vous quittâtes la maison patarnelle dans des sentimens religieux'qui faisaient ma consolation { bëlâi ! je viens de revoir mon fils incrédule et impie*

— „ li9 «— Plus ce renversement dans toutes vos idées est considérable sur un sujet aussi important, plus les raison» qui l'ont de'terraine' doivent être fortes et frappantes; car pour vous conserver quelque estime, je me plais à me persuader qje ce n'est ni par faiblesse , ni par corruption que vous avcx abjurt- vos anciens principes.

» Que j'ai cependant de peine à concevoir que votre apostasie soii Teftet de nouvelles lumières I car depuis deux ans vous n'avez pu vous livrera des études sérieuses, vous n'avez point été entouré de savans. Quelle lumière subite a donc pu vous faire voir toutà-coup que vosanciennesopinions étaientdeserreurs? \ ous n'en aviez pas encore bien médité la valeur, je le crois ; mais enfin qui vous a convaincu sitôt; qu'à peine sorti de l'adolescence, vous deviez regarder votre père et tous vos aïeux comme des dupes ou des insensés? Car c'est la la conclusion nécessaire de votre opinion actuelle. Mon (ils, j'ai servi avec quelque gloire, pendant trente ans; j'ai vu beaucoup plus que vous n'avez vu ; j'ai lu et entendu beaucoup plus que vous n'avez pu lire et entendre; cependant j'ai conservé l'amour de ma religion; mon expérience et mes réflexions n'ont fait qu'augmenter ma foi; et vous, en quelques mois peui-élre , vous avez décidé que, mes princiques n'étaient que préjugés, qu'absurdités. Mais si de nouvelles lumières vous ont fait connaître combien je m'abusais, et que vous deviez rejeter mes principes, comment n'avez-vous pas voulu m'éclairer aussi.'' Comment n'avez-vous pas daigné faire part de découvertes aussi importantes à celui qui vous a donné tant démarques de son amour? Quelle ingratitude, quel égoïsmel Mais, non, encore une fois, je ne puis croire que vous ayez embrassé vos nouvelles opinions avec conviction.

« Serait-ce donc par faiblesse, par crainte des railleries et des sarcasmes de ceux qui vous entourent? Que ce motif serait vil! ne vous abusez point, mon fils , il est un courage plus difficile et plus noble que le courage assez commun qui fait affronter les périls et sacrifier sa vie dans les com^bats; c'est celui qui sait affronter le ridicule et sacrifier l'amour-propre pour être fidèle à sa conscience; le premier n'est quelquefois qu'un aveuglement passager, produit par Tenthousiasme de la gloire; mais le second est fondé sur l'énergie d'une âme raisonnable et le sentiment de la vertu.

Si ce n'est ni la conviction de votre esprit, ni la faiblesse de caractère , qui ont déterminé votre apos^ tasie, ce ne pourrait donc être que la corruption du cœur. Je ne m'appesantirai point sur celte question. Jugez-vous vous-même: vos mœurs sont-elles aussi pures que quand vous partîtes pour l'armée? \h qu'il m'est pénible de penser que vos principes, qui ne seraient peut-être pas changés si je vous avais envoyé au milieu d'une académie de sophistes subtiles, n'ont pu résister à la société de vos jeunes compagnons n'armes, qui n'ont probablement point la prétention de briller par la science et par la logique. »>

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Combien d'impies se seraient convertis à la mort, s'ils n'avaient point été obsédés par leurs complices I

EXEMPLE

Le jour de l'enterrement de Barras fi), mort en 1829, un homme incapable d'aucune assertion contraire à la vérité , voyant une foule considérable devant la porte du défunt, et beaucoup de gens qui montaient dans son appartement , y monta aussi"

(1) Un des plus fougueux révolutionnaires.

Avant que le convoi se mît en marche, il entendît un jeune homme et un vieillard qui parlaient au milieu du cercle. « Vous rappelez- vous , disait l'un, comme aux approches d" sa dernière heure, il nous insinuait qu'il verrait volontiers un prêtre, et comme je le rassurai en lui disant qu'il avait tout te ti-ms d'y penser? « Et moi , disait l'autre, ne lui ai- je pas fait honte, lorsqu'un peu plus tard il te'moigna le désir de parler à M. l'archevêque de Paris.'' Ah! si nous l'avions laissé faire, il aurait probablement fini d'une sotte manière , car il paraissait disposé à faiblir, et à se laisser aller à son idée de prêtres. »

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