‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 6 sur 252 · TRAIT RAPPORTÉ PAR M. RAXJZAN · texte numérisé non relu

TRAIT RAPPORTÉ PAR M. RAXJZAN

Dans une de ces instructions familières faites en l'église de St.-Etienne-du-Mont , pendant le mois d'octobre i82i , par M. l'abbé Rauzan , supérieur des Missionnaires de France , et qui avaient pour but de dissiper la profonde ignorance d'un très-grand nombre d'habitans de la capitale sur les vérités fondamentales de la Religion, on entendit ce nouveau Brydayne

raconter le trait suivant , avec une louchante simplicilt;:

Depuis plusipurs années j'exerçais mon ministère à la maison de refuge ; je fus instruit qu'une jeune fille , après vingt-quatre mois de séjour dans cette maison , était prête à la quitter , pour rentrer dans le monde. Je crus devoir lui adresser mes dernières instructions pour la fortifier dans l'araour de la Religion et dans l'atiachement à la vertu ; je la fis demander au parloir. Pendant que je lui donnais , avec toute la charité chre'licnne dont j'e'tais animé, des conseils salutaires , elle m'écoutait attentivement , et de tejBS en tems , oppressée par. la douleur, elle laissait échapper ces mots : Mon père , Dieu aura pitié de moi. Sans me rendre compte d'abord de cette exclamation, je continuai mes exhortations. Mais toujours elles étaient interrompues par ces paroles : Dieu aura pitié demoi. le soupçonnai alors que la pauvre fille attachait à ce discours un sens qui m'était inconnu. Je me hâtai de lui dire : «i Sans doute, ma fille, il aura pitié de vous , et quelle preuve plus forte voulez-vous des miséricordes de Dieu à votre égard, que le soin qu'il a pris de vous conduire dans cette sainte retraite i — Ah I mon père . me dit-elle en fondant en larmes , c'est qu'avant d'entrer à la maison de refuge ,Je ne saoais pas qu^il y aoait un Dieu. — Comment ! vous n'aviez jamais pensé qu'il existât au ciel un être suprême , créateur de tout ce qui existe ? — Non , mon père , je n'en avais jamais entendu parler. — Lorsque vous entriez dans une église , votre pensée ne se portait donc point vers Dieu ? — l'y entrais rarement , et je n'y faisais aucune réflexion pieuse. — Lorsque vous rencontriez un convoi , votre esprit ne s'élevait donc à aucune considération sur la mort et sur l'avenir ? — Non , mon père. — Ainsi . vous commettiez le mal et le bien avec [a même indifférence ? — La honte et

la crainte des châtimens me retenaient. » Après ces mots , ses larmes redoublèrent ; elle me promit de ne point s'e'oarler de ses devoirs, de ne jamais oublier les conseils qu'elle avait reçus depuis son séjour dans la maison de refuge ; je l'y exhortai tendrement , et avec tout l'inle'rêt que pouvait inspirer cet aveu plein de candeur.

Le Missionnaire , après ce re'cit , s'écria : Mes frères , ce n'est pas dans des contrées éloignées, dans des pays barbares , dans un misérable village , qu'on a trouvé cette ignorance même du nom de Dieu, c'est à Paris, au sein de cette capitale qui se proclame avec orgueil le centre des lumières.

BlLLBCOcq , Dtlaretigiom ChriMmaast

l'athée hdmilié et confondu.

Un impie , aussi léger dans ses raisonnemens que dans sa personne , se présenta un jour devant un pieux Jésuite, le P. Houdin. Mon père , lui dit-il brusquoment, vous voyez en moi un athée: le Jésuite recule d'effroi, et s'armant d'une lunette qu'il trouve sous sa main, il fixe les yeux sur le jeune fat. — Que faitesvous , mon père ^ — . Je regarde cette étrange bête qu'on appelle athée, que je n'avais pas encore vue. Ecrasé par cette parole de mépris , j'impie disparut aussitôt pour cacher sa honte etse dérober à la lumière

UCBACLT, ApotûgUimvotootairê$.

BERNAHDIN DE SAINT-PIERRE A l'iKSTITUT.

Lors de la création de l'Institut, Bernardin de Saint-Piere fut appelé à la classe de morale. En 1798, il fut chargé de faire un rapport sur les mémoires qui avaient concouru pour le prix. 11 s'agissait de résoudre cette question : (Quelles sont les institutions les pLs propres à fonder la viurale d'un peuple. Toutes les concurrens l'avaient traitée dans l'esprit de leurs juges. On

avouait sans pudeur les doctrines les plus perverses, les systèmes les plus honteux. Nulle part l'ide'e de Dieu ne servait de base aux principes de morale. Effraye (l'une perversité qu'il ne pouvait croire sincère, l'auteur des Etudes voulut ramener le siècle à des idées plus justes et plus consolantes, et il termina son rapport par un morceau plein d'éloquence sur l'existence de Dieu et la nature de la morale. Au jour désigné, il se rend à l'Institut pour y faire approuver son travail. L'analyse des mémoires fut écoulée assez tranquillement ; mais aux premières lignes de la déclaration solennelle de ses principes religieux, uncri de fureur s'éleva de toutes les parties de la salle. Les uns le persiflaient, en lui demandant où il avait vu Dieu et quelle figure il avait ; les autres s indignaient de sa crédulité; les plus calmes lui adressaient des paroles méprisantes. Des plaisanteries on en vint aux insultes; on outragt-ait sa vieillesse; on le traitait d homme faible et superstitieux ; on menaçait de le chaGser d'une assemblée dont il se rendait indigne, et l'on poussa la démence jusqu à l'appeler en duel, afin de lui prouver, l'épée à la main , qu il n'y avait pas de Dieu. Vainement, au milieu du tumulte, il cherchait à placer un mot; on refusait de l'entendre, et l'idéologue Cabanis, emporté par la colère s'écria : « Je jure qu'il n'y a pas de Dieu , et je demande que son nom ne soit jamais prononcé dans cette enc'einle ! » lîernardin de Saint-Pierre n'en veut pas entendre davantage, il cesse de défendre son rapport, et se tournant vers ce nouvel adversaire, il lui dit froidement: « Votre maître Mirabeau eût rougi des paroles que vous venez de prononcer. » A ces mots il se retire sans attendre de réponse, et l'assemblée continue de délibérer, non s'il y a un Dieu , mais si elle permettra de prononcer son nom.

Cependant M. de Saint-Pierre était entré dans la

bibliothèque. Épouvanté d'une scène sans exemple dans l'histoire des sociéte's humaines, il se porduade qu'il doit tenter un nouvel effort; il se hâte d'écrire quelques pense'es qui porteront sans doute la conviction dans rame de ses auditeurs, et rentre quelque temps après dans la salle des se'ances. Ses collègues s'e'tonnent de le revoir ; mais il reprend sa place, maigre' leurs clameurs, et demande à être entendu. Le discours qu'il prononça dans cette circonstance me'morable est un me'Iange touchant de douceur et d'e'nergie, et un modèle de la plus haute éloquence. Il prie, il console, il cherche à ramènera lui; voilà toute sa réponse aux insultes dont on l'accable. Il ne veut pas se faire à lui-même l'injure de prouver un Dieu : « Si je voulais vous prouver l'exisienre de l'auteur de » la nature, je croirais manquer à vous et à moi- « même; je me croirais aussi insensé que si je voulais M vous démontrer en plein midi l'existence du soleil. » Il dédaigne d'en appeler au spectacle de la nature: ce spectacle ne serait pas aperçu de ses adversaires, flétris par l'aspect de la société, mais il espère 1rs faire rougir de leur égarement, en les ramenant aux lois fugitives de cette époque ; il oppose à l'athéisme réfléchi de ses collègues, l'assentiment involontaire des représentans du peuple ^ de ces hommes couverts de crimes, qui n'osèrent pas nier le Dieu vengeur qui les attendait. Il pousse enfin ce terrible argument jusqu'à invoquer ce nom que nul être ne prononce sans effroi, Robespierre (i), au-dessous duquel la classe de morale aspirait à descendre. Qui le croirait ^ une si éloquente réclamation ne put triompher de l'endurcissement des cœurs ; le nom de Dieu ne fut pas prononcé.

(1) Robespierre fit décréter l'existence de Dieu.

Cette scène est sans contredit une des p!us scanda-f leusesde la révolution.

Peu de tems après la classe de morale fut supprimée-

AniÉ'HABTIIC , Vit de Btnuirdin de Sainl-Piirr».

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