TENTATION DE SAINT-FRANÇOIS DE SALES
Dieu permit que saint François de Sales éprouvât une tentation bien pénible. Comme il achevait ses études à Paris, n'ayant alors que seize ans, l'ennemi du salut jeta dans son imagination qu'il était du nombre des réprouvés. Celte tentation fit une telle impression sur son âme, qu'il en perdait le repos, et ne pouvait ni boire ni manger. 11 desséchait à vue
d'œil et tombait en langueur. Son pre'cepteur qui le voyait de'pe'rir tous les jours, ne pouvant prendre goût ni plaisir h rien, ayant un teint pâle, jaune, lui demandait souvent le sujet de sa mélancolie; mais le démon qui l'avait rempli de cette illusion était de ceux qu'on appelle muets, à raison du silence qu'ils font garder à ceux qu'ils affligent.
Il se vit en même tems privé de toute la suavité du divin amour. Les douceurs et le calme qu'il avait goûtés avec tant de contentement , avant cet orage, lui revenaient en la mémoire et redoublaient sa peine. « C'était donc en vain, se disait-il à lui-même, que la bienheureuse espérance m'allaitait de l'attente d'être enivré de l'abondance des douceurs de la maison de Dieu , et noyé dans le torrent de ses voluptés ! ô aimables tabernacles de la maison de Dieu ! je ne vous verrai donc jamais !.... «
Il demeura un mois entier dans ces angoisses et amertumes de cœur, qu'il pouvait comparer aux douleurs de la mort et aux périls de l'enfer. Il passait les jours dans des gémissemens douloureux, et les nuits, il arrosait sont lit de ses larmes. Enfin, étant entré, par une inspiration divine , dans l'Eglise de Saint- Etienne-des-Grés, pour invoquer la grâce de Dieu sur sa misère , et s'étant mis à genoux devant une image de la Ste.-Vierge, il pria cette mère de miséricorde d'être son avocate auprès de Dieu et de lui obtenir de sa bonté que , s'il était assez malheureux pour être destiné à le hdir pendant V éternité , il piît au moins f aimer de tout son cœur pendant la oie. Une prière si éloignée des sentimens d'un réprouvé fut aussitôt exaucée : les ténèbres qui étaient répandues sur son esprit se dissipèrent, et il demeura rempli de consolation et de joie.
Depuis il ne cessa jamais d'être animé des sentimens de l'espérance la plus vive et la plus inébranlable
— « 134 . — Ayant ele horriblement calomnie, il ne perdit point la paix de Tàme. Tl e'crivil à un de ses amis •' « On » vif lit de m'avertir do Paris qu'on déchire mes ve- ■ tomens d'une belle niaiiière; mais J'espère que » Dieu me les racommodera, de sorte qu ils seront » meilleurs qu'ils n'étaient , si cela est nécessaire pour * son service. »
Fi» dt SrPBAKÇOiS.