‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 70 sur 252 · RÉPONSE DE NOTRE SEIGNEUR A STE-CATHERINE DE GÈNES · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE NOTRE SEIGNEUR A STE-CATHERINE DE GÈNES

Sainte Catherine de Gênes dit un jour à Dieu : « Mon Dieu, vous voulez que j'aime mon prochain, mais je ne puis aimer autre chose que vous.. >» Le Seigneur lui répondit : Mafille, celui qui m'aime, aime ce que f aime, en aimant le prochain pour moi, il me prouve qu'il m'aime.

Vit it 5(e-CATHEBIXE de Gênet.

CHARITÉ ADMIRABLE d'uN SOLITAIRE.

Un s'ilitaire rencontra dans son chemin un pauvre estropié, couvfrt d'ulcères et de pourriture, et dans une'tat si mise'rable, qu'il ne pouvait ni g?gner sa vie, ni se traîner. Le solitaire , touché de compassion, le porta dans sa cellule, et lui donna tous les soulagemens qu'il put. Ce pauvre ayant repris ses forces, le solitaire lui dit ; Fuu/ez-vous , mon frère , demeurer mnc moi , je Jerai ce que je pourrai nour vous nourrir ; nous prierons et nous servirons Diru enseniLle. Oh 1 que vous me causez de joit , répondit le pauvre, que je suis heureux de trouver dans votre charité une rassource à ma misère!

Le solitaire qui ne gagnait sa vie qu'avec peine, redoubla son travail pour avoir Je quoi nourrir son pauvre, et le nourrissait mieux que lui même. Mais au bout de quelque teras , ce pauvre commença à murmurer contre son hôte, et se plaignit qu il le nourrissait mal. Hé/as! mon cher ami ^ lui dit le solitaire, /« vous nourris mieux que moi-même , je ne puisjaire autre chose que ce que je Jais-

Quelques jours après, cet ingrat recommença ses plaintes et vomit contre son bienfaiteur un torrent d'injures. Le solitaire les souffril avec patience, sans répondre une parole. Le pauvre fut honteux d'avoir parlé de la sorte à un saint homme qui ne lui faisait que du bien , et lui demanda pardon ; mais il retourna bientôt à ces mauvaises dispositicios, et conçut une telle haine contre le solitaire , qu'il ne pouvait plus le supporter. Je suis ennuyé de viore a\>ec toi , lui dit-il ^je veux que tu me reportes dans le chemin oii tu m'as trouvé, je ne suis pus accoutumé îi être si mal nourri. Le solitaire lui demanda pardon, lui promettant qu'il tâcherait de le mieux traiter.

11 f;<t inspiré d'aller chez un honnête bourgeois du voisinage, demander un peu do meilleure nourriture

-^ 139 — pour cet estropie. Venez fous les jours , lui dit le bourgeois, chercher de quoi le nourrir. Le pauvre en parut content ; mais au bout de quelques semaines, il recommença à faire de nouveaux et piquans reproches au solitaire. Vu^ lui dit-il, tu nés qu'un hypocrite^ tu fais semblant d aller chercher V aumône pour me nourrir, et c'est pour toi ; tu manges le meilleur en secret, et tu ne me donnes que les restes. — Oh ! mon frère, lui dit le solitaire, Vous m'accusez à tort; Je vous assure que je ne demande jamais rien pour moi , que je ne touche même pas il ce qu^on me donne pour vous. Si vous nètes pas content des services que je vous rends, ayez au moins patience , pour l'amour de J.-C , en attendant que je Jasse mieux. — Va , je n'ai pas besoin de tes remontrances , lui répliqua le pauvre ; et tout de suite il se saisit d'un caillou p* le jeta à la tète du solitaire qui e'vita le coup ; ensuite ce malheureux prit un gros bâton dont il se servait pour se traîner, et en donna un si rude coup au solitaire, qu'il le fit toaaber. Dieu vous le pardonne, lui dit le solitaire , pour moi je vous pardonne pour l'amour de lui le mauvais traitement que vous rne faites, — lu dis que tu me pardonnes, répliqua le pauvre , mais ce nert que du bout des lèvres , car tu voudrais déjà, me voir mort, — Je vous assure, mon frère, lui dit tendrement le solitaire , que c'est de tout mon cœur que je vous pardonne. Ce bon solitaire voulut l'embrasser pour marque do réconciliation; dans ce moment le pauvre le prit à U gorge, lui de'chira tout le visage avec ses ongles , et voulut l'étrangler. Le solitaire s'étant débarrassé de ses mains, ce furieux lui dit : Va f tu ne mourras jumais que de mes mains.

Ce charitable solitaire montra la même patience pendant trois ou quatre années. Pendant ce tems, on ne peut dire les indignités et les cruautés que ce pauvre lui fit essuyer, lui disant à tous momens qu'il voulait qu'il le reportât à l'endroit où il l'avait trouvé;

— ^140. — qu'il aimait mieux mourir de faim ou de froid , ou être de'vore par les bêtes, que de vivre avec lui. Le solitaire ne savait à quoi se de'terminer. D'un côté , il craignait qu'en reportant ce pauvre où il l'avait trouvé, il ne pérît de misère. D'un autre côté , il appréhendait^ de perdre patience avec lui. Dans cette perplexité il alla consulter saint Antoine sur ce qu'il devait faire.

Saint Antoine lui parla en homme inspiré de Dieu, et lui dit : « Oh ! mon fils , prenez garde ; la pensée (jue vous avez de quitter ce pauvre est une tentation du démon qui veut vous ôter votre couronnne : si vous l abandonnez. Dieu ne V abandonnera pas. — Mais, mon père , reprit le jeune Solitaire, je crains de perdre la patience avec lui. — Et pourquoi la perdriez-vous F répliqua le Saint, ne savez-vous pas que c'est envers ceux qui nous font le plus de mal que nous devons exercer plus généreusement notre charité? Quel mérite auriez-vou s d'avoir de la patience avec une personne qui ne vous ferait jamais de mal? Ne savezvous pas que la charité est une vertu courageuse, qui ne regarde pas les vices de ceux qui nous font de la peine , mais qui ne regarde que Dieu ? Ainsi, mon fils, gardez ce pauvre. Plus il est méchant, plus vous devez avoir pitié de lui. Tout ce que vous ha ferez par charité, J.-C. le tiendra fait à lui-même. Faites voir par votre patience que vous êtes disciple d'un Dieu souffrant, et souvenez-vous que c'est par la patience et la charité qu'on reconnaît un chrétien. Regardez ce pauvre comme celui dont Dieu se sert pour travailler à voire couronne.

Le solitaire suivit les avis de saint Anioine: il eut plus de charité pour ce misérable qu'auparavant , et ne cessait de prier pour lui. Dieu bénit une patience si courageuse ; ce pauvre se convertit entin, et vécut le reste de ses jours dans la pénitence et la sainteté.

fie du P«r«» du désert •

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