CHARITÉ DES RELIGIEUX DU MONT ST-RERNARD
L'Italie, baignée au midi par la Méditerrane'e, h l'est par le golfe Adriatique, est prote'ge'e à l'ouest et au septentrion par les Alpes, qui la séparent de la France , de la Suisse et de l'Allemagne. Au milieu de cette longue ceinture de montagnes , entre le Valais et le Val d'Aoste, et le Grand Saint-Bernard. Un gentilhomme savoyard , Bernard de Meuthon , qui y fonda un monastère dans le dixième siècle , lui donna son nom. 11 passe pour le point le plus élevé de l'ancien monde, où l'homme ait osé fixer sa demeure. C'est un séjour horrible ; il y règne un hiver éternel; l'oeil du voyageur, ébloui par l'éclat de la neige, cherche inutilement un morceau de verdure sur lequel il puisse se reposer; il ne rencontre pas un arbre , pas un arbuste, pas une plante; il y chercherait en vain la trace d'un animal, si ce n'est celle du chamois ou de l'alouette des Alpes : encore ces animaux ne se trouvent que sur les premières zones; car, à mesure que le voyageur s'avance en gravissant , il s'éloigne de tout ce qui respire : parvenu à une certaine élév ation, il se voit seul , absolument seul. Les nuages roulent h ses pieds; il n'aperçoit devant lui que des masses énormes de neige , groupées les unes sur les autres , et qui se perdent dans la nue; il n'entend que le bruit des avalanches qui se précipitent des montagnes avec un fracas épouvantable.
C'est sur la cîme de ce mont, dans ce pays oublié de la nature, que leur amour pour leurs semblables a réuni des hommes dont l'héroïsme est aussi noble, aussi pur que la vertu dans laquelle il prend sa source. Séquestrés du reste des humains, en communication seulement avec ceux que le hasard, la curiosité ou l'infortune amènent dans leur monastère, ces bons cénobites pratiquent tous les devoirs delà plus sublime humanité. Sans préjugé national ou religieux, ils ac-
CUfîllent avec le même empressement tous les hommes qui leur demandent asile, quelque soit kur rang, leur pays et leur doctrine. C< s diffeVcnces , dont les résultats sont si sensibles et quelquefois si funestes dans la socit^te' , ont disparu aux yeux de ces he'ros , comme les objets que le voy.igeur laisse derrière lui se confondent à ses yeux, à mesure qu'il avance.
Mais ce n'est pas aux services de l'hospilalite' que les solitaires du Grand Sainl-Eernard bornant leur bienfaisance ; le but essentiel de leur institution est d'aller au-devant des voyageurs qui pourraient s'être ëgarés, et à la recherche de ceux qui auraient été surpris par une avalanche, ou qui auraient cédé à ce besoin du sommeil auquel il est si difïirile de résister quand on est saisi par le froid, et surtout au milieu des neiges. Leurs jours de course sont ceux où la nature sembleredoubler d'horreur. C'est lorsque le tems est chargé de brouillards, ou que la neige tombe à gros flocons, que ces hommes intrépides se mettent en marche, lis sont pourvus de. longues perches ; des chiens fidèles marchent avec eux , et les guident sur la route qui a souvent disparu sous des monceaux de neige, ou les y ramènent , quand, volontaire'ient ou par accident, ils s'en sont écartés. Ces excellens animaux sentent un corps à quelque profondeur qu'il soit enseveli sous la neige. Ils jappent , ils grattent, et par là indiquent à leurs maîtres, sans jamais les tromper, l'endroit qu'ils doivent fouiller. Alors, avec la longue perche, on sonde le terrain, et le corps est bientôt dégagé. Qu'il soit mort ou qu'il ne soi: qu'asphyxié, on le porte avec la plus grande précaution au monastère , où tous les secours de l'art lui sont prodigués. Souvent on parvient à le rappeler à la \ie, quelquefois aussi il n'y a plus rien à faire pour lui, que de lui rendre les derniers devoirs.
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On dépose Ins corps dans um? chapelle située à l'est du couvent ; car tous les environs n'étant que du roc , il est impossible de confier ces tristes dépouilles à la terre. Dans cet endroit, les corps, couverts seulement d'un linceul , se corsirvent en se desséchant, sans être assujétis à la putréfaction. Us sont placés debout, vis-à-vis les uns des autres, en sorte que le dernier apporté a la tête appuyée sur la poitrine de celui qui le précède. Quelques-uns ont été reconnus par des parens ou des anus, deux ou trois ans après leur mort. En 1791, on comptait quatre rangées de ces morts stationnaires.
Qui peut , à la vue d'un tel récit , ne bas tomber h genoux d'admiration et de respect J Quel est l'homme, fût il froid et philosophe jusqu'au bout des ongles, qui ne soit attendri en contemplant ces héros extraordinaires, t^t mille fois plus au-dessus des sentimens vulgaires, que leur séjour n'est élevé sur toutes les habitations terrestres?
M. DE BOOLOenE. Mélange , Umt i.
MONSEIGNEL'R d'aPCIION, ARCHEVÊQUE d'aUCH.
On vint annoncer un jour à M. d'Apchon, Archevêque d'Auch, que le tcu avait prisa une maison de la ville. Il y accourt et apprend , en arrivant , qu'il restait dans un appartement de cette maison un enfant qu'on n'avait pu en retirer. A celte nouvelle, le charitable prélat est attendri jusqu'aux larmes; il propose une somme considérable à celui qui ira arracher cette proie aux flammes; le danger était si pressant qu'il rend insensible à ses offres et personne ne se présente ; il double la somme : tout demeure dans le silence. Il arrive jusqu'à deux mille écus et l'or toujours sans attrait ; nul ne s'ébranle. Alors M. d'Apchon ne prenant conseil que de lui-même, demande qu'on applique une échelle à la maison incendiée, et bravant tous les obstacles qu'on veut opposer à son zèle^ il
— . 1A4 « — monte à travers des flammes, entre dans la chambre où était l'enfant, reparaît bientôt tenant entre ses bras l'innocente cre'alure, redescend à travers les flammes, et la maison s'écroule. « C'est donc moi, s'e'crie alors l'intre'pide pre'lat , qui ai gagné les deux mille écus ; je les donne à l'enfant et ils seront sa dot. »
'Fertu du CUrgi.