PUNITION TERRIBLE ET EXEMPLAIRE
Heureux celui sur qui la vengeance divine s'exerce par des rhâtimens temporels, et qui en profite sagement pour éviter les peines de l'éternité! — Au sortir de notre révolution, un respectable ecclésiastique travaillait au salut des âmes dans un hôpital, et prodiguait les secours et les consolations de la religion aux
malades et aux blessés qui s'y trouvaient en grand nombre. On lui parla d'un soldat dont la vie paraissait un prodige dans l'e'tat de mutilation où il était. 11 eut la curiosité de le voir. Il sapprorhe, il aperçoit un homme dont la figure portait l'empreinte d'un grand calme. Mon ami, lui dit-il ,on m'a dit que vos blessures étaient très-graves. Le malade sourit : Monsieur, répondit-il, levez un peu la couverture. 11 la lève , et recule d'horreur en voyant que cet infortuné n'a plus de bras. Quoi, lui dit alors le blessé, vous reculez pour si peu de chose? Levez l.i couverture aux pieds ; il la lève et voit qu'il n'a plus de jambes. Ah ! mon enfant, s'écrie le charitable ministre, combien je vous plains! non, répond le malade, ne me plaignez pas, mon père, je n'ai que ce que je mérite; c'est ainsi que j'ai traité un crucifix. .le me rendais à l'armée avec mes camarades : nous rencontrâmes sur la route une croix, qui avait échappé à la fureur des patriotes; aussitôt on se mit en devoir de l'abattre. Je fus un des plus empressés, je montai, et avec mon sabre , je brisai les bras et les jambes du crucifix , et il tomba. A. mon arrivée au camp, on livra bataille, et <lès la première décharge, je fus réduit à l'état où vous me voyez. Mais Dieu soit béni, qui punit mon sacrilège en ce monde, pour m épargner en l'autre, comme je l'espère de sa grande miséricorde.
Reiraitt du P. SIMSCALCUI.
MABIE ANNE FITCH.
Marie-Anne Fitcii, née à Londres, en i78g,deparens protestants, dit un jour à son père qu'elle avait une antipathie contre Henri Vlll, parce qu'il n'aimait pas les crucifix. Choqué de cette déclaration, M. Fitch, quoique rempli d'amour pour sa fille, lai dit d'un ton sévère : — Vous êtes donc papiste. ( ÎSom bizarre sous lequel les protestants désignent par raé-
pris les calholiques )? serait-ce quelque français ou votre institutrice qui vous aurait inculque' ces sentimens? — iMadenioisHlle Filch répondit que non, et ajouta avec toute la candeur de son âge; elle était alors dans sa dixième année : — « Ecoutez, papa, je m'ennuyais beaucoup hier , pendant votre absence ; maman n'était pas bien, et je me disais ; si mon bon père était ici, je m'amuserais.... En levant les yeux et marchatjt dans la salle j'aperçus votre portrait, je le pris , le plaçai sur mon cœur et l'ambrassai en pensant avec reconnaissance h toute la fatigue que vous preniez pour me donner une existence heureuse; il me vint tout-à-coup dans la pensée que telles étaient sûrement les idées des catholiques, quand ils embrassent avec amour le crucifix; qu'il était sûr que ce n'était ni la peinture, ni la dorure qu'ils baisaient, mais le portrait de notre Seigneur, parce qu'il leur rappelait tout ce que J.-C. avait souffert pour eux. Mon cher papa, ajouta-t-elle. Dieu est mort pour les protestans comme pour les calholiques, je veux aussi avoir un crucifix. « — Le père ne répondit pas un mot au raisonnement; mais sa Marie-Anne, qui savait si bien trouver le chemin de son cœur, obtint la permission de recevoir une résurrection de Notre Seigneur, et que M. Fitch fit encadrer très-richement. Quelques années après Mlle Fitch eut le bonheur de »e convertir à la foi catholique.