‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 93 sur 252 · SUPERSTITIONS DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS DES PHILOSOPHES

Le duc d'Orléans, régent du royaume, fameux par son impieté et ses débauches, allait déguisé chez les Bohémiens, et montrait toute la crédule curiosité du plus supertitieux des hommes.

— Un vieux comte d'Anhalt Dessau ne croyait pas en Dieu ; mais, allant h la chasse, il rebroussait chemin, s'il lui arrivait de rencontrer trois vieilles femmes ; c'était , selon lui , un mauvais augure. Il n'entreprenait rien le vendredi qu'il regardait comme un jour de malheur.

— Diderot et d'Alcmbcrt croyaient aux sortilèges.

— T^e comte de Boulainvilliers, qui s'est acquis un nom par son impiété, étudiait sérieusement les secrets de la sorcellerie.

— Hobbes , incrédule le jour, ne couchait jamais seul la nuit, de crainte desrevenans.

— Le marquis d'Argens, si éloigné de toute idée religieuse, ne supportait pas d'être treize à table,

— La princesse -Amélie, sœur de Frédéric, roi ^e Prusse, ayant presque autant d'esprit et de philosophie que lui, se faisait dire la bonne aventure; et la moitié de la cour croyait à la femme blanche qui, armée de son grand balai, apparaissait dans une salle du château, et balayait de toutes ses forces quand il devait mourir quelqu'un de la famille royale.

— Le célèbre roi de Pruse, Frédéric- le- Grand, déplaçait lui-même les couteaux et les fourchettes qu'il voyait en croix sur la table, les regardant comme un signe de malheur.

— De nos jours, il existe à Paris une fameuse Bohémienne , appelée M"* Lenormand; par qui esUelle

le plus souvent consultée / par des hommes qui ne croient pas même en Dieu , et qui no rougissent pas d'ajouter foi à tout ce qu'elle leur dit. — Ces exi-mples et mille autres qu'on pourrait citer prouvt-nt qu il n'y a riiin de plus superstitieux qu'un incrédule, et qu'il sied bien mal aux ennemis de la Religion de crier à l'ignorance et à la superstition,

LE VENDREDI n'eST POINT UN JOUR DE MALHEUR.

Lou s XIII, surnomme' le juste, roi de France el de Navarre, e'tant tombe' dangereusement malade, on lui proposa de recevoir rExttême-Onclinn : sur quoi il voulut avoir l'ax is des médecins. Il demanda à Bouvart si sa maladie était sans remède. Sire , dit Bouvart, Dieu est. tout-puissani. Alors le Roi, d'un visage gai , d'un front serein , et d'un air riant , s'écria avec le prophète : Latalus sum in his qutz dicta sunt mihi , in domum Uomini iijimus.

Et dans l'opirjion qu'il mourrril le lendemain, qui était un vendredi , il ajouta aussitôt : « O la désirable ! O l'agréable nouvelle ! O l'heureuse journée pour moi, et véritablement heureux vendredi ! Aussi n'estce pas d'aujourd'hui que les vendredis me sont favorables. Ce fut un vendredi que je montai sur le troue , que jeremportai ma première victoireau Pont de Ce, que je pais *-aint-Jean-d'Angély , que je battis Soubise à lîle de Rhé.... mais ce veniredi me sera le plus heureux de toute ma vie , puisqu'il me mettra dans le ciel pour y régner éternellement avec mon i)ieu.

On voit que ce religieux prince était loin de regarder le vendredi comme un jour de malheur, et, en effet, le jour où par un prodige ineffable de charité et de miséricorde un Dieu est mort pour l»'s hommes, ne doit-il pas être regardé comme le plus heureux des jours '•

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c'est vne superstition de croire qve le nombre 13 est dangereux a table.

Le premier pre'sident du parlement de Rouen ne pouvant se re'soudre à se mettre à table , parce qu'il se trouvait le treizième, il fallut adhe'rer à la superstition, et faire venir une autre personne, afin qu'on fût quatorze. Alors il soupa tranquillement; mais à peine fut-il sorti de fable, qu'il fut saisi d'une apoplexie dont il mourut sur-le-champ.

Dieu ne punit pas toujours les superstitieux d'une manière aussi sensible , mais on ne peut douter qu'il ne les ait en horreur : « Seigneur , dit le psalmite, vous haïssez ceux qui observent des choses vaines et inutiles. »

L» P. LEBBCN , Bitt. critiqu» dei praUques Mupertlitieuut.

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