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Nouvelle géographie universelle [microforme]

Le nom même de l'Afrique montre qu’à une époque récente encore le continent n’appartenait pas au monde connu. Pour les Grecs cette terre était la Libye’, aux bornes ignorées, qui s'étendait au loin vers les régions du sud et du couchant; ils lui donnaient aussi, parmi beaucoup d’autres dénominations mythologiques où poétiques, les appellations vagues d’Eskhatie ou « Fin du Monde » et d'Hespérie ou « Contrée d'Occident » *, qui servit aussi à désigner l'Italie, puis l'Espagne, et, sous la forme arabe de Maghreb, est devenue le nom de la Maurétanie. Quant à ce mot d'Afrique, appliqué maintenant à l'ensemble du corps continental, on ignore quelle

* Nom dérivé d'un terme sémitique, en hébreu Loub, au pluriel Loubim, # D'Avezice, Esqusse générale de l'Afrique.

en fut l'origine. Est-il une désignation de l'antique Carthage, dans le sens de la « Séparée » ou la « Colonie », et rappelle-t-il ainsi la suzeaineté de la Tyr phénicienne !? Faut-il y voir une appellation générale des Berbères”, ou celle d'une peuplade seulement”, les Aourâghen ou Aourigha, ayant eu sa période de prépondérance? Quoi qu'il en soit, l'Afrique, ainsi nommée par Ennius avant la deuxième guerre punique, ne fut d'abord pour les Romains que la contrée libyenne voisine de l'Italie, le Tell tunisien, appelé maintenant encore Friga*, et c'est peu à peu que ce nom est devenu celui du continent, de même que l'Asie du Caïstre s'est agrandie jusqu'à englober l'Inde, la Sibérie et la Chine, et qu'en Europe l'Ile-de-France a donné sa dénomination à l’ensemble des Gaules. Peutêtre la ressemblance du nom Afrique avec celui d’un héros mythique, fils d'Hercule, le « Noir » ou le « Sauvage », a-t-elle contribué pour une certaine part à faire désigner ainsi le « pays des Monstres », la région si longtemps inconnue et redoutée,

Désormais reconnue sur tout son pourtour, l'Afrique, la partie de l'Ancien Monde la mieux délimitée, peut être considérée comme une île immense ; seulement un pédoneule, ayant 190 kilomètres de large, unit l'Égypte, terre africaine, à l'Arabie et à la Palestine, territoires asiatiques. Cet isthme lui-même n'est qu'un ancien fond fluvial et marin. Au nord, ses terres sont des alluvions de la Méditerranée; au midi, elles ont été déposées par la mer Rouge, tandis qu'entre les deux zones du sol marin s'étendent les restes d'un ancien delta du Nil, qui communiquait peut-être avec le Jourdain, à en juger par la parenté des faunes. L'isthme de Suez n'existait pas à l'époque tertiaire, mais d'autres bras continentaux unissaient l'Égypte à Cypre et à la Syrie, car nulle part sur la rondeur de la Terre on ne voit des golfes rapprochés aussi différents par leur faune que le sont le golfe de Suez et celui de Gaza’, Mais si les eaux de la mer des Indes sont restées complètement distinctes de la Méditerranée depuis la période éocène, si ce n’est peut-être par un bras sans profondeur, à l’époque quaternaire, le travail de l'homme les fait communiquer désormais; grâce à son industrie, les deux flots se mêlent dans le port intérieur du lac Timsäh, et par les plus grands navires la eireumnavigation de l'Afrique peut se faire en entier. Comparées au continent méridional, si parfaite-

1 Suidas; — D'Avezac, ouvrage cité: — Duveyrier, Notes manuscriles, La racine sémitique faraga à le sens de séparer, diviser.

# Barth, Reisen, vol, 1, — Egli, Etymologisch-Geographisches Lexikon.

5 Gaffarel, L'Algérie, p. 552.

“ Duveyrier, Notes manuscriles.

5 Neumayr, Zur Geschichte des üstlichen Mittelmeerbeckens.

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ment limité, les deux autres parties de l'Ancien Monde paraissent se confondre en une seule : la dépression qui longe la base orientale des monts ouraliens, du golfe de F'Ob' à la Caspienne, et l'isthime de Maniteh, entre la Caspienne et le Pont-Euxin, ne sont poiat des traits géographiques ayant comme zones de séparation la netteté du sillon maritime de Suez à Port- Naid.

Cependant, si bien limité que soit actuellement le continent d'Afrique, il n'est point aussi distinet de l'Europe et de l'Asie qu'on pourrait le croire d'après le tracé de ses rivages; même quelques-unes de ses contrées se rattachèrent directement aux pays d'outre-Méditerranée, I fat un temps où le détruit de Gibraltar n'existait pas et où l'Atlas s'unissait par des chaines en échelons aux montagnes parallèles de la Sierra Nevada; encore à la fin de la période pliocène, la Tunisie tenait à la Sicile et à ltalie par une large zone de terres dont les deux îles maltaises sont un faible débris ; la Grèce était unie par de vastes plaines arrosées de fleuves où venaient boire les éléphants et plonger les hippopotames", Quoique séparée de FEspagne et de l'Italie, l'Afrique nord-occidentale est encore par sa géologie, de mème que par son histoire naturelle et son elimat, une terre essentiellement méditerranéenne, et forme avec le littoral opposé de l'Europe une région distincte : des deux côtés de la Méditerranée les mêmes fossiles se retrouvent dans Îles roches anciennes ; une flore et une faune semblables se sont emparées actuellement du sol. Les pays du littoral maurétanien différent beaucoup plus de la Nigritie, dont ils sont séparés par le désert, que de la Provence, située par delà les grandes eaux; ainsi que le disait déjà Salluste, l'Afrique, prise dans le sens étroit de Maurétanie, est une partie de l'Europe. À l’est, les côtes éthiopiennes de la mer Rouge appar- Uüennent aussi aux mêmes formations que les rivages opposés. Climat, productions et peuples se ressemblent de chaque côté du grand portail de Bäb el-Mandeb, dans l'Éthiopie et le Yemen.

Très massive de contours, l'Afrique ressemble aux deux autres continents du sud, l'Amérique méridionale et l'Australie, par le tracé général de ses côtes. Elle est même moins découpée que la moitié correspondante du Nouveau Monde et ne se complète pas comme l'Australie par toute une plétade d'îles grandes et petites, parsemant les mers au nord et à l'orient. La grandeur de ses dimensions contribue à donner une lourde apparence au continent africain. La surface qu'il occupe est évaluée à près de 30 millions de kilomètres carrés, plus de trois fois la superficie de l'Europe,

! Ramsay; Zittel; Neumayr, ete, 2 D'après Behin et Wagner, 29 825 250 kilomètres carrés.

Û NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE,

quatre fois celle de la Nouvelle-Hollande, Et pourtant le développement du littoral africain est notablement moindre que eelui de l'Europe. Tandis que ce dernier continent n'a pas moins de 51900 kilomètres de côtes, sans tenir compte des mille petites indentations, comme celles des Gords de la Scandinavie et des firths écossais, l'Afrique a seulement 28 500 kilomètres de pourtour maritime, et sur cet espace, que de longues étendues où nulle part le rivage ne s'infléchit assez pour décrire une simple erique! Dans son ensemble, le continent libyen a a forme d'un ellipsoide orienté du nord au sud, sur lequel se greffe à l'ouest, du cap Bon au golfe de Guinée, une masse semi-elliptique, de contours encore moins accidentés. Les deux traits qui modifient le plus la régularité massive des contours sont : à l'ouest, la courbe rentrante du littoral, qui permet aux eaux de l'Atlantique de doubler la largeur de leur bassin, et à Fest, la péninsule aiguë qui se termine par le cap Guardafui et reparait au large par l'ile Socotra, Cette côte avancée de l'Afrique orientale, que la manche d'Aden sépare des grèves de l'Hadramaout, suit une direction qui est précisément celle de l'extrémité sud-orientale de l'Arabie, Par ce trait de sa configuration, de même que par son climat, cette péninsule de l'Asie semble appartenir à l'Afrique; c’est une terre de transition qui fait partie des deux mondes à la fois.

La forme si régulière du continent africain porterait à croire qu'il offre dans son ensemble une grande Simplicité de plan, qu'il se distingue par l'unité de son architecture, I n'en est pas ainsi. L'Europe, malgré la variété de ses mille découpures, peut être comparée à un corps organisé pourvu d'une épine dorsale et de membres: l'immense Asie équilibre ses plaines et ses péninsules autour d'un faite suprème, le « Toit du Monde » ; les deux Amériques ont leurs cordillères occidentales et à l'est leurs vastes

plaines fluviales, que séparent à peine de faibles seuils de partage. L'Afrique,

| en comparaison des autres masses continentales, est une terre presque | informe, d'une organisation rudimentaire, sans massif central, ni versants | réguliers. Cependant les montagnes côtières qui s'élèvent dans l'Afrique

orientale, parallèlement au littoral de l'océan Indien, peuvent être, à certains égards, considérées comme formant, sinon l'épine dorsale, du moins la chaîne bordière d’un faite du continent. Malgré les larges brèches où passent les fleuves Limpopo, Zambézi, Djouba, on reconnait comme le reste d’un rempart dans l’ensemble de montagnes qui commence aux régions du Cap et se prolonge au nord jusqu'au massif éthiopien. C'est

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RELIEF DU CONTINENT AFRICAIN, ÿ dans cette zone de montagnes hordières que se dressent les pies les plus élevés de l'Afrique, les voleans éteints Kilima N'djaro et le Kenia, peut-être les sommets que les anciens appelaient les « Montagnes de la Lune », A

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l'ouest de ces pies s’aligne sur le plateau une rangée parallèle d'autres volcans, dont quelques-uns émettraient encore de la fumée, et de l'autre côté du Nyanza une troisième chaîne, dominée par les pitons du Mfoumbiro et du Gambaragara, formerait la crête bordière occidentale, faite de séparation entre le haut Nil et des affluents du Congo. Dans cetie région,

le plateau faitier a près de 900 kilomètres en largeur. Il se termine au nord par le groupe des monts abyssiniens, citadelle de rochers dont le socle dépasse en puissance celui de tous les autres systèmes orographiques du continent. Les hauteurs de l'Éthiopie font face à celles du Yemen et sont comme elles un fragment de la bordure qui se développe autour de la mer des Indes et de l'océan Pacifique, du cap de Bonne-Espérance au cap Horn, en un immense demi-cerele de 40 000 kilomètres, égal à la circonférence du globe.

Quoique l'Afrique n'ait pas encore été explorée dans son entier, on la connaît assez pour en figurer le relief dans ses traits principaux. Plus massif, moins découpé dans ses contours que les autres parties du monde, le «continent noir » est aussi moins ouvré à l'intérieur par le travail d'érosion des eaux : l'élévation moyenne de ses terres est supérienve à celle de l'Europe et de Asie, quoique pourtant il n'ait guère de montagnes égales aux grandes Alpes et au Caucase, aucune qui puisse se comparer à l'Himalaya. L’altitude du continent, considéré comme un bloc à pans verticaux et à surface horizontale, est évaluée par Chavanne au moins à 580 mètres", au plus à 660 mètres”, et dépasserait ainsi la hauteur de l'Asie. Une ligne oblique, tracée des côtes de Loanda sur l'Atlantique, au bord de la mer Rouge, entre Souakin et Massaouah, limite une région qui, dans son ensemble, est un plateau presque continu, portant ses massifs montagneux sur des socles de 1000 à 1500 mètres de hauteur. Le bassin du Congo et celui du Nil, s'entremélant par quelques-uns de leurs affluents dont les seuils intermédiaires sont indécis, bornent au nord et à l’ouest celle région des plateaux, qui comprend environ le tiers du continent africain. De l'autre eôté de la dépression médiane, les hautes terres recommencént, mais avee un moindre relief et beaucoup plus divisées que celles de l'Afrique méridionale et orientale. Un de ces groupes de proéminences s'élève entre le Congo et le Niger ; un autre entre le Nil et le lac Tzâdé ou Tsàd; en plein Sahara se dressent les deux massifs insulaires du Tibesti et de l'Âhaggar ; à l'ouest, un rehord de plateaux et de montagnes se développe parallèlement au littoral de la Guinée septentrionale et de la Sénégambie ; enfin, les montagnes de la Maurétanie, cet Atlas que des fables figuraient anciennement comme un dieu soutenant de ses épaules. le poids du firmament, constituent dans l'Afrique un système distinct, qui se rattacha jadis aux chaînes de l’Europe méridionale. Au sud des monts

1 Afrika, im Lichte unserer Tage.

* Miltheilungen der geographischen Gesellschaft in Wien, 1881.

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