HAUTE NUBIE
dessinées sur les cartes comme faisant partie du système orographique de l'Abyssinie, en sont séparées par de larges plaines intermédiaires : telles sont, par exemple, les montagnes des Goumous, qui dominent à lorient la vallée par laquelle P'Abât où Nil Bleu achève le demi-cerele de son cours supérieur et gagne définitivement la plaine', Quelques contreforts, qui se rapprochent du fleuve etau-devant desquels s'avancent des promontoires du versant opposé forment une dernière eluse au Nil d'Éthiopie, En amont, une haute roche isolée, l'Aboû-Danab des Arabes, le Toulou-Soghida des Galla, se dresse près du confluent de l'Abàt et du Djabous : c’est la « monlagne du Sel», dont les sources abondantes n'ont pas encore été analysées pur des Européens, Au delà, vers le sud-ouest, le Toumat et le Djabous, grands affluents du Nil Bleu, longent la base orientale d'autres montagnes où d'un ancien plateau que les eaux courantes ont découpé dans Lus les sens : ce sont les monts des Berta, fameux par leurs laveries d’or, raison déterminante de la conquête égyptienne.
Les montagnes des Berta, puis celles des Lega, dont les plus hauts toulou où sommets dépassent 5000 mètres, mais dont l'altitude moyenne serait d'environ 1500 mètres, se prolongent au sud vers les sources des aflluents du Sobat et, par des chaînons intermédiaires que les voyageurs européens n'ont pas encore explorés, vont rejoindre les plateaux du Kaffa, Mais au nord les saillies s'abaissent graduellement ; les plaines intermédiaires s'élargissent, puis se rejoignent et les chaines ne sont plus indiquées que par des roches insulaires apparaissant au-dessus des Lerres basses, d'abord en assez grand nombre, puis de moins en moins hautes, de plus en plus éloignées. À l'ouest du pays de Fazogl, un de ces masals isolés, le puissant Djebel-Tabi, en partie couvert de bois, élève ses erèles à plus de 1500 mètres. Plus loin, un cône de granit rouge, le Djebel- Goulé, c'est-à-dire le « mont des Bois » ou, d'après Marno, le « mont des boules », que les Fougn ou Found; désignent comme leur berceau, atteint S46 mètres; encore à l'ouest, on voit quelques mornes se succéder au milieu des steppes qui bordent la rive droite du Nil Blanc; le plus haut est le Defalang, naguère borne ethnique entre le pays des nègres Denka et celui des Arabes Aboù-Rof. Les deux zones riveraines du Nil Blane et du Nil Bleu, de chaque côté de la Mésopotamie du Senàr, sont d'une grande fer- Ulité, grâce aux alluvions qu'ont apportées les fleuves et à l'humidité qui LS pénètre; mais la région intermédiaire, qui forme le socle des roches éparses, présente en maints endroits l'aspect de la steppe : le sol est revêtu
UM, Schuver, Reisen im oberen Nilgebiel, Vetermann's Mittheilungen, Ergünzungsheft n° 72.
de hautes herbes au milieu desquelles apparaissent des mimeuses an mince et délicat feuillage. Les populations, sédentaires sur la rive du fleuve, sont presque toutes nomades dans les plaines herbeuses qui entourent les montagnes de la presqu'ile.
A l'orient de la basse vallée du Nil Bleu, les plaines présentent un caractère analogue : boisées et fertiles au bord des fleuves, elles deviennent arides loin des cours d’eau, à la base des rochers où des montasnes qui se dressent çà et là. Dans la région du Gedàref, entre le Rahad et PAthara, ilest rare qu'on aperçoive un arbre, la plaine est rase comme une lande, Parmi les massifs isolés qui sont parsemés dans les steppes à l’est du Xi Bleu, le plus remarquable est celui d'Aboû-Ramleh ou du « Père des Sables », haut de 500 mètres à peine, mais superbement flanqué de tours
de granit qui se superposent en énormes degrés : dans les vides laissés par
les bastions de pierre croissent des baobabs balançant leurs branches ane dessus de l'abime; çà et là quelque cabane, qui de loin ressemble à une ruche d’abeilles, se niche entre les blocs au pied du tronc gigantesque, Dans la steppe du nord, le mont le plus avancé, le Djebel-Arang, qui s'élève seulement à 600 mètres de hauteur absolue, non loin de la rive droite du bas Rahad, est en grande partie couvert de forêts, et parmi les arbres se trouvent même des baobabs, qui atteignent en cet endroit la limite septentrionale de leur zone de végétation. Au Djebel-Arang succède, du côté de l'est, le Djebel-Abach, puis au sud la plaine est parsemée d'autres sommets en cônes distincts où en massifs, quelques-uns de granit, mais presque tous d'origine volcanique : quelques-uns même sont couronnés de basaltes colomnaires affectant des formes diverses, péristyles, bûchers où faiseaux divergents, Ces hauteurs, se dressant au milieu des steppes, reçoivent une part d'eau de pluie plus considérable que la plaine, et l'ean, ruisselant rapidement sur les pentes, va se perdre dans le sable ou les graviers qui entourent l’escarpement rocheux, Pour avoir de l'eau pendant la saisoi sèche, les indigènes creusent le sol à l'issue des ravins®: ces mares, entourées d'arbres pour la plupart, sont désignées sous le nom de kharif, comme Ja saison pluvicuse qui les emplit. Dans les lits desséchés des rivières s'ongourdissent les crocodiles : certains poissons, notamment le siluroïde sinodontus, se dessèchent dans la vase profonde pour renaitre à la saison des pluies”,
La ligne de faite entre le bassin du Nil et le versant de la mer Rouge se
ÿ Sehuver, mémoire cité,
# Th, von Moulin, Reisen in Nordost-Afrika. * E, Mano, Petermann's Müttheilungen, 1872, n. VL
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MONTAGNES, CLIMAT DE LA HAUTE NUBIE. d19 compose de massifs irréguliers de hauteurs variables, mais ne s’abaissant guère à moins de 1000 mètres d'altitude : les roches primitives, les for-
nations volcaniques alternent dans cette région montueuse qui offre en l D
maints endroits l'aspect d'un plateau raviné, À l'issue des vallées qui des-
cendent des hautes terres éthiopiennes, notamment sur le versant septentrional des montagnes de Nakfa, se voient des amas de débris que M. de Heuglin n'est pas éloigné de prendre pour les moraines d'anciens glaciers !, correspondant à ceux dont Fraas à reconnu les traces dans la péninsule de Sinai. Des deux côtés de la mer Rouge, les roches de granit, complètement dépourvues de végétation el n'ayant d'autre éclat que celui de leurs bandes cristallines multicolores, se ressemblent par la hardiesse des formes et la splendeur du coloris. Un des massifs les plus superbes de la côte occidentale est le mont Chaba, qui se dresse isolé au-dessus de la dépression marécageuse dans laquelle se perdent les eaux du Barka. La vaste péninsule de terres alluviales qui s’avance en cet endroit dans le bassin de la mer Rouge prouve que le fleuve était beaucoup plus abondant autrefois qu'il ne l'est de nos Jours.
Le climat de la haute Nubie est un climat de transilion entre la zone humide des régions équatoriales et la zone des pluies rares, où s'étendent les déserts nubiens, Cependant 1! n’est pas une seule partie de la contrée qui n'ait sa saison des pluies, plus ou moins abondantes. À Khartoum, situé sous la latitude médiane de la haute Nubie, le kharif commence parlois en mai, plus fréquemment en juin ou en juillet et se termine en septembre : ce sont toujours les vents d'est où du sud-est, c'est-à-dire ceux des alizés méridionaux de la mer des Indes, qui apportent l'humidité : mais après les pluies les vents secs du nord reprennent le dessus el soullent constamment jusqu'en mars, époque de l'équinoxe : ils abaissent parois la température jusqu'à 10 degrés centigrades, et dans cette saison il serait imprudent de sortir sans manteau le matin ou le soir : l'écart journalier de température est d'environ 16 degrés”, Durant le kKharif, le séjour au bord des rivières souvent inondées est dangereux à cause des fièvres paludéennes, et nombre de tribus se retirent alors dans les hautes régions
de l'intérieur*, Les ibis blancs et les ibis noirs, très communs dans la val-
! Reiser in Nordost-Afrika .
lempérature moyenne de Khartoum : Année, 28,5. Janvier, 19,7. suillet, 55,1, Février, 29,9, Août, 20,8. Murs, 98,6, Sept. 99,5. Avril, 50,2. Octoh, 29,2, Mai, 53.2. \ov. 27,9. Juin, 09,1. Déc, 25,6.
(ann, Zeitschrift der üsterreichischen Gesellschaft für Meteorologie, vol, X.) 5 Frédéric Cailliaud, Voyage à Méroë.
lée du Nil Bleu pendant la saison sèche, disparaissent également avant les pluies, « par crainte de la malaria », disent les indigènes.
La haute Nubie se divise naturellement en région agricole et en région de pâturages, suivant labondance des pluies et des eaux courantes, fa nature et l'altitude du sol, Dans le pays du Fazogl et sur les bords du haut Djabous, la végétation arborescente est presque aussi touflue que dans les vallées les plus verdoyantes qui entourent les grands aies, En dehors de la zone des forêts qui entoure dans presque loute son étendue la citadelle des plateaux éthiopiens, et qui se prolongent sur les bords des rivières, les bouches des vallées et les coteaux sont par excellence le pays des cultures; grâce à leurs alluvions fertiles ainsi qu'à leur excellent elimal, ces contrées pourraient devenir un jour un des pays de production les plus riches de la Terre pour le coton et le tabae. La steppe où Æhalah, dans laquelle se perdent les eaux, ne peut guère être utilisée que comme terrain de pâture; cependant il s'y trouve aussi de vastes espaces couverts de baobabs, de palmiers doûm, de Ltamaris et de mimeuses gommifères, dont les produits, connus sous le nom de tale, sont bien inférieurs aux gommes du Kordofän. Dans le Senär, de même que dans le Kordofän et le For, sur les confins des régions où les eaux sont rares, les troncs creux des baobabs, dont quelques-uns ont jusqu'à vingt-six mètres de tour, sont fréquemment utilisés comme citernes naturelles", Pendant la saison des pluies, on les emplit d'eau; quelques troncs reçoivent ainsi pour la saison des sécheresses une réserve liquide de SO à 90 mètres cubes; grimpant à Ja naissance des branches, les indigènes puisent au moyen de seaux en cuir l'eau contenue dans leur baobab, Dans la partie septentrionale du Soudan, quelques étendues méritent le nom de déserts, et les dunes v déroulent régulièrement leurs vagues, usant la base des rochers; sur la route de Berber à Souxkin, un bloc de granit isolé, l'Aboû-Odfa, à été ainsi limé sur tout le pourtour de sa base et tôt où Uurd là lourde roche, brisant son étroit pédoncule, roulera dans le sable*. Toutes les pierres et les parois rocheuses de celle région déserte de la haute Nubie sont uniformément recouvertes d'une sorte de vernis noirâtre dont on ne s'explique pas l'origine’; ces murs sombres donnent à l'ensemble du paysage quelque eliese de grandiose et de formidable que n'ont pas d'autres régions dont les montagnes sont plus
hautes et les escarpements plus abrupts.
Callaud; — Trémaux: — d'Eseavrac de Lautures — Matteucei; — Massari; — Dellrame; Wilson and Felkins; — Marno,
# Colborne, Cornhill Magazine, may ISS4,
SR. Hartmann und Barnim, Reise durch Nordost-Afriha.
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