FAUNE, POPULATION DE L'AFRIQUE
nombreux de décade en décade, qui ont parcouru les contrées de lintérieur, en ont du moins rapporté des impressions générales suffisantes pour que l’on puisse elasser ces pays parmi les régions faiblement ou fortement peuplées. IL en est où les habitants se pressent en multitudes aussi denses que celles de la Belgique. Dans certains districts fertiles, les villages suivent les villages en zones continues d'habitations, se développant sur des longueurs de plusieurs lieues. Les bassins du Tzädé et du Dhiôli-ba ou Niger, ainsi que presque tout le territoire de la Nigritie, au sud de la zone déserte du Sahara, sont très populeux; de mème une partie dela région des grands lacs, le delta, les bords du Nil dans le pays des Chillouk et les contrées que parcourent le Congo et ses principaux affluents. C'est à deux cents millions d'hommes au moins qu'il faut évaluer la population totale du continent; il y a près d'un siècle, Pinkerton et Volney ne lestimaient qu'à trente millions d'hommes; plus tard, Balbi s'arrêtait au chiffre de soixante millions, qui fut longtemps accepté comme le plus probable. Peu à peu, les explorations des voyageurs permettront de diminuer la part des
* hypothèses dans ces chiffres approximatifs".
On donne fréquemment à l'Afrique le nom de «continent noir », comme si tous les habitants étaient des nègres proprement dits, offrant un type analogue à ceux des riverains de l'Atlantique équatorial : l'appellation de Beled es-Soudän ou « Nigritie » se trouverait ainsi étendue à l’ensemble de la masse continentale. Mais les vrais nègres, quoique formant peut-être la majorité des habitants de l'Afrique, n'occupent pas même la moitié du territoire : les autres régions, au nord, au sud, à l’est, appartiennent à des nations et à des tribus différentes par l'aspect physique et groupées en races où en sous-races distinctes, On a prétendu que tous les peuples de l'Afrique, tous les « enfants de Cham », des Berbères aux Hottentots, descendent d’une même souche originelle et que leurs divergences, s’opé- ‘ant par transitions graduelles, proviennent de laccommodement à des milieux différents? ; mais ce n’est là qu’une hypothèse dont la preuve ne peut être faite, et l’on est surtout frappé des contrastes ethniques, originaires ou dérivés, que présentent du nord au sud les diverses populations afriaines. Entre les divers groupes de noirs, pour ne parler que de ceux-là, les différences de charpente osseuse, de musculature, de physionomie, de coloration, de même que la variété des langages, constituent des oppositions aussi tranchées que celles des blancs d'Europe et des jaunes de l'Asie
* Évaluation de la population africaine, en 48892, par Behm et Wagner, 205 895 260 habitants. # Antoine d'Abbadie; — Robert Hartmann, les Peuples de l'Afrique.
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orientale ‘. Toutefois les classements proposés par les ethnologistes, d'après les ressemblances physiques et les affinités de langage, n'ont encore qu'une valeur conventionnelle et provisoire. [est un grand nombre de peuplades dont on ne connait guère que le nom et que l’on classe tantôt dans un groupe, tantôt dans un autre : on (tonne parfois dans le chaos des appellations de peuplades, de tribus et de familles que les voyageurs ont recucillies dans les diverses parties de l'Afrique ; ici, le même nom est celui de deux nations distinctes; ailleurs, c'est à un mème groupe que s'appliquent différentes dénominations portées sur les cartes comme appartenant à des populations séparées.
La région méditerranéenne du continent libyen diffère du reste de l'Afrique par ses habitants aussi bien que par son histoire géologique, la forme de son relief, sa flore et sa faune. Le fond de la population maurétanienne se compose de Berbères (Imâzighen et Imôhagh), qui ressembient beaucoup plus aux habitants d'Europe que les autres Africains : parmi eux, on rencontre plusieurs tribus où les yeux bleus et les chevelures blondes ou châtain clair ne sont pas rares, et l'on a été souvent tenté d'y voir, bien à Lort, des colonies européennes. Ilest probable que ces populations berbères sont les frères des Égyptiens primitifs ; il serait même possible qu'aux âges préhistoriques une même souche ethnique eût peuplé l'Europe méridionale et le littoral de la Berbérie des deux côtés de la Méditerranée ; comme les espèces végétales où animales, les populations seraient en partie d'origine commune. Au sud de la Maurétanie, des Berbères peuplent aussi les oasis et les vallons des montagnes au milieu du désert, et quelques-unes de leurs tribus, désignées sous le nom de « Maures », habitent même, au sud du Sahara, la rive droite du Sénégal. Parmi les Berbères, diverses peuplades, — telles les Imôhagh ou Touûreg de l'Âhaggar et de l'Âzdjer et les Imâzighen ou Kabyles, c’est-à-dire les « Tribus », principalement celles du Maroc, — paraissent être de race pure, mais dans les plaines et surtout dans les villes des croisements à l'infini ont modifié le type de mille manières et donné naissance à des populations métisses, connues sous les noms les plus divers. De même qu'en Europe le sang « maure » coule encore dans les veines des Andalous, des gens de Murcie, de Valence et des Algarves, de même en Afrique, Phéniciens, Romains, Vandales, Espagnols, Provençaux, ltaliens, Grecs et Français ont laissé quelques traces de leur passage, soit comme esclaves, soit comme conquérants. D'autre part, les noirs autochthones du Sahara et les nègres importés du sud