‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 153 sur 225 · DÉSERTS DE LA NUBIE · texte numérisé non relu

DÉSERTS DE LA NUBIE

de scories siliceuses. D'après Russegger, ce serait aux éruptions de ces Iques bou- À anciens volcans que le Nil, coulant jadis à l’ouest, aurait dû de se rejeter on donne à . \ l'orient pour décrire son grand cireuit de plus de 800 kilomètres. Dans orientale, le la partie occidentale de la steppe, les grès ferrugineux des montagnes, entraînés par les pluies, ont recouvert le sol en couches épaisses : çà et

lle sable s’est distribué dans les fonds et les ouàdi ont déposé des ar-

LL] 4 iles : la surface de la plaine est ainsi rayée de longues bandes de couleur 3 diverse du plus étrange aspect".

Par) É. Le Djebel-Simrié, formé de grès rose, et d’autres massifs à l’ouest de la | 4 dépression du Val Écrit, sont moins élevés que le Magaga, et comme lui à n'ont qu’une faible longueur ; la vallée du Ouàdi-Melek, dont le lit, pendant à les grandes eaux, donne passage aux eaux du Darfour, limite ces mon- | lagnes à l’ouest. Sur les bords mèmes du Nil, dans l’espace compris entre ‘# È Maraoui et Dongola le Neuf, on ne voit que des falaises de grès; les roches Se cristallines ne recommencent qu’à la troisième cataracte. Là les saillies de 1 on à la rive gauche font partie des chaines qui se développent dans la Nubie ger | 4 orientale; à l'occident, elles se perdent bientôt sous les sables, et c'est à j È une faible distance du Nil que les rangées d'oasis se succèdent, parallèle- FED ment au fleuve; à cet égard, la zone occidentale de la région nubienne con- 4 traste absolument avec les espaces d’outre-Nil, Au nord de Ouàdi-Halfa et À presque en face des colosses d’Ibsamboul, s'ouvre une vallée profonde, se à dominée par les parois noires ou rougeätres d'anciens voleans : c'est le É Ouidi-Djehenna ou « Val de la Géhenne », pays terrible que les Arabes Nero) évitent comme s’il brûlait encore*.

Dans la Nubie occidentale aussi bien que dans celle de l'orient, les grès se délitent rapidement sous l'influence du vent, de la pluie, de la chaleur, LA etse transforment en sables mobiles queles courants aériens redressent en dunes où en talus, À maints égards, les sables de l'Afrique rappellent ls neiges des grandes Alpes : ils s'accumulent comme les névés dans les dépressions et les rainures des rochers, glissent dans les ravines en avai lnches, surmontent les crêtes rocheuses d’une arête aiguë, et çà et à — ; mème s'avancent en surplomb au-dessus des précipices, formant d’étroites 1 corniches que fait crouler le moindre choc, Entre les dunes et les habitants

des oasis, sur la lisière du désert, la lutte est incessante : les sables qu'amène le vent assiègent les arbres, recouvrent les cultures, comblent

ls fontaines, rétrécissent le domaine habitable de l'homme. Mais, de son lont la plus rouge, son’ Gi ki. ÜUartmann und Barnim, Reise durch Nord-0st Afrika. obabient * James Saint-John, Egypt and Mohammed Ali; — À, Edwards, Thousand Miles up the Nile,

es en nappes

Lt

côté, le cultivateur utilise Le sable en le mêlant à sa terre : c'est à l'abondance de l'eau dont il dispose que se mesure l'étendue de l'espace qu'il peut rendre productif.

La Nubie se divise en deux zones climatiques, dont les limites, changeant d'année en année, sont tracées par le conflit des vents du nord et du sud. En été, lorsque les rayons solaires tombent verticalement sur le sol entre l'équateur et le tropique septentrional, les vents du sud sont entrainés à la suite du soleil dans l'hémisphère du nord et portent avec eux les nuages de pluie; mais ils ne dépassent guère le dix-septième degré de latitude : c’est vers le confluent de l'Athàra, dernier cours d'eau tributaire du Nil, que les dernières pluies périodiques tombent dans la vallée; en cette région de l’espace, la force des vents méridionaux est neutralisée par celle des courants aériens qui soufflent du nord. Les alterna- Lives de la lutte des vents déplacent constamment la zone de partage : quand on traverse le pays de Bayouda en mai ou en juin, on assiste au conflit des vents; tantôt celui du sud l'emporte, tantôt celui du nord; on chemine entre deux tempêtes. Cependant il s'établit souvent une alternance régulière et pendant le jour le courant atmosphérique se porte du nord au sud, tandis que pendant la nuit il souffle en sens inverse, Au sud de cette zone d'équilibre tombent les pluies périodiques, d'autant plus longues et plus abondantes que l’on se rapproche de l'équateur, Au nord, le sol n’est pas arrosé par les pluies d'été, il ne reçoit que de rares averses, et même ces pluies irrégulières manquent parfois pendant des années. Lorsque les vents du nord ont la prédominance dans la zone intermédiaire et repoussent les courants opposés au sud de la limite ordinaire, la sécheresse devient générale, amenant avec elle pour les Nubiens éloignés du Nil la disette, l'exil volontaire et le brigandage

La région des montagnes bordières, dans le voisinage de la mer Rouge, est plus favorisée que les contrées de l’intérieur. L’abondance des vapeurs dans cette zone littorale aide à la pénétration vers le nord des vents pluvieux : au lieu de s'arrêter au dix-septième degré de latitude, ils se propagent jusqu'au vingt et unième degré et par delà cette limite les pluies occasionnelles sont fréquentes; mais, apportées par les vents du nord, elles tombent en hiver, tandis qu'au sud les vents opposés les précipitent en été. De cette abondance relative des pluies sur la région du littoral résulte un grand contraste entre les contrées nubiennes rapprochées de la mer Rouge et celles de l’intérieur, A l’est, les Arabes nomades trou-

1 Russegger, ouvrage cité,

| à l'abon-

espace qu'il

mites, chandu nord et ment sur le du sud sont Let portent lix-septième cours d'eau ent dans la aux est neu- Les alternaage : quand te au conflit on chemine nance régunord au sud, de cette zone igues et plus sol n'est pas et mème ces Lorsque les re et repouscheresse de-

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approchées mades trou-

DÉSERTS DE LA NUBIE, am

vent en suffisance des fontaines, des puits et des pâturages pour leurs trou- LeaUXx ; mais à l’ouest on ne voit que rochers et sables, et rarement le regard du voyageur peut se reposer sur un bouquet de palmiers ou de mimeuses, sur quelques arbustes rampants au bord d’un ouàdi : ilest des années où la sécheresse est si complète, que nul pasteur ne peut s’aventurer dans le désert,

Ainsi la Nubie offre des divisions naturelles bien tranchées. La partie méridionale de la contrée, comprenant presque toute la presqu'ile de Bayouda, est un pays de steppes; le littoral de la mer Rouge présente un caractère analogue ; tout le reste est le désert, l'atmour, à lexception de la vallée du Nil, verdoyante et peuplée entre les deux mornes solitudes. Cette vallée est réduite en maints endroits à une lisière de quelques mètres ; même elle disparaît au passage des gorges et, de part et d'autre, les roches baignent dans le courant. Mais, si étroite, si peu ombreuse que soit la vallée fluviale, l'aspect n’en ravit pas moins les voyageurs qui viennent de traverser l’aride désert, n'ayant pour se désaltérer en route que l’eau saumâtre des puits et voyant toujours autour d'eux le même horizon de rochers et de sables ! En approchant du fleuve, les Arabes en reconnaissent déjà le voisinage à l'humidité de l'air : « Allah soit loué ! Nous sentons le Nil!» et ils se félicitent entre eux ‘.

Le désert de Nubie est parmi ceux dont la température offre le plus grand écart entre les chaleurs du jour et les froidures de la nuit. Quoique ces régions Soient traversées par les lignes isothermiques de 26 et de 21 degrés centigrades et que le thermomètre y dépasse fréquemment 10 degrés, cependant on grelotte souvent de froid dans ces déserts avant le lever du soleil : la cause en est à la grande sécheresse de l'atmosphère, qui, ki nuit, laisse rayonner la chaleur dans les espaces; le vent du nord, qui souffle presque constamment, contribue à labaissement nocturne de la température, L'humidité de l'air est trop rare pour qu’elle puisse se déposer en rosée dans les déserts de la Nubie, Les cadavres des animaux tombés en roule se dessèchent sans se corrompre : au-dessous de la peau dure et lendue la chair se réduit graduellement en poussière sans répandre Ja moindre odeur : quoique les corps des hommes morts en chemin soient à peine recouverts de quelques centimètres de sable, on passerait à côté de cs sépultures sans s’apercevoir de ce voisinage, si une pierre verticale, déposée par une main pieuse, ne les révélait, La pureté de la sèche atmosphère du désert en explique la parfaite salubrité, non seulement pour

? Burekhardt, Travels in Nubia.

l’indigène nubien, mais aussi pour les étrangers : nul sanatoire n'est pré- ‘® fi férable à celui d’un campement sous la tente, loin des émanations d'une : d plaine humide, du moins pour ceux qui, à l’exemple des Arabes, pren- É d nent soin de se vêlir de manière à ne pas craindre les brusques alterna- : ë tives de température, du jour à la nuit. Jamais la peste d'Égypte n'a ; ( pénétré dans la Nubie, et les ophtalmies, si redoutables dans les à cl régions du bas Nil, sont inconnues en amont des cataractes de Ouâdi-Halfà, Î - ol malgré l'éclat de la lumière que renvoient les murailles polies des roches à d et la nappe argentine du fleuve. Mais dans les régions nubiennes où les 1 il inondations du Nil s'étendent au loin dans les campagnes, laissant çà et : Ë là des mares stagnantes, les fièvres malignes sont très communes et ont L. | | fréquemment une issue fatale; la plupart des indigènes ne puisent pas 1 directement dans le fleuve l’eau qui doit leur servir de boisson: ils pré- 4 el fèrent creuser un puits à distance pour que le liquide leur arrive filtré : EL par son passage dans le sable, et ils le laissent reposer longtemps au à D soleil. Ils se gardent bien aussi d'imiter les Tures, qui ont bâti leurs É le villes immédiatement au bord du fleuve; leurs villages s'élèvent dans la É di steppe ou sur la lisière du désert, en dehors de la zone des miasmes palu- À (fl déens !. 14 m Pays de transition pour le climat, la Nubie l’est aussi pour la flore et la N\ faune. Le baobab ne se rencontre plus dans les plaines, au nord du Kordo- F el fân et des avant-monts éthiopiens. Le palmier deleb, qui domine dans la ; le région des deux Nils, ne se rencontre pas non plus au nord du confluent ; ) la l’espèce méridionale de palmier qui est le véritable doum s’avance plus he loin dans la direction de l'Égypte, mais sa limite ne dépasse guère à À les route de Berber à Souakin : au nord, il ne croît plus à l’état spontané. De L'argoun, que l'on rencontre en bouquets dans quelques fonds du désert les de Korosko, et que la plupart des voyageurs appellent doum, est une ha autre espèce d'hyphiene, ressemblant d’ailleurs au doum par le trait earac- di téristique des branches bifurquées*; le goût spécial de son fruit devrait où lui mériter le nom d'arbre à pain d'épice”. D'autre part, le dattier, qui ( ju est l’arbre par excellence dans la Nubie du nord et qui fournit aux habi- mi tants la nourriture, les pieux des cabanes, les claies, les paniers, les sièges, de LA les étoffes grossières, devient rare dans la Nubie méridionale et les der- ils C'EST niers se montrent dans les jardins de Khartoum. Les sycomores se voient pe PPT ar encore dans les rues de Dongola, contrastant avec les murs gris par leur ge À ES 1 Russegger, ouvrage cilé. !

HAE 3 Russegger; — Georg Schweinfurth, Petermann's Miltheilungen, 1868, Tafel 9. CR AE 3 Rozière, Description de l'Égypte.

CLIMAT, FLORE, FAUNE DE LA NUBIE. 445 e n'est pré- feuillage toujours vert, mais vers le sud ils disparaissent peu à peu; loin

tions-d'urc du fleuve, les arbres dominants sont les acacias et les mimeuses d'espèces

abes, pren diverses. Un arbre appelé ochas produit en abondance des fruits ornés d'ai-

€ ss -

Asa (on urettes soyeuses d’un éclat admirable et d'une blancheur parfaite : d’après S 4 a à

"Égypte n'a Guny, on tisserait de fort belles étoffes en laine mélangée aux fibres d'o- 45 { L

s dans les

Juñdi-Halfà,

des roches

chas', Quant aux arbres fruitiers de la zone méditerranéenne, vignes, orangers, citronniers, ils ne sont cultivés que dans les jardins et ne produisent que des fruits aigres ou sans saveur, pourrissant avant d’avoir

rés août les mûri. Les céréales cultivées en Nubie, soit au bord du Nil, soit dans le Val

iesant cà el Éeril et dans les steppes de l'intérieur, appartiennent aux mêmes espèces

KI Je | OV unes ët-ont que celles de l'Égypte.

puisent pas La Nubie méridionale ne diffère point par sa faune sauvage du Kordofân on; ils pré- et du versant des monts éthiopiens. Lions, léopards, hyènes, antilopes et avnivecfliié uazelles, girafes, autruches parcourent les forêts de mimeuses sur les ngtemps au bords du fleuve Noir et dans la steppe de Bayouda; les singes descendent EMA EE atire le Nil jusqu'au delà de Berber; mais ni l'éléphant ni le rhinocéros ne bide la dépassent la région des forêts sur l'Atbâra moyen; le dernier hippopotame asmes palu- qu'on ait vu vers le nord a été tué dans les cataractes de Hannek au

milieu du siècle ; les peintures anciennes nous le montraient en aval de

tisse-attlh \vène ?. Des oiseaux aquatiques par millions se pressent dans les îlots

1 du Kordo- et sur les rivages du Nil. Russegger à suivi sur la vase fraiche, déposée par

elansulh les eaux du Nil, les traces d’un animal qui ressemblaient aux empreintes

L confluent : hissées par les pieds des quadrumanes et qui se dirigeaient de l’eau vers la : :

avance plus berge ; mais 1l ne vit point la bête elle-même, l’amanit, au sujet de laquelle

sse guère la les Nubiens font d'étranges récits’. Les termites, encore redoutables à

& spontané. Dongola, ne se voient plus au nord du vingtième degré de latitude. Pour Is du désert

m, est une

les animaux domestiques, les Nubiens n’ont qu’une seule race, les chevaux, hauts de taille et se distinguant par des qualités particulières. Évidemment trail crées d'origine arabe, de même que ceux de la race kababich, élevés dans les bruit: devrait oasis voisines, ces coursiers à la tête busquée, aux jambes sèches, blanches dattier, qui jusqu'aux genoux, ne ressemblent plus à leurs ancètres par la beauté, t aux habi- mais ils sont d'une adresse el d'une ardeur étonnantes : on les nourrit |, les sièges, de lait et de dourrah, parfois de dattes. Le galop est leur allure ordinaire ; atlas re ils courent sur tous les terrains, même dans la vase du Nil et sur les les se voient pentes pierreuses des montagnes ; mais ils ne résistent guère au chanris par leur gement de climat : ils périssent hors de la Nubie; dans le pays même, Journal de voyage de Siout à El-Obeïd, édité par À, Malte-Brun. * Ernest Desjardins, Notes manuscrites.

5 Reisen in Europa, Asien und Afrika ; — Hartmann und Barnim, Reise durch Nord-Ost Afrika.

444 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE,

ils ont bien diminué en nombre, par suite des réquisitions des officiers égyptiens". Les chameaux des Bichârin et des Ababdeh ne sont pas moins renommés, comme coureurs, que les chevaux de Dongola.

Souvent conquise el ne se composant guère que de la double zone riveraine du Nil, la Nubie est peuplée d'habitants d’origine très mélangée, Hamites, Arabes, Nigritiens et Turcs; néanmoins on peut dire que le fond de la population nubienne se compose de Barâbra : eux-mêmes se disent le « Peuple du sol? ». Sous ce nom de Baräbra, des auteurs® ont vu le svnonyme du terme Berberi, appliqué aux Touareg, aux Kabyles du Sahara el de la Maurétanie, parents par le langage des habitants de Siouah, oasis voisine de l'Égypte; toutefois la différence de couleur, de type et de génie est telle entre les populations, qu’on ne saurait croire à la parenté des races, si ce n’est en remontant dans le lointain des âges antérieurs à l'histoire africaine : d’après l'opinion générale, mais probablement peu fondée, le mot de Berberi, Barâbra, devenu Berbérins où Barbarins dans le langage des Francs domiciliés au Caire, serait tout simplement le mot grec et latin de « barbare » appliqué aux peuples noirs qui demeuraient au-dessus des eataractes, en dehors de l'Égypte eivilisée*. Les principales tribus nigritiennes mentionnées depuis plus de quarante sièeles sur les piliers des temples comme avant habité là où vivent de nos jours les Baräbra sont désignées sous le nom de Ouaoua, mot qui semble témoigner d’un certain mépris : c'est l’appellation qu'on aurait pu donner à un peuple de « jappeurs », peu différent du terme de « bredouilleurs » qui fut pour les Hellènes le sens primitif du mot « barbares ». Mais, depuis que le nom de Beraberata à été retrouvé sur les listes thébaines des peuples, on ne saurait guère douter qu'il ne faille en dériver celui de

« Baräbra »°, Quoi qu'il en soit, les nègres Ouaoua, de même que les Beraberala, sont devenus les Baräbra de nos jours, mais non sans de nombreux mélanges avec des populations différentes. De la douzième à la vingtième dynastie toute la vallée du Nil, colonisée par les Égyptiens, était devenue un pays rélou par la langue et la race. Le mouvement de reflux ne commença guère qu'à l'époque persane et c’est durant la période romaine

! Georges Pouchet, ouvrage cité; — Bethune English, Expedilion to Dongola and Sennaur. 2 Ferd, Werne; — Hartmann und Barnim, ete,

5 [artmann, Die Vôlker Afrikas,

4 D'Escayrac de Lauture, le Désert et le Soudan.

5 Brugsch, Geographie des allen Ægyptens.

des officiers

pas moins

@ Zone rivo-

mélangée, que le fond se disent le vu le synou Sahara el h, oasis voiet de génie parenté des antérieurs à lement peu barins dans nent le mol qui demeu-

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