‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 154 sur 225 · POPULATIONS DE LA NUBIE · texte numérisé non relu

POPULATIONS DE LA NUBIE

que les éléments indigènes reprirent complètement le dessus. Sous le règne de Dioclétien, les tribus blemmyes, dans lesquelles on a retrouvé les Bedja, et surtout les Bichârin de nos jours, envahirent la région nubienne et s'y établirent en force : il fallut retirer les garnisons romaines et faire appel pour les remplacer à des tribus guerrières que l’on désignait sous le nom de Nubotæ et qui étaient très probablement apparentées aux Nouba du Kordofän. Ce sont eux qui ont donné aux autres habitants du pays, Ouaoua et Blemmyes, le dialecte qui prévaut encore, mais très mélangé de termes arabes ".

Les Barbarins sont parmi ceux des Africains qui ont la nuance de peau li plus foncée : elle varie de la couleur du bronze florentin au noir presque bleu; mais en général leur teint garde sous le noir des reflets transparents et rougeâtres qui le différencient nettement de celui des Nigritiens du centre de l'Afrique. Leur crâne est dolichocéphale et leur front, recourbé en arrière, est revêtu de cheveux qui, sans être crépus comme ceux du nègre, sont fortement ondulés, Ils ont la barbe rare comme le Nigritien, mais leurs traits ont beaucoup plus de régularité et l'on rencontre fréquemment des Barâbra qui rentrent dans le type de beauté admis par l'Européen, Le nez est droit et ferme, à larges narines ; les lèvres, d’un dessin très pur, sont rarement grosses et boulflies; ils ont les dents petites et d'une blancheur parfaite ; les pommettes n'ont qu'une faible saillie, et, sur les ligures régulières, les yeux, bien fendus et largement ouverts, brillent d'un vif éclat, De taille moyenne et bien proportionnés, les Barâbra ont une belle et large poitrine, les avant-bras et les mollets sont an peu grèles, moins cependant que chez les Bédouins nomades. Gomme les Bedja et les Found), ils ont l'habitude de se faire trois entailles obliques sur chaque joue, sans pouvoir donner la raison de ces cicatrices, qui ne les distinguent pas de gens d’autres races, nègres où bedja. Sous prétexte de médecine, les Baräbra défigurent aussi leur beau corps par des blessures. Dès qu'ils éprouvent quelque douleur locale où un simple malaise, le barbier leur fait une entaille et aspire au moyen d’une corne de vache le sang qui S'échappe de la plaie; mais, pour éviter que celle-ci ne se referme trop lt, on l’avive par des poudres excitantes. D'autres lois on fait rougir des clous, que l’on enfonce dans les chairs par la tête ou la pointe, suivant la gravité du mal*?.

Une tunique, et par-dessus ce premier vêtement la longue robe de coton-

! Rich, Lepsius; — Hartmann ; — Cust.

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nade bleue que portent les fellähin d'Égypte, tel est, avec les sandales la calotte de feutre, le costume ordinatre des Nubiens, Quelques-uns se coiffent d'un turban. Les armes sont défendues, mais il est peu d'hommes qui n'aient au bras gauche, retenu par une tresse de cuir, un couteau où un poignard caché dans la manche de la robe. Dans la partie méridionale de la Nubie, la plupart des jeunes filles ont encore, au lieu de tuniques, des rahad ou ceintures de franges, ornées de perles, de verroteries et de coquillages. Presque toutes les Nubiennes, au nord et au sud, ont un anneau dans l’une de leurs narines, et se percent le lobe de l'oreille pour y insérer des morceaux de bois blanc, en attendant que le mari remplace ces ornements par des bijoux de métal, La coiffure féminine est encore celle que l'on voit représentée sur les monuments d'Égypte : mais quand la femme vient à mourir, ilne faut pas moins d'une journée de travail pour démèler les tresses enduites de graisse et d'ocre et détruire toute cette architecture capillaire, que la religion défend de conserver au tombeau. Quelques femmes, après avoir Cr'épé leurs cheveux, les recouvrent d'un épais enduit de gomme qui leur forme autour de la tête comme un casque poli".

Les Nubiens sont de laborieux agriculteurs : comme les Égyptiens, ils arrosent le sol avec chadouf ou sakieh et sèment le dourrah, le dokhn, d'autres céréales ; mais le produit de leurs champs, resserrés entre le fleuve et la steppe, ne suffit pas à les nourrir, et le mouvement d'émigration qui entraîne Lant de Danagla vers les contrées du sud emmène aussi chaque année un nombre considérable de jeunes gens qui vont chercher fortune dans les villes de l'Égypte. La plupart se font domestiques dans les palais et les hôtels du Caire ; d'autres, habillés d'une simple tunique bleue aux manches flottantes ou splendidement vêtus de brocart et d’or, deviennent saïs et courent devant les équipages des pachas et des riches Européens. Fidèles et dociles, relativement propres, sachant presque tous compter, lire et écrire l'arabe, ils sont en général préférés à des serviteurs d’autres races. Ceux d’entre eux qu'épargnent les maladies et les accidents se font graduellement un petit pécule et, devenus assez riches, ils rentrent dans la patrie pour s'acheter un lopin de terre et vivre en paix de leurs revenus. Ainsi, l'Égypte contribue à nourrir la population nubienne, grâce à l'épargne des émigrants; mais les impôts, les exactions de toute espèce ont repris, et au delà, ce qui était donné. Il est certain qu'avant la con-

quête égyptienne les habitants de la Nubie étaient plus à leur aise qu'ils

! Georges Pouchet, Dongolah et la Nubie.

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