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MONTAGNES ET DÉSERTS DE L'ÉGYPTE

mène, sinon le passage continuel des grains de sable à la surface de la pierre ? Parmi les myriades de nummulites qui recouvrent le sol en couches épaisses, toutes celles de la surface, constamment frottées par les molécules arénacées, sont entièrement changées en silex et prennent un aspect bleuâtre et presque métallique, tandis que les nummulites du fond, soustraites à la friction de mème qu'à l'action de la lumière, restent blanches et gardent leur formation caleaire*,

Quelles que soient les forces chimiques auxquelles les nummulites doivent de se changer en silex, ceux-ci ne se maintiennent pas intacts après s'être formés. Les alternatives de température, si considérables du jour à la nuit sous celte atmosphère sans nuages, font éclater les pierres, et de vastes espaces sont parsemés de leurs fragments, Parfois la brisure des silex se fait de manière à leur donner une forme d'une régularité parfaite : c’est ainsi que dans un ouâdi de la chaîne arabique, à l'ouest de Beni-Souef, on rencontre, épars en quantités considérables des fragments de silex semblables à des cônes tronqués et à huit pans égaux?, C'est aussi par de brusques changements de température que l'on a voulu expliquer les pierres éclatées et même taillées qui ont été trouvées en divers ateliers préhistoriques de l'Égypte ; cependant le travail de l’homme présente des caractères précis que l’on ne peut confondre avec les œuvres de la nature” : c’est en vain que Ziltel a cherché dans le désert des éclats naturels de silex qui rappellent, mème de loin, les pointes de iance et de javelot travaillées par l'homme durant l'âge de pierre, soit en Égypte, soit en Europe ou dans le Nouveau Monde. Parmi les pierres de forme régulière que l'on trouve dans les déserts égyptiens, Cailliaud et Russegger signalèrent les premiers des carnéoles, des jaspes, des agates et autres pierres dures qui ont la forme de lentilles ou de disques de grandeur variable entourés d'une saillie ‘circulaire en guise d'anneau : l’intérieur de ces palettes est souvent disposé en couches ‘concentriques. Ces concrétions se rencontrent très fréquemment avec les bois fossiles.

On sait que, par un singulier contraste, les arbres pétrifiés se rencontrent en beaucoup d’endroits dans ce pays, où les arbres vivants sont devenus si rares, À une faible distance du Caire, sur le revers oriental du Djchel-Mokattam, on voit, sinon une « forêt pétrifiée », comme on le dit d'ordinaire, ou des « mâts de navires échoués », percés de trous par

! Brieje aus der libyschen Wüste.

? Russegger, ouvrage cité.

* Arcelin, Matériaux pour l'histoire de l'Homme, février 1869: — Fr. Lenormant. Premières Civilisations; — Richard Burton, Stones and Bones from Egypt and Midian.

les phollades et recouverts de débris marins, comme le prétendent d'anciens voyageurs', du moins quelques troncs transformés en fûts 4: silice et de calcédoine, Mais, en pénétrant plus avant dans le désert on trouve des amas de bois pétrifié beaucoup plus considérables, qui mérilent en effet ce nom de « forêts ». Au sud-est du Caire, dans un fond des plateaux « arabiques », les troncs d'arbres, gros et petits, se présentent en telles multitudes, que les fûts ou les fragments siliceux de bois fossile couvrent complètement certaines parties du sol, à l'exception de toute autre pierre, A l'ouest des pyramides, dans le désert libyque, d'autres « forêts pétriliées » renferment des trones ayant plus de 20 mètres de longueur, avec branches et racines, el partiellement recouverts de leur écorce, Enfin, les voyageurs ont trouvé de ces amas de bois fossile en diverses parties du désert nubien, dans le Senàr et le Kordofän, même sur les hauts plateaux de l'Éthiopie, et, dans tous les cas, ces restes végétaux changés en silice appartiennent à l'ordre des sterculiacées : en Égypte, ce sont des nicholin nilotica; dans une des collections du Caire se trouve aussi une espèce de bambou retiré des mèmes gisements.

D'où proviennent ces trones d'arbres pétrifiés ? Quelques géologues ont pensé qu'ils avaient été apportés par les vagues de la mer, lorsque la Méditerranée pénétrait plus avant vers le sud ; mais alors on ne comprendrail pas comment ces bois fossiles auraient pu échouer en si bon état de conservation sur les plages et sans aucun de ces organismes marins, végétaux ou animaux, qui S’attachent aux bois flottés ; il faudrait expliquer en outre comment le transport de ces épaves a pu se faire par-dessus monts et vaux

jusque sur les hautes terres de l'Ethiopie Ce n’est pas non plus à des cou-

rants fluviaux comme celui du Nil que l’on peut attribuer l'apport de ces troncs d'arbres, puisqu'ils ne sont accompagnés d'aucune espèce d'alluvions. C'est sur place, ou du moins dans le voisinage immédiat de leur lieu de croissance primitif, que se trouvent ces sterculiacées du bassin nilotique. L'opinion la plus accréditée chez les géologues est que les fibres végétales se sont graduellement changées en silice sous l’action d'eaux thermales. comme il en jaillit en diverses parties de l'Égypte, notamment dans les oasis ; satures par ces eaux, les trones renversés se seront peu à peu changés en pierre, comme ils se changent en tourbe dans les marais des contrées humides du nord. Il est vrai que les pétrifications d'herbes et d'arbres qui se produisent sous nos yeux, autour des geysir de l'Islande et du Montana, diffèrent de celles des déserts égyptiens dans leur aspect et leur

1 Sicard, Nouveau mémotre des missions de la Compagnie de Jésus, 1707. 2 Cailliaud; — EÉhrenberg: — Figari-bey,

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FORÈTS L'ÉTRIFIÉES, OASIS, 481

mode de formation : la les bois se changent non en grains de quartz, mais en silice amorphe, Mais il y aurait peut-être à tenir compte de la différence des elimats et de la longue action du temps. À côté de la « forêt pétriliée » du Caire on remarque une colline de grès en forme de dôme, le Djebel el- Ahmar où « mont Rouge », que les carriers évident à l’intérieur, grâce à la facilité du travail dans les couches profondes, Cette colline sableuse, se dressant au milieu des calcaires à nummulites, n'aurait-elle pas été rejetée par un ancien geysir, et ne serait-ce pas à l’action des eaux jaillissantes que les arbres de la plaine voisine, boisée à cette époque, ont dû leur préservation !?

A l'ouest de l'Égypte, de même qu'à l’ouest de la Nubie, une chaîne d'oasis se développe suivant une courbe presque parallèle au cours du Nil. La première oasis, encore inhabitée, est celle de Kourkour, à une centaine de kilomètres d’Assouân ; à peu près à la même distance vers le nord-ouest s'étend la Grande Oasis des anciens, appelée de nos jours Khargeh, comme sa capitale ; elle occupe, du nord au sud, en y comprenant les palmeraies de Beris, une dépression d'environ 150 kilomètres de longueur ; ce n'est pas une oasis continue, mais plutôt un archipel de petites oasis, une plétade d'îles de culture séparées par des espaces dépourvus de végétation. Puis vient, à l’ouest, l’oasis de Dakhel ou Dakleh, c’est-à-dire F « Intéricure », désignée également sous le nom de Ouäh el-Gharbich, « POasis Occidentale » ; une solitude calcaire, couverte en partie de sables mouvants, la sépare de l’oasis de Farafreh, à 200 kilomètres au nord-ouest. Le labyrinthe de rochers qui occupe l'espace entre les deux oasis est une des plus étranges formations de ce genre qu'il y ait dans le monde. Les lissures étroites qui serpentent et se croisent sous des angles divers entre les masses laissées debout ressemblent aux rues d’une cité fantastique, bordées de monuments bizarres, de pyramides, d’obélisques, de trophées, de sphinx et de lions, même de statues ayant une vague apparence humaine. Au nord de cette ville sans habitants une des portes naturelles a reçu de Rohlfs le nom de Bab el-lasmund, en l'honneur d'un compatriote, Un portail rapproché, plus gigantesque encore, qui se dresse à l'issue du labyrinthe du côté de l’oasis de Dakhel, est appelé Bab el- Cailliaud, en souvenir du premier voyageur européen qui, dans les temps modernes, parcourut ces régions inhospitalières.

Plusieurs oasis de moindre grandeur sont éparses autour de l'Ouàh el- Farafreh, formant un archipel qui se continue au nord-est par l'oasis

! Georg Schweinfurth, Zeitschrift der deutschen geologischen Gesellschaft, vct., nov., déc, 1883.

Bakharieh, probablement la « Petite Oasis » des anciens, l'une des plus rapprochées du Nil: elle se trouve seulement à 150 kilomètres des campagnes de Minieh, dans la vallée fluviale, Mais en cet endroit la série de cavités se bifurque, tandis qu'une branche continue de se développe parallèlement au Nil, l'autre s'oriente de la même manière que la côte de la Méditerranée, à l'ouest d'Alexandrie, Son axe traverse les dépressions des « Lacs sans Eau », Bahr Belà-mà, puis d'autres cavités qui furent jadis des lacs, et rejoint l'oasis de Siouah, anciennement consacrée à Jupiter Ammon. Au nord de cette vallée s'élèvent en falaise les escarpements du plateau de la Cyrénaïque, tandis qu'au sud de hautes dunes entourent des roches isolées de calcaire grossier. Dans cette région, voisine de la mer et déjà sous la zone des nuages pluvieux de l'hiver, l’eau forme de vastes étendues lacustres, mais toutes saturées de sel. Un grand lac, le Sittra, occupe le fond d'une dépression, à moitié chemin entre le Bahr Belà-mà et l’oasis de Siouah ; mais ce « saphir étincelant serti dans l'or » se conlinue par des marais. D'autres cavités sont vides aujourd'hui : se creusant en forme de puits, d'une profondeur de 20 à 90 mètres, elles gardent au fond une couche de boue mêlée de sel et de gypse ; il en est aussi où l'on voit juillir une fontaine, mais la végétation manque au bord de la source saline; dans les vasques des anciens lacs on ne voit quelques broussailles que là où le sable apporté par le vent recouvre d'une couche épaisse les efflorescences de sel, Nen loin du lac Sittra s'étend une oasis abandonnée, el-Aradj, dont les sables s'emparent peu à peu: déjà la ceinture extérieure des arbres est partiellement enfouie; les puits, au fond desquels on ne trouve plus qu’une eau rare et saline, sont à demi comblés, la

végétation se meurt, et bientôt il ne restera plus dans la plaine d'autre 8 Ï Î

témoignage du séjour de l’homme que des tombeaux de style égyptien creusés dans la roche voisine.

L'oasis de Siouah, où parlait l'oracle d’Ammon que vint interroger Alexandre, rivalise en beauté avec l’oasis de Dakhel, quoique les collines calcaires formant enceinte ne puissent etre comparées aux pittoresques falaises de Bab el-Cailliaud; mais elles sont d’un aspect à peine moins bizarre : en certains endroits, les rochers du plateau libyque se terminent en volées de marches, aux assises horizontales, et de hauteur uniforme, comme les perrons d'un palais : la couleur de la pierre, contrastant avec le sable blanc qui recouvre les degrés, contribue à l’étrangeté du spectacle”. Dans la dépression limitée par ces falaises en escaliers, les buttes escarpées

# Hemprich und Ehrenberg, Reisen in Ægypten, Libyen, Nubien und Dongola.

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