MONTAGNES DE L'ÉGYPTE
le revêtement du noyau cristallin se compose, comme à l'est, de calcaires et de grès, Dans la partie méridionale, s'élève un massif insulaire de grès comme ceux de la Nubie, du Kordofän, du Senär, Au Djebel-Silsileh surtout, entre Assouân et Esneh, cette pierre, d'un grain très fin, et se divisant en assises régulières comme il en faut pour de grands édifices, est entaillée de vastes carrières d'où l’on a retiré les matériaux pour la construction de milliers de temples : les vides produits dans les rochers de la rive droite ont quelque chose d'effrayant par leurs prodigieuses dimensions : d’après Charles Blanc, au moins une moitié des monuinents égyptiens serait sortie de ces montagnes. Les carrières de la rive occidentale, moins étendues, sont plus remarquables au point de vue de l'art, parce qu'elles renferment plusieurs temples creusés dans le rocher, des grottes funéraires, des statues : à peine ouvertes, les carrières avaient été transformées en tombeaux. Dans la partie septentrionale des monts « arabiques » les grès sont remplacés par les calcaires de divers âges, les uns de la période erétacée, les autres des étages éocènes : ce sont principalement les roches crélacées qui se dressent en falaises au-dessus de la rive droite du Nil et qui présentent les formes les plus pittoresques avec leurs assises d'aspect monumental, séparées par de simples fissures où par de sombres ravins el surmontées de pyramides et de tours. Au nord, les dernières roches, qui se terminent au Caire même par le Djebel-Mokattam ou les « monts Écrits », sont presque en entier composées de nummaulites, d'ostræa, de cerithium et d'autres coquillages, unis par un ciment caleaire: par l'abondance de leurs fossiles et de leurs concrétions, elles sont un « Eldorado » pour les géologues. Ces couches nummaulitiques renferment en certains endroits des albâtres translucides de la plus grande beauté ; tels sont, à l'ouest de Beni-Nouef, ceux du Djebel-Ourakam, d'où l'on a retiré les matériaux employés pour la mosquée de Mohammed-Ali, à la citadelle du Caire : tels sont aussi, plus au sud, les albâtres nommés d'après la cité d'Aabastron, dont l'emplacement était peu éloigné de l'endroit où se trouve actuellement la ville de Minieh. Mais plus importantes que ces exploitations de luxe sont les carricres de pierres à bâtir qui bordent le Nil, notamment celles de Tourah et de Masarah : par les pyramides dressées de Fautre côté du fleuve on peut juger des exeavations qu'on à dù faire depuis six mille ans dans ces carrières de nummulites, qui ont également fourni les matériaux de Memphis et du Caire.
Les collines libyques sont plus basses que celles de la rive « arabique », Dans son ensemble, le relief de l'Égypte offre l'aspect d'un plan incliné
dans le sens de l'est à l'ouest: de la crête formée par la chaîne bordière,
les massifs et les plateaux diminuent graduellement en hauteur jusqu'à la vallée du Nil; du rebord occidental de cette vallée jusqu'aux oasis le so! s'abaisse également et finit même par se trouver à un niveau moindre que
celui de la mer. Des deux côtés de la campagne verdoyante et peuplée que
traverse le Nil, la zone des rochers est également dépourvue d'habitations permanentes; mais la région libyque, plus uniforme, sans hautes saillies de montagnes el couverte de sable, semble plus morne que la zone orientale : elle fait déjà partie de ce grand désert qui s'étend à l’ouest jusqu'aux plages de l'Atlantique. Vu de la pyramide de Chéops, ce plateau libyque paraîtrait n'être qu'une plaine sans fin parsemée de dunes; mais ce n'est qu'une illusion d'optique, ainsi que peuvent le constater les rares voyageurs qui pénètrent dans ces tristes solitudes. Dans son ensemble, le désert compris entre le Nil et la dépression des oasis est un plateau de calcaire nummulitique atteignant une hauteur de 250 mètres au-dessus du fleuve, Des escarpements marquent les limites de ce plateau, et sa superficie est découpée en massifs distinets par les anciennes érosions de la mer. Des « lémoins », c'est-à-dire des buttes de hauteur uniforme, qui s'élèvent çà et là au-dessus du plateau, indiquent le niveau primitif de la contrée. Sans aucun doute, la Méditerranée lavait avant la période quaternaire la base de tous ces promontoires et brisait ses flots au milieu de ces archipels de rochers, où l'eau ne se montre aujourd’hui qu'en mirages trompeurs.
Le sable recouvre entièrement la surface du désert de Libye : dans les creux il s’amasse en couches profondes, sur les saillies il se promène en poussières elairsemées ; mais en peu d'endroits la roche est absolument nue : les grains de quartz la revêtent partout de leur teinte jaune ou rougeâtre, Ces sables quartzeux sont très certainement de provenance étrangère, car le plateau du désert n'offre que des roches caleaires et des argiles ; les vents, et précédemment les eaux marines, ont apporté de montagnes lointaines ces débris de roches primitives. En passant et en repassant incessamment sur le sol, les sables lui ont donné un remarquable poli : en maints endroits la roche a l'éclat du marbre travaillé. Toutes les pierres éparses sont comme vernissées par le sable qui émousse leurs angles et adoucit leurs aspérités : quelques-uns de ces blocs ont un tel brillant, que des voyageurs les ont pris pour des obsidianes volcaniques. Le géologue Zittel pense que l’incessante friction des sables, a pour conséquence de modifier chimiquement la structure intime des pierres, car on rencontre un très grand nombre de silex qui contiennent au centre un rognon de calcaire nummulitique : c’est done de l'extérieur à l’intérieur que la pierre s’est transformée, et quelle pourrait être la cause de ce phéno-
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