DÉSERT DE LIBYE
entièrement enfouie si elle ne croissait pas peu à peu pour dégager ses branches. Ainsi se forment des buttes dont la hauteur moyenne est seulement de trois à cinq mètres el d'où l'on voit jaillir le feuillage d’un tamaris où de quelque autre arbrisseau : ces faibles saillies qui par la forme et la couleur ressemblent à des roches érodées, mais qui portent toutes une broussaille au sommet ou sur les pentes, donnent une physionomie particulière au désert de Libye. Les sables ne franchissent pas les rochers qui dépassent le niveau moyen du plateau, ils s'arrêtent aussi devant les pyramides, au bord des falaises calcaires qui dominent la vallée du Nil : de là cette hypothèse, d’ailleurs dépourvue de tout bon sens, que les gigantesques tombeaux des Pharaons auraient été élevés pour empêcher l'invasion de l'Égypte par les sables du désert. Quand le vent souffle de l'ouest, des milliers de petites cataractes de sable rouge ou doré s'épanchent des créneaux rocheux du plateau et forment de longs talus empiétant çà et là sur les cultures : c’est «inst que le cours du Bahr-Yoûsef a été graduellement repoussé vers l'estjar les rengées de dunes qui bordent la rive gauche, mais ce progrès des sables est très peu considérable, et peut-être est-il compensé par les érosions dues à l'action du courant sur les falaises de la rive droite du Nil; d'ailleurs les sables peuvent être cultivés comme les autres terrains, partout où ils reçoivent les eaux d'irrigalion, apportant les grasses alluvions du fleuve.
A l'ouest des oasis, le désert de Libye n'a pas encore été traversé par les explorateurs dans la direction de l'oasis de Koufra et du Fezzän : un espace d'au moins un million de kilomètres carrés, inhospitalier, infranchissable mème à tout voyageur pourvu des ressources fournies par l'industrie moderne, s'étend dans cette partie de l'Afrique, séparant complètement l'Égypte et la Cyrénaïque des contrées riveraines du Tzâdé. Les habitants des oasis égyptiennes ne peuvent rien dire aux étrangers de ces régions mystérieuses et terribles qui limitent leur horizon et dans lesquelles ils se gardent bien de s'aventurer; ils en racontent seulement quelques rendes bizarres sans valeur historique, En 1874, Rohlfs, Zittel et d'autres explorateurs allemands tentèrent vainement de traverser ce désert en ligne droite pour gagner le Fezzän: en prévision d’un long voyage, ils se faiaient suivre de tout un convoi de chemeaux portant de l'eau contenue dans des caisses en fer doublées intérieurement d’étain; mais, à six journées de marche de Dakhel, ils comprirent qu'il serait impossible à leurs chameaux de franchir les rangées successives de dunes qui leur barraient la route dans la direction du Fezzän, et ils se rejelèrent vers le nord pour chercher un refuge dans l’oasis de Siouah, où ils arrivèrent