CLIMAT DE L'ÉGYPTE
observateurs plus récents, le tiers de la quantité d'humidité que reçoit Paris, le cinquième de la moyenne française! Au Caire, où les nuages marins n'arrivent qu'allégés, les pluies annuelles sont bien moindres encore, de 34 millimètres : c’est la cinquantième partie de ce qui tombe à Teherra-Pondji, dans l'Inde anglaise. Les anciens Égyptiens se disaient les habitants de la « Région Pure »*; toutefois le ciel est couvert audessus du Caire pendant plus d'un quart de l'année, et parfois des averses ont été assez violentes pour causer des inondations temporaires dans les rues : en 182% et en 1845, plusieurs maisons furent renversées par l'irruption des eaux*. Au sud du della, dans les deux déserts, arabique et ibyque, les pluies sont encore plus rares; cependant elles n'y sont point inconnues, comme on l’a répété souvent : Caïlliaud dans l’oasis de Siouah, Rohlfs à l'ouest de Dakhel, ont eu à subir de violentes averses. Dans le désert « arabique », des pluies soudaines ont emporté le village de Desam, près d’Atfieh, et l'on a dû le reconstruire en dehors du ouûdi. Mais il est arrivé aussi que les pluies ont complètement manqué : six années se sont écoulées sans qu'il tombât une goutte de pluie entre Kosseïr et Kench; toute trace d'herbe avait disparu dans les vallées; parmi les arbres, l'acacia seul avait résisté, insensible à la sécheresse environnante’, Toutefois les citernes qui recevaient l’eau de pluie de l’ancienne route de Coptos à Bérénice prouvent bien qu'il pleuvait dans cette région”. En certains endroits on trouve des citernes naturelles, puisards que des écroulements souterrains ont formés dans les rocs nummulitiques et dans lesquels l'eau s'amasse sur un fond imperméable de strates siliceuses”. Ces mgheta, bien différentes des sources superficielles, appelées d'ordinaire el ain, ont presque toujours de l’eau excellente et les Arabes des alentours cherchent ü en cacher l'existence aux Européens.
Si minime qu'elle soit, l'humidité de l'hiver suffit d'ordinaire pour donner à la végétation, même sans le secours de l’arrosement, une apparence de fraicheur et de vie qui lui manque pendant l'été : à cet égard l'hiver d'Égypte contraste singulièrement avec celui de l'Europe tempérée. D'ailleurs les pluies ne représentent dans le delta qu'une partie de l'humidité tombée; les rosées nocturnes sont assez abondantes, surtout avec les
! Moyenne des pluies à Alexandrie, de 881 à 1879 : 206 millimètres,
: Élie Reclus, Philosophie positive, mars-avril 1870,
* Mackenzie Wallace, Egypt and the Egvptian Question. ‘ Clot-Bey:; — Renou; — Amici,
#6, Schweinfurth ; — Klunzinger. 3 ® Ernest Desjardins, Inscription de Coptos.
© G, Schweinfurth, La Terra incognita dell” Egillo propiamente detto, Esploratore, 1878.
vents marins, pour mouiller régulièrement les toits et les balcons d'AMexan drie; mais, à mesure qu'on s'éloigne de la mer, on voit la proportion de rosée diminuer, et dans les déserts nubiens il ne s'en dépose un peu qu'au voisinage du fleuve, Au milieu des solitudes égyptiennes, là où les rochers et les sables blancs laissent la chaleur du jour rayonner la nuit dans les espaces, il arrive souvent que la rosée gèle au matin ; en se levant, le soleil, qui peu d'heures après aura donné au sol une température de plus de vingt degrés, commence par fondre la légère couche de verglas qui recouvre le désert; même dans les pays de culture les plantes gèlent parfois! ; M, Maspero a recueilli un glaçon entre Edfou et Esneh. Les écarts de chaleur et de froid, moindres que dans la Nubie, sont pourtant très forts dans la haute Égypte : ils S'accroissent graduellement du nord au sud, de
la ligne isothermique de 20 à celle de 25 degrés.
L'Egypte est une des contrées dont le climat doit avoir le plus changé
depuis l'époque historique, À en juger par les bas-reliefs qui décorent les parois de la nécropole de Sagqarah, peut-être la plus antique du monde, le genre de vie des Égyptiens d'alors n'était pas celui d'habitants assiégés par le désert. Is ne connaissaient point le chameau, l'animal domestique sans lequel l'Arabe de nos jours ne pourrait se hasarder dans les solitudes brûlantes; avant l'arrivée des Hyksos, ils n'avaient pas même de chevaux, ni de brebis : ils ne possédaient que le bœuf laboureur, Les Ésvp- Liens n'élaient point alors le peuple asse:vi, que représentent les basreliefs et les peintures des âges postérieurs; c'étaient des agriculteurs Joyeux, aimant la danse et les festins, ignorant les arts hideux de la guerre, Ne sont-ce pas là des indices qui justifient l'hypothèse d'un climat différent de celui de nos jours? M, Oscar Fraas va même jusqu'à dire nettement : « Le désert n'existait pas!» Une pareille assertien est exagérée saus aucun doute, mais il est certain que les eaux étaient jadis plus abondantes dans les vallées des monts Tibyques et « arabiques »: en maints endroits on dislingue encore sur les rochers la trace d'anciennes cascades qui coulaient d'un flot continu, tandis que ces contrées sont aujourd'hui sans eau”. Alors je bois suffisait pour l'exploitation des mines, qu'il serait impossible d'utiliser de nos jours à cause du manque de combustible, Les fellâhin ne bràlent pour euire leur pain que des väteaux de house, mêlés au limon et séchés au soleil.
Mais si l'on peut accueillir comme ayant un grand degré de probabilité
t Ernest Desjardins, Notes manuscriles, ? Russeguer, ouvrage cité; — Oscar Frans, Aus dern Orient. 5 Wilkinson; Chaix :; Russeguer,
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N° 88, — LIGNES ISOTHENMALES ET PLUIES DE L'ÉGYOTE,
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assertions de plusieurs voyageurs et météorologistes relatives aux modi-
fications de climat qui se seraient opérées depuis la fin du siècle dernier. #e Un prétend souvent que les plantations de mûriers et d’autres arbres faites
par Mohammed-Ali ont eu pour conséquence immédiate un accroissement des pluies; les grands progrès de la culture pendant la génération actuelle auraient eu les mêmes résultats; mais ces affirmations reposent sur des impressions toutes personnelles, qui n'ont pas encore été corroborées par des observations suivies, On peut se demander également S'il est bien réel que le climat local de l'isthme de Suez ait été légèrement modifié depuis la construction des canaux d'eau douce et d'eau salée, Une œuvre, gigantesque sans doute aux yeux de l'homme, mais insignifiante en comparaison de la surface des mers, at-elle pu, si ce n'est dans le voisinage immédiat du canal, modérer les écarts de chaleur et de froid, rendre l'atmosphère plus humide, accroître la fréquence et la durée des pluies”?
ILest peu de contrées au monde, en deçà de la zone glaciale, qui soient moins riches que l'Égypte en espèces végétales. L'uniformité de la plaine, le manque de variété dans la composition chimique du sol, absence de collines et de montagnes bien arrosées, la régularité de la culture, tout concourt à restreindre la flore. Depuis des milliers d'années, les agriculleurs ont détruit les forêts, à moins qu'on ne considère comme telles les espaces parsemés de sount (acacia nilotica), l'arbre au bois jadis sacré dont les Hébreux se servirent pour faire l'arche de l'alliance!, Le bois est tellement précieux en Égypte, que des bateliers construisent les bordages de leurs bateaux en house de vache pétrie avec de la terre et de la paille hachée.
Dans son ensemble, la flore égyptienne offre un mélange d'espèces euro-
péennes, asialiques et africaines; mais c’est à ces dernières qu'appartient
la prépondérance, du moins en dehors du delta. La physionomie des paysages égyptiens est due surtout à des formes africaines : le tarfa (tamaris nilotica), le dattier, le sycomore ; le palmier doum, qui d’ailleurs ne croil pas en Égypte à l'état spontané, ne se voit dans les jardins qu’en amont d'Esneh. Le Fayoum portait autrefois le nom de « Pays des Sycomores » el l'une des anciennes appellations ds l'Egypte était celle de « Contrée de l'arbre Bek », qui était probablement le palmier*. Il n'est pas de village qui n'ait des avenues de palmiers autour de ses murs et le long de ses canaux, qui ne possède au moins un sycomore au large branchase étalé, sous lequel les hommes s’assemblent le soir. Jadis le sycomore,
! Jacques de Rougé, Textes géographiques du lemple d'Edfou, Revue Archéologique, vol. XL. * Alfred von Kremer, Ægyplen.
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