CLIMAT, FLORE ET FAUNE DE L'ÉGYPTE
très différent de l'espèce que l'on connait sous ce nom en Europe, était un arbre beaucoup plus commun en Égypte : son bois, réputé « incorrupüible », servait à la fabrication des meubles de prix et surtout des cercueils que l'on déposait dans les nécropoles ; après trois mille années, les planches que l'on retire du fond des hypogées ont gardé, grâce à la sécheresse de l'air, toute la résistance et la finesse de leurs fibres, Le fruit du sycomore était apprécié par les anciens comme l'un des meilleurs : « le mortel qui en avait goûté, disait-on, ne pouvait s'empêcher de revenir en Égypte; » aussi, lors d'un départ, avait-on coutume de manger de ces ligues pour assurer le retour dans les campagnes du Nil. Mais comment se fait-il que les fruits du sycomore égyptien ne soient plus aujourd'hui que les « figues des ânes »? La saveur en a-t-elle changé, où plutôt sont-ce les Égyptiens qui n'ont plus le même goût‘? Mais si des espèces se sont modifiées, d’autres, on le sait, ont complètement disparu. Les troncs d'arbres évidés dans lesquels on couchait les morts sous la onzième dynasie ne croissent plus qu'au Soudan”, Les fruits du palmier doum, qui ne dépasse plus la haute Égypte, et de l'argoun, qu'on ne voit plus qu'en Nubie, se trouvent en abondance dans les nécropoles égyptiennes. Qu'est devenu le papyrus, dont le nom s'identifie plus que tout autre avec celui de la civilisation égyptienne elle-même? Salt, Drovetti, Reynier, Minutoli l'ont retrouvé près de Damiette, mais on ne le voit plus dans aucune autre partie de l'Égypte”; l'ancienne patrie de la plante ne la possède plus, tandis qu'elle existe en Syrie, en Sicile, où elle fut introduite de la vallée du Nil. Où sont les fourrés de lotus rose, aux larges feuilles étalées, sous lesquelles voguaient, au temps de Strabon, les habitants d'Alexandrie, jouissant de la fraicheur des eaux et du parfum des fleurs”? Le lotus blane, jadis répandu dans toute l'Égypte, ne se rencontre plus que dans le delta*. Avec les jones, les épilobes roses sont maintenant les plantes que l'on remarque le plus sur les bords des las et des marais de la basse Égypte.
La flore des oasis, séparée de celle de la vallée du Nil depuis une période inconnue de siècles, offre des particularités remarquables. Ainsi, tandis que les plantes égyptiennes sont en majorité originaires d'Afrique, celles des oasis, espèces cultivées aussi bien que plantes spontanées, sont pour la plupart de provenance européenne. On en conclut que ces oasis se sont trouvées en communication avec le monde méditerranéen de l'Occident à
1 Stephan, Das heutige Ægypten; — G. Maspero, Notes manuscriles. * Mariette, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1879.
$ H, von Minutoli, Abhandlungen vermischten Inhalts, zweiter Cyclus * Brugsch; — Ascherson,
une époque précédant leurs relations avee l'Égypte proprement dite’, Naturellement la flore des oasis est d'autant plus riche que l'ousis elle-
même est plus grande, Ascherson a recueilli dans le Farafreh une florule de 91 espèces, et plus du double, 186 espèces, dans l'oasis de Dakhel, 200 dans celle de Khargeh; c'est un fait curieux qu'une plante cosmopolite, le plantago major, qui se trouve dans les oasis de Farafreh et de Khargeh, manque dans l'oasis intermédiaire de Dakhel, Dans le désert arabique, la plante caractéristique des pentes et des hauteurs est une espèce de genét, une retama, comme celles des Canaries ; dans tous les fonds, sur les bords des ouâdi, croissent des armoises", La flore de cette région du désert offre le type palestinien.
La faune de l'Égypte est, de mème que sa flore, plus africaine qu'européenne, Si des animaux domestiques ont été associés à l'âne, que l'on voit figuré sur les anciens monuments d'Égypte’, le chameau, la brebis et le cheval, espèce touranienne amenée par les Hyksos', sont venus d'Asie dans la vallée du Nil. La plupart des bêtes sauvages ne se trouvent plus dans la région du bas Nil, ils ont fui le voisinage de l’homme policé : les singes, qu'on représente sur les bas-reliefs antiques comme vivant en grande familiarité avec les hommes, ne se voient plus en Égypte; lions et léopards ont disparu ; les hippopotames où « chevaux du Nil », les crocodiles même, on le sait, se sont réfugiés dans les eaux nubiennes du fleuve : on n'en trouve plus an nord d'Ombos. Les hyènes sont communes aux confins du désert; des autres fauves, il ne s'est guère conservé que de petites espèces, le caracal, le chacal, le renard et le « chat des steppes », que l’on croit être l'ancêtre de notre chat domestique, le furet et l'ichneumon ou « rat de Pharaon ». Le chien-renard, figuré sur les bas-reliefs des temples et dans les tableaux des hypogées, vit en Égypte en liberté et s'aventure jusqu'aux limites du désert; les espèces de lévriers sculptées sur les monuments se sont aussi maintenues en Égypte. Les sangliers gîtent dans les fourrés de roseaux dun ba Nil, quoique les anciens bas-reliefs ne représentent point cet ammat*. Dans les solitudes voisines des cultures, les antilopes, descendant d'espèces que les Égyptiens d'autrefois avaient domestiquées",
{ Hartmann, Die Nilländer ; — G. Rohlfs, Drei Monate in der Libyschen Wüste: — Groneman, Nature, May 51, 1884; — Schweinfurth, Nature, Jan. 51, 1884.
2 G. Schweinfurth und Güssfeldt, Petermann's Mittheilungen, 1876.
5 Fr, Lenormant, Les premières Civilisations.
# Piétrement, Les Chevaux dans les lemps préhistoriques et historiques; — Fr. Lenormant, ouvrage cité,
5 Gardner Wilkinson, Manners and Customs of the Ancient Egyplians, revised by Samuel Birch.
6 Fr. Lenormant, ouvrage cité.
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