‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 225 · AFRIQUE ET ISLAM · texte numérisé non relu

AFRIQUE ET ISLAM

naître des prophètes assez puissants pour déclarer la guerre sainte. Dès l'invasion de l'Égypte par les armées républicaines, à la fin du sièele dernier, un mahdi, c'est-à-dire un « guide » annoncé par d'anciennes prophéties, appelait ses coreligionnaires à l'extermination des étrangers. Récemment d'autres mahdi ont soulevé les tribus à l'ouest contre les Français du Sénégal, à l'est contre les Tures et les Anglais d'Égypte, et des fanatiques dans les contrées du nord, en Algérie, en Tripolitaine, les Senoûsiya, préparent les émissaires pour les envoyer de mosquée en mosquée entretenir la haine contre les infidèles'. A la Mecque, les pèlerins les plus zélés, ceux qui tombent le plus souvent dans les transes de l’extase, sont les Takroûr ou Takärir, nom sous lequel on comprend en général les nègres de l'Afrique occidentale, quoiqu'il s'applique spécialement aux tribus nigritiennes, du Ouadaï au Bournou*?, et aux habitants de Metammch, au nord-ouest de l'Éthiopie : malgré les difficultés du voyage, des milliers de Takrour entreprennent chaque année le pèlerinage sacré. Les propagateurs de l'Islam dans l'Afrique occidentale ne sont point des Arabes, quoique la langue dont ils se servent et qui est en Afrique le principal véhicule de la civilisation, soit bien l’idiome du prophète. Ce sont des Nigritiens de diverses tribus : marchands ou industriels, ils parcourent les tribus des bords de la Gambie, se montrent jusque dans le pays des Achanti et le Dahomey, sur la Côte de l'Or et le golfe de Benin. Dans l'Afrique orientale, sur les rivages de l'océan Indien, la propagande est aussi très active, quoique la plupart des marchands arabes, hier encore négriers, n'aient aucun souci de convertir les malheureux qu'ils exploitent. Bien au contraire, 11 leur plait de les savoir païens pour avoir le droit de les haïr et de les voler; s'ils les convertissaient, leur devoir serait de les traiter en frères. Mais qu'ils les fassent circoncire, ne fût-ce que pour ne pas s’exposer à merger la chair d'animaux non égorgés par des mains « pures »”, ce signe suffit pour ajouter un soi-disant musulman à l’armée de la foi et pour accroître ainsi les forces de l'Islam. D'ailleurs il ne manque point de mahométans sincères qui, prenant à cœur les préceptes du Coran, travaillent à l'émancipation des esclaves. Felkin rencontra dans la provinec de Bahr el-Ghazâl le fils d’un traitant qui, devenu maître de plusieurs centaines de nègres par la mort de son père, les mit aussitôt en liberté. Mais négociants arabes, aussi bien que marchands chrétiens, avaient naguère l'homme pour article principal de commerce, et non les dents d'élé- ! Henri Duveyrier, La Confrérie musulmane de Sidi Mohammed ben Ali es-Senoñst,

* Cheykh Mohammed Ebn-Omar El Tounsv, Voyage au Darfour. $ Speke, Journal of the Discovery of the Source of the Nile.

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phant, le coton, les arachides ou l'huile de palme. Les nègres, malheureusement pour eux, sont les plus dociles et les plus dévoués des serviteurs. Les anthropologistes ont insisté sur le type essentiellement féminin que pré-

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