CIVILISATION AFRICAINE
vement de la masse liquide. Les denrées du centre de l'Afrique arrivaient en Europe sans que les consommateurs pussent en connaître le lieu d’origine; sur les bords du Niger, des populations achetaient du fil de Manchester et des clous de Birmingham sans même savoir que leur fleuve va se jeter dans la mer et que d'autres parties du monde existent en dehors de leur continent", Mais il n’est pas douteux que depuis des milliers d'années le commerce est très actif dans l’intérieur de l'Afrique. Jusqu'à une époque récente, les caravanes étaient sacrées, inviolables, et passaient sans danger entre deux armées qui allaient en venir aux mains*. L'esprit de négoce domine chez de nombreuses tribus de la Maurétanie, du haut Nil et du Soudan comme chez les Juifs et les Arméniens, et leurs traitants ont tous la finesse, la ténacité, l'inépuisable complaisance qui sont les qualités maitresses de la caste marchande. Depuis un temps immémorial les caouri des Maldives (cyprea moneta), remplaçant d’autres menus objets, tels que des grains de dourra et diverses semences, ont pénétré comme signe représentatif des échanges jusque dans l'Afrique occidentale ; on les transporte par la voie de Galeutta et de Londres, ou par celle de Zanzibar, au golfe de Benin, d'où ils sont expédiés au marché du lac Tsàd*; mais déjà la majorité des peuplades ne les emploient plus que pour l’ornement. Les piastres à colonnes, les écus de Marie-Thérèse devancent les voyageurs européens dans la plupart des régions inconnues de l’intérieur ; même une peuplade, celle des Bongo, connaissait et fabriquait la monnaie‘; les morceaux de fer d'un décimètre de longueur que troquent les Fân de l'Ogôwé contre les denrées sont aussi des monnaies ayant cours. Mais dans le commerce maritime la part des Africains à été presque nulle. Ki l'on ne üent pas compte d'Alex:ucrie qui, par sa position sur le chemin de l'Inde à l'Europe, est nu port estatiellement intercontinental, la seule ville du continent, Carthige, qui soit devenue puissante par son trafic, était une colonie phénivænne, située sur un promontoire tendu comme un bras dans la direction de l'Europe. Les populations de matelcts sont rares sur les rivages africains : on ne cite que les Somial de K sue orientale et les Krà ou Kroomen aa littoral atlantique ; mais les premiers ne dépassent guère la manche d’Aden, poussés d'un littoral à l'autre par le souffle alternatif des alizés, et les Krà ne se hasardent que dans le voisinage des marigots et des esluaires.
1 Winwood Reade, The Martyrdom 6; Man.
* Antoine d'Abbadie ; — R, Thomissv, Balletin . ta Société de Géographie de Paris, 1845, John , Hertz, Mittheilungen der Geogruh'schen Gesellschaft in Hamburg, 1880-'881.
4 Georg Schweinfurth, Au cœur de l'Afriqu
FA
96 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE.
Depuis la chute de Carthage et la décadence de la civilisation égyptienne, l'événement le plus considérable de l'histoire africaine à été l'invasion de l'Islam. C’est dans le continent noir que l’ardente propagande des missionnaires mahométans à recruté le plus de fidèles. La simplicité de la théologie musulmane, qui se borne à proclamer l'unité, la toute-puissance et la bonté de Dieu, la clarté des préceptes, qui recommandent avant tout la prière et la propreté du corps, symbole de la pureté de l'âme, le zèle des apôtres, le prestige des victoires séduisirent Égyptiens, Bichari, Berbères et nègres; de siècle en siècle, le territoire musulman s’est agrandi, et maintenant il comprend près de la moitié du continent, de listhme de Suez aux sources du Niger et même au bord du golfe de Benin. Dans les premiers siècles de ses triomphes, l'Islam, apportant en mème temps les sciences transmises par le monde byzantin, fit revivre, pour ainsi dire, l'Égypte et la Maurétanie, leur donna une nouvelle période de civilisation, et par les caravanes du Maroc, devenu l'entrepôt de l'Espagne musulmane, fit de Timbouctou, sur le Niger, une ville de commerce et de mouvement intellectuel. Dans la Nigritie, la propagation de l'Islam coïncide également avec d'importantes transformations politiques et sociales. De grands États se sont constitués dans les territoires que se partageaient des centaines de tribus toujours en guerre ; les mœurs se sont adoucies; un sentiment de solidarité nait entre les races jadis hostiles, Le mahométisme à plus de cohésion matérielle dans le continent libyen qu'en Europe et en Asie, où les fidèles se trouvent épars au milieu de populations d'autres croyances, séparés les uns des autres par des solitudes et par des bras de mer : un espace en un seul tenant, aussi vaste que l'Europe, de la mer Rouge à l'Atlantique, appartient à l'islam et la religion aide à propager les idées, les mœurs, les costumes et la langue des Arabes. Maintenant le christianisme essaye de disputer les peuples de l'Afrique à la propagande mahomélane; les missionnaires protestants ont obtenu quelques succès, surtout dans l'Afrique méridionale; mais, comparés aux messagers de l'Islam, ils ont un grand désavantage, celui de ne pouvoir se dire que mystiquement les frères des prosélytes : le « messager de la bonne nouvelle » ne donne point sa fille en mariage à l’indigène, méme converti à la foi chrétienne, et ne prend point la sienne en union légitime; blanc, 1l ne veut point se contaminer par un mélange de sang noir. I reste l'homme d’une autre race et d’une autre castle".
Devenue la terre de la foi par le triomphe de l'islam, l'Afrique a vu
1, Blunt, Fortnighliy Revicu, 1881
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Dessin de Roujat, d'après une photographie communiquée par M. D, Heron
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