TRAITE DES ESCLAVES
du type général de la femme. Is sont Limides et curieux, coquets et jaloux, bavards, grands diseurs de secrets, prompts à l'amour et aux bouderics, suivies de réconciliations. Ils ont aussi, comme tant de femmes, le grand défaut de se plaire à l'obéissance quand même et de se sacrifier pour ceux qui les oppriment et les méprisent. Le fait est que, de toute antiquité, les noirs furent les plus appréciés des esclaves el que, parmi les tributs ou les présents envoyés aux souverains d'Europe et d'Asie, les mieux aceueillis élaient ceux qu'accompagnaient des caplifs africains, Dans le continent noir, il n'est guère de peuple qui n'ait ses eselaves, et, dans mainte tribu, une moitié de la population est asservie à l’autre moitié. Les prisonniers de guerre, considérés comme marchandise, sont troqués où vendus au plus offrant, soit pour aller travailler dans le champ d'un maître, soit pour accroitre le nombre des fainéants qui entourent un chef puissant, soit, dans quelques pays, pour être égorgés en sacrifice aux fétiches où aux aïeux, ou bien, chez les Monbouttou, pour être rôtis et dépecés dans un somptueux repas. Toutefois la condition de l’esclave n'a d'ordinaire rien de cruel ; souvent il s’est donné lui-même pour éviter la faim, et S'il n'est pas bien traité par un propriétaire, il est autorisé par la coutume à en changer : en abdiquant sa liberté, ilentre dans une nouvelle famille, et ses enfants, nés de la femme libre qu'il épouse, deviennent libres comme leur mère.
C'est, il faut le dire, l'influence de la « civilisation » européenne qui à le plus aggravé la condition de l'eselave africain, Déjà, bien avant que les côtes de Guinée eussent été découvertes par les navires des blancs et que les nations d'Europe possédassent des colonies dans le Nouveau Monde, des marchés d'esclaves se tenaient à Séville et à Lisbonne. Plus tard, quand le Portugal fut devenu le possesseur des côtes du pays noir, grande officine des esclaves, quand les conquérants des Amériques, Espagnols, Portugais, Anglais, Français, Hollandais, eurent besoin dans leurs possessions lointaines de travailleurs robustes pour remplacer les indigènes exterminés, alors une grande partie de l'Afrique fat transformée en pare de chasse à l'homme et le nom de « blanc » devint le synonyme d'anthropophage, comme il l'est encore dans la langue galla', Sur le pourtour du continent, se succédaient les stations pour l’entrepôt de la chair humaine. Les Portugais expédiaient au Brésil les nègres parqués à Angola; la Jamaïque, les Barbades, la Virginie recevaient leurs esclaves de Cape Coast; la Louisiane et les Antilles françaises recrutaient leurs chiourmes
au Sénégal et sur la côte des Esclaves; la Mina était le comptoir des
! Léon des Avanchers, Annales de £a Propagation de la Foi, 1858.
42 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE,
négriers hollandais de Niew-Amsterdam : à chaque plantation d'Amérique correspondait un cabanon de Guinée. En débarquant, les négriers transmettaient aux chefs voisins leurs commandes ; des battues se faisaient dans les environs ; bientôt les hommes valides demandés, les menottes au poignet, le carcan au cou, défilaient devant le marchand, et le payement s'effectuait en toiles, fusils, poudre, verroteries. On connaît les horreurs de la traversée duns ces navires de la traite, où, pour rénager l'espace, les négriers rangeaient les corps vivants comme des cercueils dans un aveau, el où le typhus, la soif, la chaleur, parfois la mort volontaire, faisaient en peu de jours de si larges vides. On ne saurait tenter d'évaluer les multitudes d'êtres humains qu'a coûtés la traite, par les guerres qu'elle a déchainées sur tout le pourtour de l'Afrique, les épidémies qu'elle à propagées, les révoltes ‘et les massacres qui en ont été la conséquence. C'est par millions et par millions que les Africains ont été transportés dans le Nouveau Monde, et pourtant la population de couleur, composée presque uniquement d'hommes, ne s’accroissait que lentement; dans ce siècle-ci seulement l'équilibre des sexes a fini par s'établir dans la race exilée. Actuellement, le nombre des Américains de race pure ou mélangée qui comptent des Nigritiens parmi leurs ancêtres, dépasse 25 millions, et, parmi eux, il en est encore un million et demi qui ne sont point affranchis; mais, après la sanglante guerre civile qui s’est terminée aux États- Unis par la libération des noirs, cette ancienne forme de la servitude est définitivement condamnée et de jour en jour ses dernières citadelles, le Brésil et Cuba, voient diminuer le nombre des asservis. En Afrique même, l'institution est frappée à mort par la fermeture des marchés extérieurs, et quoi qu'on en dise parfois, le nombre des barques, arabes ou autres, qui, sur les rivages de l'océan Indien, parviennent à forcer le blocus pour exporter des esclaves, est peu considérable", Mais il en est encore beaucoup qui franchissent la mer Rouge, bravant les Anglais d’Aden, les Français d'Obock et les Italiens d’Assab, et c’est encore par dizaines de milliers que la chasse à l’homme compte ses victimes annuelles dans l'intérieur de l'Afrique. Lors de la prospérité des négriers, leur fortune coûtait la vie chaque année à un demi-million d'hommes au moins. En comparaison de cette époque, déjà éloignée de nous, la période actuelle est certainement un âge de progrès : les cabanons du littoral ne se remplissent plus de victimes, et comme dans le Nouveau Monde, les guerres soulevées par les 1 Bâtiments négriers capturés et condamnés sur la côle orientale d'Afrique :
En 1876-1877. . , . , . 27 bâtiments portant 438 esclaves. 1877-1878. . . . 1 » » 60 »
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