‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 225 · TRAITE DES ESCLAVES, HISTOIRE DES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

TRAITE DES ESCLAVES, HISTOIRE DES DÉCOUVERTES

marchands d'esclaves aboutissent à la ruine de leur hideuse industrie,

Alimenté désormais par d'autres denrées que les esclaves, le commerce d'Afrique a plus de facilités pour faire pénétrer ses agents dans l'intérieur du pays et rattacher le continent au reste du monde, et d'ailleurs les ressources dont les explorateurs disposent sont bien autrement considérables que celles de leurs devanciers. Toute une armée de voyageurs, choisissant leurs points d'attaque sur le pourtour du continent, marche à la reconnaissance des régions mal connues ou non encore découvertes, et dans le nombre de ces hardis volontaires qui se sont succédé en Afrique depuis le commencement du siècle, il en est des centaines qui se mirent en route n'ayant d'autre but que les progrès de la science et faisant d'avance pour elle le sacrifice de leur vie, C'est une des gloires de notre siècle d’avoir produit tant de héros, les uns devenus célèbres, les autres restés obscurs, qui se dévouaient pour ajouter quelques traits aux dessins de nos cartes, quelques noms de montagnes, de rivières et de peuples aux nomenclatures de nos géographies. Combien de ces vaillants sont morts à la peine! M. Henri Duveyrier, lui-même un de ces hardis explorateurs qui ont le plus ajouté à notre avoir géographique, a dressé la carte de l’« Afrique nécrologique »', sur laquelle sont portés les noms des principaux voyageurs européens qui, de 1800 à 1874, ont été tués par des musulmans fanatiques, ont péri victimes de leur imprudence, ou bien ont succombé à la fatigue ou aux effets du climat. Depuis cette époque, la liste s’est longuement accrue : les noms de Flatters et de ses compagnons, de Schuver, de Sacconi et de tant d’autres encore se sont ajoutés au martyrologe de la science.

Dans l’histoire des découvertes africaines, de même que pour toutes les autres conquêtes de l'homme, les progrès ne se sont point accomplis d’une manière continue : c'est par élans successifs, parfois suivis de reculs temporaires, que s’est faite l’œuvre d'exploration. Entre le premier voyage de circumnavigation, que raconte Hérodote comme s'étant fait sous le règne du Pharaon Necho*, et celui qui fut accompli par Vasco de Gama, vingt el un siècles s'écoulèrent, et dans l'intervalle de nombreuses découvertes déjà faites étaient retombées dans l'oubli : les géographes du quinzième siècle ne connaissaient le résultat des anciennes explorations dans l’intérieur de la Libye que par les tables incorrectes de Ptolémée, rendues plus incorrectes encore par les méprises des copistes et l'imagination des commentateurs ; il fallut redécouvrir les côtes connues déjà des Phéniciens, car

* Bulletin de la Société de Géographie de Paris, décembre 1874. # Hérodote, livre IV, 49: — D'Avezac, Esquisse générale de l'Afrique.

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Hannon, dix-neuf siècles avant les Portugais, avait vogué jusqu'au sud du Sénégal, vers Sierra Leone, Même après le périple de Gama et la prise de possession d'une grande partie du Titloral par les Portugais, la connais-

sance des régions déjà visitées s'obseurcit plus d'une fois, surtout par la

jalousie des nations conquérantes qui voulaient garder pour elles le secret de leurs voyages, Maintenant les érudits cherchent patriotiquement à revendiquer pour leurs pays respectifs l'honneur d'avoir été les premiers à reconnaitre des terres africaines oubliées depuis. Il parait certain que, bien avant les Portugais, des navigateurs italiens avaient reconnu la plus grande partie des côtes de l'Afrique nord-occidentale et même les îles qui se groupent en archipels dans la haute mer. Un portulan de 1567 du Vénitien Marco Pizzigani, conservé à la bibliothèque de Parme, donne à tout le littoral africain jusqu'au cap Bojador une délimitation générale conforme à celle que lui ont trouvée les levés rigoureux des marins modernes?, De leur côté, les Dieppois réclament pour leurs aïeux la gloire d'avoir fondé en 1564 un « Petit-Dieppe » sur la côte de Guinée’, et d'avoir colonisé les Canaries en 1402, sous les ordres du marin Jean de Béthencourt. Quant aux Portugais, les navigateurs qui pénétrèrent les premiers dans la « Mer Impénétrable » et firent la lumière dans « l'Océan Ténébreux », ils attribuent aussi à leurs missionnaires du seizième siècle

la primeur des principales découvertes faites récemment dans l'intérieur de l’Afrique. Cependant, longtemps après ees missionnaires, on put lire sur les cartes de l'Afrique les noms des peuples « Sans-Langues » et des « Sans-Nez », ceux des Opistodactyles « aux doigts retournés » et des « Pygmées qui disputent leurs aliments aux grues » !

De nos jours les archives géographiques sont tenues avec assez de précision pour qu'il ne subsiste point de doute sur les chemins que frayent les voyageurs dans le continent noir, et l'on peut tracer au moins approximativement le réseau des ilinéraires qui ont aceru la somme de nos connaissances. Pendant les cent dernières années, depuis que, en 178$, se fonda chez les Anglais la Société pour l'exploration de l'Afrique, dont l'Allemand Hornemann et l'Écossais Mungo-Park furent « les premiers héros et les premières victimes »°, le continent à été plusieurs fois traversé en entier d'une mer à l’autre mer. Livingstone, Cameron, Stanley, Serpa Pinto, Mas-

1 Vivien de Saint-Martin, Histoire de la Géographie. # Federico Bonola, Société de Géographie du Caire, séances du 20 mars et du 26 mai 1876.

5 Estancelin, Recherches sur les voyages des navigateurs normands en Afrique au delà de la Sierra Leone ; — D'Avezac, Esquisse générale de l'Afrique.

4 Émile Banning, L'Afrique et la conférence géographique de Bruxelles.

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