‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 201 sur 225 · LE CAIRE, — UNE RUE DE LA VIEILLE VILLE · texte numérisé non relu

LE CAIRE, — UNE RUE DE LA VIEILLE VILLE

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quais, on pourrait se croire, en regardant le pont de fer, dans une ville de l'Occident, Toute la ville neuve qui se construit entre les quartiers égyptiens et le Nil, casernes, ministères, palais, hôtels, offre également un aspect européen ; seulement les plantes que l'on aperçoit à travers les grilles des jardins et les grands acacias lebek, qui des deux côtés ombragent les larges rues, rappellent que l'on est en Égypte. De gracieux édifices entourés de verdure contrastent avec les constructions banales de ce nouveau quartier".

Quelques avenues larges et droites, bordées de maisons d'une architecture vulgaire, ont été récemment percées dans les massifs des anciens quartiers, mais presque partout la ville égyptienne a gardé sa physionomie propre. Dans ces voies inégales, tantôt rues, tantôt ruelles, s'avançant par angles brusques entre des masures dont chacune s'est orientée à sa guise, la variété des perspectives est infinie : ici se présentent des places irréguares que bordent les murs d’une mosquée aux arcades peintes ; ailleurs les deux moitiés d'un palais se rejoignent au-dessus de la rue par des passages voülés; à droite, à gauche, s'ouvrent des portes de labyrinthes aboutissant à des impasses ou traversant des cours entourées de balcons d'où pendent des tapis ; des colonnes de marbre, des porches sculptés font saillie çà et là sur les parois de brique grise ou rougeâtre, Les moucharabiés diffèrent tous par le dessin de leur treillis. Les étages même contrastent par l'architecture et la saillie ; en quelques endroits, tout le haut de la maison est posé sur le rez-de-chaussée en forme de paravent chinois et se replie en angles nombreux afin que les femmes puissent regarder les passants à leur aise; des poutres placées obliquement d'un faite à l’autre, des nattes tendues à diverses hauteurs font alterner audessous le frais et le chaud; aux espaces noirs succèdent lout à coup des nappes d’une lumière aveuglante où ‘tourbillonnent les poussières de ja rue. Des plaques d’eau, des amas d'ordures ou de décombres arrêtent le piélon et de petites dunes tournoyantes se déposent dans les brèches des murailles.

Dans ces quartiers de l’ancienne ville la population offre déjà ane singulière variété : Égyptiens et Barbarins, Arabes et nègres se croisent dans les ruelles, marchandent aux boutiques, se pressent autour des faiseurs de récits, Mais c'est principalement dans le Mouski et les autres rues qui avoisinent le bazar et où se font les échanges directs entre indigènes et Européens, que l’on voit la plus grande diversité de types et de costumes,

4 G. Maspero, Notes manuscriles.

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que se composent et se transforment incessamment les plus curieux tableaux, Le long des murs glissent, plutôt qu'elles ne marchent, les femmes voilées, musulmanes ou coptes : amas ambulants d'étoffes, elles n'ont de vivant que les yeux, regardant par une fente du voile qu'un étui doré rattache à la coiffure, Les femmes de la campagne, vêtues d'une simple robe à longs plis qui ondule librement suivant les mouvements du corps, marchent presque toutes la figure découverte, en offrant leurs denrées aux passants; Syriennes, Levantines, Juives, Européennes, reconnaissables à leur type et à leur démarche, aux nuances du costume, à la discrétion ou à l'étalage des bijoux, traversent la foule ou s'arrêtent devant les magasins. Les élégants Barbarins en longue chemise blanche, les Bédouins fièrement drapés dans leurs haillons, les nègres de toute provenance, portant sur leur visage les cicatrices distinctives de leur nation, se mêlent aux Égyptiens, revètus de la stambouline officielle et coiffés du tarbouch, aux Européens de tout pays, plus ou moïns fidèles au costume occidental, aux soldats de toutes armes, en casques, en képis, en turbans, en coiffures de bandelettes comme on en voil aux statues antiques. Suivis de leurs petits âniers, qui crient et se démènent, les ânes et bourricots, gloire de l'Égypte, trottent prestement, si lourd ou si long que soit leur cavalier; des chefs militaires ou de riches étrangers passent sur des chevaux arabes à la large croupe, à la superbe encolure; les voitures élégantes traversent rapidement le flot de la multitude, précédées par un saïs ou coureur, au costume albanais tout chamarré d’or et de soie, armé de la verge traditionnelle, dont il se servait jadis pour frapper les gens trop lents à s'écarter, Parfois, dominant la foule comme un mage de Rubens, un chef nègre, somptueusement vêtu de soie blanche et rouge, à la ceinture étincelant d'armes damasquinées, apparaît, monté sur un chameau gigantesque, balançant des tapis brodés et des housses de velours aux franges d'or.

Actuellement il est presque sans exemple que des étrangers, à moins qu'ils ne se conduisent grossièrement, soient insultés par des fanatiques, mème dans le voisinage de la mosquée d'El-Azhar, où résident les zélateurs de l'Islam les plus fervents. On peut suivre sans crainte, dans les ruelles les plus tortueuses, les gaies processions des épousailles et les funèbres convois des enterrements. Quant aux grandes cérémonies religieuses, que les chrétiens ne pouvaient jadis regarder que de loin, ou bien en se plaçant dans le voisinage des dignitaires, sous la protection des gendarmes et des soldats, elles ont perdu de leur solennité première et certaines parties de l'ancien programme sont désormais interdites. On sait que la plus

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grande fête locale est celle de la « coupure », qui fait entrer les eaux bienfaisantes du fleuve dans les canaux de la ville, et que les solennités religieuses par excellence sont celles du départ et de l'arrivée des pèlerins de la Mecque, La fête du départ, dite du « tapis » par les Européens, est le mahmal, Un chameau, orné de housses brodées, de panaches, de métaux brillants, porte une litière somptueuse enfermant le présent du khédive à la Kaaba de la Mecque; des musiciens, des soldats le précèdent, et derrière vient la foule de pèlerins de toute race et de toute couleur, Au retour de la caravane sainte, on célèbre l'anniversaire de la naissance du Prophète, et les derviches, les psylles, les fakirs et jongleurs deviennent les maitres de la cité : jamais on n'a de meilleure occasion pour étudier la population multicolore du Caire; chaque labyrinthe de ruelles, chaque bouge ou tanière déverse sa population, Arabes, nègres, Abyssins, Bedja, Somal, sur les pla :s publiques et sur le grand champ de fête près de Boulaq, où le cheikh des derviches passe à cheval sur une litière de corps hmmains. Sa monture résiste d'abord, mais deux esclaves le tiennent par la bride, et marchant, eux aussi, sur le tapis de chair vivante, forcent la bête à les suivre. En 1884, des lroupes anglaises, convoquées à la fête, rappelaient aux musulmans que la cité d’Amrou appartient désormais aux infidèles.

Les monuments les plus remarquables du Caire sont les mosquées et les tombeaux. Sur les quatre cents lieux de prière qui s'élèvent en diverses parties de la ville, quelques-uns sont parmi les beaux édifices du monde musulman. La mosquée de Touloun, qui faisait partie de Fostat avant la construction de Kahirah, tombe en ruines, mais elle a toujours la beauté que Jui donne la noble simplicité du plan, une grande cour ouverte à l'air libre, entourée sur trois côtés d’un double péristyle et donnant sur un sanctuaire à quatre nefs aux arcades ogivales en bois de dattier; les galeries, brodées d’arabesques délicieuses, ont. été maçonnées et transformées en d’ignobles cahutes pour les infirmes et les idiots", La mosquée du sultan Hassan, la plus belle du Caire et signalée de loin par le plus haut minaret, est comme celle de Touloun, menacée d'écroulement : en voyant les grandes lézardes des murs, on redoute presque d'entrer dans la cour où murmurent les fontaines, de franchir les degrés du sanctuaire et des nefs latérales, sous les porches immenses où tourbillonnent les oiseaux. La mosquée d’el-Azhar, c'est-à-dire la « Fleurie », fut aussi une simple cour entourée de portiques, mais de nombreuses constructions ont été ajoutées à l'édifice primitif, car el-Azhar est à la fois université, bibliothèque, hôtel-

1 Élie Reclus, Voyage au Cuire, Philosophie positive, mars, avril 1870.

lerie pour les voyageurs studieux, hospice pour les aveugles, asile pour le pauvres, Le plafond du sanctuaire est soutenu par 380 colonnes en marbre. en granit, en porphyre, dont une partie ornait autrefois les temples romains : autour de la cour les colonnades sont réservées aux étudiants, qui groupent par pays d'origine sous les piliers : du Maroc à l'Hindoustan, du Niger à l'Oxus, tous les peuples de Fslam sont représentés dans cette nniversité, la plus ancienne du monde; jusqu'à 12000 élèves, sans compter les assistants libres, sous la direction de 200 professeurs, y étudient je Coran, la jurisprudence, la langue arabe et les mathématiques ; en outre, une dizaine d'écoles préparatoires avant chacune de 30 à 40 élèves et une école spéciale d'aveugles se trouvent dans le groupe des construcions ou rardk qui entourent les nels

Une autre mosquée, celle du sultan Kaltoun, est presque en entier utilisée comme hôpital des fous. Quant à la mosquée de Mohammed-Ali, dans la citadelle, elle est fort somptueuse, ses pavés et ses piliers sont d'un albâtre translucide admirable ; mais sa richesse même ne sert qu'à mettre en évidence le mauvais goût du constructeur, Près de la mosquée, le « puits de Joseph», creusé par les ordres de Yousoûf Salah ed-din, le grand Kaladin, descend jusqu'au niveau du Nil, à SS mètres; de la surface du sol jusqu'à la moitié de la profondeur du puits une rampe en colimacon permet aux bœufs de descendre sur un palier pour soulever l'eau du fond par un chapelet de sceaux. Au sud de la citadelle, dans la direction dr Vieux Caire, et au nord-est, à la base du Djebel-Mokattam, d'autres mosquées, grandes et petites, élèvent leurs eoupoles ogivales au-dessus de tomheaux royaux ou princiers : ces gracieux édicules contrasteat avec la terre nue, semée de débris, et les escarpements des carrières. La mosquée de Kaït-bey, au nord du massif de collines, est un édifice du quinzième siècle, mais récemment restauré, qui est peut-être le monument le plus parfait de l'architecture arabe en Égypte par les dessins de ses murs en filets et entrelaes géométriques; son minaret à galeries en encorbellement est d'une grâce parfaite, Le pays où se voient les constructions les plus massives, les pyramides et les mastaba, est également celui qui possède les minarets les plus élégants par la finesse du profil.

Première cité du continent africain par sa population, le Caire est cer-

1 Étudiants inscrits à El-Azhar en 1885 : 42 095 : professeurs : 216, Rite chafëite : 500 étudiants, 100 professeurs.

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* Mariette; — Ernest Desjardins, Notes manuscrites ; — Ch. Blanc, Voyage de la haute Égypte.

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tainement aussi la première par ses institutions scientifiques et ses trésors d'art. Sans tenir compte de son université religieuse d’el-Azhar et des centaines d'écoles arabes établies près des mosquées ou aux étages supérieurs des fontaines, la ville a d'excellentes écoles européennes, presque toutes confessionnelles, catholiques, coptes, melkites, protestantes ou juives; elle possède une école de médecine et de pharmacie, une bibliothèque publique, des salles de cours, un observatoire, une collection précieuse de cartes et de plans, malheureusement dévastée lors de l’arrivée des Anglais, une société de géographie et d’autres compagnies savantes; mais la gloire du Caire est son musée d’antiquités, établi dans le faubourg de Boulaq, sur la digue même qui longe la rive droite du Nil. Cette collection précieuse, formée par Mariette, continuée par M. Maspero et déjà beaucoup trop riche pour l'‘difice qui la contient, offre un cours complet, admirablement commenté, de l’histoire pharaonique et de l’art égyplen : outre les mille objets qui existent dans tous les musées, stèles, statuettes, momies, amulettes, bijoux, papyrus, elle a des œuvres capitales, la statue en diorite qui représente Khephren, majestueux et doux, la statue en bois du personnage débonnaire que les Arabes ont appelé cheikhel-beled ou « maire de village », les sphinx des Hyksos qui reproduisent d'une manière si frappante le type des pasteurs conquérants. Dans la cour s'élève le tombeau de Mariette, sarcophage de marbre noir, d'où l’on voit à ses pieds passer les eaux lentes du Nil. Boulaq est le principal centre industriel de la capitale : le gouvernementy possède une grande imprimerie et des usines militaires, fonderie, manufacture d’armes. Le commerce fluvial, qui avait autrefois ses chantiers et ses entrepôts au Vieux Caire, s’est porté maintenant devant les quais de Boulaq : embarcations à rames, voiliers et bateaux à vapeur y couvrent le fleuve.

Ce qui reste du Vieux Caire ou Fostat, séparé par un espace d’un kilolomètre environ du faubourg sud-occidental du Caire, longe la rive droite d’un petit bras du Nil. Une mosquée entourée de buttes de décombres appelle l’ancienne splendeur de la eité : c’est le temple bäti pas Amrou en l'an 21 de l’hégire sous les yeux des compagnons de Mahomet; après celles des villes saintes nulle djàma n'est plus vénérée que ce vieux monument, d’ailleurs fréquemment remanié; quelques-unes de 250 colonnes qui soutenaient les plafonds des galeries et du sanctuaire, autour de la cour centrale, ont cédé sous le poids de la nef, L'ile, en grande partie couverte de cultures, qui sépare le Vieux Caire du Nil proprement dit est la Djeziret el-Raoudah, dans laquelle un neveu de Saladin avait établi l'école des « Baharites » ou « Fluviaux », qui furent les premiers mamelouks de

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l'Égypte. La pointe méridionale de Raoudah porte le fameux mekyàs ou « nilomètre », parfois si anxieusement consulté pour mesurer les progrès de la crue: le nilomètre antique, auquel à succédé celui de Raoudah, se trouvait en amont, sur la rive droite du fleuve, vis-à-vis de Memphis. À l'exception du classique Nil, nul cours d’eau n’a donné son nom aux échelles qui servent à en mesurer les oscillations : on ne parle point de padomètre ni de rhodanomètre.

Capitale de l'Égypte, le Caire se complète par un village de bains, Helouan, situé à 24 kilomètres au sud, par chemin de fer, près de la rive droite du fleuve; ses eaux sulfureuses, légèrement thermales (de 23 à 30°), sont dites très efficaces. De nombreux palais sont épars autour du village, au milieu de jardins et de pares dont quelques-uns occupent en surface des kilomètres carrés. Les palais de Gizeh, de Djezireh, se succèdent sur la rive gauche en face du Caire; au nord de la ville, et réuni à la gare par une magnifique avenue de sycomores, que bordent des maisons de plaisance, s'élève le palais de Choubrah ; au nord-est, sur les confins du désert, se montrent les palais d’el-Koubbeh et d’el-Abbassieh, occupés maintenani par l’école polytechnique et l'école militaire. Ce palais n’est pas éloigné du village de Matarieh, qui occupe en partie l'emplacement de l'ancienne « ville du Koleil », le Pè-Rà des Pharaons, l'Héliopolis des Grecs, où les prêtres venaient s'inilier aux sciences ésotériques : de la cité de temples et d'écoles il ne reste que les fondements de deux enceintes et un obélisque enfoncé de huit à dix mètres dans le sol, qui fat dressé par Ousortesèn [", il y a quarante-six siècles : de tous les monuments de ce genre, c’est le plus antique. Dans les marais des environs on voit toujours l'espèce d'aigrette appelée ardea qarzelta, Voiseau bennou, devenu si fameux dans l'histoire des symboles sous le nom de phénix!; tous les cinq cents ans, au jour du solstice d'été, l'animal sacré, revenant de l'Arabie ou des Indes, se posait sur le faite du temple du Soleil, et là, sur un bûcher fait de bois d’encens, se brûlait pour renaître aussitôt, jeune comme à son premier jour. Le village de Matarieh, sur la rive droite du Nil, de même que celui d'Embabeh, sur la rive gauche, rappelle des souvenirs de bataille : e'est devant Embabeh que Bonaparte remporta la victoire dite des « Pyramides », à Matarieh et dans les ruines d'Héliopolis que Kleber mit une armée turque en déroute, Dans un charmant jardin de Matarieh, des moines coptes montrent « l'arbre de la Vierge », sycomore âgé de moins de trois siècles, sous lequel se serait reposée la sainte Famille lors

1 Brugsch, Geographie des alten Ægypten.

2 MATARIEN, BARRAGE. ÿ8ù ee \

Mu 4 de la « fuite en Égypte ». Matarieh possède la seule ferme du delta où l’on progrès À s'occupe actuellement (1884) de l'élève des autruches. | udah, se 1 Le barrage du Nil, dont les tours crénelées apparaissent de loin comme ; iphis. À à une forteresse, est aussi l’un des monuments de la grande banlieue | Free À du Caire. Formé de deux ponts ayant ensemble 154 arches et un peu plus

point de d'un kilomètre de longueur, deux kilomètres avec la chaussée, il se dresse

en travers du fleuve, à une vingtaine de kilomètres en aval de Boulaq, à l'endroit où les eaux se partagent en deux courants; une fosse intermé-

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rihse dé forteresse de Saadieh, qui commande à la fois les deux branches du Nil et les deux principales voies ferrées de la basse Egypte. Cette œuvre gigantesque, dont Mohammed-Ali posa la première pierre en 1847, devait avoir pour résultat d'accroître la surface des terres cultivées de plusieurs dizaines de milliers d'hectares et de régulariser la navigation dans toute la région de la basse Égypte. Mais le vicc-roi n'avait pas dans ses entreprises

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une persévérance égale à sa fougue et ia construction de quelques parties

du barrage fut négligée. Des fondations ont cédé, des lézardes se sont pro-

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duites dans les arches, et des trois canaux qui devaient être creusés, le Charkieh, le Beharah, le Menoulfich, ce dernier seulement a été mené à bonne fin. Mais tel qu'il est, le barrage du Nil n'est pas, ainsi qu'on le repète souvent, une œuvre complètement inutile, le déplorable témoignage d'une prodigalité sans but : on l'utilise chaque année pour relever de 2 mètres le plan d’eau du fleuve. Si l'on voulait exhausser le niveau de à mètres, suivant le plan primitif, consolider les fondations et terminer les travaux de canalisation, il suffirait, d'après l'ingénieur anglais Fowler, d'une dépense complémentaire d'environ 25 millions de francs *; mais il faudrait aussi modifier le plan primitif pour éviter les atterrissements qui se forment en amont de l'obstacle * ou bien creuser à côté du Nil des canaux de navigation.

Avant l'ouverture du canal de Suez, un chemin de fer direct, traversant le désert par les dépressions qu'emprunte l'ancienne route de pèlerins, unissait le Caire au port de Ja mer Rouge. La ville actuelle, située près de l'extrémité méridionale du canal maritime, a remplacé le Clysma des Grecs, le Kolzim des Arabes, que l'on croit retrouver au Tell-Kolzoum, situé à 6 kilomètres plus au nord, et la station d’Arsinoé, appelée plus tard Cleopatris, cherchée plus à l'est, non loin du village d’Agerout ; jusqu'aux lacs Amers, on reconnait les traces d’un séjour antérieur des eaux du golfe Arabique. La mer s’est retirée, et si la ville devait suivre le mouvement des eaux, elle se déplacerait encore, pour se bâtir à 3 kilomètres plus au sud, à l’entrée même du canal, là où deux jetées divergentes, longues de 2510 mètres, forment le port Tewlik, bordé de magasins qui appartiennent à la Compagnie : à l'extrémité d'une jetée, quelques arbres entourent la statue de Waghorn, un des prédécesseurs de Lesseps dans la recherche des voies rapides entre l’Europe et les Indes, Suez, qui a perdu les aqueducs construits sous les Ptolémées, est alimentée d'eau pure par un canal dérivé du Nil qui passe par le Ouâdi-Toumilàt; la ville pourrait donc se développer librement sans craindre de périr de soif, comme à l'époque où elle devait se contenter des puits saumâtres creusés au pied de Djebel- Attakah ; mais après s'être rapidement agrandie, lors de la construction du anal, Suez à diminué de nouveau : la plupart des bateaux à vapeur qui se suivent en convoi passent outre après avoir fait viser leurs papiers. C'est à l'extrémité septentrionale du canal, à Port-Saïd, du côté tourné vers l'Eu-

! Barois, Notes manuscriles.

2 Rapport officiel. Réparation des barrages du Nil, 1875. 5 fiousseau ; — Ernest Desjardins, Notes manuscrites.

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sage pour que Suez prenne rang dans le commerce de l'Égypte après les ports d'Alexandrie et de Port-Saïd.

1 Mouvement du port de Suez, en 1880, d'après Amict :

Entrées. . . . . . . . , . . . D8! navires, jaugeant 682 110 tonnes. Sorties. . . . . . . 565 ) » 677626 »

Ensemble, , . . . . . . . 1144 navires, jaugeant 1 359 736 tonnes.

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