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AGRICULTURE DE L'ÉGYPTE

Fayoum, sur les grands domaines princiers, les énormes capitaux nécessaires à l'établissement des usines avec leurs « obélisques fumants » n'étant à la disposition que du souverain ou de puissantes compagnies!. Le cotonnier a pris sa place dans les champs des fellähin, grâce à l’entremise des Grecs, qui achètent la fibre et la nettoient dans leurs petites usines de village ; mais aux travailleurs égyptiens ne se mêle pas un seul étranger : le bas prix de la main-d'œuvre empêchera toujours que des colonies d'agriculteurs européens se fondent en Égypte : les immigrants d'Europe ne peuvent s'établir que dans les villes. Introduit en Égypte sous le règne de Mohammed-Ali, surtout par les efforts du Français Jumel, le cotonnier prit graduellement, sous le nom de mako, une certaine importance dans le commerce de l'Égypte. Mais lorsque la guerre civile des États- Unis priva les industriels de leurs approvisionnements ordinaires de coton, Lous les efforts des agriculteurs égyptiens se portèrent sur la production de la précieuse denrée, et c’est par milliards que se payèrent les exportations d'Alexandrie, À la période d’extrême prospérité commerciale succédèrent les faillites: la culture du cotonnier cessa d’envahir les campagnes au détriment des céréales, mais elle est restée la première de toutes par la valeur marchande de ses produits. Même la graine de coton, jadis sans emploi, a pris une importance économique fort considérable*, L'huile qui en découle sous la pression des machines n’est pas utilisée uniquement par le fellàäh, qui en prépare ses aliments, elle est employée aussi à frauder les huiles qui se consomment en Europe: les usines de Douvres seules importent, pour la fabrication de ces huiles comestibles ou à savon, des cargaisons entières de navires’,

Au commencement du siècle, les explorateurs qui accompagnaient l’expédition française évaluaient à 24 000 kilomètres carrés la superficie du

sol cultivable de l'Égypte. Actuellement la région des cultures s'est aug-

mentée d'un cinquième environ, grâce à l'extension du réseau des fosses et

* Superficie des terrains cultivés en canne à sucre en 1880 : 45 500 hectares, Produit : 46750 tonnes. Valeur de la récolte : 93 575 000 francs. ? Production du coton égyptien en 1890 : 2 tonnes, 4831 : 8400 »

1851 : 17 500 1865 : 114 561 1882 : 122379 Surface cultivée en cotonniers : 300 000 hectares. Valeur de la fibre en 1883 . . . . , ai 169 000 000 francs. » DERINB D se SLT 4 29100000 »

Ensemble, , , , ,. . 498 100 OÙ francs Valeur de l'exportation en 1866 : 402 000 000 francs. 5 John Ninet, mémoire cité,

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rigoles d'arrosement; mais il reste à conquérir au labour plus d’un tiers du della par le dessèchement des marais et un meilleur emploi de l’eau d'irrigation. Presque toute la zone du littoral, du lac Mariout au lac Menzaleh, est occupée par des eaux marécageuses et saumâtres où même salines:; des dunes nues s'élèvent entre les marais, et tout le long des lacs, du désert arabique au désert libyque, s'étend une bande de terrains d’une largeur moyenne de 50 à 35 kilomètres, le Berari, dont le sol, à peine émergé, n'est soumis à la culture qu'en de rares îlots. L'état actuel de cette région du delta est le même que celui de la Camargue française, quoique les ruines de cités, éparses sur les butles, témoignent d'une période antérieure pendant laquelle les terres, désertes aujourd’hui, porlaient une population nombreuse de cultivateurs. Sur le cordon littoral, au milieu des sables, on est étonné de rencontrer en certains endroits des villages entourés de dattiers, de vignes et de jardins. Il est donc possible de cultiver le sable même, mais l’aménagement en est très pénible. I faut creuser l'arène assez profondément pour que les racines des plantes y trouvent l'humidité nécessaire, mais en prenant bien garde de ne pas descendre trop bas, ce qui ferait pourrir les fibres végétales; en outre, les trous doivent être entourés de palissades, pour que le sable des dunes ne vienne pas les combler. On retire de ces jardins creux des melons, des pastèques, des figues, des fruits de toute espèce, meilleurs que ceux des

autres parties de l'Égypte’. A l'embouchure du Guadalquivir, les dunes de Sanlucar de Barrameda sont cultivées de la même manière : il est probable que des immigrants de l'Égypte auront enseigné aux Andalous l’art de disposer ainsi leurs navasos.

La question la plus importante pour l'avenir de l’agriculture égyptienne est celle de l'irrigation. Les eaux du Nil, qui seraient si utiles pour la transformation des déserts en terrains de culture, ne devraient plus se perdre dans la mer. Depuis le commencement du siècle, on a beaucoup fait pour atteindre ce résultat ; le réseau des canaux s’est accru : des fosses nili, où l’eau du fleuve n’entrait que pendant la période des crues, ont été changées en canaux seli, qui répartissent pendant toute l’année le liquide nourricier ; aux modestes appareils de puisage et aux manèges se sont ajoutées les puissantes machines à vapeur pour l'élévation de l’eau d'arrosage. L'œuvre

! Girard, Description de l'Egypte; — Mackenzie Wallace, Egypt and the Egyntians.

? Canaux nili en 1880... . . , . . . , , . 15440 kilomètres, » sefi RE Re +. + + 8890 »

Pompes à vapeur... , . , . . , . . . . . , 500 » SRI mr rt ere re tr A DIQUD ù

Chadouf, 70000

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AGRICULTURE, INDUSTRIE DE L'ÉGYPTE, 611 du barrage de Saadieh, on le sait, n’a pas complètement réussi, et ce n’est pas sans inquiétude que l'on entend parler d’autres travaux qui retiendraient les eaux en amont de la gorge de Silsileh : cet obstacle aurait pour conséquence de ruiner les terres qui se trouvent en amont jusque près d’Assouân et d'arrêter au passage des alluvions qui fertilisent maintenant les campagnes de laval !; en outre, on pourrait craindre que le retard des eaux dans les canaux dérives n’en augmentât la salure, comme cela s’est déjà fait pour les canaux latéraux de Ramadi et d'Ibrahimieh, dont quelques terres, naguère fertiles, ont dà être abandonnées à cause de l’accroissement de la salinité; des plantations de sucre dans le Saïd et le Fayoum sont délaissées : la lessive du sol est insuffisante pour les débarrasser de leur sel*.

De même que dans le domaine agricole, où l’on voit l’ancien mode de culture du temps des Pharaons se continuant sans modification à côté des procédés modernes importés de l’Europe ocridentale, de même, à côté des métiers héréditaires légués par les anciens Rétou, et constitués en corps dont la routine est entretenue par les chefs, l'industrie égyptienne offre les procédés qu'ont introduits les conquérants arabes et syriens, et possède maintenant de puissantes manufactures dirigées par les ingénieurs occidentaux: partout se retrouve le contraste entre une Égypte pharaonique, immuable dans ses formes, et une Égypte nouvelle, appartenant au monde européen, si mobile dans son évolution. La principale indus- Wie d’origine rélou est celle de la poterie, le limon du Nil et des ouàdi fournissant toujours en surabondance la matière première; sur les bords du Nil on voit des maisons entières construites en pots, remplaçant les briques”. Les industries apportées par les Arabes sont les mêmes qui se sont développées dans tous les autres pays musulmans : sellerie, cordonnerie, fabrication des tapis, chaudronnerie, damasquinerie, orfèvrerie, Quant au travail du fer, il est sans importance : c’est de l'étranger que viennent les outils de ce métal. L'Égypte n'a point de mines de fer, et dans les premiers temps elle ne connut d'autre minerai ferrugineux que celui des aérolithes. Le nom « matière du ciel », qu'ils employaient pour désigner le fer, semble prouver qu'ils se représentaient le firmament comme une voûte de métal dont quelques fragments se délachaient parfois pour tomber sur la terre”.

! Georg Schweiufurth; — Bonola ; — G. Maspero,

* Mackenzie Wallace, ouvrage cité; — Barois, Notes manuscriles, 5 G. Rohlfs, Drei Monale in der Libyschen Wüste.

# Fr, Lenormant, Premières Civilisations.

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