NIL BLEU, SOURCE DE L'ABAE
elles lui apportent aussi la terre qui renouvelle imeessamment le sol, assurant à jamais le retour des moissons. C'est dans les montagnes éthiopiennes que s'explique le mystère du fleuve égyptien, grossissant chaque année et débordant sans cause apparente, puis rentrant dans son hit après avoir terminé son œuvre de fertilisation, [est fâcheux que la portée des deux Nil n'ait pas été régulièrement mesurée!; le nilomètre de Khartoum ne sert qu'à évaluer le débit du Nil Bleu”,
Au confluent des deux Nil, on se trouve déjà en pays connu des aneiens. Le Bahr el-Azraq est l'Astapus de Ptolémée ; peut-être mème les Romains eurent-ils connaissance de Porigine de ce louve, car ils le font naître dans un lac, le Coloe Palus, mais en le plaçant à 12 degrés au sud de sa position véritable, Le Tana ou Tsana st considéré comme le réservoir lacustre d'où s'échappe PAbàt, quoique la rivère Bechto, prenant son origine à 290 kilomètres plus à lorient, dût être prise pour la branche müitresse, si l'on ne tenait compte que de la longueur du cours. L'effluent du Tania à l'avantage d'être beaucoup plus constant dans sa tenue, grâce au ae qui règle le débit des eaux, s'élevant lentement dans la saison des crues, S'abaissant aussi par degrés insenstbles durant les sécheresses : Pécart annuel entre les niveaux du lac ne dépasse guère un mètre, L'Abàï, la rivière Ja plus abondante qui se déverse dans ce bassin, naît à Gich Abäï, près de la base nord-orientale du Dengoüiva *, à une centaine de kilomètres du lac. I est certain que les Portugais établis en colonie dans cette région à la fin du seizième siècle visiièrent les sources de PABàï; mais la première deseripiion en fut donnée par le jésuite Paez. D'après lui, les eaux de PADàat suintant du fond d'une prairie marécageuse, forment un peut lac d'eau lmjide que les naturels disent « insondable », parce qu'ils n'en alleigiert qas le fond avec leurs lances. De là s'écoule un ruisseau dont on ne reconnait le cours que par le tapis des herbes frémissantes qui le recouvre; puis, à 2 kilomètres en aval, l'eau apparaît à la surface : c'est la rivière que les Portugais et Bruce appelaient Nil, Des exhalaisons enflammées, sans doute des feux follets, que l'on voit au-dessus des sources de
PAbai, Jui ont valu l'adoration des naturels, et maintenant encore on
1 Portée approximative des deux Nil à Khartoum, par seconde ! BAUR EL-ABHAD : DAUR EL=AZRAQ :
Grue... 900 mètres euhes (Linant), À Grue, , : 6104 métres cubes (Linant) Maire, . . . . 297 ) ) SHATOS ous vs Jui) D] ) * Mason, Bulletin de la Société de Géographie du Caire, 1882 Th, von Heuglin, Reise nach Abessinien.
À Antoine d'Abbadie, Géodésie d'Éthiopie, carte n°0,
5 Desborough Cooley, Notice sur le P, Pedro Paes, Bulletin de la Société de Gé graphie, 1N72,
re
sacrifié des animaux aux génies de la rivière", Large d'environ 10 mètres, PABät pénètre dans le golfe sud-occidental du lac; son eau, souvent trouble, a déposé dans le Tana une longue péninsule d'alluvions, an della coupé de bouches errantes: mets le courant qui s'échappe du lac et que lon appelle également Abai, est d'un bleu pur et mérite bien son nom arabe de Bahr el-\zraq. De même que pour tous les autres bassins lacustres dont le principal tributaire porte le même nom que l'émissaire de sorlie, naturels et voyageurs répètent à Fenvi que FAbäï où Nil Bleu traverse le Tana sans se mêler aux eaux environnantes, I n'est pas possible qu'il en soit ainsi; en vertu de la diversité des températures, Peau du haut Abäi doit S'étaler au loin à la surface du lac où plonger dans les profondeurs; mais il paraît certain qu'un courant sensible se porte de la bouche d'entrée à la bouche de sortie, et ce courant, que forment les eaux du lac lui-même, se distingue souvent de loin par les reflets de la surface”.
Le Tana ne peut être comparé en étendne aux grands lacs de l'Afrique centrale : d'après los mesures de Siecker, 11 a 2980 kilometres carrés de superficie”, moins de la vingtième partie du N'yvamges jadis 1 fui plus considérable, ainsi qu'en témoignent. principalement au nord, quelques plaines alluviales. Sa forme générale est celle d'un cratère, st ce m'est au sud, où il se prolonge en golfe vers Festuaire de sortie. Plusieurs auteurs ont émis Phypothèse que ce lac serait en effet un immense entonnoir volcanique : 11 serait plus simple d'y voir un bassin d'effondrement, comme il S'en trouve en diverses contrées cachant dans leurs profondeurs des foyers souterrains; des collines de basalte, S'élevant à quelques cenlines de mètres, se dressent en promontoires autour du lac, et des îles rondes, surgissant des eaux, paraissent avoir été des cônes d'éruplion, I est probable que dans li partie centrale du bassin la profondeur est eonstdérable; Rochet d'Héricourt aurait trouvé 197 mètres non loin de Pile Meteraha où Matraha, près de la côte orientale, mais des sondages faits depuis dans les mêmes parages sembleraient indiquer une erreur dans ses mesures ? li plus grande épaisseur d'eau trouvée par Niceker est de 72 mètres seulement: toutefois c'est dans le golfe méridional du ae, loin des espaces sans iles de li partie septentrionale, qu'il a jeté la sonde, L'eau
du Tana est d'une grande pureté, aussi douce à boire que celle du Nil; le
1 Beke, Journal of the Geographical Society, 1844, Slecker, Mathetungen des Afrikanischen Gesellschaft in Deutschland, ESS D'apre la carte de M. Antoine d'Abbadie, 5940 kilomètres carrés,
mètres, trouble, coupé de a appelle wabe de lacustres » de sor- | traverse possible l'eau du dans les porte de ment les lets de la
l'Afrique es CATTÉS L fui plus quelques ice n'est Plusieurs ise entonidrement, ofondeurs ques cenit des iles tuplion. Il est consiin de l'ile ages faits eur dans ker est de
lac, loin
ide, L'eau
lu Nil; le
LAC TANA, ABÂÏ 7a
littoral n’est bordé de jones que dans la ee lie sud-occidentale, où les rivereins vonl'oouper cos longs ot lésersrossaex dune esnèce méditerranéenne (arundo dontx) qu ‘ils assemblent en paquets pour en fure des lankouu, embarcations creuses où radeaux à deux où quatre rameurs, au centre desquels ils placent des bancs élevés pour que les marchandises ne baienent pas dans l'eau. Mais le commerce est peu considérable de Fune à l'autre rive. À travers les branches des arbres qui font'une ceiviure verte au beau lac et qui entremélent leurs feuilles aux frondaisons diversement nuancées des plantes grimpantes, on ne voit guère que les montagnes lointaines et les cônes insulaires entourés de Peau étincelante ou bleue. Souvent les hippopotames se montrent en troupeaux, laissant derrière eux un long sillage, mais il n'existe point de crocodiles dans le lie, quoiqu'ils ne manquent pas dans FAbäi, en aval des cataractes. Parmi les habitants de la mer éthiopienne se trouverait aussi un petit lamantin, l'aile des indigènes !; toutefois aucun voyageur européen ne Fa vu. Les eaux sont extrèmement riches en poissons, appartenant pour a plupart au genre des evprins et constituant ue faune spéciale, différente de celle du Nil; des bivalves, qui rappellent les huîtres par leur aspect et dont la chair a le même goût, vivent sur les fonds du littoral. Peu nombreux sont les pêcheurs qui s'occupent d'exploiter ees richesses alimentaires.
[ssu du lac à l'altitude de 1860 méètres?, FAbàï où Babr el-Azraq descend d'abord nr sud-est d'un flot égal, puis non loin de Woreb, à S kilometres du lac, il forn e une première chute, Plus bas le cours d'eau, large d'environ 200 metres, serpente au milieu des prairies, sous les ombrages, puis s'écroule soud'in d’une saillie de roches par une cataracte de 25 mètres de hauteur : c'est la chute de Tis Esat et de la « Fumée », appelée ordimairement chute d'Alata, d'après un torrent voisin, Des vapeurs s'élèvent en tourhillons au-dessus du gouffre, l1ssant entrevoir au milieu de la cascade une roche en forme de pyramide, et à la cime un arbre toujours agité par le reflux de l'air, Soudain rétréci en aval de l'entonnoir où tournoient les eaux, PAbâi pénètre dans une tortueuse eluse n'ayant pas plus de deux où trois mètres dans sa partie la plus étroite et franchie en cet endroit par un pont de construction portugaise, simple arcade que d'autres continuent sur la rive occidentale®, A'une cinquantaine de kilomètres en aval, un autre pont
traverse le fleuve, mais l'arche centrale est brisée et ses fragments forment
1 Th, von Heuglin, ouvrage cité, D'après les mesures de M, Antoine d'Abhadie, \atoine d'\bbadie, Géodésie d'Éthiopie, carte 3 — Achille Raffrav, Abyssinie: — Ch, Beke, Sources 0{ the Nite,
S0 NOUVELLE GÉOGRAPIDE UNIVERSELLE,
écueil au milieu des eaux tumullueuses; l'espace qui sépare les deux ponts n'est qu'une succession de cascades et de rapides ayant ensemble une déclivité d'au moins 600 mètres, Les Alpes se dressent à droite et à vauche au-dessus de Ta vallée, qui semble sans issue; mais, après avoir décrit un demi-cerele complet autour du plateau d'Éthiopie, FAbâï entre dans la plaine en suivant la direction du nord-ouest. Na chute totale dans ce vasle cireuil est de plus de douze cents mètres, tandis que, dans la partie inférieure de son cours, qui se termine au confluent de Khartoum, sa déclivité est à peine sensible; 11 serpente en lents méandres entre des rives de formation alluviale qui, sous la pression du courant, s'écroulent brusquement en prismes verticaux. Pendant la période des maigres, les eaux du Bahr el-Azrag diminuent de Famont à Faval; on peut alors traverser en maints endroits le Nil en maintenant sa poitrine hors de l'eau. Le Yabous et le Toumat, les principaux tributaires du sud, ne sont en apparence que des lits de sable pendant plus d'une moitié de Fannée, mais Peau y coule invisible. Un des grands affluents orientaux, le Rahad où Abou-Ahraz, qui nait sur le versant occidental de la chaine bordière éthiopienne, est complètement à sec avant la saison des crues, jusqu'à une grande distance en amont du confluent; mais de juin au milieu de septembre, quand les pluies tombent en averses sur les pentes des monlagnes, le vaste Hit fluvial estempli jusqu'aux bords et les cultures rive raines recoivent en surabondance humidité nécessaire, Le Dender, autre rivière d'origine éthiopienne, mieux fournie que le Rahad, conserverait de l’eau toute l'année, I n'est pas de rivières où 11 serait à Ta fois plus utile et plus facilement praticable de construire des bassins de retenue pour emmagasiner le trop-plein des erues et les rendre pendant la saison sèche? L'altitude du confluent des deux Nil, à Khartoum, est Svaluée diversement de 578 à 459 mètres.
De même que la région méridionale du plateau d'Éthiopie, celle du nord appartient au bassin du Nil et les rivières tibataires du grand fleuve y naissent, non sur le versant occidental des monts, mais au cœur même des hautes lerres, dans le voisinage immédiat de Ta chaine qui domine le versant de la mer Rouge. Le Takkazé, branche maitresse de toute fa ramure hydrographique de PAbâra, prend son origine à plus de 2000 motres d'altitude el coule d'abord à Fonest comme pour aller se jeter dans le
lac Tana, mais la gorge dans laquelle il descend entre des parois d
1 PTrémeaux, le Soudan, # Samuel Baker, The Nile tributaries of Abyssuua.
x ponts ble une ile el à ès avoir ài entre ale dans dans la Lartoum, ntre des icroulent res, les lors U'ade l'eau.
sont en l'année, taux, de aine borues, Jusau milieu des monres rive der, autre rverait de fois plus enue pour nn sèche”.
versement
du non d fleuve \ Bur méme ù domine e toute fa 2000 meer dans le
: | parois {
TAKKAZÉ, ATBÂRA, MÂREB, BARKA. sl
schistes cristallins se creuse rapidement à un niveau bien inférieur à celui des plateaux éthiopiens + à l'endroit où la rivière se recourbe vers le nord, elle se trouve déjà à 1500 mètres et la végétation tropicale commence à se montrer sur ses rives; quand on descend des montagnes environnantes exposées au vent froid, on a la sensation que l'on éprouve en entrant dans une serre’, En échappant à la région des plateaux, le Takkazô reprend la direction de l'ouest, et de cluse en eluse finit par entrer dans la plaine: là il prend le nom de Setit et reçoit un affluent, l'Atbära, beaucoup moins abondant que Hui et deux fois moindre par la longueur du cours; mais la direction moyenne de sa vallée, commençant immédiatement à l'ouest du lac Tana, est la même que celle des eaux réunies : e'est lui qui donne ie nom au système hydrographique, comme le Mississippi quand il rejoint les eaux jaunes et tourhillonnantes du puissant Missouri; un des affluents du Takkazè, le Goang, nai au nord, dans la dépression du Tana, dont il n'est séparé que par un seuil de 90 mètres”. En aval du confluent, l'Atbâra, qui garde son nom antique donné par Ptolemée sous la forme d'Astaboras, diminue peu à peu en masse liquide, de mème que son ancien affluent le Märeb, qui décrit dans son cours supérieur une de ces grandes courbes en demi-cerele qui caractérisent les fleuves éthiopiens. On peut dire en effet que le Märeb ou la « rivière d'Occident », ainsi noïnmée par les Éthiopiens à cause de sa direction, à cessé d’être un tributaire de l'Athära. Appelée Sona dans son cours moyen et Gach dans son cours inférieur, où elle n'a plus qu'un flot périodique, elle coule au nord parallèlement à FAthära et finit par s'épuiser dans les terres alluviales avant d’alteindre son anesenne embouchure dite Gach-da ou « bouche du Gach » par les nomades Hadendoa. Lorsque Munzinger visita le pays en 1862, le lit du confluent n'avait pas été rempli une seule fois depuis vingt années, La cause de ce changement dans lhydrographie locale provient des travaux d'irrigation accomplis sur la rive gauche du Gach : endiguée de ce côté, la rivière se rejette à droite, en rongeant sa rive orientale, la plus élevée; son cours, autrefois perpendiculaire à l'Atbära. lui devient parallèle; mais, en se prolongeant vers le nord, elle finit par S'épuiser”. Eu 140, un conquérant égyptien, Ahmed-pacha, essava de rejeter le Gach directement à l'ouest dans FMbära, mais sa digue fut percée par les rive-
rains de la plaine inférieure, Récemment, ke rivière Barka où Baraka, qui
16, Rohlfs, ouvrage cité.
Ph, von Heuglin ; — 6, Lejean.
5 Ost-Afrikanische Studien.
* Ferdinand Werne, Feldsug von Sennaar nach Taha, Basa und Beni-Ame
va se perdre dans les marais riverains de la mer Rouge, non loin de Souakin, était considérée aussi comme appartenant au bassin nilotique par