‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 225 · PLATEAU DES LACS, OU-SOUKOUMA · texte numérisé non relu

PLATEAU DES LACS, OU-SOUKOUMA

le versant du nord. Les riverains du N'yanza appartiennent à la souche des Bantou, c'est-à-dire des « Hommes », si remarquables par leurs dialectes harmonieux et souples, d'une richesse et d’une plasticité sans égales. Seulement, à l'orient du N'yanza, vivraient peut-être des tribus parlant des idiomes de mème provenance que celui des Nouba, dans le Kordofàän : en lout cas, il est certain que les Masaï et les Wa-Kwali, dont la langue n'est point d'origine bantou, possèdent des villages à proximité du lac! Parmi les Wibus riveraines, il en est qui n'ont pas encore été en relations avec les voyageurs européens : on les a classées provisoirement parmi les Bantou, en attendant les témoignages positifs, qui ne sauraient tarder, car les missionnaires de diverses sectes commencent à devenir nombreux sur les bords du N'yanza.

Une partie du groupe des tribus connues sous le nom de Nyamézi (Ou- Nyamézi) s'est établie dans la région accidentée qui s'étend au sud du golfe de Speke, le plus vaste du N'yanza. Aucun État considérable ne s'est constitué dans celte contrée, qu'arrosent le Simeyou et autres tributaires du golfe; la population, désignée dans son ensemble sous le nom de Soukoûma, se divise en un grand nombre de petites peuplades, d'origine bantou, mais très modiliées par les croisements avec des esclaves de toute provenance, et se déplaçant fréquemment pour échapper aux attaques des brigands ou rouga-rouga. La plupart des tribus de l'Ou-Soukoñma, quoique unies par une sorte de confédération, se distinguent les unes des autres par les traits du tatouage et par la manière dont les dents sont affilées ; leur principal ornement consiste en fil de fer qu'ils s’enroulent autour des bras, des jambes, du cou, et qui rend les mouvements brusques très difliciles ; hommes et femmes s’attachent aussi des clochettes aux jambes pour accompagner leurs discours d’un cliquetis argentin *. Les chefs de tribu ne disposent en principe que d’un pouvoir très limité; les vieillards, dépositaires de la coutume, doivent être consultés dans toute circonstance grave; néanmoins les impôts que prélèvent les roitelets et qui en font les grands propriétaires du pays leur permettent souvent d'agir en despotes irresponsables, Quand les villageois brassent leur bière où pombé, le roi s'enivre et boit à discrétion ; quand des chasseurs ont tué un éléphant, le roi reçoit pour sa part les meilleurs morceaux et s'empare des défenses; toutes les peaux de lion, de léopard ou de zèbre lui appartiennent d'avance ; le traitant qui passe doit montrer ses marchandises au roi, et celui-ci pré-

R.N. Cust, The Modern Languages of Africa.

* Missionnaires d'Alger, À l'assaut des pays nègres.

lève un droit de passage, fixé d'après son caprice ; enfin, quand un malheureux a été brûlé ou percé de javelots pour cause de sorcellerie, tout son héritage revient au chef de la tribu', Quoique les femmes soient en généal fort peu respectées dans le pays, un village populeux, celui de Wama, est gouverné par une reine”. Les magiciens jouissent d'un grand pouvoir, et ceux d'entre eux dont les prophéties se sont réalisées et que l'on di avoir accompli des miracles disposent de la puissance sans bornes accordée à l'infaillibilité, Leur instrument de divination est une corne de vache ou d’antilope, qu'ils emplissent d'une poudre magique et qui, plantée dans le sol devant un village, suffit pour écarter l'ennemi; toutefois, il faut recourir souvent à des enchantements d'une plus grande énergie. Quand une bataille se prépare, le magicien écorche un enfant, qu'il place tout sanglant sur le « chemin de la guerre, » et les combattants passent sur ce corps pour marcher à la victoire. L'arrivée des missionnaires européens a porté un grand coup à la puissance des magiciens, car ils sont aussi tenus pour des « hommes de médecine », et leurs philtres sont considérés comme plus puissants que ceux des noirs. Un udomètre placé près d'une station des bords du N’yanza a dù être enlevé par les missionnaires afin de ne pas nuire aux conjurations qu'avaient faites les magiciens pour atlirer la pluie.

Le pays de Soukoûma offre une certaine importance commerciale, grâce

à sa position sur la route des traitants arabes, entre l'Ou-Nyamèzi et l'Ou-

Ganda ; depuis Speke et Stanley, plusieurs Européens l'ont visité, Le district le plus populeux est l'Ou-Rima *, près de l'estuaire ramifié que Speke nomma Jordans” Nullah (rivière de Jordans), d’après sa maison de campagne. Sur la rive gauche du lac, le port le plus visité est le village de Kagheyi (Kageï), où furent lancées les premières chaloupes de construction anglaise, la Lady Alice de Stanley, puis la Daisy, l'Eleanor. En face, la vue du large est cachée par les montagnes de l’île d'Ou-Kerewé, dont le nom est souvent donné à toute la mer intérieure. Presque entièrement couverte de forêts, ectte île forme un État distinct, ayant pour capitale Boukindo, située près de l'extrémité orientale, au bord d’une crique bien abritée des vents par des îlots. Au centre de la ville, une palissade, composée de trones d'arbres entiers, renferme la grande cabane royale, celles du gynécée, les greniers, le hangar où sont placés les tambours de guerre. En dehors de cette première enceinte est la cour de justice, où le roi, siégeant sur un trône Speke, ouvrage cité.

Wilson and Felkin, ouvrage cité, Mackav, Proceedings of the R. Geograplucal Society, may 1884.

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OU-SOUKOËMA, OU-ZINZA, OU-SOUI, HOUMA. 195

orné de dents, de griffes et de cornes, juge les différends de ses sujets ; le long des rues sinueuses se succèdent les huttes du menu peuple, toutes entourées d'un jardin où l'on cultive le tabac, des céréales et divers légumes importés de la côte par les Arabes. Une deuxième palissade, moins solide que celle du palais royal, environne tout le village.

A l'ouest de la rivière Isanga, qui va rejoindre un fjord étroit s'avançast à plus de 50 kilomètres dans l'intérieur des terres, le pays de Zinza (Ou- Linza, Ou-Zindja) borde la partie sud-orientale du N'yanza, C'est une région

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D'après Ravenstein et Mackay. GC. Perron

peu explorée, que les voyageurs européens n'ont encore visitée qu'à une assez grande distance du N'yanza et sur le versant méridional du faite de partage qui sépare ce bassin lacustre de celui du Tanganyka. Les Wa-Zinza ou gens du Zinza sont, comme les Soukoma, divisés en plusieurs peuplades que gouvernent des chefs et des magiciens et qui vivent en de conlinuelles appréhensions ; dans quelques districts, ils osent à peine sortir de leurs villages, craignant de voir apparaître soudain les brigands de la tribu des Wa-Touta, que l’on dit être des Bantou de l'Afrique méridionale, peutêtre des Zoulou, venus des bords du lac Nyassa par le bassin du Tanga-

nyka, en pillant et en massacrant, comme une horde de bêtes fanves, Les peuplades Zinza qui habitent la région des collines de grès, au nord de la contrée, et qui ont moins à redouter les incursions ennemies, sont composées de gens plus vigoureux et plus fiers que les Zinza de la plaine, Ils s'habillent d'un jupon en peau de bœuf tannée, portent au cou des ornements et des amulettes, et se frotlent le corps de beurre rance. Des bracelets de cuivre superposés ou des tiges de hiton roulées entourent le bas de la jambe, Les tribus de l'Ou-Soui sont les plus puissantes de l'Ou-Zinza.

Dans ces contrées, le pouvoir appartient à des familles de Houma (Wa-Houma), race de pasteurs qui a ses représentants sur tous les hauts plateaux, autour du N'vanza; d'après Speke et Grant, ce seraient des Galla, venus en conquérants des montagnes de l'Éthiopie. Dans l'Ou-Nyamézi et jusqu'au septième degré au sud de l'équateur, vivent des tribus de même origine, connues sous le nom de Wa-Tousi, ne différant des Houma ni par les mœurs, ni par le langage. [ls se distinguent de leurs voisins sédentaires par une plus haute taille et une plus grande régularité de traits : leur figure est d'un bel ovale, leur nez est droit et bien dessiné, leurs lèvres n'ont jamais cette bouffissure que l’on considérait jadis comme une caractéristique de toutes les populations noires. Surtout les femmes houma ont le beau type éthiopien, et les chefs d'autres races les achètent volontiers pour en faire leurs épouses; mais, tandis que les diverses peuplades du pays modifient graduellement leur type par ces croisements, les Wa-Houma gardent leur pureté originaire, s'abstenant de tout mélange avec les gens du pays. Ils sont presque tous pasteurs et vivent hors des villages, dans les jungles, et les voyageurs ne rencontrent que rarement ces nomades. Quoiqu'ils aient donné des rois à la plupart des tribus des plateaux, ils sont néanmoins tenus pour des barbares jar les nègres cultivateurs : c'est ainsi que, dans l'empire du Milieu, les Man!ehoux, race des vainqueurs, sont méprisés par les Chinois, fils des saiaeus. Mais, au milieu de toutes ces populations asservies, qui s’enorgueiliissent de leurs cultures et de leurs arts, les Houma ont du moins une supériorité, celle d'une vie libre et indépendante : ils ne tolèrent point de maitres parmi eux; ceux qui n’ont pas su défendre leur liberté cessent d’être considérés par eux comme appartenant encore à leur nation, Speke raconte même que les femmes houma capturées et réduites en esclavage sont brûlées par leurs compatriotes si elles retombent dans leurs mains. La langue des Wa-Houma n’est pas connue : parlent-ils un idiome galla mêlé de mots bantou, ou bien un dialecte bantou ayant gardé une partie du vocabulaire galla? les voyageurs n’ont pas

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